La laitiere et le pot au lait fable de lafontaine

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Publié le : jeudi 21 juillet 2011
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Séquence 4
L'apologue La laitière et le pot au lait
Fables
Cette fable, la dixième du livre VII du deuxièpublime recueil des Fables,ées par Jean de La Fontaine, poète contemporain de LouisXIV, en 1678, nous relate la mésaventure d'une jeune laitière un peu tropéprise par sa rêverie, qui verraàquel point le retouràla réalitépeutêtre brutal.
I.] La marche du texteNous découvrons Perrette en chemin pour la ville : l'imparfait (" prétendait arriver ", v. 3 ; " allaitàgrands pas ", v. 4) suppose que l'action est déjàengagée. Le narrateur nous invite doncàsuivre le personnage des yeux. Le rythme même des phrases ainsi que le développement du récit semblentépouser la marche physique et le cheminement mental ou la rêverie du personnage. Le rythme de la marcheLa longueur des phrases, plusétendues que dans bien des fables de La Fontaine, doit d'abord nous arrêter. La première phrase (v. 1à6) nous donneàlire une description en mouvement : tout se passe comme si l'on voyait le personnage de loin ; Perrette n'est d'abord qu'une simple silhouette que caractérise le pot portésur la tête. En la regardant s'approcher, on distingue de mieux en mieux les détails vestimentaires (le cotillon, les souliers). Le rythme binaire des vers suivants (v. 7à10)épouse le rythme de la marche en traduisant une sorte de balancement : les octosyllabes (v. 7-8) alternent avec des alexandrins (v. 9-10) ; les vers longs ("Achetait un cent d'oeufs,// faisait triple couvée ") comme les vers courts (" Notre Laitière // ainsi troussée ") sontégalement partagés ou scindés en deux partieségales (hémistiches) par une pause nettement marquée (césure). D'un rythme plus uni, le vers 11 (" La chose allaitàbien par son soin diligent ", c'est-à-dire avec application et zèle, elle menait son affaireàbien), oùla césure est moins marquée, nous fait sentir que Perrette allonge le pas, sous l'effet de son enthousiasme. Un cheminement mentalEn même temps que le rythme physique de la marche, le texte nous rend sensible le cheminement mental du personnage. On glisse insensiblement d'un phénomène d'anticipation bien compréhensible (après avoir vendu son lait, Perrette devra " employer " l'argent reçu)àune rêverie qui s'affranchit peuàpeu de la réalitéau point d'oublier le moment présent. L'imagination de Perrette s'emballe sans que l'on puisse direàquel moment exactement. Un jeu subtil sur la valeur des temps verbaux favorise ce glissement : l'emploi de l'imparfait au vers 9 (" en employait l'argent ") peut normalement prendre, dans un récit au passé. une valeur hypothétique proche du conditionnel (avec cet argent, je pourrais acheter. par exemple). La valeur de l'imparfait dans le vers suivant (" achetait un cent d'oeufs [ ... ] ") est déjàsensiblement différente : tout se passe comme si Perrette avait déjàoubliéla condition de ses projets (il faut d'abord vendre le lait), comme si le conditionnel était un futur certain. Un degrésupplémentaire est franchi dès le vers 11 : mentalement, les oeufs sont déjàcouvés. Le temps s'accélère, et c'est logiquement au présent que Perrette s'exprime ensuite au style direct (" Il m'est [...] facile ", v. 12). Ce brouillage des repères temporels est mis en lumière dans les vers 14à18 : les nombreuses occurrences du futur viennent signifier que Perrette se projette dans un avenir de plus en plus lointain. L'avancée est si rapide qu'àpeineévoquée (au futur), toute action devient aussitôt un passéen regard d'un nouveau projet ("Le porcàs'en- graisser coûtera peu de son // Ilétait quand je l'eus [...] // J'aurai en le revendant [...] ") Livréeàson imagination, " transportée ", Perrette vit donc l'avenir au présent (" Vu le prix dont il est ", v. 20), au point d'en oublier et le moment présent réel et la condition nécessaireàla chaîne de ses projets : le pot au lait qu'elle porte sur sa tête. qu'elle renverse en sautant.
II.] Une discrète ironieChronique d'une catastrophe annoncéeOn relèvera d'abord, au tout début du texte, des notations qui annoncent la catastrophe finale. Le verbe " prétendre " (" Prétendait arriver sans encombreàla ville ", v. 3), qui traduit un sentiment du personnage, peut laisser supposer qu'il n'en ira peut-être pas ainsi. De même, la description du vêtement de Perrette, et l'insistance sur sa légèretéou son agilité(v. 4-5) rendent d'avance vraisemblable le saut fatal du vers 22.Comme souvent chez La Fontaine, la description estàla fois réaliste - une paysanne jeune, un peu coquette, heureuse de se rendreàla ville -, et symbolique : personnage aérien et enfantin. Perrette marche comme on danse, et son aisance physique est aussi un signe de sa légèreté, au sens psychologique du terme. En rapportant ensuite les pensées du personnage, le narrateur nous donneàentendre, sans intervenir, la naïvetéde Perrette. L'essentiel du texte, du vers 12 jusqu'au vers 23, est au style direct mais avec les vers 9 et 10 on est déjàdans les pensées du personnage. Le vers 10 d'ailleurs est proche du style indirect libre (on entend : "j'achète d'abord une centaine d'oeufs,je les confie trois par troisàmes poules "). La chute du récitLe narrateur ne prend véritablement la parole qu'àla fin du récit, construit comme une chute. La formule fameuse, passée en proverbe, " adieu veau, vache, cochon, couvée ", nous fait remonter le fil du texte jusqu'au premier projet de Perrette, catastrophes en cascade comme au jeu des dominos. La désignation du pot par " sa fortune " est clairement ironique (avec le lait, c'est toute la richesse imaginée par Perrette qui se répand). L'apparition dans le texte de la figure du " mari " (soulignée par la rime comique traditionnelle : " marri " (= fâché/ mari ") participe de la même ironie. Rien jusque làne laissait supposer que Perretteétait mariée, mais, parce que le début du texte nous avaitégarésur une fausse piste en nous laissant rêveràune rencontre galante (la paysanne ingénue et coquette qui se rend seuleàla ville), nous avons ici le sentiment de " retrouver " quelque chose que nous aurions, comme Perrette, oublié, et de nousêtre nous aussi laissés prendre au piède l'imagination. On ne doit pas exclure enfin un jeu de mots sur " battue " : si Perrette avait battu son lait en beurre,ge peut-être aurait- elle sauvésa fortune et n'aurait-elle pas risquéd'être battue par son mari " !
Séquence 4
L'apologue
Fables
La fable révèle toute la subtilitédes récits de La Fontaine : un art du détail, un jeu avec le lecteur d'autant plus efficace qu'il est discret. L'ironie du texte est manifeste- mentàl'opposédu comique grossier de la farceévoquée au vers 28.
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