Les villes d Amerique latine

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Les villes d Amerique latine

Publié le : jeudi 21 juillet 2011
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3/10/2006.
Les villes d’Amérique latine
Sous l’effet de l’urbanisation croissante qui caractérise la période contemporaine, le système urbain a
profondément évolué en Amérique latine, modifiant souvent aussi l’armature urbaine. Avec un taux
d’urbanisation de 75% et 350 millions de citadins, l’Amérique latine entretient avec ses villes des liens
originaux, anciens : la conquête du Nouveau Monde les a historiquement initiés ; la force de la croissance
démographique et l’exode rural les a nourris ; leurs poids dans les économies nationales les a confirmés.
Dans la mesure où l’histoire du peuplement en Amérique latine s’inscrit, pour tous les pays, dans des
logiques d’immigration et dans des histoires assez comparables, allant de la colonisation à l’indépendance,
le système urbain de ce continent présente des facteurs d’homogénéité, mais la diversité des histoires
propres à chaque pays conduit nécessairement à poser la question des facteurs de dissemblances entre les
espaces urbains sud-américains. Il faut aussi se demander quelles sont les nouvelles formes urbaines
produites par les mutations structurelles des sociétés sud-américaines. Ensuite, il apparaît nécessaire de
mesurer la place des villes dans l’espace national qu’elles polarisent, leurs liens entre elles, les fonctions qui
les définissent et sous-entend l’organisation du réseau urbain. Enfin, il faut se demander si l’empreinte
urbaine ne renvoie pas à la fragmentation spatiale et économique et aux risques sociaux que connaissent ces
pays.
I-
Une réalité multiforme dans une Américain latine de plus en plus urbaine
A-
L’importance du fait urbain sur tout le continent…
Le taux d’urbanisation en Amérique latine est largement supérieur à la moyenne mondiale (48%) et
s’apparente aux pays du Nord dont le développement n’est pas comparable. Seul quelques pays, de petites
tailles, restent à majorité rurale : Guatemala, Honduras, Antigua et Barbade, Grenade, Haïti, Puerto Rico. En
revanche, dans les grandes entités territoriales, les taux d’urbanisation sont sup. à 80% : Brésil (81%),
Uruguay (93%), Venezuela (87%), Argentine (89%).
B-
… qui s’explique par des facteurs historiques communs…
Apports migratoires venus d’Europe ou d’Afrique : littoralisation et mondialisation précoce des sociétés et
des espaces urbains. Régimes coloniaux : systèmes centralisés(politiquement et économiquement), rôle
décisif des capitales (renforcé par les régimes autoritaires ensuite). Fin de la transition démographique +
pression foncière+insécurité rurale : accélération de l’urbanisation.
C-
… Mais qui ne doit pas masquer l’hétérogénéité de l’urbanisation sud-américaine.
Il faut d’abord constater de profonds déséquilibre dans le semis des villes
millionnaires: leurs positions sont
davantage périphérique et littorale que centrale et intérieure par rapport à leur espace national. Seuls deux
axes intérieurs sont très urbanisés (les Andes –entre Quito et Medellin- et l’axe Santiago/Buenos Aires).
Ensuite, tous les pays ne sont pas urbanisés de la même façon. Et ne présentent pas la même tendance
macrocéphalique (1/3 des Argentins vit à Buenos Aires ; alors qu’en Equateur, deux villes se disputent la
population urbaine : Guayaquil compte 2,3millions d’habitants et Quito 1,5million). Outre la diversité des
armatures urbaines, l’Amérique latine se différencie par des taux d’accroissement démographique divers
selon les agglomérations. Ex : le tx d’accroissement démographique annuel de Mexico est de 1%, alors que
celui du Mexique est de 2%. Certaines villes continuent d’attirer fortement pour des raisons sociales ou
politique. Ex : Santa Cruz en Bolivie ou Brasilia). Les agglomérations à tendance macrocéphalique voient
leur poids démographiques relatifs se réduire. Ex : Montevideo.
II-
Des réseaux urbains hiérarchisés
A-
Le poids des métropoles : la tendance macrocéphale de l’Amérique latine
On peut distinguer plusieurs formes de métropolisation en Amérique latine : avec des Etats à métropole
unique qui concentre le pouvoir politique, le capital, les richesses produites (80% du textile bolivien à La
Paz), mais dont l’attractivité n’est effective que dans l’espace national ; des Etats bicéphales avec séparation
des attributions pol et écos. (Equateur) ; ou tricéphales (Brésil qui partage les fonctions politiques passées –
Rio- et actuelles –Brasilia- avec la fonction commerciale, tertiaire et économique -Sao Paolo) ; des Etats où
dominent une mégalopoles (mexico, Buenos Aires, Sao Paulo), tentaculaire, saturée, à rayonnement
mondial.
B-
Les villes de l’« entre-deux »
Elles servent de relais, avec parfois une dimension internationale et novatrice, jouent parfois le rôle de
capitales administratives (Bucaramanga en Colombie, capitale du département de Santander), de capitales
2
économiques d’une aire spécialisée, de centres industriels (San José dos Campos dans l’aéronautique,
Brésil), de centres touristiques importants (Punta del Este, en Uruguay), ou de centres universitaires
(Concepcion au Chili). Certaines dépassent le million (Goiâna -Brésil, Torreon- Mexique), d’autres ne
dépassent pas les 100000hts (Bridgetown, Barbade).
C-
Les villes secondaires, des capitales locales
A la base du semis urbain se trouvent de petites capitales locales qui constituent l’armature de base du
contrôle territorial et assurent des fonctions administratives et commerciales élémentaires et parfois
frontalières. Elles peuvent également être monofonctionnelles ou des créations contemporaines sur les fronts
pionniers (Loja en Equateur ;Carajas , Brésil) ou portuaires (Turbo, Colombie). Leur taille et leur avenir
dépendent donc de l’évolution de l’espace restreint qu’elles organisent.
III-
Les villes d’Amérique latine : un reflet local des fractures sociales
A-
Les villes d’Amérique latine : terres de contrastes
Les villes d’origine hispanique, construites autour d’un noyau central conjuguant pouvoirs et fonctionnalité
économique, présentent un modèle qui historiquement introduit une différentiation sociale, entre les
citadins, proportionnelle à leur distance au centre. (dans les villes portugaises, la notion de centralité n’est
pas aussi pertinente dans la mesure où elles avaient essentiellement des fonctions de liens commerciales et
non d’organisatrice de l’espace colonisé). Si la hiérarchie social marque historiquement les villes, la
ségrégation n’est pas un phénomène issu de la colonisation dans la mesure où les échanges étant
suffisamment intenses et les villes suffisamment petites pour permettre le contact et une certaine mixité.
Aujourd’hui, dans les grandes métropoles, les contrastes sociaux et spatiaux sont particulièrement marqués
et visibles. Ex : horizontalité et verticalité à Sao Paolo. Place de l’habitat informel dans toutes les villes
brésiliennes. Contrastes quartiers riches du centre et banlieues résidentielles (dont des
gated communities
sur le modèle américain)/
cortiços
et
favelas
parfois sans eau courante, ni égouts et entre ces deux extrêmes,
les quartiers de classe moyennes occupent des espaces interstitiels variés. Le modèle de la ville latino-
américaine combine aussi un double effet de gradient auréolaire (Buenos Aires) et/ou de dissymétrie
(Mexico) et des ruptures topographiques (Rio de Janeiro) ou des effets d’étagement (La Paz) peuvent
introduire de nouvelles hiérarchisations entre les habitants. Dans tous les cas, la rapidité de l’urbanisation
des périphéries précède toute forme de planification (d’où des étalements considérables, des problèmes de
transports, de saturation et de pollution)
B-
Des espaces marquées par la violence
La violence est un des signes distinctifs et communs à toutes les villes latino-américaines.(Caracas : 76
homicides pour 100000hts en 1999, Recife : 79 et Medellin : 248). Toutefois si la violence est présente
partout, elle n’est pas systématiquement la traduction de la ségrégation. Ex : Brésil. La plupart des meurtres
sont commis dans les quartiers pauvres et ne sont pas le résultat d’une « guerre sociale » contre les
« riches » (y compris les touristes), mais celui de l’abandon pendant longtemps de ces quartiers par les
autorités, de la pauvreté et du mal-développement (faible scolarisation par exemple). S’il faut nuancer le
lien entre violence et ségrégation, ainsi que la violences des villes brésiliennes au regard de leurs
homologues sud-américaines, le taux des homicides pour 100000 habitants est en augmentation nette depuis
20 ans (de 11 à 27 entre 1980 et 2000)
C-
Des territoires complexes à gérer : les politiques urbaines
Le renforcement de la fragmentation socio-spatiale risque de remettre en cause le principes même de
l’intégration urbaine et d’une gestion commune. La faillite de l’Etat, jusque là souvent à l’origine des
mesures prises en faveur du développement urbain, fait peser des incertitudes sur la cohésion sociale à venir
des espaces urbains. Toutefois, d’une part, l’intégration plus ou moins avancée d’un certain nombreux de
pays dans la mondialisation se traduit par l’arrivée de capitaux privés et étrangers dans les villes sud-
américaines, d’autre part, s’ouvrent de nombreuses expériences de gouvernances locales (associations de
quartiers) et des solutions originales sont envisagées pour limiter la fragmentation socio-spatiale des villes
(ex : zonage social à Recife, budget participatif à Porto Alegre). Ensuite, des mesures sont prises pour
réduire la violence, qui contribue à éloigner les investisseurs étrangers. Ex : Brésil. La campagne de
désarmement de la population, lancée en 2003 par le gouvernement fédéral.
Cc : Les villes constituent des marqueurs spatiaux fondamentaux en Amérique latine, reflet à la fois du potentiel de ce
continent et des fractures qui l’entravent. L’ampleur du phénomène urbain, son ancienneté et la variété de sa diffusion
spatiale singularise ce sous-continent au sein des Sud.
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