La société américaine , une société inégalitaire

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Publié le : jeudi 21 juillet 2011
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1
20/09/2006.
La société américaine : une société inégalitaire.
Si les Etats-Unis, avec 5% de la population mondiale, contribuent à la formation du quart des
richesses produites sur la planète, la société américaine n’est pas le strict reflet de la puissance
américaine. Sans perdre de vue ni les principes idéologiques américains (« droit au bonheur »,
libéralisme), ni sa réussite d’hyperpuissance, on ne peut faire l’économie d’une analyse des
inégalités qui divisent autant la société que le territoire américain quand on s’interroge sur le
fonctionnement social de la première puissance mondiale. Il s’agit alors non seulement de
comprendre de quelle nature sont ces inégalités (tout en s’interrogeant sur les fractures
qu’elles induisent dans le corps social américain), mais aussi de s’interroger sur leur
traduction spatiale. Pour analyser ces inégalités et la sociétés qu’elles produisent, il est
nécessaire de se demander comment elles évoluent et quels sont les effets des politiques
sociales. Génèrent-elles ou réduisent-elles les inégalités sociales ?
I-
Une société fracturée.
A-
Des écarts économiques qui se creusent…
La croissance des inégalités a été
importante ces vingt dernières années. 20% des ménages les plus riches perçoivent 50% des
revenus du pays contre 44% il y a 30 ans. Dans le même temps, les 20% les plus pauvres n’en
reçoivent que 3,5%. L’accroissement de ces inégalités s’explique par différents facteurs :
l’ouverture commerciale qui met en concurrence la main d’ouvre non spécialisé avec le reste
du monde, l’enrichissement de tous les investisseurs dans les nouvelles technologies, les
changements institutionnels (recul de la syndicalisation+déréglementation+restructurations),
la politique fiscale dépendante des orientations idéologiques des gouvernements. Ces
inégalités de revenus sont renforcées par une inégale sécurité face à l’avenir, la maladie, le
chômage. Les Etats-Unis demeurent l’un des seuls pays industrialisés qui ne dispose pas de
système de couverture universelle. La part des personnes sans assurance maladie est passée de
12,8% en 1987 à 16% en 2002.
B-
… Auxquels s’ajoutent de fortes distinctions raciales…
Si l’égalité civile est
acquise pour les Noirs américains depuis 1964, les inégalités économiques distinguent encore
cette minorité. Les inégalités touchent les minorités de façon différenciée. Le taux de pauvreté
est particulièrement significatif de cette fracture : il est de 8,2% pour les Blancs non
hispaniques, de 12% pour les Asiatiques, de 24% pour les Noirs, et de 22,5% pour les
Hispaniques. Chaque forme d’inégalité atteint plus brutalement les minorités ethniques. La
baisse du niveau de vie des ménages en 2003 a particulièrement touché les minorités noires,
hispaniques et asiatiques (-4%). 1/5 de la population noire et 1/3 des Hispaniques n’ont pas
d’assurance maladie.
C-
Une Amérique pauvre ?
En 2003, les Etats-Unis comptent 35,9 millions de pauvres,
soit 4,3 millions de plus par rapport à la décennie précédente. Si les critères raciaux
interviennent largement dans ce bilan, les non-actifs liés à l’âge sont aussi des victimes de ces
inégalités. Le taux de pauvreté des jeunes de moins de 18 ans atteint 18% soit près de 13
millions de personnes. La corrélation entre assurance maladie, retraites et revenus des
individus fragilise les personnes âgées dans l’incapacité de travailler et ayant vécu une vie
active précaire ou faiblement rémunérée. Toutefois l’activité et l’appartenance ethnique ne
sont pas les seuls critères : de plus en plus de travailleurs vivent sous le seuil de pauvreté
(
working poors
).
II-
Des
inégalités
socio-économiques
qui
fracturent
l’espace
américain : vers une « sud-africanisation » ?
A-
Des disparités à l’échelle nationale.
La pauvreté touche principalement les
populations vivant dans le Sud du pays. Ex : le Mississipi, l’Arkansas, le Nouveau-Mexique
et la Louisiane ont un taux de pauvreté supérieur à 17%. Elle est plus forte dans les grandes
villes (17,5%) qu’en milieu rural (14,2%) ou en banlieue (9,1%).
B-
De
la
ségrégation
volontaire…
Le
phénomène
des
Gated
Communities
(communautés fermées) n’est pas nouveau. Ex : les ghettos de luxe de Tuxedo Park à New
York au 19e s. Il a toutefois tendance à s’accentuer (thèse récente de Renaud Le Goix) : leur
2
nombre en 1996 est estimé à 20000. Ce sont constitués des quartiers homogènes, ségrégés par
race –ségrégation aujourd’hui théoriquement interdite, mais la ségrégation économique
« rattrape » ce critère) et par classe, avec des règlements contraignants. Ces communautés
fermées introduisent dans l’espace urbain des discontinuités spatiales (mur, enceintes, fils
barbelés, voire milices privées), mais aussi sociales (en plus de séparer des individus en
fonction de leur appartenance sociale, elles sont conçues aussi
in fill protection
face à la
violence). C’est l’ampleur du phénomène qui justifie l’emploi du terme de « sud-
africanisation » de l’espace urbain américain.
C-
A la ségrégation subie.
Les minorités sociales et raciales sont alors reléguées dans des
centres-villes (même si de réels efforts sont entrepris depuis quelques années pour réhabiliter
les centres, ex :Chicago) et des quartiers qui, s’ils ne sont pas gardés par des milices privées,
deviennent parfois de véritables ghettos concentrant en leur sein toutes les inégalités, aussi
fermés que les
Gated Communities
. Les émeutes de South central (L.A.) en 1992 entre les
minorités révèlent non seulement les difficultés sociales des habitants de ces quartiers, mais
aussi les tensions générées par le communautarisme et l’exclusion imposés.
III-
Réduire les inégalités ?
A-
L’
affirmative Action
(discrimination positive), une invention américaine.
La
première solution à la ségrégation raciale aux Etats-Unis est l’émigration intérieure
observable au début du siècle (9/10
e
de la population noire vivait dans les Etats du Sud en
1860, seulement 50% après la Seconde Guerre mondiale). La discrimination positive est
instituée juste après 1964 (loi sur l’égalité civile), ainsi que la pratique du
busing
(mixité
raciale et géographique et dans les écoles). Toutefois des inégalités perdurent. Ex : la loi de
1968 abolissant les discriminations en matière de logement n’est que théorique ; en 1991, la
Californie a supsendu l’obligation du
busing
; en 2003 la Cour suprême a rendu deux arrêts
qui reconnaissent certes la discrimination positive mais à condition qu’elle ne débouche ni sur
des quotas fixes, ni sur l’attribution de points de bonification pour certains étudiants.
B-
Du Welfare…
La politique de réduction des inégalités commence par une prise de
conscience d’une Amérique pauvre, dans la période de forte croissance de l’après-guerre
(avec par ex. l’ouvrage de M.Harrington
L’Autre Amérique, la pauvreté aux Etats-Unis
). Les
champs d’intervention du
Welfare
sont multiples : lutte contre la ségrégation raciale, lutte
contre la pauvreté avec l’objectif affiché par Johnson de « rompre avec la pauvreté » (ex :aide
aux familles monoparentales pauvres avec l’
Aid to Families with Dependent Children
-
AFDC), l’éducation, l’accès aux soins pour les plus démunis, les assurances sociales
(ex :
Supplementary Security Income
en 1972, sous Nixon, qui donne un complément de
revenu aux personnes âgées ou dans le besoin).
C- …au Workfare.
La politique sociale est remise en cause dans le double contexte de crise
des années 1970 et de révolution conservatrice. (« dans la crise actuelle, le recours à l’Etat
n’est pas la solution à nos problèmes ; le problème c’est l’Etat » -discours inaugural de
Reagan, 1981). Ce sont les programmes d’assistance sociale qui font principalement les frais
de ces restrictions budgétaires drastiques. Ex : l’AFDC est remplacée en 1996 par le
Temporary Assistance for Needy Families
(TANF), qui limite à 60 mois dans une vie le droit
à cette aide qui est de plus subordonnée à l’acceptation d’une « activité d’adaptation au
travail », avec menace de retrait en cas de refus d’un travail. En outre, confrontés à des
déficits budgétaires importants (en lien avec la politique fiscale), les Etats effectuent dans
coupes sombres dans leurs budgets sociaux. En deux ans (2004-2006), 35 Etats ont ainsi
réduit les aides liées au programme TANF.
Si les dossiers de demande d’aides sociales ont diminué et que près de 18 millions d’emplois
ont été créés entre 1994 et 2000, il n’en reste pas moins une « Amérique pauvre » et qui
travaille (souvent tous les jours et généralement sur plusieurs emplois, comme l’a montré
Barbara Ehrenreich dans son enquête
L’Amérique pauvre
). L’épisode Katrina permet de
mesurer la distance entre le modèle américain, attractif et triomphant, et la réalité sociale de
certaines marges de la société et du territoire américain, c'est-à-dire finalement de mesurer
l’écart au modèle-de puissance.
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