L'Inde et la Mondialisation

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L'Inde et la Mondialisation

Publié le : jeudi 21 juillet 2011
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L’INSERTION DE L’ECONOMIE INDIENNE DANS MONDIALISATION
L’Inde émerge depuis quelques années et représente un cas spécifique dans le concert du développement économique
mondial, même si ce pays est à plusieurs vitesses (importance des traditions religieuses qui contraste avec le niveau des
établissements supérieurs faisant partie des meilleurs du monde).
Rompant avec le modèle d’économie fermée mis en place après l’indépendance en 1947, 1991 est un tournant
économique qui marque le début d’une libéralisation et d’un processus d’insertion de l’Inde dans la mondialisation
: le
gouvernement de Manmohan Singh supprime les licences d’importation et met fin au système de permis (licences raj)
institué dans les années 1950 qui contraignaient les entreprises indiennes à obtenir des autorisations administratives pour
toute décision économique importante.
La croissance économique ( de l’ordre de 6% en moyenne depuis 1991) légitime a posteriori cette décision. Ainsi avec la
Chine, l’Inde constitue un second géant économique auquel la mondialisation offre des opportunités, tout en créant des
problèmes économiques inédits.
I/ Les facettes de l’insertion de l’économie indienne dans la mondialisation sont diverses
Cette insertion comporte deux dimensions : commerciale et productive.
L’insertion commerciale est un phénomène ancien (3% des exportations mondiales en 1913) mais avait décru au cours du
XXème :
- progression rapide de l’insertion commerciale depuis les années 1980 : les exportations indiennes représentaient
0,5% du commerce mondial de marchandises à la fin des années 1980, 1,5% en 2005, et on prévoit 3,5% pour
2015.
- percée des exportations de services de l’économie indienne encore plus rapide : l’Inde est le premier exportateur
mondial dans le domaine des services informatiques et des services aux entreprises (7% du total).
- cette spécialisation contraste avec la spécialisation de l’économie chinoise sur les produits industriels, et témoigne
d’une maîtrise technologique et d’une stratégie commerciale offensive de la part des autorités indiennes.
- membre de l’OMC depuis sa création en 1995, l’Inde multiplie les accords préférentiels de libéralisation des
échanges régionaux et bilatéraux depuis 2000 (avec l’ASEAN et le Mercosur par exemple).
L’insertion productive est relativement récente et témoigne de la force du capitalisme indien :
- racines historiques de ce capitalisme : il existe un milieu entrepreneurial depuis la colonisation anglaise, milieu
issu de la caste marchande, et des entreprises ont prospéré depuis la fin du XIXème siècle et ont entretenu des
contacts avec le marché mondial par des stratégies de formation des élites dans les plus prestigieuses universités
anglo-saxonnes et par des partenariats avec des entreprises occidentales afin de s’approprier le progrès technique.
- ces entreprises font une entrée remarquée sur la scène mondiale (OPA hostile de Mittal sur Arcelor en 2006, et,
amicale,
de Tata sur Corus).
- alors que les FMN occidentales se replient sur un domaine, les entreprises capitalistes indiennes gardent une
forme conglomérale : Tata Tea achète British Tea en 2000, Tata Consultancy Services crée une unité de sous-
traitance au Royaume-Uni avec une société d’assurance vie).
- l’essor des IDE sortants ne doit pas faire oublier la forte poussée des IDE entrants (2% du PIB indien) et des flux
d’investissements de portefeuille (prospérité du Bombay Stock Exchange), car l’Inde apparaît comme un pays
« sûr ». Attention cependant, les chiffres n’ont rien à voir avec ceux de la Chine !
II/ Des débats contradictoires existent au sein des PDEM sur les effets de cette insertion
Les théories économiques légitiment l’ouverture des territoires nationaux et la libéralisation des flux commerciaux et
financiers, car la mondialisation créerait des opportunités de croissance pour tous les pays.
Cependant certains économistes, partisans de la libéralisation pourtant, ont développé des modèles économiques qui
contredisent ces conclusions heureuses : Paul Samuelson montre que l’insertion de la Chine ou de l’Inde pourrait susciter
des pertes pour les PDEM. Ainsi certains PDEM seraient les perdants de la mondialisation. Les raisons :
- des pays comme la Chine ou l’Inde s’engagent avec les PDEM dans une course-poursuite en matière de technologie
et disposent en cela d’avantages décisifs (travailleurs pouvant acquérir un niveau de qualification élevé et acceptant
un salaire plus faible et une moindre protection sociale).
- ces pays entrent donc en concurrence avec les PDEM dans des branches où ceux-ci disposaient apparemment d’un
monopole en termes d’innovation. Les termes de l’échange des PDEM pourraient ainsi se détériorer.
Toutefois d’autres répondent que cet effet négatif serait compensé par une baisse des prix des biens et des services
importés et ne croient pas à une remontée des filières aussi rapide et générale en Chine ou en Inde. Ainsi B. Bhagwati
écrit : «
La Chine et l’Inde, dans un futur proche, resteraient concentrés dans des services de technologie de
l’informatique bas de gamme qu’ils exporteront vers nous. L’opinion selon laquelle l’Inde et la Chine éduqueraient
rapidement 300 millions de personnes de leurs citoyens en acquérant ainsi une main d’oeuvre complexe et sophistiquée
est à la limite du ridicule
». En effet, l’Inde dispose d’écoles de qualité, mais beaucoup d’entre elles restent d’un niveau
médiocre (selon certaines études, 1 ingénieur indien sur 5 est apte à travailler pour une FMN). De plus le coût des
infrastructures à mettre en place pour parer au déficit d’alphabétisation de la population indienne est gigantesque.
D’autres craintes émergent, comme la prise de contrôle de certaines entreprises des FMN par des FMN chinoises ou
indiennes (cf OPA de Mittal), ou comme l’avantage comparatif déloyal des taux de change dont profitent l’Inde ou la
Chine par la sous-évaluation de leur monnaie (d’autant que les excédents commerciaux ne provoquent pas une
appréciation de la monnaie comme le montre le cas du yuan).
III/ Les effets possibles de l’insertion sur l’économie et la société indiennes
L’insertion indienne dans la mondialisation engendre des déséquilibres économiques, spatiaux et sociaux en Inde même.
Les déséquilibres économiques
- la croissance indienne doit beaucoup aux exportations, elle est donc tirée par l’extérieur (comme en Chine) ; elle
ne bénéficie pourtant qu’à une minorité de la population.
- or, l’histoire économique des PDEM montre que leur croissance se fonde sur leur marché intérieur
(consommation de masse), donc la croissance est tirée par l’intérieur.
- l’Inde devra donc créer un équilibre entre croissance interne et croissance externe.
Les déséquilibres spatiaux :
- les régions qui connaissent aujourd’hui la plus forte croissance étaient déjà les plus dynamiques avant l’insertion
(Bombay, Bangalore et Hyderabad, Delhi).
- l’écart se creuse avec les autres régions rurales (l’est de la plaine du Gange en particulier).
Les déséquilibres sociaux
- maintien d’une pauvreté de masse (encore 30% de la population) même si elle a reculé (50% au début des années
1980).
- la situation tend même à se dégrader pour certains (paysans sans terre, femmes).
- cependant ces inégalités ne résultent pas que de la mondialisation mais aussi de la forte segmentation de la société
indienne (castes).
Conclusion : ces questions sont posées au sein de la démocratie indienne.
Les forces économiques et sociales qui poussent à l’insertion sont puissantes mais les forces qui résistent et qui freinent le
sont aussi.
La structure, véritablement démocratique, du système politique indien laisse penser que des compromis seront trouvés et
qu’une gestion prudente et progressive de l’insertion va s’imposer. Elle devra composer aussi avec la complexité
prévisible des intérêts des nombreux acteurs étatiques et privés qui construisent la mondialisation.
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