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Publié le : jeudi 21 juillet 2011
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Notes de lecture Lapoliset le marchÈ
Alain BRESSON,La Citémarchande. Bordeaux : Ausonius Publications, 2000, 343 pages . (Coll. ´Scripta Antiquaª). Diffusion : De Boccard, 11, rue de MÈdicis, 75006 Paris. ISBN : 2-910023-16-8
Fiche rÈdigÈe par Claude BORDES, professeur de SES au lycÈe GalilÈe de GuÈrande
´ AucunesociÈtÈ ne saurait naturellement vivre, mÍme pour peu de temps, sans possÈder une Èconomie dÕunesorteoudÕuneautre;maisavantnotreÈpoque,aucuneÈconomienÕajamaisexistÈquifut, mÍmeenprincipe,sousladÈpendancedesmarchÈs.[...]LegainetleproÞttirÈdesÈchangesnÕavait jamaisjouÈauparavantunrÙleimportantdanslÕÈconomiehumaine.QuoiquelÕinstitutiondumarchÈ aitÈtÈtoutfaitcourantedepuislaÞndelÕgedepierre,sonrÙlenÕavaitjamaisÈtÈquesecondaire dans la vie Èconomique.ª
histoire Èconomique de la GrËce antique est dominÈe par lÕesprit Õde Polanyi. Les travaux de lÕun de ses disciples constituent en L effet lÕorthodoxie actuelle sur le sujet. ´ MosesFinley considÈrait que lÕÈchange marchand, quantitati-vement nÈgligeable, ne jouait aucun rÙle structurel dans lÕAntiquitÈ classique, et niait catÈgoriquement lÕexistence dÕune quelconque 1 structure de marchÈ dans les mondes anciens. ª Ce sont ces thËses que le Bordelais Alain Bresson sÕemploie consciencieusement ‡ rÈfuter dans son ouvrageLa Cité marchande, publiÈ par lÕ universitÈ Montaigne. Sa dÈmonstration, extrÍmement Èrudite et documentÈe, est impitoyable. De Þl en aiguille, les douze articles et essais rÈunis dans ce volume rÈvËlent que le commerce extÈrieur Ètait tout sauf secondaire pour les citÈs grecques. La preuve en est que les importations de blÈ, en provenance de rÈgions aussi ÈloignÈes que la Sicile, lÕ… gypte, la CyrÈnaÔque, le Pont-Euxin, reprÈsentaient bon an mal an la moitiÈ des approvisionnements ‡ AthËnes et le tiers ‡ Rhodes. MÍme les Cyclades nÕÈ taient pas autosuffisantes, y compris en annÈe ordinaire. Vital pour la sÈcuritÈ alimentaire, ce commerce extÈrieur Ètait assurÈ par des commerÁants indÈpendants, motivÈs principalement par le ´mobile du gainª. Certes, le marchÈ aux grains Ètait forte-ment encadrÈ par les autoritÈs publiques mais, fondamentalement, les prix Ètaient dÈterminÈs par la loi de lÕ offre et de la demande. ´ DanslÕ histoiredes sociÈtÈs humaines, cÕest la premiËre fois que lÕ on voit de grandes concentrations de population accepter comme un Ètat normal et ordinaire de dÈpendre aussi directement, pour leur survie mÍme, dÕ approvisionnements aussi lointains, reposant non pas sur des tributs imposÈs par une quelconque forme de domination politique, mais sur des Èchanges de type commercial, assurÈs par une multitude de dÈcisions individuelles dÕ achat et de vente.ª (page 269)
L’État et le commerce extérieur Invoquant Aristote, Finley soutient que, dans le monde des citÈs, lÕ… tat nÕ avait pas de politique commerciale en dehors ´dÕ une
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Karl Polanyi,La Grande Transformation, 1944 (page 71)
politique dÕ importation visant ‡ assurer lÕ approvisionnement de lÕ… tat et des citoyens en un certain nombre de denrÈes essentielles pour leur existenceª ;en dÕautres termes, il nÕavait pas de politique dÕ exportation. En fait, Aristote voit dans lÕÈchange extÈrieur le complÈment indis-pensable de ´lÕautarcie naturelleª pour satisfaire latrophè, les besoins alimentaires de la citÈ; mais il est bien conscient quÕil faut exporter si lÕ on veut importer: ´sÕ il nÕ existe pas de besoin rÈciproque entre deux parties, soit de la part des deux ‡ la fois, soit dÕune seule, elles nÕÈ changent pas. Comme lorsque lÕ autre manque de ce dont on a besoin soi-mÍme, par exemple de blÈ, et que les deux partenaires 2 offrent une licence dÕ exportation de vinª (page 114). Ce lien entre importations et exportations est plus explicite encore dans ces propos de Socrate rapportÈs par Platon (La République) : ´ Mais, dis-je, il serait presque impossible de fonder cette citÈ en un endroit o˘ elle nÕaurait besoin de rien importer. ÐCÕ estimpossible, en effet. ÐElle aura donc encore besoin dÕautres personnes pour lui apporter dÕune autre citÈ ce qui lui manque. ÐElle en aura besoin. Ð Et si lÕ intermÈdiaire part les mains vides, sans rien apporter de ce dont manquent ces citÈs o˘ il va chercher ce dont ont besoin ses propres concitoyens, il reviendra les mains vides, nÕest-ce pas? ÐIl me semble. ÐIl faut donc non seulement produire des denrÈes en quantitÈ appropriÈe au pays, mais encore en nature et en quantitÈ, celles dont manquent les partenaires? ÐIl le faut, en effet. ÐIl faut donc augmenter dans notre citÈ le nombre des laboureurs et des artisans. ÐEn effet, il faut lÕ augmenterª (page 118). Par consÈquent, lÕ…tat doit se soucier de connaÓtre non seulement les manques des consommateurs mais aussi les surplus des produc-
1.Bresson, page 267.Économie et société en Grèce ancienne, de Moses Finley, date de 1981. 2.¿ ce titre, le commerce extÈrieur fait partie de lÕ´art naturel dÕacquisitionª quÕAristote oppose ‡ la chrÈmatistique, forme ´artiÞcielle ªdÕacquisition qui ´ seprend elle-mÍme pour sa Þn, et dont le but nÕest pas la satisfaction dÕun besoin maisla soif inextinguible de lorª(page 114). Indissociable de lÕÈchange marchand, elle sÕest logiquement dÈveloppÈe avec lui. Cf. chapitreVI: Aristote et le commerce extÈrieur.
teurs si lÕ on veut pouvoir combler les premiers en Ècoulant les seconds. ¿ cet effet, les dirigeants des citÈs doivent, selon Aristote, ´ connaÓtreles …tats ‡ qui demander une licence dÕ exportation, et ceux ‡ qui demander une licence dÕ importation, aÞn de conclure avec eux des accords de commerceª. ¿ la diffÈrence de Byzance et Corcyre, situÈes en des points de passage obligÈ des navires marchands sur des routes commerciales trËs frÈquentÈes, les autres citÈs devaient, pour assurer leurs impor-tations et leurs exportations, se lier par des conventions, des traitÈs. Il sÕ agissait de garantir aux commerÁants Ètrangers le respect des contrats commerciaux, ou de rÈserver des privilËges commerciaux ‡ certaines citÈs: cÕest ainsi que les AthÈniens bÈnÈÞciaient dans le Bosphore dÕune prioritÈ dÕembarquement et de lÕatÈlie, tous avantages consentis au principal client du royaume (en 340 av. J.-C., sur 230 navires arraisonnÈs par le roi de MacÈdoine ‡ lÕ entrÈe nord du 3 Bosphore, 180 Ètaient ‡ destination dÕ AthËnes). Pour sÈcuriser ses approvisionnements, les AthÈniens ne pouvaient exercer la police des mers et imposer la libre circulation des grains dans la rÈgion; mais ils pouvaient ´persuader ªles diffÈrents …tats maritimes de ´laisser passerª les navires ‡ destination dÕ AthËnes. Ainsi, lorsque le tyran Dyonisos dÕHÈraclÈe du Pont Þt arraisonner le navire dÕ HÈrakleides de Salamine, il reÁut la visite dÕ un ambas-sadeur athÈnien porteur dÕ un message lui demandant instamment ´ derendre les voiles dÕ HÈrakleides et, ‡ lÕ avenir, de ne pas nuire ‡ ceux qui naviguent vers AthËnesª. Par-del‡ les accords commerciaux, la politique commerciale des citÈs grecques consistait aussi en la rÈglementation des Èchanges. ¿ AthËnes, les exportations de blÈ Ètaient interdites. Il en allait de mÍme pour certaines importations, quand elles gÍnaient les producteurs locaux. Par exemple, la citÈ vinicole de Thasos proscrivait lÕ importation de vin. En 425, les produits des pays ennemis sont interdits ‡ AthËnes, et les MÈgariens, ne pouvant plus exporter leurs manteaux de laine ni leur sel, sont bientÙt affamÈs. Inversement, en 167-160 av. J.-C., le royaume sÈleucide accordait aux commerÁants milÈsiens ´une exemption de taxes pour toutes les productions 4 du territoire de Miletª. En rÈsumÈ, les citÈs ne se privaient pas dÕ accorder ou de refuser droits et privilËges commerciaux tant ‡ lÕ exportation quÕ‡lÕ impor-tation. On vit mÍme certaines citÈs, particuliËrement impliquÈes dans le commerce de longue distance, sÕassocier pour Ètablir au loin des comptoirs commerciaux. On trouve ainsi des ports de commerce grecs sur les cÙtes de Syrie (Al Mina, Ras El Bassit, Tell Soukas), dÕ Italie(Gravisca), dÕ…gypte, o˘ neuf citÈs dÕAsie Mineure crÈËrent 5 e auVIIsiËcle av. J.-C. lÕemporionde Naucratis. Dans ces conditions, il faut bien admettre que les …tats grecs, en tous cas les citÈs qui regardaient vers la mer, sÕ intÈressaient direc-tement au commerce extÈrieur, et dans tous ses aspects. Mais cela ne suffit pas ‡ rÈfuter le cÏur de la thËse de Finley et Polanyi, selon qui, en GrËce antique pas plus que dans les sociÈtÈs prÈcapitalistes, lÕÈ conomie nÕ existait comme sphËre autonome. Alain Bresson va dÈconstruire cette idÈe reÁue en deux temps: dÕ abord, il montre que la distinction public-privÈ nÕ a guËre de sens dans la GrËce antique, la gestion publique Ètant orientÈe par les mÍmes principes de comportement Èconomique que la gestion privÈe, cÕ est-‡-direpar le ´mobile du gainª; ensuite, il montre que le marchÈ Ètait tout sauf secondaire, puisque les citÈs grecques en dÈpendaient
pour satisfaire leurs besoins de base, et que la loi de lÕ offre et de la demande dÈterminait pour lÕ essentiel la fixation des prix sur les marchÈs aux grains.
La logique microéconomique de l’Étatpolis LÕ idÈe dÕ une sÈparation entre lÕÈ conomie et lÕ… tat, la premiËre relevant de lÕactivitÈ privÈe, et le second traitant des affaires publiques, 6 ne sÕ applique pas au monde des citÈs. En pratique, lÕ…tat-polisnÕÈ taitunepas gÈrÈe trËs diffÈremment dÕ sociÈtÈ par actions. Club de citoyens, il fonctionnait comme machine ‡ acquÈrir et distribuer desprosodoi. En ce sens, lÕ… tat nÕ agissait pas diffÈremment des associations intermÈdiaires (tribus, dËmes, phratries, associations religieuses) qui louaient les terres, les carriËres et les b‚timents quÕ elles possÈdaient au bÈnÈfice de leurs membres. Tous sÕemployaient ‡ gÈrer leurs actifs de la faÁon la plus rentable possible. Au reste, lorsque Aristote distingue dans lÕÈ conomique la nature de chaqueoikonomiai, il fait bien ressortir quÕ administrer lÕÈ cono-mie du royaume, celle du satrape, celle de la citÈ, ou celle de lÕoikos, revient en fin de compte ‡ gÈrer des entrÈes et des sorties dÕ argent. LÕÈ conomie se confond donc avec lÕ administration ÞnanciËre. ´ Lepoint important, interroge Bresson, nÕest-il pas de saisir que la gestion dÕ un …tat, quÕ il sÕ agisse dÕ un royaume ou dÕ une citÈ, est assimilÈe ‡ celle dÕunoikosacquisition peuvent varier? Les formes dÕ Ð unparticulier ne lËve pas dÕ impÙt foncier ou de taxes Ðmais fondamentalement le principe reste toujours identique: engranger desprosodoit du dÈtenteur du ´bien ª,qui seront utilisÈs au proÞ le roi pour le royaume, les citoyens pour la citÈ, le chef de famille pour lÕoikos. Cela signiÞe par exemple que le droit de lever des taxes nÕ est pas conÁu de maniËre diffÈrente de celui du particulier qui va exiger un fermage sÕ il met un champ en location. Et que le produit de ces taxes comme les revenus tirÈs de la ferme doivent revenir respectivement aux citoyens et au propriÈtaires de lÕ exploitation agricole.ª (page 248)
3.Cf. chapitreVII: LÕattentat dÕHieron et le commerce grec. 4.Tout cela suppose que les autoritÈs pouvaient connaÓtre assez prÈcisÈment lÕidentitÈdes commerÁants, la nature et la provenance de leur cargaison. Les rares documents douaniers retrouvÈs donnentpenser que cÕtÈait le cas. ¿Kyparissia ouDÈlos, la rÈglementation imposait aux commerÁants de dÈclarer parÈcrit les cargaisons. En outre, les marchands avaient avec eux un exemplaire du contrat maritime et tenaient une comptabilitÈprÈcise de leurs achats et de leurs ventes, ne seraitce que pour se justiÞer auprËs de leurs commanditaires ou de leur patron. 5.Cf. chapitreI: Rhodes, lÕHellenion et le statut de Naucratis.¿Naucratis, le pharaon accordait aux commerÁants grecs des concessions de terrains, le droit dÕhonorer leurs dieux et dÕorganiser leur communautÈleur guise. Comme cÕÈtait le seul port de commerce ouvert aux Grecs, les citÈs fondatrices Ètaient avantagÈfortes du contres :Ùle administratif du port et de la gestion du principal sanctuaire (lÕHellenion), elles pouvaient favoriser leurs commerÁants. EnÈchange, lÕ…tatÈgyptien collectait sur chaque arrivage une taxead valoremde 10 %, payable en or ou en argent; cela lui assurait en outre un approvisionnement rÈgulier en bois, mÈtaux, vin, huiles parfumÈs, laines, tous produits pour lesquels il eutÈtÈrisquÈde ne compter que sur les PhÈniciens, qui commerÁaient aussi avec les Perses, lÕennemi hÈrÈditaire.¿ce titre, NaucratisÈtait´un point de rencontre entre une zone o˘lÕÈchange marchand rËgle la circulation des produits, et une zone o˘il est presque absent et o˘rËgne le systËme du tribut aux sanctuaires, aux dignitaires et au roiª(page 57). 6.Cf. chapitreXI: Prosodoi publics, prosodoi privÈs : le paradoxe de lÕÈconomie civique.
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La guerre Ètait le moyen par excellence dÕ engranger desproso doi. Ainsi, la guerre de Troie fut ‡ bien des Ègards une expÈdition de pillage: quÕ on se rappelle dansLIlliadeit entre Achillele conß et Agamemnon pour sÕ emparer de la belle BrisÈis, ou le rÈcit que fait Nestor du partage du butin pris aux EpÈens. Il arrivait que le butin advienne sans combattre: pendant la durÈe des siËges, on pouvait extorquer des prix trËs ÈlevÈs aux habitants assiÈgÈs, en Èchange du grain de leurs propres fermes! La guerre permettait aussi la colonisation des terres, lÕ asservissement des prisonniers, lÕ assujettissement des populations soumises, devenues taillables et corvÈables (sur les terres colonisÈes). Surtout, sa suprÈmatie militaire permit ‡ AthËnes de monnayer sa protection aux Óles et citÈs vassales, moyennant un tribut, lephoros, gr‚ce auquel Ètaient payÈs lesmisthoides soldats, juges et magistrats. Ces expÈditions guerriËres Ètaient financÈes ‡ lÕ instar des expÈditions commerciales. Des citoyens acquittaient deseisphorai pour rÈunir le capital nÈcessaire ‡ lÕ armement des triËres. Mais en 355 av. J.-C., au moment du dÈclin de lÕ empire, XÈnophon constate que lesesphoraine rapportent plus de dividendes, et les associÈs ne rentrent mÍme plus dans leur frais. SÕ agissantdes ressources obtenues par des voies plus paciÞques, comme lÕexploitation des mines et carriËres, les divers impÙts et les taxes sur les Èchanges, elles devaient rapporter plus directement encore aux citoyens. Une grande partie de ces recettes Ètait affectÈe ‡ la production de biens collectifs, tels que la construction de systËmes dÕ adduction dÕ eau et de fontaines, de fortiÞcations, de sanctuaires,Émais une autre partie, non nÈgligeable, Ètait redistribuÈe directement aux citoyens. Ainsi, les Siphniens se rÈpartissaient entre eux le produit des mines dÕ argent. Il en allait vraisemblablement de mÍme des Thasiens avec leurs mines dÕ or et dÕ argent, et des AthÈniens avec les mines du Laurion, avant la deuxiËme guerre mÈdique (HÈrodote rapporte que les citoyens allaient recevoir dix drachmes chacun lorsque ThÈmistocle les persuada dÕ armer plutÙt une flotte de e deux cent triËres pour faire la guerre contre Egine). DËs leVsiËcle, lÕ usage fut pris ‡ AthËnes de distribuer desmisthoi‡ certains e magistrats, pratique Ètendue auIVsiËcle aux citoyens assistant aux dÈlibÈrations de lÕ assemblÈe; de mÍme, les jours de fÍte, Ètait distribuÈe une indemnitÈ, appelÈetheorikon, qui servait ‡ compenser pour les plus pauvres la perte desmisthoi. Dans cette logique, il nÕy avait pas de place pour les considÈrations macroÈconomiques. Acteur Èconomique, lÕ…tat Ètait intÈressÈ ‡ tout ce qui Ètait susceptible de rapporter desprosodoio˘ la taxation des. DÕ Èchanges aussi bien ‡ lÕ exportation quÕ‡lÕ importation, politique paradoxale o˘ Finley voyait une preuve de lÕ absence dÕ intÈrÍt de lÕ… tatgrec pour lÕÈconomie !DÕ o˘aussi lÕintÈrÍt pour le commerce en gÈnÈral, qui conduisit les citÈs ‡ faire le nÈcessaire pour asseoir la bonne rÈputation de leur place de commerce. En dÈÞnitive, nous dit Alain Bresson, ´cÕ est en elle-mÍme la notion dÕÈ conomie immergÈe dans le social quÕ il faut remettre en cause. ¿ ce compte, en effet, on pourrait tout aussi bien dire que cÕ est lÕ… tat-polisqui est immergÈ dans lÕÈ conomieª. ´ Enne retrouvant pas les traits qui sont ceux de lÕÈ conomie moderne, on conclut trop vite que les anciens Grecs nÕ avaient pas dÕÈ conomie et que cÕÈ tait la politique qui tenait lieu de tout. Telle quelle, la thËse de lÕhomo politicusopposÈ ‡ lÕhomoœconomicus
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de lÕÈpoque mÈdiÈvale ne nous paraÓt pas acceptable. [É] La structure poliade est un tout. On nÕaurait pu changer lÕ…tat sans changer tout le reste. CÕest en ce sens, et en ce sens seulement, que lÕon peut dire que le systËme Èconomique de la polis Ètaitembeddeddans la sociÈtÈ. Mais il est vrai quÕ‡ce niveau de rationalitÈ, lÕ affirmation vaut pour toutes les sociÈtÈs et nÕest donc quÕun truisme. Si au contraire, on saisit que la recherche desprosodoiet en contrepartie la satisfaction directe des besoins des acteurs sociÈtaires (quÕil sÕagisse des citoyens ou des particuliers) sont toujours restÈes lÕun des pivots du systËme civique comme du systËme de lÕoikos, on comprend que lÕÈ conomie Ðentendons lÕÈ conomie des Grecs Ðait au contraire ÈtÈ omniprÈsente.ª (page 259) Reste la question de fond: dans quelle mesure existait-il en GrËce antique une sphËre du marchÈ relativement autonome, cÕ est-‡-dire une structure de marchÈs qui seraient principalement rÈgulÈs par la loi de lÕ offre et de la demande?
Le marchéet la cité La vision dÕ un monde grec peuplÈ de paysans autarciques ne reßË tepas la rÈalitÈ. Elle nÈglige dÕ abord la question de la rente et des prÈlËvements publics. Nombre de paysans grecs nÕÈ taient pas propriÈtaires et versaient des fermages: payables en nature ou en monnaie, ils supposaient quÕune part des rÈcoltes Þnisse sur le marchÈ (certains riches propriÈtaires, comme PÈriclËs, vendaient lÕ intÈgralitÈ de la production de leurs domaines). Au-del‡, chaque citoyen devait acquitter lÕ impÙt, acheter lÕ armement dÕ hoplite; et les citÈs vassales payaient tribut ‡ AthËnesÉPar consÈquent, tous devaient faire apparaÓtre un surplus commercialisable. Elle nÈglige ensuite lÕ importance du calcul Èconomique dans lÕ activitÈ Èconomique. La mise en valeur dÕ un domaine agricole impliquait des investissements considÈrables: dÈfrichement, amÈnagement de terrasses, construction de b‚timents, achat dÕ esclaves,ÉLe cas du pËre dÕ Ischomaque, citÈ par XÈnophon, qui achËte des terres en friche, les met en valeur, puis les revend par lots, ne cadre pas avec la vision dÕ une sociÈtÈ ignorant le principe du marchÈ. ¿ AthËnes, constatait XÈnophon, lÕallocation du travail dÈpendait largement des prix: ´Lorsque les bronziers sont en nombre trop ÈlevÈ et que les prix de leurs productions sont en baisse, ils abandonnent leur mÈtier, et il en va de mÍme pour les forgerons ;et si le grain et le vin sont en abondance et que le prix de ces productions est bas, leur culture ne sÕ en trouve plus rentable, si bien que nombreux sont ceux qui abandonnent le travail de la terre et se tournent vers le grand commerce, le commerce de dÈtail et le prÍt ‡ intÈrÍtª (page 293). Elle nÈglige enÞn lÕ importance de la division du travail. Chios, Thasos, Lesbos, puis Cos et Rhodes dÈveloppËrent une viticulture orientÈe vers lÕ exportation. Certaines citÈs se spÈcialisËrent dans lÕ artisanat dÕ exportation: par exemple, MÈgare dans le textile, et AthËnes puis Tarente dans la cÈramique dÈcorÈe. Lesbos fournit un bon exemple du rÙle fondamental de lÕÈchange 7 et de la division du travail en GrËce ancienne . Forte dÕ un terroir fertile, lÕÓ le a une vocation agricole, mais les citÈs les mieux dotÈes
7.Cf. chapitreV: La dynamique des citÈs de Lesbos.
‡ cet Ègard, les citÈs de lÕ intÈrieur, sont celles qui se sont le moins dÈveloppÈes (y compris par la taille de leur population). Quant aux citÈs cÙtiËres, ce sont celles de la cÙte ouest qui ont le mieux tirÈ leur Èpingle du jeu. ¿ la diffÈrence des citÈs de lÕ est, ouvertes sur le grand large, MytilËne et MÈthymna Ètaient situÈes sur la grand-route commerciale qui longeait la cÙte asiatique (une route empruntÈe par les navires parce quÕelle Ètait abritÈe des vents violents). Pour les citÈs de Lesbos, la possibilitÈ de sÕinsÈrer dans les circuits dÕÈchange de longue distance Þt donc toute la diffÈrence. Alain Bresson peut alors Ècrire: ´En fait, si lÕ on se place au niveau dÕ une citÈ, ce nÕ est que si lÕ on nÕ avait rien ‡ offrir sur les marchÈs extÈrieurs que lÕ on pratiquait une autoconsommation exclusive. [É] LÕabsence dÕimportation nÕÈtait alors que la traduction de lÕ incapacitÈ ‡ exporter: cÕ est faute de pouvoir importer que lÕ on Ètait contraint de produire, selon les cas et si les donnÈes naturelles le permettaient, cÈrÈales, vin ou huile de mauvaise qualitÈ, au prix dÕun surtravail considÈrable. LÕÈtablissement des prix ‡ lÕagora de la citÈ se faisait alors en fonction des seules denrÈes produites localement. On Ètait condamnÈ ‡ la mÈdiocritÈ et ‡ la pauvretÈ, on sortait du devant de la scËne pour lÕabandonner ‡ ces citÈs ouvertes ‡ lÕÈ change, urbanisÈes, monÈtarisÈes, qui menaient le cours de lÕ histoireª (page 297). Le principe du marchÈ Ètait donc un ÈlÈment essentiel de lÕÈ conomiedes citÈs: ´Non seulement le marchÈ existait bel et bien, mais on peut mÍme dire que, comme structure politique et sociale, il Ètait un ÈlÈment clÈ du dynamisme des sociÈtÈs civiques, et faisait toute leur spÈciÞcitÈ par rapport aux sociÈtÈs orientales, qui, elles, fonctionnaient principalement sur le mode de la redistributionª (page 272). Reste ‡ montrer que les prix qui sÕÈ tablissaient sur les marchÈs Ètaient des prix de marchÈ.
Laxation des prix sur les marchés QuÕ ilsÕ agissedes marchÈs de gros de lÕemporiumou des marchÈs 8 de dÈtail de lÕ agora, la formation des prix se faisait en fonction de lÕ offreet de la demande, quand bien mÍme les autoritÈs sÕefforÁaient dÕ encadrer les prix. Le cas du marchÈ aux grains dÕ AthËnes suffit ‡ le montrer. Le commerce des grains Ètait Ètroitement rÈglementÈ. La loi interdisait tout contrat de transport maritime pour des destinations autres quÕ AthËnes. Cela signiÞe que, sur la place dÕ AthËnes, le prÍteur ne pouvait Þnancer des expÈditions commerciales destinÈes ‡ lÕ approvisionnement des marchÈs tiers, et le ´preneur ªne pouvait dÈcharger le grain importÈ ailleurs quÕ au PirÈe. …videm-ment, les marchands ne lÕ entendaient pas toujours ainsi: dans leC. Dionisodoros, le plaignant rapporte que ´les uns expÈdiaient dÕgyptelesdenrÈes,dÕautresfaisaientlevoyageaveclesmar-chandises, dÕautres enÞn demeurant ici en assuraient lÕÈcoulement. En fonction deskathestèkuiai timai[cf. infra], ces derniers envoyaient des lettres ‡ ceux qui se dÈplaÁaient, de sorte que si chez vous le grain Ètait cher, on en faisait livrer; si son prix devenait meilleur marchÈ, on le dirigeait vers une autre place de commerceª. En lÕ espËce, le contrat prÈvoyait une clause de retour vers AthËnes, mais Parmeniskos, ´ayant reÁu la lettre envoyÈe par Dionisodoros [son associÈ], et appris les kathestèkuiai timaisur notre place, dÈcharge son grain ‡ Rhodes et lÕ y vendª (page 187).
La loi contraignait aussi les importateurs ‡ expÈdier un tiers du grain dÈbarquÈ vers lÕ agora du PirÈe et deux tiers vers lÕ agora dÕ AthËnes; ce nÕ est quÕ une fois rendu ‡ lÕ agora que le grain pouvait Ítre vendu auxsitopôlai(marchands de grains), mais ceux-ci ne pouvaient acheter plus de cinquante charges, et leurs marges bÈnÈÞciaires Ètaient contrÙlÈes par lessitophylaques(les magistrats responsables du marchÈ). De faÁon gÈnÈrale, les autoritÈs sÕefforÁaient de concilier tant bien que mal deux objectifs: attirer les marchands et le grain vers la place dÕ AthËnes,ce qui supposait de prÈserver la proÞtabilitÈ du commerce; ‡ cet Ègard, les contraintes imposÈes aux marchands demeuraient raisonnables si lÕ on mesure ce que reprÈsentait pour eux le marchÈ athÈnien en termes de dÈbouchÈs, de facilitÈs de rÈexportation et dÕ accËs au capital; protÈger les consommateurs, en garantissant un approvisionnement rÈgulier et ‡ bas prix. ¿ cette Þn, les autoritÈs Ètablissaient le prix officiel du marchÈ de gros (kathestèkuia timè), rÈguliËrement ajustÈ en fonction de lÕÈ tatdu marchÈ. Compte tenu du poids du marchÈ athÈnien, ce prix servait de rÈfÈrence pour tous les commerÁants de la rÈgion. …videmment, ces derniers nÕ auraient pas trouvÈ avantage ‡ vendre ‡ AthËnes sÕ ils jugeaient les prix officiels insuffisamment rÈmunÈ-rateurs. Pour le Socrate de XÈnophon, cela semble aller de soi: ´ Cesmarchands aiment tellement le grain que, sÕ ils apprennent quÕ ilabonde quelque part, ils prennent la mer pour aller le chercher au loin, en franchissant la mer EgÈe, la mer Noire et la mer de Sicile. Puis, aprËs sÕen Ítre procurÈ le plus quÕils peuvent, ils le transportent ‡ travers la mer, et cela en lÕ embarquant dans le bateau sur lequel ils naviguent eux-mÍmes. Quand ils ont besoin dÕargent, ils ne sÕen dÈfont pas au hasard dans le premier endroit venu, mais ils le transportent l‡ o˘ ils ont entendu dire que le grain atteint le plus haut prix et o˘ les gens le paient le plus cher, et cÕ est ‡ eux quÕ ils lÕ apportent et le livrentª (page 302). Quand le grain se faisait rare et que les prix sÕ envolaient, les magistrats du port usaient de persuasion pour inciter les gros commerÁants qui frÈquentaient la place ‡ livrer leur grain ‡ la kathestèkuia timè. Outre quÕ‡ce prix ils faisaient encore un confortable bÈnÈÞce, des prix et des mesures honoriÞques (comme lÕÈ loge public) rÈcompensaient les premiers volontaires. En une occasion, comme le prix du blÈ Ètait montÈ jusquÕaux 16 drachmes par mÈdimne, HÈrakleidËs de Salamine accepta de vendre son grain ‡ lakathestèkuia timè, soit 5 drachmes. En remerciement, il reÁut un prix de 500 drachmes et un dÈcret fut publiÈ pour faire connaÓtre ‡ tous sa gÈnÈrositÈ. Avec le temps, il reÁut aussi le titre de proxËne, et le droit de possÈder terres et maison, de payer lÕimpÙt et de faire campagne. En outre, mais de faÁon plus marginale, la citÈ stockait une partie du grain des Óles ‡ clÈrouques (Lemnos, Skyros, Imbros, ChersonnËse) et le revendait ‡ bas prix aux citoyens en pÈriode de disette. Par ces diffÈrents moyens, les autoritÈs parvenaient ‡ stabiliser les prix dÕ un jour ‡ lÕ autre, et ‡ lutter contre la spÈculation et les prix excessifs quand le grain venait ‡ manquer. Mais, en derniËre analyse, le prix du grain Ètait dÈterminÈ par la loi de lÕ offre et de la demande.
8.Cf. chapitreIX: Prix officiels et commerce de grosAthËnes.
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´ CÕÈtait toute la diffÈrence entre lÕhestèkuia timèstable de lÕ… gypte Lagide et lakathestèkuia timè: envariable dÕ AthËnes …gypte, lÕautoritÈ royale avait une maÓtrise totale de lÕoffre, puisquÕelle contrÙlait les cultivateurs de la chora. Rien de tel bien s˚r ‡ AthËnes, qui, sÕagissant du grain, nÕavait aucun moyen de contrÙle sur la plus grande partie de lÕ offre.ª (page 205) CÕÈ taitaussi toute la diffÈrence avec la France de lÕAncien RÈgime, o˘ lÕon pouvait sans risque obliger les paysans ‡ livrer leur grain au bourg, et menacer de la prison les fermiers ´spÈculateurs ª.Tandis quÕ AthËnes, Rhodes, MytilËne ou Chios nÕ avaient dÕ autre choix que de ´ß atterles commerÁants importateurs pour les attirer vers leuremporionª. Sur lÕ agora aussi, les magistrats de la citÈ exerÁaient un contrÙle 9 des prix . Voici comment Plaute prÈsente le rÙle de lÕ agoranome: ´ lesbonnes marchandises, il en rËgle le tarif de maniËre quÕ elles soient vendues pour ce quÕelles valent; les mauvaises, pour quÕelles appauvrissent leur propriÈtaire ‡ proportion des dÈfauts quÕelles prÈ-sentent ª(page 173). En pratique, les agoranomes se limitaient le plus souvent ‡ rÈgler les diffÈrents, ‡ veiller ‡ la conformitÈ des poids et mesures, et ‡ sanctionner les vendeurs proposant un rapport qua-litÈ-prix insuffisant. ApulÈe rapporte les mÈsaventures de Lucius sur le marchÈ aux poissons dÕHypala :Lucius est tout heureux dÕobtenir pour 20 deniers un poisson plus trËs frais; l‡-dessus survient Pythias, lÕ agoranome, qui conÞsque ce poisson pas frais et le fait piÈtiner devant le vendeur, privant lÕ infortunÈ Lucius de son dÓner. En fait, pour assurer le succËs de leur marchÈ, les autoritÈs balanÁaient entre deux politiques: contrÙler les prix pour attirer les acheteurs; ne pas contrÙler les prix pour attirer les vendeurs, en escomptant que lÕ offre sera plus abondante et pËsera sur les prix. Une alternative consistait ‡ faire bÈnÈÞcier les commerÁants de lÕ atÈlie, mais de faÁon gÈnÈrale, les autoritÈs cherchaient ‡ mÈna-ger la chËvre et le chou, balanÁant au grÈ des circonstances, mais veillant ‡ ne pas dÈcourager lÕoffre. En sorte que, l‡ encore, les prix Ètaient en derniËre analyse dÈterminÈs par la loi de lÕ offre et de la demande. En Þn de compte, contrairement aux intuitions de Polanyi, cÕÈtait bien le principe du marchÈ qui gouvernait la circulation des biens
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dans la GrËce ancienne. Au terme de sa dÈmonstration, lÕauteur peut donc conclure: ´LÕÈ conomie de la GrËce des citÈs relËve donc pleinement de la catÈgorie des Èconomies ‡ marchÈ, mÍme sÕ il sÕ agissait dÕ un marchÈ qui fonctionnait diffÈremment du marchÈ contemporain. [É] En rÈalitÈ, la GrËce ancienne a constituÈ la premiËre Èconomie ‡ marchÈ monÈtarisÈ qui ait existÈ de maniËre 10 organisÈe et sur plusieurs siËclesª (page304-305). Si lÕÈ conomie de marchÈ se dÈveloppa si prÈcocement en GrËce antique, cÕest que le monde des citÈs avait rÈuni des conditions juri-diques et politiques favorables. En premier lieu, tout homme libre avait pleine capacitÈ pour faire des actes de commerce et passer des contrats qui avaient pleine valeur lÈgale, non seulement dans lÕespace juridique de la citÈ o˘ ils avaient ÈtÈ conclus, mais aussi dans les autres citÈs (sauf Ètat de guerre). CÕ est ainsi que les magistrats de CÈphallÈnie reconnaissent la validitÈ dÕ un contrat signÈ ‡ AthËnes, et enjoignent le citoyen ZÈnothÈmis de rÈexpÈdier immÈdiatement son bateau ‡ AthËnes, o˘ ses crÈanciers lÕ attendent. En second lieu, la fragmentation politique favorisa le commerce. Le monde des citÈs Ètait constituÈ de plus de mille Ètats indÈpendants, la plupart avec un dÈbouchÈ maritime. ´ Dela sorte pouvait se constituer un rÈseau dÕÈchange marchand ‡ la fois dense, multipolaire et extrÍmement complexe.A priori tout le monde pouvait communiquer avec tout le monde, Èventuel-lement dÕ un bout ‡ lÕ autre de la MÈditerranÈe. Des marchands massaliotes ou carthaginois frÈquentaient les ports du PirÈe ou de Rhodes tout aussi bien que des commerÁants venus du Pont-Euxin ou de Chypre.ª (page 299) Aussi, la ´premiËre Èconomie de marchÈ monÈtarisÈ de lÕhistoireª sÕ effondra-t-elle sitÙt quÕ eurent disparu les conditions politiques et juridiques qui avaient permis son essor.
9.Cf. chapitreVIII: Le contrÙle des prix de dÈtail en GrËce ancienne. 10.LÕauteur prÈcise en suivant:´Cela ne signiÞe nullement que lÕon doive rÈduire lÕÈconomie de la GrËce des citÈs au marchÈ. La question clÈest prÈcisÈment lÕarticulation du comportement prÈdateur de la citÈgrecque antique [É] avec le rÙle du marchÈcomme instrument de circulation des biensª(ibid).
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