Platon gorgias

Publié par

Publié le : jeudi 21 juillet 2011
Lecture(s) : 731
Nombre de pages : 4
Voir plus Voir moins
Séquence 4
Le mythe du jugement des morts
L'apologue
Platon, philosophe grec issu d'un famille aristocratique athénienne et fondateur de l'Académie, donnela paroleàSocrate, dont il fut le disciple. Socrate mène la conversation dans des dialogues abordant des concepts très divers. Ici l'interlocuteur des Calliclès. Partant de la mythologie concernant la vie de l'âme et du jugement desmorts, celui montre qu'il s'est agi de réformer le jugement afin que les apparences (physiques et sociales) ne trompent pas. Discours argumenta tif par excellence, l'apologue chercheàconvaincre les vivants qu'il s'agit de songeràse faire une belle âme.
I.] Organisation 1.) Enonciation je...je (l.1-2) disparaît dans le mythe et revient après l.60 puis encore l.77 Dimension argumentative : verbes modalisateurs (je crois l.1 et 41, je pense... l.2 et 18) tu...tu (11 occurrences) : restitue l'idée du dialogue. 2.) Construction l.1"fort belle histoire"3 : introintérêt du récit l.440 : le mythe 411 :jugement desâmes 1227 : conditions antérieures (déplore l'injustice) 2840 : nouvelles conditions du jugement l.4176 : leçon que tire Socrate : "voilàce que j'ai..." 4149 : l'âme garde les traces de la vie morale comme le corps garde celles de la vie physique 5067 : les mauvaisesâmes 6876 : les bonnesâmes des philosophes 3.) Articulation logique donc (22, 50)en effet (16)voilàce que... (41)or ( 6 occurrences) mais (68)c'est pourquoi (30) "eh bien moi... (77) : transition pour la conclusion > souci constant de créer une articulation pour un récit logiqueàvisée didactique.
II.] La leçon 1.) Véritédu récit Mythe = a. Récite fabuleux mettant en scène desêb. Puretres incarnat des forces de la nature et les aspects de la condition humaine. construction de l'esprit.c. Expression, idée, doctrine au moyen d'un réReprcit. d.ésentation idéalisée de l'état de l'humanitédans un passéou dans une avenir fictif.e. Image simplifiée et illusoire que les groupes humainsélaborent ou acceptent au sujet d'un individu ou d'un fait. Socrate montre que même si c'est un mythe, c'est crédible. (ici mythe = récit fabuleuxprend une distance) Il inciteàla véritédu mythe : "comme s'il s'agissait de choses vraies (3) ; "je crois que c'est vrai" (41) > Valeur de véritévraieil faut tirer une leçon. 2.) Mélange récit-leçon Son discours développe le récit : "quand les morts" (50) ; "Archélaos" (60) ; "Hadès" (62, 66) "Rhadamante" (x5) ; les châtiments : (66) ; "Minos"(74) ; "Ulysse" (75) 3.) La leçon elle-même La leçon : "la conclusion que je tire" (41) ==[...]==> fin du texte. Plan de cette conclusion : Ne pas juger par ce que l'on voit (ne pas se fier aux apparences (4149) Les mauvaisesâmes : idée d'âme fatiguée : "rien de sain" (53) ; "lacérée...ulcérée" (54) vocabulaire de la faute : "injustice" "parjure" "rien n'est droit" "pas de vérité" (18 expressions) "démesure" (hybristoujours puni) > l'exercice du pouvoir corrompt,éloigne de la vérité. Les bonnesâmes :(sur lesÎles des Bienheureux) piétéet vérité: philosophe = vertu du travail / modestie / humilité Leçon qu'il envisage lui-même : "j'aiétéconvaincu" (77) sagesse : projet de vie fondésur des valeurs sincérité/ bonté: "je" je laisse doncconclusion / déduction / logique du raisonnement.
Dans le dialogue, l'argumentation auraétéefficace ; Calliclès renonce au pouvoir qui sembleêtre la grande cause de condamnation desâmes aux Enfers. La sagesse vient donc de la défianceàl'égard des apparences, du goût du pouvoir et des
Séquence 4L'apologue mensonges. La philosophie est la seule occupation viable. Pour démontrer, Platon s'est servi d'un mythe qu'il a développéfort longuement ; le discours narratif occupe une grande place dans la démonstration, mais elle contient déjàle sens visé. Il emploie d'ailleurs le mot mythe dans un sens qui lui est propre en rejetant le sens "d'histoire inventée". L'efficacitéréside dans la grande capacitéde ce type de récitàfaire réfléchir les hommes. Ici efficacitésur le plan moral, et de façon intemporelle. Le danger du pouvoir, la tentation du paraître au détriment de l'être.
Séquence 4
Le Mythe du jugement des morts
L'apologue
Les 35 livres de Platon donnent une place essentielleàla fascinante figure de Socrate, un philosophe hors du commun par ses Méthodes et son comportement. Ils se présentent comme des dialogues sur des sujets très divers : la beauté, l'amour, la morale, la politique, le langage, etc.Àchaque fois,Socrate mène la conversation et initie la réflexion de ses interlocuteurs.Dans leGorgias,iltente de convaincre de la supérioritéde la philosophie trois personnages, Gorgias, Polos et Calliclès, fascinés par la rhétorique, art de la parole qui, selon Socrate, est au service du pouvoir.
SOCRATE. -Écoute donc, comme on dit, une fort belle histoire, dont tu penseras, je crois, que c'est un mythe, mais dont je pense que c'est une histoire vraie. Ainsi, je te raconterai tout ce qui va suivre comme s'il s'agissait de choses vraies. Homère rappelle donc que Zeus, Poséidon et Pluton, quand ils reçurent l'empire de leur père, le partagèrent entre eux. Or, la loi qui, en ce temps-là, régnait chez les hommesétait la loi de Cronos, oui, la loi qui, depuis toujours, et encore maintenant, règne parmi les dieux. Voici quelle est cette loi: si un homme meurt après avoir vécu une vie de justice et de piété, qu'il se rende auxÎles des bienheureux et qu'il vive là-bas dans la plus grande félicité,àl'abri de tout malheur ; mais s'il a vécu sans justice ni respect des dieux, qu'il se dirige vers la prison oùon paye sa faute, oùon est puni -cette prison qu'on appelle le Tartare. Or, au temps de Cronos, et même au commencement du règne de Zeus, les jugesétaient des vivants, qui jugeaient d'autres vivants, et ils prononçaient leur jugement le jour même oùles hommes devaient mourir. Dans de telles conditions, les jugements n'étaient pas bien rendus. En sorte que Pluton et ceux qui surveillaient lesÎles des bienheureux, reprochaientàZeus de trouver, dans cesÎles comme dans le Tartare, des hommes qui n'avaient pasàyêtre. Zeus leur répondit donc : « je vais mettre un terme acette situation fâcheuse. En effet, maintenant, les jugements sont mal rendus. La raison en est, expliqua-t-il, que les hommes qu'on doit juger se présentent tout enveloppés de leurs vêtements, puisqu'ils sont jugés alors qu'ils sont encore vivants. Or, nombreux sont les hommes, reprit-il, tout enveloppés de la beautéde leurs corps, des hommes qui font voir la noblesse de leur origine, leurs richesses, et qui font appel, quand l'heure du jugement est venue,àde nombreux témoins, lesquels parlent en leur faveur et déclarent qu'ils ont vécu une vie de justice. Donc, tout cela impressionne les juges, d'autant qu'ils sont eux aussi enveloppés des mêmes choses lorsqu'ils prononcent leurs jugements. Entre leurâme et celle de l'homme qu'ils jugent, ils ont des yeux, des oreilles et tout un corps, dont ils sont enveloppés. Or c'est justement cela, tout ce qui enveloppe les juges et enveloppe les hommes qu'ils jugent, c'est cela qui fait obstacle. II faut donc d'abord, ajouta Zeus, que les hommes cessent de connaîtreàCar maintenant ils saventl'avance l'heure de leur mort. d'avance quand ils vont mourir. Or, je viens justement de parleràProméthée, pour qu'il leurôte cette connaissance. Ensuite, il faut que les hommes soient jugés nus, dépouillés de tout ce qu'ils ont. C'est pourquoi on doit les juger morts. Et leur juge doitêtreégalement mort, rien qu'uneâme qui regarde uneâme. Que, dès le moment de sa mort, chacun soit séparéde tous ses proches, qu'il laisse sur la terre tout ce décorum - c'est le seul moyen pour que le jugement soit juste. Je m'étais bien rendu compte de cela avant vous, j'ai donc fait juges mes propres fils : deux d'entre eux, Minos et Rhadamante, viennent d'Asie et l'autre,Éaque, d'Europe. Quand ils seront morts, ils s'installeront, pour rendre leurs jugements, dans la plaine, au carrefour formédes deux routes qui conduisent, l'une, auxÎles des bienheureux, et l'autre, au Tartare. C'est Rhadamante qui jugera les hommes en provenance d'Asie, tandis qu'Éaque sera le juge de ceux qui viennent d'Europe. A Minos, je donnerai la facultéde juger en dernière instance, au cas oùles deux autres juges ne savent pas que décider, afin que ce jugement qui décide la route que chaque homme doit prendre soit le plus juste possible. » Voilàce que j'ai entendu dire, Calliclès et je crois que c'est vrai. La conclusion que je tire de cette histoire est la suivante. La mort n'est rien d'autre, me semble-t-il, que la séparation de deux choses, l'âme et le corps, qui se détachent l'une de l'autre. Or, une fois que l'âme et le corps d'un homme se sont séparés, ils
Séquence 4L'apologue n'en restent pas moins dans l'état quiétait le leur du vivant de cet homme. Le corps garde sa nature propre, avec la marqueévidente de tous les traitements, de tous les accidents qu'il a subis. [...] Eh bien,àmon avis, c'est le même phénomène qui se produit aussi dans l'âme. Dès qu'elle est dépouillée du corps, on peut voir tous ses traits naturels ainsi que les impressions qu'elle a reçues, impressions qui sont telles ou telles selon le mode de vie qu'a eu l'homme qui la possède et qu'en chaque circonstance il aéprouvées en son âme. Donc, quand les morts se présentent devant leur juge, quand ceux d'Asie, par exemple, vont auprès de Rhadamante, Rhadamante les arrête et il sonde l'âme de chacun, sans savoiràqui cetteâme appartient, mais il arrive souvent qu'il tombe sur l'âme du Grand Roi ou encore sur celle de n'importe quel autre roi ou chef, et qu'il considère qu'il n'y a rien de sain en cetteâme, qu'elle est lacérée, ulcérée, pleine de tous les parjures et injustices que chaque action de sa vie a imprimés en elle, que tous ses fragments ontéténourris de mensonges, de vanité, que rien n'est droit en cetteâme, parce qu'elle ne s'est jamais nourrie de la moindre vérité. Alors, il voit uneâme quiàcause de sa licence, de sa mollesse, de sa démesure, de son absence de maîtrise dans l'action, est pleine de désordre et de laideur. Et dès qu'il voit cetteâme privée de toute dignité, il l'envoie aussitôt dans la prison de Tartare, oùelle est destinéeàendurer tous les maux qu'elle mérite. [...] Archélaos, je l'affirme, sera traitécomme cela, si tout ce qu'a dit Polos est vrai, et c'est le cas de tout autre homme qui auraitétéun tyran comme lui. D'ailleurs, je pense que presque tous les hommes qui servent d'exemples dans l'Hadès, se trouvent chez les tyrans, les rois, les chefs, et chez tous les hommes qui ont eu une action politique. Ce sont eux, en effet, qui commettent des méfaits, lesquels,àcause du pouvoir dont ces hommesdisposent, ne peuventêtre que des méfaitsénormes et parfaitement impies. D'ailleurs, Homère en témoigne pour nous. Cet illustre poète a représentédes rois et des chefs qui sont, dans l'Hadès,éternellement punis : ce sont "Tantale, Sisyphe, Tityos. [...] Mais il se produit parfois que Rhadamante discerne une autre sorte d'âme, qui a vécu une vie de piétéet de vérité, qu'elle soit l'âme d'un homme privéau celle de n'importe qui. Mais surtout s'il voit - eh oui, Calliclès, c'est moi qui te le dis-, s'il voit l'âme d'un philosophe, qui a oeuvrétoute sa vie pour accomplir la tâche qui lui est propre, sans se disperseràfaire ceci et cela, eh bien, après avoir admirécetteâme, il l'envoie vers lesÎles des bienheureux. EtÉaque lui aussi, fait la même chose. Ces deux juges prononcent leurs jugements en tenant une baguetteàla main. Quant àMinos qui surveille les jugements, il est assis, seul ; il tient un sceptre d'or, comme Ulysse le voit, chez Homère : « il tient un sceptre d'or, et il fait la justice cher les morts. » Eh bien moi, Calliclès, j'aiétéconvaincu par cette histoire, et je ne cesse de m'examiner, afin de faire paraître devant le juge l'âme la plus saine qui soit. Je laisse donc tomber les honneurs que chérissent presque tous les hommes, je m'habitueàêtre sincère, et je vais vraiment essayer d'être aussi bon dans la vie que dans la mort - quand je serai mort. J'engage, autant que je peux, tous les autres hommes, et surtout toi,àfaire de même ; oui, je t'engageàfaire le contraire de ce que tu dis,àte diriger vers la vie dont je parle etàentrer dans ce combat, dont je prétends qu'il est préférableàtous les combats qui se livrent ici.
Pl at o n ,Go r g i a s, 52 3 -5 2 6 .
Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.