Le Rhône et son aménagement

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Le Rhône et son aménagement

Publié le : jeudi 21 juillet 2011
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Historique
La loi d'aménagement du Rhône
À la fin du XIXème siècle, un nouveau rôle se dessine pour le fleuve : la navigation n’est plus l’unique mission
que le Rhône peut servir, on envisage de l’utiliser aussi pour l’irrigation et la production électrique. Les
précurseurs de cette dernière idée, deux Américains, édifient, en 1874, un barrage à l’amont de
Bellegarde
(Ain)
afin d’alimenter en énergie les usines de la ville.
Dès lors, le Rhône se présente comme le moteur économique de la vallée et plus largement de tout le Sud-Est
selon trois axes :
l'irrigation
,
la navigation
et
l'hydroélectricité
.
Néanmoins, la réalisation simultanée de ces trois points s’avère techniquement complexe :
comment concilier un chenal régulier à faible courant pour la navigation avec la production électrique qui
nécessite un grand volume d’eau rapide et l’irrigation qui puise dans la ressource ?
Pour les uns, seul un canal latéral et des barrages sur le fleuve sont possibles tandis que d’autres imaginent une
succession de barrages transformant le Rhône en une série de plans d’eau. Finalement, c’est la solution de l’usine
écluse implantée sur une dérivation du fleuve, sur le modèle de ce qui a été réalisé dès 1896 par les Forces
Motrices du Rhône à Cusset (Rhône) qui est retenue par l’État, quand en 1918, il décide de réaliser
les aménagements tant attendus par les Rhodaniens qui régulariseront le cours du Rhône.
Le programme établi pour ces travaux donne naissance trois ans plus tard à la « loi d’aménagement du Rhône »
qui concède pour 99 ans à une société anonyme constituée par les futurs usagers, sa concrétisation : la
Compagnie Nationale du Rhône
, officiellement créée en 1933.
Aménager la voie d'eau
Face à l’effondrement du trafic fluvial, fortement concurrencé par l’avènement du rail (ouverture de la liaison
ferroviaire Lyon-Marseille en 1855), le Service spécial du Rhône, créé en 1840 au sein des Ponts et Chaussés,
élabore le premier plan de correction du fleuve. Mais il n’apporte pas les résultats escomptés en raison de crédits
insuffisants qui limitent les travaux à un endiguement des zones difficiles. Devant cet échec, une loi est votée en
1878 pour fixer et régulariser le cours du fleuve de Lyon à Arles. Ainsi, est entreprise la création d’un chenal
navigable de tirant d’eau régulier assurant la navigation durant toute l’année sans interruption.
La réussite de cet aménagement est due à l’ingénieur en chef du Service spécial du Rhône, Girardon, qui, pour
mener à bien cette entreprise, choisit d’imiter la nature plutôt que de la contraindre.
Les travaux s’organisent en trois points :
· fermeture des bras secondaires
par des barrages submersibles pour créer une voie d’eau unique
· fixation de la profondeur d’eau dans les courbes
par des digues en épi disposées à l’extérieur de la courbe
· installation de seuils pour élargir le lit du Rhône
Grâce à ce système de concentration des eaux, le fleuve creuse lui-même un chenal de navigation accessible aux
bateaux à vapeur.
L’entreprise, hélas tardive, constitue la première tentative réussie de correction du lit du fleuve, et à ce titre la
première marque indélébile laissée par l’homme sur le Rhône.
Aujourd’hui certains de ces épis ou « carrés » Girardon, anciens espaces de jeu pour les riverains, sont encore
visibles en certains points du fleuve (Île de la Table Ronde à Vernaison, Grigny au sud de Lyon ou Serrières…).
Plus au sud, les écologues s’intéressent à ces anciens espaces artificiels redevenus « naturels » au sein desquels
se développe un écosystème particulier.
L'aménagement du Rhône français a été confié à la Compagnie Nationale du Rhône. Son achèvement à l'aval de
Lyon l'a ouvert à la navigation à grand gabarit. Le maintien d'espaces naturels et la création de canaux de
dérivation ont généré une mosaïque de milieux du plus artificiel au plus sauvage. L'évacuation des crues et la
sécurité des ouvrages imposent un entretien minimal de la végétation. Par ailleurs la vallée du Rhône voit la
prolifération d'un grand nombre d'espèces végétales exotiques, parfois nuisibles plan écologique ou sur celui de
la santé. Parmi celles-ci figure l'ambroisie que l'on peut rencontrer sur les berges du Rhône, artificielles ou
naturelles. Après un rappel des principes de l'aménagement du Rhône, la présentation proposée examine les
conditions d'entretien de la végétation, leur influence sur le cycle de vie de l'ambroisie et les solutions mises en
oeuvre pour en limiter le développement.
L’idée d’aménager le Rhône pour en utiliser son exceptionnelle force motrice et améliorer les conditions de
navigation, date du début du siècle.
La loi du 27 mai 1921 a décidé un programme de travaux et d’aménagement du Rhône selon trois priorités :
l’énergie, la navigation, l’irrigation et autres utilisations agricoles. Édouard Herriot (maire de Lyon de 1905 à
1956) et Léon Perrier (sénateur de l’Isère) furent à l’origine de l’aventure. La loi de 1921, préparée pendant la
guerre a créé la Compagnie nationale du Rhône et racé les perspectives : "le Rhône sera aménagé de la frontière
suisse à la mer, au triple point de vue de la navigation, de l'utilisation de sa puissance hydraulique, de l'irrigation
et autre emplois agricoles". Toutefois, ce n'est qu'à partir de 1933 que la Compagnie nationale du Rhône put
envisager son premier projet : le barrage de Génissiat, construit de 1937 à 1949 et qui crée une énorme retenue
d'eau de 23 km de long dans la partie jurassienne du cours du fleuve : la production est de 2 milliards de kWh
Le 27 mai 1933, la Compagnie Nationale du Rhône voit le jour pour mettre le fleuve en valeur grâce aux
ressources financières tirées de l’hydroélectricité. Elle reçoit de l’État en 1934, la concession du Rhône
comprenant les travaux d’aménagement jusqu’en 2023.
La CNR est dès lors constituée en entreprise concessionnaire de l’État et, de faits, au service du public.
Les grandes étapes
27 mai 1921
: loi d’aménagement du Rhône.
1933
: création de la CNR.
1934
: la CNR reçoit de l'Etat Français la concession des travaux d’aménagement du Rhône.
1946
: nationalisation de l’électricité et création d’EDF.
1948
: mise en place d’un dispositif conventionnel entre la CNR et EDF pour l’exploitation des
centrales situées sur le Rhône. Mise en eau de la première centrale hydroélectrique, celle de Génissiat
(Ain).
De 1951 à 1986
, la CNR construit 17 aménagements sur le Rhône.
1980
, avec la mise en service du barrage de Vaugris, le Rhône devient navigable à grand gabarit sur une
longueur de 310 km.
19 juin 1997
: le projet Rhin-Rhône est abandonné par le gouvernement.
10 février 2000
: loi sur la modernisation et le développement du service public de l'électricité.
1er avril 2001
: la CNR a la libre commercialisation de son électricité.
28 août 2001
: Création d'Energie du Rhône, filiale de CNR et Electrabel, pour assurer la
commercialisation de leur électricité respective.
4 septembre 2001
: Signature entre EDF et CNR d'un avenant aux protocoles régissant les liens entre
les 2 entreprises.
20 novembre 2001
: la Loi MURCEF institue le caractère majoritairement public de la CNR...
1er janvier 2002 :
la CNR assure la gestion et la programmation du Rhône en lieu et place d'EDF
juin 2003 :
parution au Journal Officiel du décret déterminant les nouveaux statuts et le cahier des
charges de la CNR
janvier 2004
: lancement de l'offre verte Alpenergie
juillet 2004
: validation et démarrage du 1er plan de missions d'intérêt général
octobre 2004 :
plus de 100 entreprises sont clientes de la CNR pour leur fourniture d’électricité
janvier 2005
: la CNR remporte un appel à projets européen pour la construction d’un parc éolien à
Fos-sur-Mer
septembre 2005
: suivi et pilotage en temps réel depuis Lyon des ouvrages hydroélectriques du Rhône
Le Rhône :
Né en Suisse, à la Furka, dans le massif du Saint-Gothard, à 1 753 m d'altitude, il traverse le lac Léman puis
coule en France et se jette par un delta dans la mer Méditerranée ; 812 km de long, dont 281 en Suisse. C'est le
plus puissant des fleuves français, car son bassin hydrographique est constitué par des montagnes abondamment
arrosées.
Le cours du Rhône peut se diviser en quatre sections :
- 1°
le Rhône suisse
: torrent alpestre fougueux, il coule entre les chaînes élevées des Alpes de Berne et des
Alpes du Valais, puis décrit un coude brusque et se jette dans le lac Léman, qui ralentit un peu sa vitesses ;
- 2°
le Rhône jurassien
: à la sortie du lac Léman il reçoit l'Arve et entre en France, où il franchit les chaînons du
Jura par un cours encore rapide ; de nombreux torrents issus des Préalpes le rejoignent, ainsi que le Valserine et
l'Ain venus du Jura ; à Lyon il reçoit la Saône, son principal affluent ;
- 3°
le Rhône moyen
: à Lyon, le Rhône se heurtant à l'obstacle du Massif Central, fait un coude à angle droit et
coule dans les plaines du sillon rhodanien, entre le Massif Central et les Alpes ; il traverse une succession de
bassins que relient d'étroits défilés creusés parfois dans les terrains cristallins du Massif Central (Condrieu,
Donzère), et il reçoit des affluents venus des Alpes : l'Isère, la Drôme ;
- 4°
le bas Rhône
: après le défilés de Donzère, le Rhône coule dans une large plaine, car le Massif Central et les
Alpes s'écartent ; mais les affluents que reçoit le fleuve viennent des montagnes : Ardèche, Cèze et Gard, des
Cévennes, Aygues, Ouvèze et Durance, des Alpes. A Arles, commence le delta : le Rhône se divise en deux bras
qui enserrent la région amphibie de la Camargue ; le grand Rhône draine 85 % des eaux, le petit Rhône 15 % ;
les alluvions du Rhône se déposent et gagnent peu à peu sur la mer.
AMENAGEMENT HYDRAULIQUE ET DEVELOPPEMENT DURABLE
STRATEGIE DE RESTAURATION MULTIUSAGES : LE RHONE
Des premiers usages de l'eau aux premiers schémas de développement
A l'aube du XXème siècle, le Rhône est l'objet de convoitises multiples. Les Languedociens, récemment frappés
par la crise vinicole souhaitent la construction d'un canal latéral (en rive droite) qui permettra l'irrigation de leurs
terres et le développement d'une polyculture. Les Marseillais souhaitent un canal de navigation (en rive gauche)
à même d'ouvrir leur port vers le nord. Les industriels Lyonnais souhaitent que le potentiel électrique du Rhône
soit exploité au profit des régions traversées. Ces projets auraient pu se neutraliser sans la volonté de
personnalités politiques d'envergure de considérer globalement l'usage du Rhône, et sans la rentabilité
économique potentielle d'un schéma d'aménagement multiusage.
C'est en 1921 que sur proposition de Léon Perrier est votée la loi connue sous le nom de "Formule du Rhône" qui
prévoit un aménagement du Rhône au triple point de vue de la production d'énergie, du développement de la
navigation et des usages agricoles. L'équilibre financier de l'opération doit être assuré par la seule production
électrique.
Compte tenu des préoccupations de l'époque ce montage apparaît aujourd'hui comme une opération exemplaire
de gestion intégrée et de prise en compte de l'ensemble des usages de l'eau.
De la définition des usages à leur satisfaction
La "Formule du Rhône" constitue un formidable projet d'entreprise qui sera confié en 1933 par concession à une
société par actions créée à cette occasion (la Compagnie Nationale du Rhône) dont le capital sera apporté par les
divers usagers du Rhône et bénéficiaires de l'aménagement (pour une large part les collectivités locales).
Cet aménagement se développera sur plusieurs décennies, depuis le mise en service de la chute de Génissiat
(1948) jusqu'à celle de Sault-Brénaz (1986) en passant par la mise en service de la chute de Vaugris (1980) qui a
marqué l'achèvement de la voie navigable à grand gabarit reliant la Méditerranée à Lyon.
Les objectifs techniques ont été définis dès l'origine de la concession dans un cahier des charges général. Chaque
tronçon aménagé a ensuite fait l'objet dans un cahier des charges spécial de spécifications particulières.
Le bilan des quelques soixante années est tout à fait positif si l'on compare les réalisations aux usages qu'il
s'agissait de satisfaire. L'agriculture est florissante dans la vallée du Rhône. Des lignes fluvio-maritimes
permettent de relier les grands ports de la Méditerranée à Lyon et à la Saône. Un axe de navigation au gabarit
européen a élargi l'hinterland du port de Marseille. Le Rhône fournit le quart de l'hydroélectricité française à un
prix inférieur à la moyenne nationale.
La naissance d'usages et de besoins nouveaux
Les schémas de développement du Rhône ont intégré de façon globale les nouveaux usages de l'eau pressentis au
début de ce siècle. Ils ont pris en compte de façon marginale (sans esprit de planification) les besoins récents de
notre société. De nouveaux besoins ont vu le jour au premier rang desquels la recherche d'un Rhône "naturel".
Un potentiel de développement durable
Nous pouvons aujourd'hui, à la lumière de la définition du développement durable telle que formulée par le
rapport Brundtlant ("un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des
générations futures à répondre aux leurs"), analyser l'aménagement du Rhône avec le recul d'une génération.
Par maints aspects les principes de développement retenus par celui-ci s'inscrivent dans une perspective durable.
La production d'énergie hydroélectrique épargne les ressources fossiles, préserve la couche d'ozone, ne porte pas
atteinte à la ressource en eau et sera toujours disponible pour nos enfants. Le transport fluvial fait partie des
moyens de transport les plus économes en carburant, les plus sûrs, les plus silencieux, les plus respectueux de
l'environnement. L'irrigation par prélèvement au Rhône épargne les nappes souterraines.
En définitive nos parents rhodaniens n'ont pas compromis notre capacité à répondre à nos besoins en matière de
production d'énergie, de transport et d'agriculture ni ceux des générations futures. Par ailleurs le Rhône conserve
sa capacité à satisfaire de multiples usages nouveaux tels que le tourisme fluvial et autres formes de loisirs liés à
l'eau.
La préservation des écosystèmes, de l'environnement de la vallée du Rhône est très certainement une
insuffisance de la réflexion qui se voulait globale.
La dégradation de l'environnement
Les impacts du développement du Rhône sont bien connus. Nous les évoquons dans leur globalité, qu'ils
résultent des usages précédemment évoqués où d'autres usages aux impacts évidents tels que l'utilisation du
fleuve comme milieu récepteur des rejets des industries et populations riveraines.
Des milieux aquatiques appauvris
Les canaux de dérivation nécessaires à l'aménagement hydroélectrique ont capté localement l'essentiel des
débits, court-circuitant des tronçons où ne coule plus qu'un débit fixé par les cahiers des charges spéciaux
suffisant juste à éviter la stagnation des eaux et une trop grande dégradation du milieu. Des débits réservés trop
faibles, conjugués à la mise en retenue de linéaires importants du fleuve ont raréfié les écoulements vifs et
courants et partant banalisé les populations piscicoles.
Les bras secondaires que le Rhône créait auparavant en abondance se transforment lentement par un processus
naturel d'atterrissement des sédiments en milieux terrestres par une succession écologique générant une diversité
d'habitats et à l'origine d'une grande diversité d'espèces. Les travaux du siècle dernier de chenalisation, les
ouvrages plus récents de protection contre les crues ont privé le Rhône de cette capacité de recréer des milieux
neufs. Il en résulte une banalisation des milieux et un appauvrissement de la richesse écologique.
Des axes de communication piscicoles interrompus
Les ouvrages principaux (barrages et usines hydroélectriques) constituent des barrières difficilement
franchissables pour les poissons migrateurs. Les dispositifs de franchissement conçus à l'origine s'avèrent peu
efficaces. Ainsi, l'alose qui vit en mer mais se reproduit en rivière remontait jusqu'au lac du Bourget sur le Rhône
ou à la confluence du Doubs sur la Saône. Son aire de répartition s'est limitée au delta de la Camargue après la
mise en service de la chute la plus aval (Vallabrègues 1970). L'anguille et la lamproie marine autrefois présentes
en abondance sur le Rhône sont également en régression. Au-delà du problème le plus visible du déplacement de
ces espèces remarquables et des communications interbiefs, toutes les populations piscicoles se trouvent
concernées par les obstacles secondaires (des seuils le plus souvent) à l'intérieur des biefs qui cloisonnent les
habitats, isolent le Rhône de ses milieux annexes et partant fragilisent les populations.
Des paysages artificiels
Ce n'est que depuis peu que se développent les techniques de protections de berges par génie biologique ou
végétal. La dimension paysagère n'a été que tardivement prise en compte et le Rhône est marqué par des linéaires
importants de protection en enrochements. La ripisylve disparaît prise en étau entre l'exploitation agricole au ras
de l'eau et les berges artificialisées, victime également des abaissements de nappes, tandis que prolifèrent des
espèces exotiques (la renouée du Japon, la Jussie, l'Erable Négundo, l'Amorpha fructicosa ou l'Ambroisie).
Des obstacles à la circulation de la faune terrestre
La grande faune mais également les castors sont gênés dans leurs déplacements par la présence des ouvrages.
Pour les premiers par la présence des canaux de dérivations et leurs talus pentus et artificiels. Pour les seconds
par les ouvrages tels que seuils, siphons etc.
Des espèces en voie de disparition
Sans chercher ici à en expliciter la cause principale (dégradation de la qualité de l'eau, prélèvements, altération
des milieux, etc.), neuf espèces animales sont en danger d'extinction dans la vallée du Rhône: 5 espèces de
poissons (esturgeon, lamproies marine et fluviatiles, grande alose et apron) dont l'apron poisson endémique du
Rhône, 2 espèces d'oiseaux (blongio nain, sarcelle d'été), une espèce de reptile (tortue cistude) et une de
mammifère (loutre).
Une situation réversible
L'état actuel de l'environnement du Rhône n'est toutefois pas définitif, ni la situation catastrophique. Quasiment
tout le cours du Rhône est examiné dans le cadre de la préparation du réseau européen "Natura 2000" des sites
écologiques les plus remarquables au niveau communautaire. C'est dire la richesse et la diversité des habitats que
l'on y rencontre encore. Le Rhône présente un fort potentiel qui justifie tous les efforts de réhabilitation. Par
ailleurs la plupart des impacts observés sont réversibles si cette réhabilitation est conçue sur la base d'une
reconquête des fonctionnalités écologiques des milieux. Pour corriger les effets évoqués ci avant les axes
d'action sont connus
- La révision des débits réservés doit permettre de retrouver sur tous les tronçons court-circuités où cela est
possible un fleuve vif et courant où se redévelopperont les communautés rhéophiles.
- Des actions sur les pompages industriels ou d'alimentation en eau potable trop proches du fleuve en
complément des actions sur les débits réservés permettront de restaurer des niveaux de nappe compatibles avec
la conservation des forêts alluviales.
- Il faut redonner au fleuve un espace de liberté où celui ci pourra librement éroder ses berges, déplacer son lit,
reconstituer sa charge solide, recréer des mosaïques de milieux intermédiaires entre son lit courant et les milieux
terrestres. Sur tous les tronçons court-circuités, les nombreux ouvrages destinés à chenaliser le cours du fleuve,
mis en place à la fin du siècle dernier sont devenus sans objet de par la création de canaux de dérivation sur
lesquels se fait aujourd'hui la navigation : il est donc possible d'envisager la démolition de certains ouvrages de
chenalisation. Par ailleurs on peut envisager la perte de surfaces agricoles au profit du fleuve.
- Là où il ne sera pas possible de rendre au fleuve son espace de liberté, des travaux de restauration puis
d'entretien par enlèvement des dépôts sédimentaires doivent permettre d'éviter la disparition des zones humides
annexes du fleuve.
- La technologie des passes, des ascenseurs ou des écluses à poissons est suffisamment avancée pour permettre
en considérant les spécificité des espèces en présence, de reconstituer l'ensemble des axes migratoires.
- Des opérations locales ont montré que les obstacles au déplacement de la faune terrestre peuvent le plus
souvent être levés.
- Des opérations à grande échelle doivent être entreprises pour faire disparaître des paysages rhodaniens le
caractère artificiel des aménagements anciens et redonner à la végétation sa place au bord du fleuve.
Une volonté de restauration collective
Le comité de bassin Rhône-Méditerranée-Corse, réunissant l'ensemble des acteurs de l'eau (industriels,
administrations, collectivités, associations de protection de la nature, pêcheurs, etc.) a engagé à partir de 1988 un
vaste programme d'étude du fleuve Rhône aboutissant à l'élaboration d'un Plan d'Action Rhône en 1992. Ce plan
constitue une contribution essentielle au Schéma Directeur d'Aménagement et de Gestion des Eaux (SDAGE) du
bassin dont il fixe les orientations pour le Rhône. Le SDAGE est un outil de planification à l'échelle du bassin
dont le principe est de proposer des politiques dans la perspective d'un développement durable prenant en
compte la préservation du patrimoine eau et des milieux aquatiques. Il a été adopté par le Comité de Bassin et
approuvé par le Préfet coordonnateur de Bassin.
Les axes forts en sont pour le Rhône:
- retrouver, sur les tronçons encore modelables, un fleuve vif et courant,
- restaurer, sur le fleuve tout entier, une qualité écologique de haut niveau, tant sur le plan chimique que
physique,
- soustraire le fleuve aux risques de pollution accidentelle susceptibles d'anéantir les efforts accomplis par
ailleurs,
- réfléchir globalement à la gestion du fleuve en période de crue.
L'implication du concessionnaire
La concession de l'aménagement du Rhône a résulté du souci de la collectivité de confier globalement le
développement du Rhône à un opérateur unique dans un souci de cohérence. Consciente de l'évolution des
attentes collectives en matière d'environnement la CNR a ressenti à la fin des années 70 le besoin d'inscrire
l'environnement de manière claire dans sa politique générale. Or pour la CNR, dont les missions sont
réglementairement définies par l'Etat, et dont l'affectation des recettes respecte des règles précises, décider
d'investir pour l'environnement constitue un choix politique majeur. Pour donner un caractère institutionnel à ses
engagements la CNR s'est engagée par la signature d'une Charte pour l'Environnement en 1992. Cette charte a
légitimé ses interventions dans le domaine de la préservation des sites ou des espèces remarquables, dans ses
actions de reconquête de la qualité écologique du Rhône. Dans le cadre de cette charte la CNR a par la suite
souhaité se doter d'un programme d'actions pluriannuel donnant corps à ses engagements et définissant sa
stratégie en matière de réhabilitation.
C'est ainsi que naît en 1998 le Plan Environnement pour un développement durable de la vallée du Rhône.
Ce programme est le résultat d'une pensée collective. Il s'inspire des préoccupations nationales, il reprend les
objectifs du Plan d'Action Rhône et du SDAGE Rhône-Méditerranée-Corse dont il est une application au
périmètre de la concession. Il édicte des prescriptions techniques permettant de retrouver comme indiqué
précédemment les fonctionalités écologiques des milieux en harmonie avec les autres usages de l'eau.
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