La formation des Etats Unis Histoire

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La formation des Etats Unis Histoire

Publié le : jeudi 21 juillet 2011
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CHAPITRE 2 :
CONSTRUIRE LE M ONDE A NOUVEAU : LA FORM ATION DES TERRITOIRES
Le Nouveau Monde impose aux populations européennes qui le découvrent une adaptation importante. Comme il est difficile de transplanter
l’univers social et technique de l’Europe, il faut inventer des solutions et des sociétés nouvelles. (C’est ce que souhaitaient les divers
utopistes, que ce soit les jésuites des missions du sud ou les puritains du nord).
I /LES DEFIS DE L’ESPACE
1 / Les données géographiques ne sont pas comparables à celles de l’Europe
La première de ces données est la distance qui sépare du continent européen
Franchir l’océan est impossible jusqu’au XV è siècle et demeure lent et périlleux jusqu’à la fin du XIXè siècle. L’itinéraire à destination des
Antilles est le plus facile car il bénéficie des courants et des alizés.
Les transports maritimes sont dans un premier temps privilégiés et le peuplement reste essentiellement de façade
Les voies fluviales auraient pu favoriser les choses, mais leur destin fut incertain :
- en Amérique du Nord :
- Les fleuves de la côte est ne sont pas navigables du fait de la multiplication des rapides et des chutes
- Au nord, la voie St Laurent, découverte par Jacques Cartier dès 1534 est coupée par les rapides de Lachine, en amont de Montréal
- Le Mississippi est navigable, du sud, sur 1800km jusqu’aux rapides St Antoine qui ont fixé le site de Minneapolis. Mais pour accéder à ce
fleuve au Nord, il faut franchir les Appalaches.
- Ces deux fleuves ne facilitent l’accès à l’intérieur du continent que lorsque l’ère industrielle fournit les moyes des aménagements et des
liaisons nécessaires.
-en Amérique du Sud :
-La plupart des fleuves étant situés en situation marginale par rapport au sens initial de pénétration, ils n’ont eu qu’un rôle modeste.
-L’Amazone est navigable jusqu’à Manaus, soit sur près de 1500 km, mais sertie dans « l’enfer vert » elle n’est utilisée qu’à partir de la fin du
XIXè siècle et le boom du caoutchouc. Le bassin de l’Amazone, c’est 6 millions de kilomètres carrés, soit plus que l’Europe entière !
- Le Parana, navigable jusqu’à Corrientes, est surtout un fleuve frontière entre l’Argentine et le Pérou
L’immensité des unités structurales est une caractéristique de l’Amérique. Au nord et au sud on retrouve les mêmes grands ensembles
A l’ouest en bordure du Pacifique, une gigantesque chaîne de montagnes :
-Les Andes s’allongent sur plus de 7000 Km de façon continue. Cette chaîne isole une pleine côtière le plus souvent étroite (la largeur n’excède
parfois que 100km au Chili, et ne s’élargit qu’en Equateur) et impose sa méridianité par des bassins intérieurs qui ont constitué des centres de
peuplement. C’est dans ces vallées et dans l’Altiplano central, là où la chaîne s’élargit, que se sont structurées les civilisations indiennes alors que
l’immensité des terres était laissé aux divagations nomades
-En Amérique du Nord, ces hautes terres s’étalent sur plus de 1500 Km entre la chaîne côtière et les Rocheuses. Ces dernières ont été très peu
humanisées du fait de la sécheresse.
-A l’est des cordillères on retrouve au nord et au sud un ensemble de grandes plaines
-En Amérique du Sud elles s’organisent en trois grands bassins fluviaux :
-le système du Parana depuis la Pampa (terres fertiles) jusqu’au Chaco (forêt sèche)
-la plaine amazonienne qui communique avec la région précédente par la vallée du Guaporé. La foret dense amazonienne est difficilement
pénétrable
-la plaine de l’Orénoque. Les savanes et zones inondables de l’Orénoque n’ont été utilisées qu tardivement par les éleveurs
-On trouve en Amérique du Nord les grandes Plaines dont l’altitude augmente vers l’ouest depuis le Mississippi jusqu’aux
Rocheuses, qui couvrent près de 400 millions d’hectares.
-Les terres sont fertiles même si la sécheresse progresse vers l’ouest
-Domaine des troupeaux de bisons et de populations nomades qui les chassaient, elles sont le grand
domaine de l’expansion
de l’agriculture.
Le troisième grand ensemble est constitué par les socles de roches anciennes
En Amérique du Sud il est occupé essentiellement par le bouclier brésilien et celui des Guyanes
-L’un comme l’autre peuvent s’élever sur leur bordure jusqu’à plus de 2800m
-Le massif guyanais est essentiellement forestier alors que le plateau brésilien est composé de la forêt tropicale sur la façade océanique (peu à peu
défrichée) et de savane ou
Cerrados
à l’intérieur des terres.
-A l’extrême sud de l’Argentine, la Patagonie est un plateau battu par les vents que la latitude élevée rend inhospitalier.
- En Amérique du Nord, c’est au Canada que le bouclier a sa plus grande extension.
- Le paysage est constitué de collines morainiques et d’innombrables lacs au Nord
- Plus au sud, on trouve divers paysages de forêts, depuis la forêt boréale jusqu’aux pins des Etats du sud des Etats-Unis.
- Là aussi la grande forêt de feuillus de la partie intermédiaire s’est révélée un espace propice au défrichement agricole
-En Amérique Centrale
-Au Mexique, deux chaînes de montagne, la Sierra Madre orientale et la Sierra Madre Orientale, enserrent un plateau qui se rétrécit
vers le sud et dominent deux plaines littorales
-Au Sud de Mexico, un axe volcanique transversal annonce les paysages et les caractères fondamentaux de l’isthme :
- on y retrouve des paysages volcaniques
- cela devient le lieu de refuge de populations qui ont fui aussi bien la domination aztèque que celle de l’Espagne.
- aujourd’hui encore, dans le Chiapas, par exemple, elles revendiquent leur autonomie
CARTE SUR LES GRANDS FLEUVES D’AMERIQUE DE LA PAGE 35
2/Les milieux paraissent radicalement nouveaux
Partout la grande forêt tropicale luxuriante constitue un milieu difficile à maîtriser
Son défrichement s’est longtemps limité à la frange littorale sous domination portugaise ou au territoire restreint des îles sous les diverses
dominations européennes
- Partout c’est le travail des esclaves africains et la spéculation sucrière qui l’ont assuré
- Ce n’est qu’au XIX è siècle, avec l’augmentation de la population et l’attrait de nouvelles productions pour le marché européen, que
les défrichements ont pris de l’ampleur.
Mais la grande forêt amazonienne a résisté jusqu’à la mise en oeuvre des moyens mécaniques et des motivations spéculatives du dernier quart
du XXè siècle. Les sols de la forêt amazonienne s’appauvrissent très vite après le défrichement au point de ne pas permettre la reconstitution
de la foret initiale
L’une des grandes particularités de l’Amérique, au nord comme au sud, c’est l’énorme extension des formes de prairies, savanes
et steppes, autant de formations inconnues en Europe
En Amérique du Nord, elles s’étendent entre le Mississippi et les Rocheuses.
En Amérique du Sud :
- elles s’étendent en une écharpe qui traverse le continent depuis les steppes glacées de Patagonie jusqu’aux immenses Cerrados du
Brésil qui atteignent presque la côte nord du pays
- mis à part la Pampa argentine et ses voisins, les Campos de l’Uruguay et de l’extrême-sud du Brésil, cette vaste région de savanes
est restée en grande partie inexploitée jusqu’aux dernières décennies du XXè siècle
Restent les milieux montagnards qui s’étendent du nord au sud du continent
Dans la partie froide et tempérée, ces milieux sont restés déserts
En revanche, la montagne tropicale d’Amérique latine présente bien des originalités:
- Elle est d’abord le siège, du Mexique central jusqu’aux Andes, de la seule véritable paysannerie de tradition en Amérique
- C’est aussi une des rares agricultures de montagne du monde :
-L’étagement en altitude permet de mettre en relation sur de courtes distances des productions différentes et complémentaires
- Dans les plaines côtières et les basses vallées jusqu’à 1000 m c’est l’étage des terres chaudes auquel succèdent les terres
tempérées jusqu’à 2000 m puis les terres froides jusqu’à 4000 m et enfin les
paramos,
domaines du lama et du mouton
- A la différence des montagnes tempérées, nulle contrainte saisonnière ne pèse sur ces activités, ce qui facilite l’implantation
de paysanneries assez nombreuses
3/ Les contrastes entre nord et sud et entre côte et intérieur s’accentuent au XIXè siècle
A l’aube du XIXè siècle le Nouveau M onde est encore neuf au nord et déjà vieux au sud, mais au cours du siècle les avantages
s’inversent
Alors que les plaines tempérées et les ressources minières de l’Amérique du Nord sont mises en valeur (notamment avec la formation de
belts), la dispersion sud-américaine forme des régions éphémères ou dispersées
Entre le nord et le sud, un espace de marge se distingue progressivement : l’Amérique moyenne
La géographie d’abord multiplie les facteurs d’éclatement :
- l’insularité en premier lieu : plus de 40 îles pour une superficie qui n’atteint pas la moitié de celle de la France. Dans les Grandes
Antilles quatre îles rassemblent à elles seules 213 000 km2 insulaires
- les isthmes en second lieu sont des espaces morcelés par le caractère chaotique du relief qui alterne massifs montagneux, cônes
volcaniques…
Mais le morcellement des unités humaines est aussi et peut-être surtout le fruit de l’histoire
- Le morcellement politique, culturel et linguistique résulte des dominations successives (fruits de luttes acharnées pour la possession
des îles)
- Les îles ont été bouleversées par la conquête (massacre des indigènes, apport massif d’esclaves, exploitation coloniale pesante… ).
Leurs difficultés actuelles sont en grande partie un héritage de cette période, par leur fort peuplement et leur économie en crise.
- Au total le fractionnement politique a facilité le développement de l’influence américaine dès le début du XIXè siècle.
II/ LES FORM ES ET LES ETAPES DE L’APPROPRIATION DU TERRITOIRE
1/ La formation des Etats nationaux s’effectue au cours du XIXè siècle
Le fait le plus remarquable et le plus spécifique de l’Amérique c’est le lien fort entre expansion territoriale de style pionnier et
fixation des frontières
Deux pays se distinguent et imposent une comparaison: les Etats-Unis et le Brésil
Pour les Etats-Unis, c’est vers l’ouest et le sud que se fait l’expansion sur des territoires mal contrôlés par des métropoles affaiblies
Pour le Brésil, la progression vers l’Amazonie s’est faite au détriment de la zone d’influence attribuée à l’Espagne par le traité de Tordesillas (1494 entre la
Castille et le Portugal). Aujourd’hui les frontières sont fixées mais la progression continue : des éleveurs et planteurs de soja brésiliens se sont installés au
Paraguay et ont fait basculer ce pays dans une zone d’influence de son grand voisin
La naissance des Etats-nations s’est faite essentiellement au cours du XIXè siècle sous l’effet des idéologies alors dominantes, nationalisme et
libéralisme, mais aussi dans un contexte international ou trois grandes puissances ont pu jouer leur rôle
La France, prenant le relais des anciennes puissances impériales sur le déclin, a joué la carte de la construction d’une unité latine face au monde anglo-saxon.
Cela a été une des raisons de son intervention militaire au Mexique sous le Second Empire (1860)
L’intervention américaine s’est fondée sur la doctrine Monroe de 1823 : Elle a été décisive dans la formation de la carte de l’Amérique centrale. Les Etats-
Unis y sont intervenus dans près de 50% des tracés frontaliers, en réponse souvent aux demandes des compagnies bananières et des dictateurs qu’ils
soutenaient
Enfin la Grande-Bretagne, souvent rivale des Etats-Unis, a exercé un rôle dominant pendant tout le XIXè siècle en Amérique du Sud. La médiation britannique
a permis la constitution d’Etats tampons comme l’Uruguay.
2/ L’appropriation foncière prend des formes différentes en Amérique du Nord et du Sud
Des différences notables entre nord et sud du continent sont à remarquer
On assiste à une défaite des premiers occupants des lieux, au Pérou, au Mexique et aux Antilles. En Amérique du Nord c’est plutôt une cohabitation
progressive qui s’établit d’abord avec les Indiens
En Amérique latine, l’occupation s’est faite sous la direction ordonnée de la Couronne, alors qu’en Amérique du Nord le rôle des communautés (dissidents
religieux ou paroisses) ou celui des compagnies privées, est plus important.
Les Ibériques qui débarquent en Amérique au début du XVIè siècle ne sont pas du tout des pionniers. Dans les mentalités féodales qui sont les leurs, le
prestige ne vient pas du travail, mais du nombre d’hommes qui sont sous leur dépendance
- L’
encomienda
(pratique en vertu de laquelle les paysans libres pouvaient se mettre sous la protection d’un seigneur moyennant redevance) confie
l’administration, l’évangélisation et la levée de l’impôt aux nouveaux conquérants :
-Il en découle une confusion entre les responsabilités militaires, administratives puis politiques, et la possession de la terre (en effet le grand
domaine est solidement installé en Amérique latine)
-Partout en Amérique latine, le problème foncier est resté aigu et déterminant. Le grand domaine peu productif (
Latifundio)
domine :
- Au Brésil, 1% des exploitations contrôlent 50% des terres
- Au Guatemala, moins de 10 000 propriétaires contrôlent les deux tiers des terres cultivables
- Le
Latifundio
conduit à la ruine des
munifundio
(petite exploitation familiale)
En Amérique du Nord, la division des terres est davantage organisée par l’Etat :
- Au Canada la division des terres est décidée au XVIIè siècle, selon un plan d’ensemble qui instaure la division géométrique perpendiculaire au tracé
des fleuves : le rang canadien est né
- Aux Etats-Unis Jefferson est l’inspirateur d’un système agraire garantissant aux pionniers la légalisation de leurs terres, formé :
- du
grid pattern
, la division en
townships
de 6 miles sur 6 selon l’axe des méridiens et des parallèles, si caractéristique du paysage
géométrique du Middle West
- de la loi du
Homestead Act (
1862) qui donne la pleine propriété de la terre aux pionniers qui mettent en valeur un lot familial (64ha)
3/ Partout les migrants ont du trouver des solutions nouvelles face à l’immensité et la nouveauté des milieux
La principale activité en Amérique latine est l’élevage ;
une vraie civilisation s’est crée autour de l’élevage, avec :
- Ses produits : cuirs, viandes, cuisine
- Ses routes : celles des
tropas (
troupes de mulets qui ont servi de moyens de transport jusqu’à l’avènement des moyens mécaniques
)
- Ses étapes : celles des grandes foires du bétail qui sont devenues des villes
- Ses techniques : le char à boeufs, la force animale des moulins
- Ses fêtes :
rodeos
et
vaquejadas (exercice d’adresse consistant à renverser une vache sauvage)…
Les étapes de l’agriculture américaine
La plantation est issue d’un mariage inédit ente l’Europe et le monde tropical. A l’Europe les besoins, donc les marchés, les techniques, les capitaux, les
maîtres. Aux tropiques les terres, les plantes, les esclaves.
- En Amérique, la plantation est longtemps exclusivement sucrière avant de se diversifier au XIXè siècle
- La plantation a introduit et pour trois siècles, l’esclavage, et créé par ce biais un peuplement, une économie, une société et une culture originaux
- Certaines régions de « plantation » plus compétitives, se sont mises en place à la fin du XIXè siècle :
-la Pampa argentine pour le blé et la viande
-la région paulista pour le café
-le sud de Bahia pour le cacao
-les plantations bananières de l’Amérique centrale aux mains de sociétés nord-américaines
A partir du XVII è siècle les colons européens ont créé l’agriculture familiale américaine dont les éléments communs sont assez forts pour définir un type
(parcelle du
grid pattern
et ferme familiale
)
malgré la diversité de productions. La nécessaire efficacité et la concurrence ont cependant imposé des
spécialisations régionales fondatrices des célèbres
Belts.
Beaucoup plus tard, mais bien avant tout les autres, l’Amérique a inventé l’agriculture capitaliste ou
agribusiness.
Il s’en suit la création de
corporate farms,
en Amérique du Nord d’abord, puis en Amérique du Sud aujourd’hui, où sont réunis tous les caractères de l’exploitation capitaliste
4/ Les transports rendent possible la maîtrise de l’espace à l’échelle du continent
Une rupture s’installe au XIXè siècle entre Amérique du Nord et Amérique du Sud
L’Amérique du Nord maîtrise son espace à cette époque, alors que l’Amérique du Sud ne l’a pas achevée un siècle plus tard.
Différents éléments ont pénalisé l’Amérique du Sud :
- Le fractionnement national,
- La vigueur des obstacles naturels (Andes ou foret vierge),
- Le caractère extraverti des économies qui a réduit les infrastructures de transport à un simple rôle d’évacuation des productions agricoles vers le port
le plus proche
- Le rôle limité accordé aux fleuves alors qu’au contraire, aux Etats-Unis, les voies d’eau ont constitué des artères importantes lors de la pénétration
vers l’ouest et même aux premiers temps de l’essor industriel :
-Le Mississippi et le Missouri ont facilité la conquête des Grandes Plaines et l’accès au Pacifique
- L’Hudson permet l’accès aux Grands Lacs
En conséquence, des pistes bien modestes comparées aux routes américaines (notamment la route n°1 reliant 13 colonies puis le Maine à la Floride).
C’est le chemin de fer qui va tout changer : l’étape de la production locale et artisanale n’est plus
En Amérique du Nord :
- La première ligne est construite à Baltimore en 1830
- En 1850, il y a 14 000 km de voies, puis plus de 400 000 km au début du XXè siècle
- Des tracés transcontinentaux sont réalisés : Canadian Pacific, Great Northern, etc.
En Amérique du Sud :
- 35 000 km de voies au Brésil (10 fois moins que les Etats-Unis pour une superficie presque égale), 25000 km pour le Mexique
- Dans tous les cas, le chemin de fer a permis l’écoulement des productions vers les ports mais, construits par des sociétés étrangères pour une
rentabilité immédiate et dépourvus de plan d’ensemble, ils ont un tracé irrationnel et n’ont pas joué de rôle d’intégration ou de peuplement
III/ LA MOBILITE COMME PRINCIPE, LA METROPOLISATION COMME RESULTAT
1/ Les nations américaines sont des nations d’immigrants
Jusqu’à la fin du XVIIè siècle, l’immigration se fait à un rythme lent, conforme à la lenteur de la croissance démographique européenne, à la
difficulté du voyage et à celle des milieux
C’est une immigration au moins autant d’esclaves que d’hommes libres.
Dans les années 1820, il entrait en Amérique 4 à 5 esclaves pour un immigrant blanc. Les pertes « humaines » pour les esclaves durant la traversée, sont
estimées à 30%
A partir du XIXè siècle les données de l’immigration changent :
L’Amérique du Nord voit l’arrivée massive de Britanniques dès le XIXè siècle : les Britanniques représentent 80% des flux
L’Amérique du Sud attire peu : à la fin du XVIIè siècle, la population en Argentine est de 300 000 personnes
A partir de 1850 un bouleversement complet se produit :
L’accélération de la transition démographique, les effets sociaux de la révolution industrielle, l’éveil des nationalismes … déclenche une grande vague de
migrations européennes :
-En Amérique du Nord, la part des Britanniques diminue légèrement au profit d’un mélange de populations d’Europe centrale ou orientale (Austro-
Hongrois, Polonais) et d’Europe du Sud (Italiens, Grecs, balkaniques)
-En Amérique du Sud, les migrants sont essentiellement Latins :
- en Argentine, le peuplement est assuré par les Italiens (50%) et les Espagnols.
- on remarque aussi une immigration asiatique, les coolies chinois remplacent souvent les Noirs, par exemple dans les plantations sucrières de
Cuba ou pour l’extraction du guano au Pérou
- le Brésil a appelé des Japonais pour ses plantations de café dans les années 1930.
Après 1945, la migration vers les espaces libres du Nouveau Monde est bien finie, on se dirige aujourd’hui vers les mégapoles les plus développées
En Amérique du Nord, la fin de la frontière, la politique des quotas des Etats-Unis (lois de 1921-24) avaient provoqué un arrêt de l’immigration.
- Elle reprend après la Seconde Guerre mondiale avec l’accueil de réfugiés victimes du conflit, puis débouche sur une libéralisation progressive de sa
politique d’immigration
- Le Canada a une politique d’immigration volontariste
En Amérique du Sud, dans les grands pays d’immigration comme le Brésil ou l’Argentine, l’immigration est devenue marginale depuis les années 1960. Le
Brésil a fermé ses portes en 1965.
2/ Les migrations internes permettent une gestion originale de l’espace
La jeunesse du peuplement et l’occupation très inégale de l’espace qui en a résulté ont fait de l’Amérique le continent des fronts pionniers
Cette conquête de terres vierges a, selon des dynamiques différentes, occupé le XIXè siècle et le XXè siècle. Elle s’achève aujourd’hui, parfois de façon plus
brutale que prévu. Ainsi au Brésil, les grands fronts pionniers de l’après-guerre qui avaient peuplé la Pampa ou le sud du Goais ont connu des reflux
importants dès les années 1970 et 1980.
Jusqu’au XIXè siècle les métaux précieux, la canne à sucre, l’élevage ont été les trois principaux moteurs d’occupation de l’espace. Le système pionnier
d’alors est presque partout identique :
-conquête d’espaces vierges par défrichement de milieux favorables à la spéculation
- appel à une main d’oeuvre généralement immigrée d’Europe
-élaboration d’un réseau de transport généralement financé par des capitaux européens, associant chemin de fer et port d’exportation
-dynamique spéculative sur le plan foncier, sur le plan économique (guidé par les cours mondiaux des produits), voire politique (par l’adaptation du
pouvoir et du modèle économique aux intérêts de la classe dominante)
On peut dresser la chronologie et la carte de ces dynamiques pionnières
- le coton dans le Nordeste brésilien à l’occasion de la crise générée par la guerre de Sécession (1861-1865) aux Etats-Unis.
- le café à partir de 1860-1880
-au Brésil de la vallée du Paraiba jusqu’à l’intérieur de Sao Paulo et même le nord du Parana après la Seconde Guerre mondiale
- sur les versants des vallées du Cauca etMagdalena en Colombie
-sur le versants Pacifique de l’Amérique centrale et notamment au Costa Rica
- le cacao à partir de 1890 : sud de l’Etat de Bahia au Brésil et golfe de Guayaquil en Equateur.
- le tabac (Bahia et Minas au Brésil) dans les années 1890
- le caoutchouc dans les dures conditions de cueillette des basses vallées d’Amazonie (1880-1910)
- la viande surtout dans la Pampa (à partir des années 1880) mais aussi en Uruguay et, bien que le système soit moins élaboré, au sud du Brésil et dans
le Centre-Ouest (Minas, Goais, Mato Grosso) après la Seconde Guerre mondiale.
- les céréales et la laine dans la Pampa argentine après la guerre de 1914.
- les bananes :
- dont l’histoire singulière a marqué les républiques du même nom dans les plaines alluviales de l’Amérique centrale pendant le premier XXè
siècle.
- le développement des plantations bananières reprend dans les années 1950 et 1960 dans la région de Guayaquil en Equateur et dans une
moindre mesure aux Antilles.
- les cycles miniers plus ponctuels et notamment celui des nitrates, l’ »or blanc » de l’Atacama dans le nord désertique du Chili à la fin du XXè siècle.
Ce qui domine maintenant en Amérique latine, c’est l’exode rural, alors qu’il est pratiquement achevé en Amérique du Nord
Aux Etats-Unis l’exode rural accompagne l’essor industriel dès la fin de la guerre de Sécession, et provoque un départ des « petits » Blancs et des Noirs du
Sud vers les villes industrielles du Nord-est (cf. Dust Bowl des années 1930)
En Amérique latine, l’exode rural n’a pris de l’ampleur qu’après la Seconde Guerre mondiale et surtout depuis les années 1960
- Il provoque la croissance anarchique des villes, en particulier des plus grandes
- Mais faute de développement industriel, les conditions de vie dans ces « villes gonflées » sont problématiques : sous-emploi, délinquance,
bidonvilles. Même Sao Paulo, la dynamique métropole brésilienne, connaît ses premiers bidonvilles dès les années 1960
C’est aux Etats-Unis qu’on évoque une nouvelle dynamique migratoire, le
population dispersal,
du fait de l’émergence d’une phase post-
industrielle, ce qui n’est pas encore le cas en Amérique du Sud
Les Etats de la Manufacturing Belt ont perdu 2 millions d’habitants dans les années 1970, alors que les Etats du Sud et de l’Ouest en gagnent. Les retraités vers
la Floride et les Noirs de retour vers les villes du Sud constituent des composantes importantes
La population américaine est très mobile :
-En moyenne un habitant change 13 fois de résidence dans sa vie et tous les dix ans, l’équivalent de la population américaine déménage.
- Cette mobilité renforce la standardisation des lieux que confortent la publicité et les stratégies rationalisantes des grandes entreprises.
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