La croissance du monde socialiste URSS et pays du CAEM Cours Prépas , terminales et Facs

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La croissance du monde socialiste URSS et pays du CAEM Cours Prépas , terminales et Facs

Publié le : mardi 5 juillet 2011
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A La croissance du monde socialiste : URSS et pays du CAEM
I Le cas de l’URSS
a)
La croissance
α
) La situation au lendemain de la seconde guerre mondiale
-
Après la seconde guerre mondiale, l’URSS est une nouvelle puissance territoriale suite
aux annexions dont elle bénéficie. Elle garde Staline à sa tête comme secrétaire
général du PCUS qui bénéficie du prestige de la victoire face à l’Allemagne nazie et à
ses alliés. L’URSS a un statut de grande puissance en 1945 qu’elle partage avec les
USA. Elle se donne des responsabilités internationales comme par exemple de
participer à la création de l’ONU tout en étant porteuse d’une idéologie et d’un modèle
économique qui fascine une partie des européens et principalement des intellectuels.
-
C’est un pays immense touché profondément par la seconde guerre mondiale qui
laisse des séquelles dramatiques. Le prix de la victoire est très lourd et les régions
motrices de l’URSS d’avant la guerre ont été détruite (régions à l’Ouest de l’Oural)
par la présence de l’armée nazie. Pendant la guerre, le système soviétique a décidé
d’implanter les industries à l’Est en déplaçant des millions de personnes afin de
soutenir l’effort de guerre. A la libération, il faut remettre en valeur les régions
détruites. Les pertes humaines sont considérables : entre 20 et 25 millions de morts et
un déficit de la population active très important alors que le modèle de développement
était un modèle essentiellement extensif qui utilisait de plus en plus de main d’oeuvre
et de plus en plus de ressources. Il y a 2 millions d’ouvriers et 6 millions de
kolkhoziens en moins.
-
Pour ce modèle qui va être maintenu se pose alors la question du manque de main
d’oeuvre qui ne pourra, du reste, pas être réglé par l’arrivée de travailleurs étrangers.
La solution sera en fait l’emploi des femmes car la population manque d’hommes.
C’est un pays traumatisé démographiquement et matériellement et il connaît de plus
une désorganisation spectaculaire de son économie : il y a une situation
de pénurie,
l’inflation est de +35% en 1943, il y a paupérisation et le niveau de vie des ouvriers a
baissé de 50%. La situation monétaire est très mauvaise par la dépréciation de la
monnaie ce qui oblige le gouvernement à créer une nouvelle monnaie et 1947 : on
échange 1 nouveau rouble contre 10 anciens quand on apporte moins de 20 000
roubles et contre 20 anciens quand on en apporte plus de 20 000. Cette réforme est
assez dramatique car elle élimine certes la spéculation mais aussi une partie de
l’épargne ce qui ne pourra pas faciliter le redémarrage de l’économie. Face à cette
situation très difficile, Staline maintien le choix d’une croissance par un
développement socialiste planifié avec une priorité donnée à l’industrie lourde. Il
l’impose également aux nouvelles républiques d’URSS. Le système est étendu et
imposé par la force aux Pays Baltes et à la Biélorussie. Il faut imposer le modèle avec
dogmatisme en introduisant une mutation sociale profonde et éliminer les anciennes
élites, si elles ne sont pas déjà parties, au profit du prolétariat et sous la tutelle du
PCUS. Les mêmes questions se posent pour les pays qui vont former le bloc de l’Est.
La croissance est d’abord envisagée pour reconstruire puis pour dépasser les objectifs
atteints avant la guerre.
β
) Le retour à la planification
-
Le quatrième plan quinquennal qui dure de 1946 à 1950 met de nouveaux l’accent sur
l’industrie lourde qui reçoit 43% des investissements au détriment de l’agriculture et
de l’industrie légère. Le cinquième plan qui s’étend sur la période 1951-1955 est
ponctué par la mort naturelle de Staline en 1953. Jusqu’à cette année, la croissance est
fondée sur une accumulation des investissements au profit de l’industrie lourde. Il
s’agit d’une croissance essentiellement extensive où l’on introduit des capitaux et des
hommes, des richesses du sous-sol afin d’obtenir des productions quitte à mettre en
valeur de nouvelles régions. Les chiffres du PCUS sont assez optimistes et on parle
d’une croissance rapide jusqu’en 1958 (de 8 à 9% par an). Ces évaluations officielles
sont à prendre avec précaution et les évaluations effectuées par les pays Occidentaux
dans le cadre de la guerre froide différent sur les chiffres de la croissance de 1 à 2%.
b)
Les difficultés
α
) Les difficultés au niveau de la planification
-
Ces difficultés se font ressentir au cours du plan suivant et lors de la présence de
Khrouchtchev arrivé au pouvoir dans le cadre d’une assemblée collégiale et qui révèle
en 1956 toutes les difficultés du système, critique le Stalinisme et le remet en cause.
Ce sont d’abord des difficultés au niveau de l’ambiguïté et du système de la
planification qui se font ressentir et sont confirmés par la révélation officielle des
difficultés de ravitaillement. Les entreprises sont mal approvisionnées en matières
premières de part les relations essentiellement verticales qui existent entre elles et les
ministères. Le système d’approvisionnement continue de s’apparenter à un
rationnement par l’absence de relations horizontales et par des dysfonctionnements
nombreux et répétés qui empêchent l’organisation d’une production régulière. Le
Gossnab qui est chargé de cet approvisionnement est incapable de répondre à la
demande. Il y a de nombreux goulets d’étranglement dans l’économie et les directeurs
d’entreprises pour éviter d’être pris au piège stockent matières premières et
marchandises. On ne produit pas régulièrement et on est même parfois incapable
d’obtenir une production soutenue tout au long d’un mois. De la même façon, on
observe une dégradation de la qualité de la production.
-
Face à cette situation, une économie de marchandage s’accentue. Les directeurs
cherchent à minimiser les tâches qu’ils doivent accomplir et à gonfler leurs besoins :
l’information est donc biaisée. Le plan pousse à une production routinière sans aucune
recherche de l’innovation parce que innover c’est prendre un risque qui peut être
pénalisant et n’est, de plus, pas demandé au directeur. Le poids de la bureaucratie est
très important et une demande de transformations dans la production peut prendre des
mois avant d’être acceptée. Le système pousse au surinvestissement et rend incapables
les systèmes de production de passer d’une croissance extensive à une croissance
intensive et d’améliorer le niveau de productivité. L’orientation est non qualitative
mais quantitative. Le capital reste gratuit jusqu’en 1965 et il n’y a pas de rapports
concurrentiels et pas de menace de faillite puisque le directeur demande plus
d’investissement que de besoin. On se trouve dans un système où rien n’est
véritablement encourageant pour passer à une consommation et une production de
masse en améliorant la productivité. En plus, les prix sont fixés par l’Etat.
-
Le développement culturel est peu cher car les prix des produits sont fixés par l’Etat
qui peut ainsi permettre ou ne pas permettre la consommation. De toute façon, la
production est incapable de répondre aux besoins : nous sommes dans une économie
de pénurie. La main d’oeuvre elle-même fait défaut et est en même temps en
surnombre : elle est en défaut si l’on veut lancer un nouveau projet et en même temps
on surnombre car dans les entreprises on stocke la main d’oeuvre. En moyenne, il y a
deux travailleurs pour un poste : on évite ainsi de tomber dans le piège de la
production irrégulière. Cela pousse aussi le travailleur et la travailleuse dans
l’économie souterraine. Officiellement, il n’y a pas de chômage mais de fait on peut
observer un chômage sur le tas. Alors donc, le travailleur pourrait espérer faire
pression sur le marché du travail puisque sa force de travail est relativement
recherchée mais de fait cela n’est pas vécu sous cette forme puisque les salaires sont
fixés par le Plan et il n’existe pas de loi entre l’offre et la demande. Il y a une pénurie
au niveau des biens de consommation ce qui provoque une certaine passivité de la part
de la population c’est-à-dire que s’il y a un produit qui se vend, le citoyen soviétique
l’achètera quitte à faire la queue. On observe un développement du marché noir et on
ne peut alors pas vivre sans avoir deux activités.
β
) Les difficultés de l’agriculture et de l’industrie
-
On voit donc les effets pervers de la planification globale et cette difficulté est
retrouvée au niveau de l’agriculture qui est sacrifié. Les populations rurales continuent
d’alimenter les villes et ce sont principalement les jeunes qui partent et on observe
donc un vieillissement de la population rurale et une féminisation des campagnes.
S’ajoutent à ceci des aléas climatiques qui rendent la production insuffisante et
aggravent la pénurie. Il y a aussi une pénurie de main d’oeuvre dans certaines régions
au moment des récoltes : on mobilise alors des milliers de citadins mais comme ces
milliers de personnes sont réquisitionnées pendant près d’un mois, cette stratégie
pousse les directeurs d’entreprise, qui craignent de voir leur main d’oeuvre
réquisitionnée, à encore plus embaucher. La pénurie chronique de matériel qui n’a pas
été renouvelé est importante ainsi que la pénurie de pièces détachées s’ajoutent à des
services d’entretien défectueux ce qui aboutit à l’immobilisation d’un quart du parc. Il
y a des pertes en aval avec des problèmes de stockage et de transport.
-
On voit s’accentuer le contraste entre les complexes militaro-industriels qui sont très
performants et très puissants avec un niveau technologique très élevé (secteurs du
nucléaire, de l’espace) avec des industries de pointe, et une industrie civile médiocre et
sacrifiée. Le commerce est entièrement contrôlé par l’Etat qu’il soit extérieur ou
intérieur. Mais de toute façon, l’URSS considère le secteur du commerce extérieur
comme un secteur périphérique. Le poids des échanges avec l’extérieur est très
modeste et il n’est pas question d’avoir une balance commerciale déficitaire. Les
échanges commerciaux sont réalisés pour les deux tiers avec les pays du CAEM. Ce
sont des échanges bilatéraux et sont pratiquement des échanges de troc que l’URSS
impose en profitant de sa domination. Elle achète des matières premières et des
produits aux Etats du CAEM à des prix inférieurs au cours monétaire. Ce n’est qu’à la
fin des années 60 que l’ouverture des échanges s’intensifie avec l’Ouest et avec les
pays du Tiers-Monde. De toute façon, le rouble n’est pas une monnaie convertible et
le rouble interne est dissocié du rouble externe. Si l’URSS veut commercer avec
l’extérieur, il lui faut trouver des dollars ou vendre de l’or pour acheter des dollars.
Ces échanges sont entravés par le monopole étatique sur le commerce extérieur et tout
ministère souhaitant importer ou exporter doit en faire la demande au Gosplan. On
voit encore ici le poids de la bureaucratie. De plus, la règle est que si l’on veut
importer on doit être capable d’exporter et avec la pénurie que connaissent les
entreprises les exportations sont peu importantes. Même si les dirigeants sont lucides
sur ces problèmes il est difficile de se diriger vers une croissance de type intensive.
c)
Les réformes
α
) La période Khrouchtchev
-
Khrouchtchev s’affirme à partir de 1956 et souhaite lancer l’URSS dans un plan de
réformes très importantes et il propose d’abord le thème de la coexistence pacifique
car il a besoin d’un apaisement des relations internationales
pour lancer son plan. Ces
réformes touchent d’abord la planification souhaitant aller vers une décentralisation et
souhaitant ainsi pouvoir se débarrasser de toute la bureaucratie héritée du Stalinisme.
Il veut affaiblir le poids des ministères les accusant de départementalisme et de donner
un pouvoir trop important aux affaires locales. Il lance en 1957 la création de 105
sovnarkhozes : ce sont des conseils économiques régionaux devant lesquels les
entreprises sont responsables. C’est une organisation de la planification tout à fait
nouvelle par lequel on remet en cause l’organisation verticale même si les
sovnarkhozes restent placés sous le contrôle du Gosplan. Ils doivent remplacer les
ministères industriels et sectoriels : 200 000 salariés des ministères sont reclassés et 21
des 34 ministères sont démantelés. Ce projet provoque une très forte hostilité et une
très grande passivité de la part des membres des ministères. Les oppositions se
développent : les conservateurs ne veulent pas de la réforme. Les premiers résultats
sont décevants. Il apparaît en 1962 que les sovnarkhozes ont des tendances autarciques
et de repliement et en réponse à cela il est prévu de regrouper les sovnarkhozes en 47
unités au lieu de 105 et de créer un sovnarkhoz suprême. Mais Khrouchtchev affronte
en même temps la crise des missiles de Cuba sur laquelle il est obligé de céder et étant
de plus en plus contesté au Politburo il est obligé de quitter le pouvoir en 1964 et est
remplacé par Léonid Brejnev qui rapidement abandonne la décentralisation et revient à
une planification stalinienne.
-
Khrouchtchev intervient également au niveau du secteur agricole. Il crée un septième
plan pour l’agriculture de 7 ans. Il est fasciné par ses voyages aux USA et notamment
par la culture du maïs et s’intéresse à l’agriculture en général. Le maïs demande un
climat chaud et de l’irrigation. On expérimente sa culture dans la dépression aralo-
caspienne mais les résultats sont une fois de plus décevants. Khrouchtchev comprend
que l’agriculture a été sacrifiée et veut y injecter des investissements en augmentant le
salaire des sovkhoziens et en achetant les produits des kolkhoziens à un prix
légèrement plus élevé. Il veut aussi étendre les zones de culture parfois sur des terres
médiocres et mettre en valeur des terres vierges. Les résultats sont là aussi décevants :
les rendements sont faibles et les aléas climatiques ne permettent pas véritablement de
faire des récoltes intéressantes. L’URSS affronte une fois de plus des difficultés
d’approvisionnement au niveau des céréales ce qui la contraint même
à importer des
céréales (naît alors une rivalité entre CEE et USA). Khrouchtchev est destitué et ses
tentatives courageuses s’avèrent être des échecs et même un facteur de crise. Elles
montrent l’incapacité du pouvoir d’imposer ses vues sur une économie très complexe
sur l’ensemble des dirigeants intermédiaires. Le conservatisme l’emporte et avec lui
les comportements autarciques. Les problèmes structurels sont révélés par ces
tentatives et l’agriculture continue d’être un obstacle à la croissance économique en
confirmant une économie de pénurie.
β
) La période Brejnev
-
Il reste au pouvoir très longtemps et s’appuie sur des travaux d’économistes et de
mathématiciens pour tenter de trouver des solutions : Nemchinov, Liberman et
Trapezlikov principalement. Il pense que la solution passe par la réforme de
l’entreprise soviétique et il s’appuie sur des expériences ponctuelles réalisées dans le
laboratoire de l’URSS : la Hongrie. Il veut rétablir la notion de profit dans l’entreprise
qui doit en faire mais bien sûr un profit collectif. Pour obtenir ce profit, l’entreprise
doit réduire ses coûts et il faut lui donner une certaine autonomie comptable et en
incitant à produire plus en modifiant les indicateurs du plan et en introduisant la notion
de rentabilité. L’entreprise doit être capable de créer des fonds : un fonds de stimulants
matériels qui doit fournir des bonifications de revenus aux travailleurs, un fonds de
développement de la production pour en améliorer les techniques et un fonds pour les
besoins sociaux et culturels pour améliorer la construction de logements. Cependant,
on n’introduit pas la notion de progrès et d’innovation. Ce sont des réformes partielles
et très décevantes qui ne règlent pas les problèmes
comme celui de la centralisation de
l’approvisionnement et les difficultés que représente un système assez incohérent et
rigide au niveau des prix. En définitive, le système n’encourage pas réellement le
directeur qui aurait réussi à contrôler ses coûts par rapport à celui qui n’aurait rien fait.
Dans la mentalité du directeur, les réformes risquent d’être pénalisantes et aucune
relation entre directeurs ne peut être mise en place, sauf dans l’illégalité. Le plan
continue d’engendrer les gaspillages et les stimulants matériels donnent des résultats
décevants également.
-
En 1973, une nouvelle réforme est mise en place qui prétend accélérer la croissance et
encourager la concentration des entreprises avec des objectifs d’économie d’échelle
et
avec l’espoir qu’on pourra ainsi diffuser le progrès technique et réduire le nombre
d’intermédiaires. A partir de 1973, l’Etat encourage cette concentration à travers les
Unions ou combinats.
Cette réforme est décevante et on multiplie le nombre de statuts
de l’entreprise qui ne sont pas forcément plus faciles à gérer. On va encourager les
brigades de production pour augmenter la productivité des travailleurs. Ce qui apparaît
de façon continuelle c’est la déception face aux réformes et le développement d’une
économie souterraine qui prend de l’ampleur. Les réformes aggravent souvent la
situation.
d)
La société
-
La doctrine soviétique officielle rappelle la propriété socialiste et affirme que le
salariat est aboli. C’est en fait à une généralisation de ce dernier que l’on assiste. On
observe également une participation de plus en plus active de la population féminine à
l’économie sachant que leur salaire équivaut malgré l’idéologie d’égalité
à environ
deux tiers du salaire masculin. Cette population de salariat est de plus en plus qualifiée
au cours des années 60-70 mais on observe un décalage entre les emplois occupés et le
niveau de qualification réel du travailleur : il y a un surproduction de spécialistes et
d’ingénieurs avec un diplôme universitaire puisque le tiers de ces spécialistes occupe
un poste d’ouvrier prouvant ainsi un dysfonctionnement dans le plan. Cette
surqualification révèle un défaut de formation
alors que la formation des ouvriers
qualifiés est insuffisante dans les écoles techniques et que la majorité des ouvriers
acquiert leur expérience sur le tas.
-
On observe une évolution dans le droit du travail qui est inscrit dans la constitution de
1977. Cependant, l’obligation du travail est nécessaire mais il y a une réelle mobilité.
Jusqu’en 1956 il existe des lois répressives très sévères pour le monde du travail en
cas de départ du travail non autorisé préalablement par les autorités. Pour ces
dernières, c’est un acte criminel : on est dans un régime de travail forcé. Ces lois sont
abolies en 1956 et dès 1959 et jusqu’au milieu des années 70, le niveau de rotation des
travailleurs est assez élevé et tourne autour de 20%. Un ouvrier reste en moyenne 3
ans dans la même entreprise et dans une spécialité. Il y a donc un réel turnover qui
touche surtout les jeunes lorsque les conditions de vie ou de travail sont jugées trop
difficiles. C’est en effet assez facile de retrouver un travail sauf dans les très grandes
villes comme Moscou, Leningrad ou bien Kiev. Cette mobilité peut être interprétée
comme un moyen de défense des travailleurs face à des conditions de travail difficiles
sachant que le seul employeur reste l’Etat sauf dans les kolkhozes.
-
Il existe un syndicalisme mais ce sont des groupes dépendants du parti dont les
dirigeants sont membres du parti. De plus, les élections sont le plus souvent
manipulées. Ces syndicats ont comme principal rôle de gérer les oeuvres sociales et les
cotisations obligatoires qui sont de l’ordre de 1% du revenu mensuel représentent en
fait les cotisations de sécurité sociale. Environ 99% des travailleurs sont syndiqués en
URSS.
-
Les salariés s’adaptent aux réformes mais le rythme du travail est irrégulier et de plus
la production valorise plus la quantité que la qualité ce qui dévalorise les travailleurs.
Le temps libre peut être utilisé alors pour l’économie souterraine. La discontinuité du
travail participe à un manque de productivité. Il y a certes des stimulants voulus par le
parti mais ceux-ci sont le plus souvent ressentis comme des contraintes. Cette vision
du salariat pousse le parti à imaginer des réformes radicales notamment au début des
années 80. On voit se développer la vision de la sociologue Tatiana Zaslavskaya qui
aura une grande importance pour Gorbatchev.
-
La société reste embrigadée par le parti qui est le fer de lance de la révolution, c’est un
parti d’élites qui contrôle l’ensemble de la société en commençant par la jeunesse :
entre 7 et 10 ans les jeunes appartiennent au groupe des « petits octobristes »
puis de
10 à 14 ils sont des « pionniers » puis à partir de 14 ans des komsomols. Le parti est
conçu comme un moyen d’ascension sociale toujours dominé par le clientélisme. La
société entière est sous la férule du parti qui veut donner naissance à un homme
nouveau. L’URSS n’arrive pas au stade final du communisme qu’elle s’était fixée et il
peut toujours y avoir des inégalités et des clivages. Mais nous ne sommes que dans
une marche vers le communisme. Une classe dirigeante se confirme dans le parti : la
Nomenklatura. Cette société ne peut donc pas passer vers une société de
consommation qui est de plus vu comme décadente idéologiquement et on voit de
développer l’alcoolisme. La richesse est une cause d’hostilité. L’URSS n’a pas les
atouts sociaux pour vivre ou mettre en place des réformes.
II Les pays du CAEM
a)
La Pologne
-
Elle est intégrée de force dans le système socialiste planifié stalinien après la
deuxième guerre mondiale. Politiquement, la dictature du Parti Communiste comme
parti unique est mise en place et les dirigeants communistes polonais sont des
staliniens qui imposent une économie de propriété de l’Etat d’abord dans le domaine
agricole avec la mise en place de la collectivisation des terres avec un système
kolkhozien de fermes d’Etats. Sont mises en place également des industries d’Etat
avec un monopole de ce dernier sur le commerce extérieur. On marginalise le secteur
privé à des domaines très secondaires : petit commerce et artisanat jusqu’à le faire
disparaître. On planifie la production économique puisqu’on souhaite confirmer le
modèle de développement stalinien avec toute la répression que cela implique pour les
adversaires du régime.
-
Cependant, la Pologne vit une expérience particulière. En 1956, au moment où
Khrouchtchev dénonce le stalinisme et ses abus, des mouvements de révolte ouvriers
se développent contre le stalinisme. A Postdam par exemple, on voit naître une
insurrection. A Varsovie, arrive au pouvoir la tendance non-communiste non-
stalinienne avec Gomulka qui lance des changements importants pour l’économie
polonaise. La
Pologne est le premier pays d’économie socialiste à vivre un début de
décollectivatisation d’abord des campagnes. Les exploitations agricoles familiales de
petite taille sont rétablies : c’est une concession très importante qui se développe. Le
principe de conseil ouvrier est accepté dans les entreprises ainsi qu’un début timide
d’élections de conseillers (qui sont les équivalents des délégués syndicaux) dans les
unités de production avec un droit de regard sur la gestion de l’entreprise et sur la
nomination du directeur. On voit donc une amorce timide de réformes même si le parti
reste prépondérant.
-
Au niveau des entreprises on tente de lancer le mot d’autonomie en réduisant le
nombre d’indicateurs obligatoires et en encourageant les primes au résultat pour les
travailleurs. En fait, la Pologne vit quelques réformes à la fin des années 50 et au
début des années 60 qui ne sont pas sans faire penser, au niveau de l’entreprise, aux
réformes qui seront tentées plus tard en URSS sous Brejnev. Mais les résultats sont
assez décevants. La production est assez mal contrôlée et surtout, la pénurie
s’accompagne d’une hausse des prix confirmée par la planification. Cette hausse des
prix pour les biens alimentaires de base provoque des révoltes et la chute de Gomulka
à qui succède Gierek au cours des années 70.
-
Il tente d’arriver à la croissance des investissements, y compris en important de la
technologie étrangère dans le cadre de l’Ostpolitik. Cette politique de reconnaissance
des frontières entre les deux Allemagnes et celles de la Pologne menée par W. Brandt
est une politique d’ouverture commerciale et d’échange. Les pays capitalistes
commence à connaître des difficultés économiques et voient dans le monde socialiste
de nouveaux débouchés. Les pays socialistes cherchent eux des technologies pour se
développer. Cette politique d’ouverture pose des problèmes car elle s’accompagne de
la montée de l’endettement. Pour pouvoir acheter des produits occidentaux, les pays
socialistes doivent emprunter des capitaux aux banques occidentales qui abandonnent
alors les luttes idéologiques. La Pologne commence à vivre cette stratégie
d’endettement. Le gouvernement de Gierek se lance aussi dans une politique de
concentration industrielle en espérant trouver une nouvelle dynamique pour la
croissance.
C’est une politique de grands organismes économiques : les WOG. Il sont
crées à partir de 1973 et en 1976 il y en a déjà 110 qui couvrent les deux-tiers des
ventes de produits industriels et de services et 61% de l’emploi total. A l’intérieur de
chacune de ces WOG, l’entreprise a une liberté pour la fixation des salaires en
fonction des résultats obtenus.
-
Ces réformes ne permettent pas de régler les problèmes sociaux et économiques du
pays. Les crises s’aggravent et les dysfonctionnements sont confirmés. La Pologne vit
en 1980 un mouvement ouvrier original avec la création de Solidarnosc qui souhaite
être reconnu comme syndicat indépendant et réclame une augmentation des salaires
ainsi qu’une autorisation du droit de grève avec l’élargissement des libertés civiles. Ce
mouvement de revendications en août et septembre 1980 est soutenu par Lech Walesa.
Les réformes sont des ajustements systémiques avec un
assouplissement du système
socialiste soviétique mais sans changements institutionnels significatifs. Il s’agit d’une
amélioration du fonctionnement sans pour autant remette en cause l’économie du
système socialiste même si on a rétabli une certaine privatisation de la terre. On ne
connaît pas de réformes radicales. On peut se demander si la Pologne est le laboratoire
de l’URSS. Ce sera en fait la Hongrie à partir de 1968.
b)
La RDA
-
Elle naît à la suite du blocus de Berlin de 1948, en octobre 1949, et correspond à la
zone d’occupation soviétique. Le quartier de Pankow de Berlin devient la capitale de
la RDA. Elle bascule dans une économie socialiste stalinienne et devient un pays
dirigé par le Parti Communiste. Les terres sont collectivisées, les entreprises
deviennent étatiques et il ne reste qu’un petit secteur privé marginalisé. Elle est l’alliée
privilégiée de l’URSS dans le CAEM et le pays le plus développé économiquement. Il
connaît cependant des problèmes quant à la fuite de sa population active vers la RFA
en passant par Berlin. La RFA attire par son système politique, par son niveau de vie
si bien que la population s’y rend participant ainsi à la croissance de la RFA car bien
formée et de langue allemande. Les autorités de la RDA soutenues par l’URSS
construisent alors le Mur de Berlin.
-
La RDA connaît au moment de la mort de Staline des mouvements ouvriers contestant
le système. Ce n’est qu’en 1963 que des réformes sont lancées par Ulbricht qui tente
alors de modifier le système de production industrielle dans les entreprises en
encourageant les stimulants matériels dans le cadre d’un début d’autofinancement et
d’autonomie. En 1967, la monobanque est remise en cause avec la création de banques
spécialisées (commerciales ou industrielles). Ces banques sont sous le contrôle de la
banque centrale mais obtiennent une certaine autonomie pour la fixation des taux
d’intérêt et pour les crédits à l’investissement. La concentration et la centralisation des
entreprises sont confirmées et on voit un début de possibilité de contact avec le monde
occidental pour chercher à gagner des devises.
-
A partir de 1971, une nouvelle étape est franchie en RDA avec Honecker qui est très
conservateur et anti-réformiste. Il confirme la concentration du pouvoir dans le PC et
la centralisation. L’économie de la RDA est certes en croissance mais avec des
dysfonctionnements typiques du système socialiste. La RDA est sous la tutelle étroite
de l’URSS et de Brejnev.
c)
La Hongrie
-
Ce pays vit une expérience très originale. En effet, elle est d’abord dans une économie
stalinienne planifiée. Mais, à partir de 1968, elle vit des réformes très originales que
certains considèrent comme le début d’une réforme radicale. Plusieurs années de
travail préparent ces réformes à partir de 1963 : c’est le travail de Nyers notamment
qui prépare ce NEM : Nouveau Mécanisme Economique. Celui-ci transforme le
système socialiste sur de nombreux points. D’abord, on aboli la planification
impérative et on instaure une planification annuelle mais qui encourage fortement
l’autonomie des entreprises. On laisse se développer des prix libres pour les trois-
quarts des prix de gros de biens manufacturés et pour un quart des prix de détail à la
consommation. On encourage aussi le profit des entreprises sans qu’elles soient pour
autant privatisées.
-
A partir de 1961, on modifie l’organisation de l’agriculture : les coopératives
socialistes sont maintenues mais elles se rapprochent de l’entreprise commerciale et
ont plus de liberté pour définir les productions. On encourage aussi le lopin individuel
et la complémentarité du lopin et des coopératives. Au cours des années 70, un secteur
privé est encouragé pour des entreprises pouvant atteindre 5 personnes en dehors des
membres de la famille. Il y a donc une possibilité de créer des entreprises privées dans
les services : restaurants, petits commerces, entreprise de BTP, garages etc.… Ce sont
des changements importants car de fait on encourage la consommation et on donne des
solutions officielles sans économie souterraine aux situations de pénurie. Une certaine
liberté d’emploi, de salaire et de travail est mise en place.
-
Cette expérience est de courte durée car en 1974, ces réformes sont freinées.
Cependant, la Hongrie est peut-être un modèle de réflexion pour les dirigeants de
l’URSS vers une évolution différente du système socialiste. C’est à la fin des années
80 qui les changements sont radicaux avec la privatisation et l’ouverture sur
l’extérieur. Avant même que le PC perde le pouvoir le système d’économie socialiste
est supprimé.
d)
La Yougoslavie
-
C’est un pays à part puisque sous la direction du Parti Communiste de Tito qui
n’adhère pas au modèle socialiste stalinien. La Yougoslavie vit sous la tutelle d’un
parti unique, sous une économie socialiste, mais le PC yougoslave est en faveur de
l’autogestion. La loi de 1950 confirme ce système autogestionnaire des entreprises et
affirme l’autonomie de gestion. C’est un beau projet mais les résultats sont décevants.
On refuse une planification macroéconomique directe et c’est une planification
socialiste qui est mise en place seulement dans le cadre d’une aide, de conseils aux
entreprises. Celles-ci établissent des plans de production de façon autonome et on ne
valorise pas l’industrie lourde. Cependant, on accepte le développement d’industries
de consommation ce qui stimule une croissance rapide. On développe le socialisme
autogestionnaire de marché à partir de 1965 y compris en s’appuyant sur des systèmes
bancaires spécialisés avec des liens entre les banques et les entreprises qui peuvent
même faire appel aux investissements étrangers. L’objectif est d’encourager la
consommation et d’augmenter les salaires en partageant la valeur ajoutée en faveur
des travailleurs. Les prix ne sont pas forcément contrôlés et l’inflation assez rapide
grignote les augmentations de salaire. Ce système montre donc ses limites assez
rapidement, le projet est ambitieux et masque de nombreux dysfonctionnements. Le
PC est obligé d’intervenir pour remettre en place les mécanismes de la croissance.
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