« Pauvreté et richesse, développement et sous développement dans ...

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Publié le : jeudi 21 juillet 2011
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 Pauvreté et richesse, développement et sous développement dans la mondialisation » Compte rendu de la conférence des Rendez-Vous de lHistoire du vendredi 13 octobre 2006 Conférencière : Sylvie Brunel, professeur de géographie du développement à l'université Paul-Valéry de Montpellier, ancienne présidente d'Action contre la Faim  Unegéographe parmi les historiens! La présence de Sylvie Brunel à Blois montre la volonté douverture des organisateurs du festival en direction de la discipline cousine de la nôtre et sa complémentarité dans la compréhension du monde contemporain. Cette conférence sinscrivait dans le cadre des rencontres professionnellesdonc à destination dun public enseignant du secondaire. Lessentiel des points abordés fut repris le lendemain au cours dune conférence débat sur le thème de la richesse et de la pauvreté.En introduction de la conférence, Ghislaine Desbuissons, IPR-IA, rappelait la place de cette thématique dans les différents programmes des collège et lycée, en histoire comme en géographie et mettait laccentsur 4 questions : Celle de la définition des termes: richesse, pauvreté, développement, sous développement. Quelle définition choisir et sur quels critères ? Celle de létat des lieux : Quelle réalité du développement depuis 1945, quels facteurs ? quel rôle des différents acteurs ? Quelle pertinence pour la fracture Nord / Sud ? ? Quelles? Quels supports et outils sont utilisés par les chercheursCelle des ressources utiles ressources bibliographiques ou sitographiques »(sites internet)pourraient être utiles aux enseignants ? Celle des problèmes de vigilance pédagogique : Le thème est abordable en histoire, en géographie mais aussi en éducation civique. Nous sommes donc à la croisée des 3 disciplines et il faut nécessairement se poser la question de langle dapproche qui ne devrait pas être identique … De plus, comment faire pour articuler ces concepts et surtout les rendre intelligibles à nos élèves (confusion fréquente entre richesse et développement) ? La solution passe sans doute par létude de cas. Sylvie Brunel, très universitaire dans le style et éminemment didactique, répondit essentiellement aux 3 premières de ces 4 questions au cours de son exposé dont voici lessentiel de la teneur : Quelle définition ? La sienne du développement :  processus de croissance de la richesse et de diversification des activités économiques engendrant grâce à une action volontariste des pouvoirs publics soutenus par une coopération internationale forte une amélioration des conditions de vie du plus grand nombre et une maîtrise accrue, par les individus, de leur propre destin comme des aléas naturels» (S. Brunei, 1997). Elle rappelle que A. Sen (inventeur de lIDH) distingue un processus par la croissance mais porteur de conflits (augmentation forte des inégalités de richesse avec lex. de la Chine ou de lAmérique Latine) dun processus par le soutien (taux de croissance moindre mais davantage de dépenses sociales avec lex. du Brésil), plus lent, plus durable avec moins de conflits Celle de la pauvreté: en général on entend pauvreté monétaire (une personne sur cinq vit dans les pays en voie de développement (PVD) avec moins d'un dollar par jour en ppa, ce qui représente un milliard de pauvres  absolus ») mais à lintérieur des pays riches et industrialisés, le calcul prend en compte une  pauvreté relative » (seuil de pauvreté fixé à la moitié du revenu médian). S. Brunel rappelle la difficulté dappréhender le phénomène à travers ces différents outils, pas toujours pertinents! Surtout, la définition de la pauvreté ne doit pas se réduire à son simple aspect monétaire. Pour souligner que la pauvreté n'est pas seulement monétaire (insuffisance de revenu), les institutions internationales emploient le terme de  pauvreté multidimensionnelle » : les pauvres sont ceux qui n'ont  ni avoir, ni
savoir, ni pouvoir », pour reprendre la formule du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD). Quel état des lieux ?  La pauvretéfait partie intégrante de la mondialisation : une personne sur cinq vit dans les pays en voie de développement (PVD) avec moins d'un dollar par jour, ce qui représente un milliard de pauvres  absolus ». Certes, ce chiffre a décru puisque les pauvres représentaient 28 % de la population du tiers monde en 1990 (1,4 milliard) mais il reste singulièrement élevé, alors que la production de richesses ne cesse de croître. Car la hausse du revenu national ne permet pas à elle seule de réduire la pauvreté en l'absence de mesures énergiques de redistribution et d'investissement dans le secteur social. C'est tout le fossé qui sépare le développement (humain) de la croissance du produit national brut (PNB). Nous sommes passés d'un monde où la pauvreté était une donnée généralisée (en 1820, il y avait déjà un milliard de pauvres, mais ils représentaient 95 % de la population mondiale !) à un monde où les inégalités de revenus ne cessent de se creuser, autant à l'intérieur des pays qu'entre les différentes régions du monde. Paul Bairoch souligne dans ses travaux que si, avant la révolution industrielle, les différences de richesse étaient très faibles d'un continent à l'autre, le décollage économique de l'Europe creuse l'écart entre les pays qui amorcent leur processus d'industrialisation et les autres, pour exploser à partir des années 50. Après une période de relatif rattrapage des pays en développement qui correspond aux Trente glorieuses, le fossé entre riches et pauvres se creuse à nouveau à partir des années 80. La crise de la dette, le recul du prix des matières premières amorcent ce que les pays latino-américains et africains appellent la  décennie perdue du développement» : les investissements dans le secteur social s'effondrent avec le recul des États et leurs difficultés de financement. L'intégration mondiale des années 90, qui se produit dans le sillage de la chute du rideau de fer, conduit à généraliser les stratégies économiques favorables au marché : l'ouverture de la Chine (dès 1984), puis de l'Inde (1991), puis de la presque totalité de l'Asie orientale, la libéralisation (économique) de l'Asie centrale permettent de réamorcer un rattrapage, en termes de niveaux de vie, entre pays émergents et pays développés. Mais la convergence apparente ne doit pas masquer la persistance, voire l'aggravation d'une grande pauvreté en Afrique subsaharienne et, plus globalement, dans les pays qu'on appelle les PMA (pays les moins avancés), caractérisés par la faible diversification de leurs exportations, composées essentiellement de produits primaires, leur extrême vulnérabilité au risque (climatique, économique, politique ... ), l'insuffisance de leurs infrastructures, la pauvreté et le faible niveau de qualification de leur population, qui les empêchent de saisir les opportunités offertes par la mondialisation. Aujourd'hui, toujours selon le PNUD, le revenu moyen des 20 % de la population mondiale la plus riche (qui détient 75 % du revenu mondial) est cinquante fois plus élevé que le revenu moyen des 20 % les plus pauvres (cent fois plus si l'on ne compare que les 10 % situés en haut et en bas de l'échelle des revenus mondiaux). Les 40 % de personnes les plus pauvres ne détiennent, elles, que 5 % du revenu mondial. Et si l'on ne prend que les 20 % les plus pauvres (un Africain sur deux au sud du Sahara), on tombe à 1,5 % du revenu mondial! L'Américain moyen est aujourd'hui plus que soixante fois plus riche que le Tanzanien moyen; en 1990, il ne l'était que moins de quarante fois ... Lutter contre la pauvreté est devenue, depuis le début des années 90, le grand mot d'ordre de la coopération internationale: en l'an 2000, les objectifs du millénaire prévoyaient de réduire de moitié le nombre de pauvres d'ici 2015. Mais les bons résultats obtenus par certains pays tels que la Chine, le Brésil ou l'Egypte ne doivent pas masquer l'échec global de la coopération internationale, qui ne parvient pas à enrayer la marginalisation et l'exclusion de certains territoires, certaines classes sociales, certains secteurs économiques dans la mondialisation. Plus grave encore : la pauvreté devient de plus en plus  disqualifiante » (S. Paugam, 2006) : ceux qui en souffrent sont suspects. Les stratégies d'assistance mises en œuvre sous l'influence de la théorie libérale insistent sur la nécessaire prise en charge des pauvres par eux-mêmes. L'engouement pour le
micro-crédit en est l'une des illustrations: au pauvre de créer sa micro-entreprise s'il veut espérer améliorer son sort ! Dans les pays dont l'État a largement été démantelé dans le cadre de l'ajustement structurel, les structures d'assistance privées, ONG et mouvements religieux, évangéliques ou islamiques notamment, servent de filet de sécurité face aux conséquences sociales désastreuses des réformes libérales. Mais elles réservent leur assistance aux  bons» bénéficiaires, ceux que leur comportement rend méritants. Le lien social se replie sur des définitions identitaires et se communautarise, sonnant le glas des systèmes universels, inconditionnels, garantis à tous, que la construction des États-providence avait tenté de mettre en œuvre. La charité plutôt que le social, ce qui signifie une assistance fluctuante, partielle et partiale, et une dépendance, voire une subordination, entre le donneur et le receveur. Le monde riche s'accommode fort bien de l'exclusion et de la mise à l'écart des pauvres. Alors que le développement devrait être un processus bénéficiant au plus grand nombre, il est de plus en plus orienté, au nom du  développement durable» (rapport Brundtland, 1987, sommet de la Terre de Rio, 1992), en direction de l'environnement. Au nom de la préservation de la planète, les riches imposent aux pauvres des politiques qui leur nient le droit à la croissance économique. Il est important de le réorienter vers le progrès social, au lieu de mettre systématiquement en avant une nature sanctifiée au détriment des hommes. » Quels outils utiliser ? S. Brunel propose dutiliser des données extraites du rapport du PNUD et plus précisément celles de la mortalité juvénile (mortalité des enfants de moins de 5 ans) en deux étapes : 1. Montrer sous forme de graphique à barre simple la mortalité juvénile. Sur environ 10 millions de er ère décès, 4 M ont lieu durant le 1mois de vie, 3 M durant la 1semaine, 2,5 M en Inde, 760000 en Chine (problème de linfanticide des filles à souligner) , 4,4 M en Afrique dont 1 M à cause du paludisme. On estime à 5 M le nombre de morts associés à la malnutrition. 2. Ensuite, Montrer les courbes dévolution de la mortalité juvénile de 1960 à 2005 par grande région du monde  Cesdeux études permettent de cerner avec les élèves la définition du développement, sa réalité mais aussi son inégalité et sa fragilité Orientations bibliographiques - P. Bairoch, Victoires et déboires, Gallimard, Paris, 1997 - S. Brunei, Le développement durable, PUF,  Que sais-je? », Paris, 2005 - S. Brunei, La Planète disneylandisée, éditions Sciences humaines, Paris, 2005 - PNUD, Rapport mondial sur le développement humain (annuel) - S. Paugam, Les formes élémentaires de la pauvreté, PUF, Paris, 2006 - A. Sen, Repenser l'inégalité, Seuil, Paris, 2000 S. Brunel évoque aussi la Documentation photographique sur la mondialisation où lon peut retrouver les graphiques proposés dans le point précédent et un ouvrage de Patrick Gilliard -Lextrême pauvreté au Niger. Mendier ou mourir ?- Paris, Karthala – 2005 dont elle extrait lessentiel et dont on peut trouver un excellent résumé, très utile pour préparer une étude de cas avec nos élèves, à ladresse suivantehttp://geoconfluences.ens-lsh.fr/doc/breves/2006/2.htm
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