Michèle Leclerc-Olive Traduire : au cœur du retour réflexif des ...

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Michèle Leclerc-Olive Traduire : au cœur du retour réflexif des ...

Publié le : jeudi 21 juillet 2011
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Colloque Urbana, octobre 2010
« Paradigmes en mutation : du rôle transformateur de la traduction pour les
sciences humaines »
Résumés des Interventions
Cécile Sakai
Traduction et création, nouvelles approches de la littérature contemporaine japonaise
Translation and Creation, New Approaches to Japanese Contemporary Literature
La littérature japonaise fait désormais l’objet de nombreuses traductions en langues étrangères,
occidentales comme asiatiques. Progressivement, elle intègre le cercle des littératures
dominantes dont l’accessibilité ouvre la voie à une certaine universalité.
Nous interrogerons d’abord les mécanismes à l’oeuvre, dans le cadre d’un basculement en cours
des hiérarchies littéraires du champ culturel mondial (Iwabuchi). La traduction joue un rôle
essentiel dans cette évolution en cours, avec ses acteurs, ses circuits de circulation, ses logiques
de reconnaissance, ses dynamiques de réception (Sapiro) – un ensemble qui influe, par des effets
de retour, sur les auteurs eux-mêmes.
Nous verrons ainsi, à travers les itinéraires exemplaires et
divergents de trois écrivains contemporains : MURAKAMI Haruki, TAWADA Yôko et
MIZUMURA Minae, comment la problématique de la traduction s’installe au coeur de leurs
systèmes littéraires, dédoublant leur oeuvre par une deuxième ligne d’inspiration et
d’interprétation. Les perspectives à examiner seront :
stratégies de traductions en langues
étrangères de leurs oeuvres, pratiques personnelles de la traduction, interactions stylistiques et
thématiques entre traduction et création, enfin discours sur la traduction et mises en scène
fictionnelles de la traduction. Leurs diverses expérimentations conduisent en creux à bousculer
les définitions conventionnelles de la traduction, dans un mouvement qui la rapproche infiniment
de l’autonomie créatrice – au risque de perdre sa fonction essentielle de transposition d’un texte
à un autre. Nous verrons comment ce paradoxe de la traduction (Berman) contribue à la
réflexivité de la littérature contemporaine.
Michèle Leclerc-Olive
Traduire : au coeur du retour réflexif
des sciences humaines sur elles-mêmes
Analyser les effets induits dans le champ des sciences humaines par la diffusion de concepts et
de problématiques hors de l’aire sociohistorique où ils ont été forgés, requiert de spécifier en
quoi la langue de ces disciplines « quasi conceptuelles » ne peut être confondue ni avec celle des
sciences de la nature ni avec la littérature. Reconnaître cette spécificité des langues des sciences
humaines, c’est-à-dire être attentif à la diversité des concepts (thématiques, opératoires et de sens
commun) qui les articulent, recommande des vigilances particulières au coeur même de la
pratique de la traduction. Cette praxéologie de la traduction permet surtout de prendre pour objet
de recherche la circulation des concepts à partir de l’analyse des choix de traduction et de
contribuer ainsi à la compréhension
de la réception des oeuvres et des théories. Pour cette
communication, quelques exemples soutiendront ces analyses critiques : les avatars de la notion
de société civile, des sciences de l’aléatoire, la réception de l’oeuvre de Ricoeur, les traductions
des ouvrages E. Goffman en français. Nous montrerons enfin que cette pratique de la traduction
(attentive à cette typologie de concepts), lorsqu’elle est articulée à l’exploitation des ressources
électroniques aujourd’hui disponibles, renouvelle non seulement la pratique de l’enquête
historique sur la circulation des idées (notamment en permettant de suivre au plus près les débats
scientifiques dont les revues ont été le théâtre), mais permet de comparer à nouveaux frais les
thèses historiographiques (par exemple les thèses développées par les pragmatistes dans les
années 1920) sur
la « connaissance du passé » . La traduction n’est plus alors reléguée dans les
arrières boutiques de la science mais devient l’activité scientifique qui par son style propre de
lecture des textes, donne accès à un savoir jusque là inaccessible. Corrélativement, se trouve
ainsi souligné le caractère irremplaçable du regard étranger.
Isabelle Davy
Du statut et du rôle épistémologique de la traduction dans la théorie de l’art
La théorie de l’art se donne souvent en traduction mais toute traduction ne fait-elle pas oeuvre de
théorie ? Si elle permet la transmission de connaissances, la traduction ne se réduit pas à une
transposition de savoirs mais contribue aux processus de signifiance. La traduction est un lieu
exemplaire de monstration du rôle épistémologique du langage et de la linguistique dans les
sciences humaines, et notamment dans la pensée de l’art.
Si on étudiait la pensée de l’art de Benjamin dans une « poétique du traduire »
1
, si on s’appuyait
sur une « concordance rythmique »
2
et non lexicale des textes, ceux-ci feraient peut-être entendre
autrement qu’elle n’a été entendue sa théorie de l’art. La
Petite histoire de la photographie
pourrait livrer sa tension d’une photographie comme oeuvre particulière et d’une valeur artistique
1
Si on considère le langage non comme un médiateur du sens mais comme jouant véritablement un rôle de
signifiance
, alors on peut dire qu’il en est de même pour la traduction. La
Poétique du traduire
d’Henri Meschonnic
a montré que le traduire comme activité de langage participe de l’invention. Contre l’idée de fidélité relative à la
conception de « passage » d’un texte « source » à un texte « cible », régie par la logique interprétative d’une
démarche herméneutique (le sens préalablement saisi), il a en effet proposé d’envisager « ce que fait un texte » et
comment « faire dans l’autre langue ce qu’il fait »,
Poétique du traduire
, Verdier, 1999, p.22.
2
Poétique du traduire
,
op. cit.
, p. 203.
de la photographie
3
, l’
aura
pourrait être retirée de la lecture phénoménologique et
psychologisante qui en fait une expérience de l’unique
4
et être appréciée comme singularité de
l’altérité en art dans un paradigme autre du sensible; « technique » et « médium » pourraient
apparaître sous un autre jour, liés à l’intersubjectivité comme travail du langage par l’étranger de
l’oeuvre.
La théorie de la traduction de Benjamin incite d’une certaine manière à envisager toute
traduction comme relevant d’une théorie du langage qui n’est jamais seulement théorie du
langage mais, comme l’ont montré Benveniste et Meschonnic, théorie du sujet et de l’histoire. La
traduction semble recéler ce pouvoir de transformation des champs disciplinaires qui permettrait
de passer de la séparation institutionnellement répandue entre d’un côté, la linguistique, la
littérature, et de l’autre, l’art, la philosophie, à une nouvelle configuration des disciplines dans les
sciences humaines.
Rémi Mathieu
Le traducteur agent d’une représentation évolutive de la Chine ancienne
La perception de la Chine ancienne par l’Occident a évolué pour des raisons diverses en partie
liées aux changements dans les traductions de textes représentatifs. Ces transformations sont
dues aux mutations des mentalités en ce siècle, et surtout en ces dernières décennies caractérisées
par l’instauration d’un régime communiste, quoique nationaliste en Chine et par l’affaiblissement
des références chrétiennes en Occident, en Europe particulièrement, dans les milieux lettrés.
Alors que la Chine a procédé à des milliers de traductions d’oeuvres occidentales, l’Occident a
traduit cent fois moins de textes chinois. Ce retard est en voie de comblement partiel. La
traduction d’oeuvres chinoises anciennes se heurte à deux difficultés :
-
Les textes chinois anciens ne se livrent pas d’eux-mêmes, ils sont glosés par des
commentateurs qui fournissent des explications philologiques mais imposent, dans le
même temps, l’idéologie de leur époque qu’ils font passer pour celle de l’auteur. Ils
instrumentalisent
les textes à des fins politico-morales. Le commentateur est ainsi le
premier «traducteur» du texte, même s’il le «traduit» dans sa langue d’origine. Le
premier à agir de la sorte, instaurant une pratique jamais abandonnée, fut Confucius,
détournant les vers du
Shijing
pour étayer son positionnement éthique. Le traducteur
moderne doit certes user du savoir des glossateurs pour entendre les textes mais sans se
laisser abuser par leur orientation idéologique qui détourne – du moins oriente – leur
3
« Petite histoire de la photographie »,
Essais I (1922-1934)
, traduction par Maurice de Gandillac,
Denoël/Gonthier, 1971-1983 /
« Kleine Geschichte der Photographie »
,
Gesammelte Schriften
, Suhrkamp, Frankfurt
am Main, 1980.
4
Comme celle pratiquée par Georges Didi-Huberman dans
Devant l’image
, Minuit, 1990 ;
Ce que nous
voyons, ce qui nous regarde
, Minuit, 1992. On réfléchira avec les travaux de Catherine perret,
Walter Benjamin sans
destin
, La Différence, 1992 ; Bruno Tackels,
L’oeuvre d’art à l’époque de W. Benjamin. Histoire d’aura
, coll.
« Esthétique », L’Harmattan, 1999 (traductions divergentes de B. Tackels et de M. de Gandillac).
message initial pour les redécouvrir sous le palimpseste des gloses et des sous-
commentaires linguistico-philosophiques.
-
Le traducteur occidental doit parler avec son temps, faute de n’être ni lu ni compris, donc
admis. On observe que les textes sont rendus par des mots et des concepts liés aux modes
intellectuelles, que les éditeurs et les lecteurs veulent y trouver. Il en découle que ces
transferts culturels
doivent être repris à chaque génération : chacune d’elle opère, dans sa
mentalité comme par ses outils intellectuels, une redéfinition nécessitant une
réinstallation de «logiciel». C’est ce qui caractérise l’historicisation de la traduction sans
laquelle il n’y a pas d’écoute possible du texte, puisque le jeu se joue à trois dont deux
sont acteurs (lecteur et traducteur autour du texte). Ce travail de Pénélope n’est pas vain,
il est même indispensable, contribuant à la nécessaire évolution de la représentation de la
culture chinoise. Si la Chine ancienne est une réalité multiple, elle est changeante dans les
paroles de ceux qui l’observent comme de ceux qui l’ont forgée.
Nous avons donc besoin de repenser les mots et les concepts qui rendent compte de la réalité
chinoise ancienne, de les modifier en fonction des modes de pensée de notre époque. Cet
exercice trouve sa limite dans la trahison possible des intentions des auteurs. Une «violence»
faite au texte est tolérable si elle vise à le rendre lisible, mais ne l’est plus lorsque les concepts
sur lesquels il s’appuie sont dénaturés. Quelques exemples, comme le
Lao zi
ou le
Yijing
,
illustrent cette observation. Le texte que le traducteur donne à lire engage non seulement la
connaissance de la culture chinoise, mais aussi la perception de son image par des franges de
population plus larges que le premier cercle des lecteurs. La vision globale de la Chine est, pour
partie au moins, tributaire de ce qu’en donnent à imaginer les traducteurs, y compris en des
domaines (politiques, économiques, sociaux) ne relevant pas de leur compétence. Enfin, la Chine
ne se contemple-t-elle pas dans ce miroir que lesdits traducteurs lui tendent de cette image
spéculaire et celle-ci ne contribue-t-elle pas à son évolution accélérée ?
Lucia Candelise
Compréhension, interprétation et restitution. Le problème de la traduction pour les médecins
acupuncteurs français au début du
XX
e
siècle
C'est pendant la première moitié du
XX
e
siècle que l’on commence à éditer en France des textes
de médecine chinoise, traduits en français, qui seront les références incontournables pour des
générations de médecins acupuncteurs. Comment ces textes sont-ils produits? Qui sont les
auteurs de ces livres? Quelles sont les sources pour ces auteurs et comment arrivent-ils à avoir
accès aux contenus des textes médicaux chinois ? Notre intervention aura pour but de présenter
les difficultés rencontrées par les médecins ou les praticiens de la médecine chinoise lorsque naît
leur intérêt pour la pratique et la théorie médicales venant de Chine. Nous montrerons aussi
quelles solutions ont été adoptées par quelques personnages à l’origine du développement de
l'acupuncture française pour traduire ou interpréter et restituer au public français des extraits des
textes médicaux chinois et leur contenu.
Isabelle Collombat
École de Paris
vs
École de Québec, ou comment réconcilier deux continents
En didactique de la traduction, on oppose traditionnellement deux approches : la méthode
comparative ou contrastive (celle de Jean-Paul Vinay et Jean Darbelnet, dite « École de
Québec » – qui, selon ses détracteurs, serait « trop axée sur la “langue” » –, et la méthode
interprétative, formalisée notamment par Danica Seleskovitch et Monique Lederer, dite « École
de Paris ». Aux dires de ses fondatrices, cette dernière approche consiste en une théorie du sens
qui repose sur le triptyque « compréhension – déverbalisation – réexpression ». Or, la méthode
de Vinay et Darbelnet comprend elle aussi une théorie du sens : les deux auteurs affirment en
effet par exemple qu’« il y a des cas […] où la traduction ne ressort ni de la structure, ni du
contexte, mais où le sens global et ultime n’est perceptible que pour celui qui connaît la
situation. » (1958 : 173). Toutefois, cette méthode vise en premier lieu à apprendre aux
apprentis-traducteurs à différencier les deux langues en présence, l’anglais et le français, cette
dernière étant particulièrement influencée par la première au Canada francophone, zone
privilégiée de contact des langues. C’est d’ailleurs cet objectif qui a présidé à l’instauration de la
stylistique comparée, qui, l’expérience le montre, a encore sa raison d’être chez les francophones
d’Amérique.
La présente communication vise ainsi à montrer que l’opprobre dont est souvent frappée
l’approche comparatiste pourrait être fondée sur une perception eurocentrique de la traduction et
des modalités et usages didactiques de cette dernière. En particulier, nous tenterons d’expliquer,
d’une part, comment les relations entre le français et l’anglais en Amérique francophone ont
déterminé la nécessité d’une différenciation des deux langues et d’autre part, l’influence exercée
par l’utilisation didactique de la traduction dans l’enseignement des langues – pratique courante
en Europe francophone mais inusitée en Amérique francophone.
Frédéric Obringer (Organisateur)
Du corps chinois au corps européen. Contextualisation des traductions françaises de textes
médicaux chinois
From Chinese body to European body. Contextualization of French translations of Chinese
medical texts.
Depuis le xvii
e
siècle, un certain nombre de textes médicaux chinois, ou du moins d'extraits de
ces textes, ont été traduits en français, dans des contextes très différents selon la période, les
traducteurs et les éventuels lecteurs. Le but de ce panel est d'interroger deux moments
particuliers de cette activité de traduction, en la resituant dans une perspective plus large, et en
utilisant plusieurs points de vue analytiques, de la traductologie à l'histoire culturelle. Le premier
moment correspond à la parution en 1735 de l'ouvrage publié sous la direction du P. du Halde,
La Description de l'Empire de la Chine et de la Tartarie chinoise
. Wu Huiyi, en
travaillant sur
les annotations et les commentaires laissés par les traducteurs des textes qui ont été réunis par le
P. du Halde, textes qui ont trait à des sujets très variés, de la religion à la géographie en passant
par la médecine ou le théâtre, apporte un éclairage riche et nouveau sur les enjeux intellectuels
assumés par les missionnaires. Frédéric Obringer aborde plus spécifiquement les traductions de
textes médicaux proposés dans le troisième volume de
La Description
. Le deuxième moment,
envisagé par Lucia Candelise, est celui de la diffusion, au cours de la première partie du xx
e
siècle, pour un public de praticiens qui commencent à être intéressés par l'acupuncture, de
traductions de textes médicaux dans un contexte social et épistémologique très différent.
L'approche contrastée de ces deux moments permettra un questionnement de l'activité de
traduction, de son aspect technique à l'évolution de sa fonction dans la société moderne et
contemporaine.
Lucia Candelise
Compréhension, interprétation et restitution. Le problème de la traduction pour les médecins
acupuncteurs français au début du xx
e
siècle
C'est pendant la première moitié du xx
e
siècle que l'on commence à éditer en France des textes
de médecine chinoise, traduits en français, qui seront les références incontournables pour des
générations de médecins acupuncteurs. Comment ces textes sont-ils produits? Qui sont les
auteurs de ces livres? Quelles sont les sources pour ces auteurs et comment arrivent-ils à avoir
accès aux contenus des textes médicaux chinois ? Notre intervention aura pour but de présenter
les difficultés rencontrées par les médecins ou les praticiens de la médecine chinoise lorsque naît
leur intérêt pour la pratique et la théorie médicales venant de Chine. Nous montrerons aussi
quelles solutions ont été adoptées par quelques personnages à l'origine du développement de
l'acupuncture française pour traduire ou interpréter et restituer au public français des extraits des
textes médicaux chinois et leur contenu.
Wu Huiyi
La pratique de traduction vue à travers les notes de traducteurs dans
La Description de l'Empire
de la Chine et de la Tartarie chinois
e.
La présente communication se propose d'analyser les notes de traducteurs qui accompagnent les
textes chinois traduits par des jésuites français et publiés en 1735 à Paris dans
La Description de
l'Empire de la Chine et de la Tartarie chinois
e. Cet ouvrage de quatre volumes à ambition
encyclopédique fut un moment particulièrement fort dans la littérature jésuite sur la Chine ; il
représente en plus la singularité d'afficher la volonté de « s'instruire de la Chine par la Chine
même » en offrant au public une quantité conséquente de traductions sur de nombreux sujets,
allant de la philosophie politique à la botanique médicinale en passant par des pièces de théâtre.
Ces traductions – les premières réalisées directement du chinois et publiées en une langue
vernaculaire européenne – outre leur apport de connaissances, nous offrent l'occasion d'entrer
dans la peau des traducteurs de l'époque, grâce aux annotations et commentaires qu'ils ont
laissés. On les voit interroger les livres et dialoguer avec les spécialistes locaux, permettant ainsi
de passionnantes confrontations entre connaissances livresques et observations empiriques, entre
les savoirs chinois et le bagage scientifique des Européens ; on les entend aussi expliquer leurs
démarches philologiques et stratégies de traduction, confier leurs incertitudes et avouer parfois
leurs échecs, preuve d'une conscience remarquablement aiguë des limites de la traduction.
L'image du traducteur qui se dégage de là est loin de celle d'un médiateur neutre et silencieux, et
l'image de la traduction, loin de celle d'une activité isolée. L'analyse systématique de ces notes
nous permettra d'appréhender la grande complexité des rapports qu'un traducteur européen au
début du XVIIIe siècle pouvait entretenir avec son texte, et la manière dont la traduction
participait à l'investigation savante des Européens dans les nouveaux mondes.
Frédéric Obringer
Les premières traductions de textes médicaux par les missionnaires jésuites présents en Chine
aux xvii
e
et xviii
e
s.
En 1735 paraissait à Paris la
Description géographique, historique, chronologique, politique et
physique de l'empire de la Chine et de la Tartarie chinoise
, ouvrage en quatre gros volumes édité
par le P. du Halde. Dans le troisième volume se trouvait une partie importante consacrée à la
médecine chinoise, avec une présentation générale et plusieurs traductions d'extraits de livres
chinois concernant la prise des pouls, la pharmacopée ou l' « entretien de la vie ». Je décrirai,
exemples à l'appui, les choix terminologiques et les difficultés des missionnaires traducteurs de
ces textes, en m'interrogeant sur le contexte intellectuel et social de la Chine et de la France à
cette époque, et sur la réception possible de ces traductions.
Sylvie Archaimbault
Danielle Candel
Jacqueline Léon
Didier Samain
(deux conférences, présentées chacune par deux conférenciers : Sylvie Archaimbault et
Jacqueline Léon ; Danielle Candel et Didier Samain)
La traduction, une activité historiquement située
Dans cette proposition, nous envisageons la traduction dans le cadre de l'histoire des théories
linguistiques, laquelle met en avant l'empiricité et l'historicité des savoirs. Dans cette perspective,
la traduction d'un texte se doit de resituer celui-ci dans la spécificité de son contenu et la
singularité de son contexte. On s'attachera par ailleurs à travailler l'historicité de l'acte de traduire
: on traduit certains textes et d'autres non, on traduit à un moment donné, en tenant compte
d'objectifs pratiques et/ou politiques dépendant de contraintes historiques externes, et de
l'ancrage dans des traditions intellectuelles données. Ces questions seront envisagées à partir
d'exemples historiques concrets :
1. L'automatisation de la traduction comme enjeu épistémologique associé à des transformations
des sciences du langage et à l'émergence de nouvelles disciplines. On traitera ces phénomènes de
façon comparative dans les contextes américains et soviétiques des années 1950-60.
2. Certaines spécificités de la traduction intralangue aussi bien que de la traduction interlangue,
qui montrent que les difficultés ne se limitent pas seulement aux écueils linguistiques du passage
d'une langue à une autre, ni aux effets culturels des espaces de réception, mais qu'elles résident
aussi dans le transfert des savoirs d'un domaine de spécialité à un autre ou dans son passage à la
langue générale. Ainsi la pratique terminologique remet-elle par exemple au premier plan
l'importance, souvent négligée, de la référence, puisqu'il s'agit d'abord, en redéfinissant des
objets, de leur trouver une appellation qui les désigne correctement. On montrera que, loin d'être
marginale (au titre qu'elle réduirait les signes à de simples désignations), cette situation illustre
au contraire une dimension essentielle de toute traduction.
Xiangyun Zhang
Lu Xun -
Traduction et révolution
On ne saurait jamais exagérer sur le rôle transformateur de la traduction pour l’histoire de la
Chine. S’il est évident que la traduction a introduit aux Chinois de nouvelles connaissances
scientifiques et techniques que possède l’étranger, ici nous voudrions surtout faire remarquer le
fait qu’elle a ébranlé les traditions culturelles chinoises et engendré, au tournant des siècles XIXe
et XXe, toute une série de changements fondamentaux voire révolutions sur les plans
linguistique, littéraire, esthétique, artistique, idéologique, etc.
LU Xun représente une figure emblématique de cette époque de grands changements. Sans
reprendre l’affirmation du caractère révolutionnaire de son oeuvre par la Chine communiste, nous
voudrions nous pencher sur sa conception de la traduction comme un moyen de réformer la
langue chinoise. En effet, pour Lu Xun le traducteur de romans, de nouvelles, d’essais littéraires
et artistiques, la traduction n’est pas conditionnée invisiblement par l’idéologie, mais une arme
de combat idéologique.
Un demi siècle avant Antoine Berman et Lawrence Venuti, Lu Xun dénonce l’ethnocentrisme
chinois qui se manifeste par une mise en norme excessive de toute différence (concernant la
forme et même le contenu) ; il prône ainsi une traduction littérale, voire mot pour mot (
zhiyi
ou
yingyi), qui sacrifie la lisibilité du texte au profit d’une nouvelle langue chinoise avec des
syntaxes plus riches et moins ambiguës. Aux yeux de Lu Xun, la langue chinoise qui manque de
rigueur, de précision, de tournures variées, empêchent le pays de se moderniser ; pour y
remédier, la traduction doit non seulement faire connaître le contenu d’un texte étranger, mais
surtout introduire les modes d’expression.
Cette communication pourra intégrer l’atelier « Domination linguistique et nouvelles expériences
de l'étranger », car même si Lu Xun a paru radical dans son combat solitaire, ses expériences de
l’étranger ne sont pourtant pas resté sans écho devant la domination linguistique du chinois.
L’histoire du XXe siècle lui donne raison : ces expériences peuvent rencontrer de la résistance
dans un premier temps, mais finiront toujours par se faire accepter et enrichira ainsi la langue et
la culture d’accueil.
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