Pratiques de réduction de la pauvreté : application des technologies ...

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Pratiques de réduction de la pauvreté : application des technologies ...

Publié le : jeudi 21 juillet 2011
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Distr. GÉNÉRALE  E/ESCAP/CPR/4 1 er août 2003    FRANÇAIS ORIGINAL: ANGLAIS  
NATIONS UNIES CONSEIL ÉCONOMIQUE ET SOCIAL   COMMISSION ÉCONOMIQUE ET SOCIALE POUR LASIE ET LE PACIFIQUE  Comité de la réduction de la pauvreté  Première session 8-10 octobre 2003 Bangkok   PRATIQUES DE RÉDUCTION DE LA PAUVRETÉ: APPLICATION DES TECHNOLOGIES DE LINFORMATION ET DE LA COMMUNICATION À LA RÉDUCTION DE LA PAUVRETÉ RURALE  (Point 6 b) de lordre du jour provisoire)  Note du secrétariat  
 RÉSUMÉ Linégalité daccès à lInternet dans le monde a créé une fracture numérique entre ceux qui ont accès à un ordinateur et donc à lInternet, et ceux qui ny ont pas accès. En 2002, le Secrétaire général des Nations Unies a déclaré que les nouvelles technologies de linformation et de la communication (TIC) étaient des éléments moteurs de la mondialisation. Elles rapprochaient les hommes et constituaient pour les décideurs des outils entièrement nouveaux pour le développement. Toutefois, dans le même temps, lécart entre les populations «nanties» et les populations «démunies» dans le domaine de linformation se creusait et il y avait un risque réel de voir les pauvres du monde exclus de léconomie mondiale émergente fondée sur le savoir. La CESAP entend mettre en place des mécanismes déchange, notamment pour faciliter laccès aux ressources régionales par lInternet, afin que les gouvernements et autres organismes puissent obtenir aisément linformation relative aux questions de dépaupérisation urbaine et rurale. Dans sa nouvelle structure programmatique, la CESAP accorde une importance plus grande à lutilisation des TIC dans la réduction de la pauvreté. La Réunion de groupe spécial dexperts sur le rôle des technologies de linformation et de la communication aux fins de la réduction de la pauvreté rurale: élaboration de politiques nationales en matière de TIC, réuni par la CESAP en janvier 2003, a été chargé délaborer des directives pour faciliter la formulation de politiques et stratégies nationales de TIC en vue de la dépaupérisation rurale. Le présent document résume les principaux points de la discussion figurant dans le rapport et en reprend les conclusions et recommandations. On y trouve des directives relatives à lapplication des TIC dans la réduction de la pauvreté rurale destinées à la CESAP pour ses activités futures et aux pays participant aux programmes.
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INTRODUCTION 1. Selon le Secrétaire général des Nations Unies, les nouvelles technologies de linformation et de la communication sont des éléments moteurs de la mondialisation. Elles rapprochent les hommes et constituent pour les décideurs des outils entièrement nouveaux pour le développement. Toutefois, dans le même temps, lécart entre les populations «nanties» et les populations «démunies» en matière dinformation se creuse et il y a un risque réel de voir les pauvres du monde exclus de léconomie mondiale émergente fondée sur le savoir (Kofi Annan, 2002). 2. Environ 85% de la population des pays les moins avancés de la région et 75% de la population de lAsie en développement vivent dans les régions rurales. Laccès aux réseaux de communication dans ces régions des pays en développement est beaucoup plus rare que dans les régions urbaines. En effet, lhabitat rural est dispersé et les villages et petites localités se trouvent parfois à des centaines de kilomètres de la principale agglomération urbaine la plus proche. Les régions rurales éloignées ont en commun plusieurs des caractéristiques suivantes, voire toutes:  Pénurie ou absence de services publics, notamment dans les secteurs de la santé et de léducation   Manque de personnel technique qualifié   Géographie ou topologie empêchant la mise en place dun réseau de télécommunications à un coût abordable   Conditions climatiques difficiles mettant les équipements à rude épreuve   Activité économique limitée, centrée essentiellement sur lagriculture, la pêche et les industries familiales   Revenus par habitant peu élevés, généralement bien inférieurs à ceux des régions urbaines   Faible densité de population   Encombrement des lignes téléphoniques en raison de linsuffisance des services de télécommunications et du grand nombre dutilisateurs par ligne.  3. Dans la majorité des pays en développement, la télédensité (exprimée en nombre de lignes téléphoniques pour 100 habitants) est faible ou très faible dans les régions rurales reculées. Lune des principales causes est le coût élevé de linstallation de léquipement compte tenu du petit nombre dutilisateurs. Toutefois, il existe déjà de nouvelles technologies ou des technologies à un stade avancé de mise au point qui permettent despérer une amélioration sensible. Lamélioration de la télédensité rurale offre les avantages suivants:  Intégration des populations rurales à la vie économique, sociale et politique nationale  Décentralisation régionale  Efficacité accrue des programmes gouvernementaux  Amélioration de la protection sociale.  
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4. Limpact des TIC sur les régions rurales, et en particulier sur la pauvreté rurale, a été peu sensible bien quelles touchent tous les aspects de la vie moderne. Sil existe de très nombreux exemples du rôle significatif joué par les TIC dans la réduction de la pauvreté rurale, la liste des échecs apparaît bien plus longue. Lune des principales raisons de ces résultats inégaux est que ladaptation des TIC aux besoins locaux a été confiée soit aux entreprises privées, soit aux ONG. En effet, ces entités fonctionnent souvent en dehors dun cadre officiel imposant des politiques et des directives ou sans quil y ait une définition claire des tâches et responsabilités des différents «acteurs». 5. Les responsables gouvernementaux jouent un rôle essentiel pour veiller à ce que les TIC aident les pauvres des régions rurales. Des études de pays confiées à la CESAP par lInde, la Malaisie et la Thaïlande, ont montré que lintervention des pouvoirs publics était vitale pour créer des environnements propices à lexpansion des TIC dans les régions rurales. Michael Rawding, vice-président de Microsoft, a fait siennes ces conclusions lors dun séminaire parrainé par la Banque asiatique de développement sur le potentiel des TIC en Asie et dans le Pacifique, tenu à Shanghai (Chine) en mai 2002. À son avis, le succès de la promotion des TIC dans les régions pauvres dépendait avant toute autre chose des partenariats et de la volonté dagir des pouvoirs publics. Ce quil fallait et, ce qui faisait défaut dans la plupart de cas, était une politique nationale pertinente plaçant la réduction de la pauvreté au centre des préoccupations et corrigeant le déséquilibre du développement des TIC dû aux inégalités. 6. Le développement des TIC, par sa nature même, tend à accroître linégalité des revenus à lintérieur dun pays pour plusieurs raisons: a) une éducation relativement bonne et des compétences particulières sont nécessaires pour tirer pleinement parti des TIC et en retirer des gains socioéconomiques; b) il est plus facile et plus rentable de développer les infrastructures de TIC dans les zones urbaines que dans les régions rurales, ce qui contribue à accentuer les disparités entre les populations urbaines et rurales et c) les concepteurs des applications de TIC les plus utilisées viennent principalement des régions urbaines et ils sont donc les premiers à pouvoir investir le marché des TIC et à lexploiter à leur avantage. Malgré ce parti pris inégalitaire, les TIC ont le pouvoir daméliorer la vie des pauvres des régions rurales en favorisant la prestation des services socioéconomiques, en leur donnant les moyens davoir des activités lucratives et en les responsabilisant grâce à la participation à la prise des décisions. 7. Lélaboration de stratégies nationales de TIC pour la dépaupérisation rurale est complexe car il nexiste pas de solution unique ou de pratiques optimales adaptées à toutes les situations rurales. Il conviendra dadopter diverses approches, notamment aux premières étapes de lexpansion des TIC. Pour comprendre comment elles peuvent contribuer à la réalisation dobjectifs de développement concrets, il faut à la fois connaître les technologies appropriées et savoir les utiliser pour résoudre les problèmes socioéconomiques de ces régions. Les responsables doivent prendre des décisions en connaissance de cause afin dadopter des politiques facilitatrices adaptées au contexte et aux besoins locaux.
 
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8. Au cours de la quatrième session du Comité socioéconomique pour la population rurale et urbaine (Bangkok, décembre 2001), les représentants gouvernementaux de haut niveau ont rappelé quil nexistait pas de directives concrètes pour guider les pouvoirs publics dans lélaboration de stratégies nationales de développement des TIC à lintention des populations rurales pauvres. Par la suite, les participants à un séminaire de la CESAP sur lévaluation des besoins en technologies de linformation (TI) et de létat de préparation de la sous-région Bassin du Mékong (Bangkok, avril 2002), ont recommandé que les gouvernements élaborent des plans-cadres nationaux pour favoriser laccès de leurs citoyens aux services pertinents de TIC et créer un climat favorable à la participation active du secteur privé au développement de ces technologies. Dans sa nouvelle structure programmatique, la CESAP accorde une place plus grande à lutilisation des TIC dans la réduction de la pauvreté. Elle envisage détablir des mécanismes déchange, tels que des unités de ressources régionales, avec accès à lInternet pour que les organismes gouvernementaux et autres puissent aisément obtenir linformation relative aux problèmes de dépaupérisation rurale et urbaine. 9. La Réunion de groupe spécial dexperts sur les technologies de linformation de la communication aux fins de la réduction de la pauvreté rurale: élaboration de politiques nationales en matière de TIC, sest vue confier la tâche délaborer des directives pour faciliter la formulation de politiques et stratégies nationales pertinentes pour la dépaupérisation rurale. Cette réunion a abouti à plusieurs conclusions et recommandations. I. PRINCIPALES CONCLUSIONS ET RECOMMANDATIONS 10. La Réunion dexperts a conclu que la plupart des pays de la région avaient déjà mis en place une politique nationale en matière de TIC. Toutefois, il nexistait pas de directive claire quant à la manière dutiliser ces technologies pour répondre aux besoins des populations rurales pauvres conformément aux objectifs de développement du Millénaire des Nations Unies relatifs à lélimination de la pauvreté 1 . 11. Les participants ont reconnu quil nexistait pas de méthode ou dapproche unique dutilisation des TIC pour réduire la pauvreté rurale. Les conclusions et recommandations qui suivent sont donc tirées de lexpérience collective du groupe. La liste ne prétend pas être exhaustive et les mesures doivent être appliquées avec discernement en fonction des conditions locales. 12. Le groupe est convenu à lunanimité que toute politique ou tout ensemble de mesures faisant appel aux TIC pour aider les populations rurales pauvres devait se fonder sur une évaluation des besoins lesquels variaient dun endroit et dune communauté à lautre. Les différents acteurs avaient néanmoins dimportantes fonctions à accomplir pour assurer le succès de lapplication des TIC à la réduction de la pauvreté rurale.                                                  1  Une conclusion analogue a été tirée lors de la deuxième réunion du Comité préparatoire du Sommet mondial sur la société de linformation, tenue à Genève en février 2003.  /...
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13. Sagissant de la formulation et de ladoption de politiques en matière de TIC, la Réunion dexperts a conclu que les gouvernements devraient:  Axer davantage les politiques et stratégies nationales en matière de TIC sur la réduction de la pauvreté  Reconnaître que les TIC étaient un instrument de la réduction de la pauvreté et lintégrer aux politiques et stratégies nationales pertinentes  Continuer de réformer le secteur des télécommunications afin de le libéraliser tout en maintenant une approche privilégiant les pauvres et les régions rurales (puisque la plupart des pauvres vivent dans des régions rurales), notamment par des subventions différenciées pour les régions rurales et urbaines  Sécuriser le commerce électronique et rendre celui-ci accessible aux communautés rurales  Remédier à certaines difficultés concernant notamment la limitation de la largeur de bande, le nombre dordinateurs disponibles, la fiabilité et le coût des services délectricité et des télécommunications  Envisager de recourir à des technologies meilleur marché (par exemple appareils de communication sans fil), pour élargir laccès des régions rurales aux TIC  Élaborer des contenus locaux appropriés dans des formats accessibles et les transmettre efficacement pour aider les pauvres à réaliser leur potentiel. 14. Sagissant de la formulation et de lexécution des stratégies, le groupe dexperts a conclu que les gouvernements devraient:  Mettre en place un cadre juridique garantissant la cohérence et la continuité des intérêts et des investissements privés dans les TIC, tout en privilégiant les pauvres et les régions rurales  Investir dans la mise en place dinfrastructures et de services de TIC, en veillant à ce quils soient accessibles aux pauvres, notamment en créant des centres de télécommunications ruraux  Poursuivre la réforme des enseignements primaire et secondaire afin dintégrer les TIC aux programmes standard, pour le développement continu des compétences dans le domaine des TIC  Renforcer la sensibilisation aux TIC parmi les législateurs, les administrateurs gouvernementaux de haut niveau, les fonctionnaires et les hommes politiques et leur en faire davantage apprécier lintérêt  Combiner les TIC modernes avec les moyens de communication classiques, notamment télévision, radio et presse écrite.  
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15. Sagissant du secteur privé, la réunion a conclu que:  Les fournisseurs daccès Internet privés, les opérateurs de stations de radio et de télévision et les organes de la presse écrite ayant profité des réformes des télécommunications et de la libéralisation des marchés devraient reconnaître leurs responsabilités à légard de la société et faire figurer les régions rurales et les pauvres dans les plans dexpansion de leurs réseaux  Le secteur privé devrait donner aux pauvres des régions rurales la possibilité daccéder à différentes formes de TIC, en réinvestissant les bénéfices tirés dopérations plus rentables dans les régions urbaines  Il devrait offrir une formation à lutilisation des TIC dans les régions rurales dans le but de développer le marché à long terme  Il devrait soutenir le développement de services appropriés de TIC à valeur ajoutée en faveur des populations rurales pauvres. 16. Sagissant des communautés rurales, le groupe dexperts a conclu que:  Lintroduction des TIC à elle seule ne formerait pas des communautés mais quune information et des communications meilleures valoriseraient leurs activités  De meilleures liaisons entre les communautés donneraient plus de poids à leur opinion au moment où les processus de planification se décentralisent de plus en plus  Les communautés et membres des communautés devraient former dautres communautés et dautres membres des communautés à lutilisation des TIC au lieu dattendre que les gouvernements leur dispensent cette formation afin dêtre préparées à participer activement à la gouvernance électronique  Les réseaux entre agriculteurs et les liens avec les services de recherche et de vulgarisation pourraient favoriser la diffusion des nouvelles pratiques et également faire connaître lexpérience et le savoir locaux pour quils soient mis à profit par ces services  Les communautés devraient commencer à élaborer leurs propres contenus de TIC pour améliorer les moyens dexistence ruraux et cela dans un langage compris des populations rurales pauvres  Elles devraient aussi identifier des partenaires parmi les organismes publics, les ONG et le secteur privé leur offrant les meilleurs avantages en matière de développement des TIC  Il faudrait les encourager à développer une culture de partage de linformation en leur sein et entre elles.
 
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17. Le groupe dexperts a conclu que les ONG devraient:  Établir une connexité Internet dans les régions qui se trouvent à lécart des marchés  Accroître la densité des ordinateurs dans les régions rurales, notamment en encourageant les initiatives et en facilitant les donations de matériel usagé de TIC  Utiliser les TIC pour promouvoir les activités non agricoles telles que la formation, la commercialisation, le stockage et la distribution  Former la main duvre rurale locale à lentretien des ordinateurs, à la programmation et au fonctionnement de «centres dappel» pour donner information et conseils dans les domaines intéressant les populations rurales  Favoriser la «désintermédiation» des réseaux commerciaux, notamment en promouvant lutilisation de lInternet pour réduire les pertes des revenus des communautés rurales dues aux pratiques commerciales non transparentes et aux intermédiaires, sans négliger les besoins des groupes ruraux qui ne peuvent pas quitter facilement leurs foyers tels que les femmes, les personnes âgées et les handicapés. 18. Le groupe dexperts a conclu que les gouvernements, les ONG, le secteur privé, les communautés rurales devaient transformer les centres de télécommunications ruraux ou les kiosques dinformation en guichets de services intégrés: services administratifs électroniques (par exemple, certification des titres fonciers), crédit, information commerciale, développement des compétences, santé, éducation et loisirs, selon les besoins des communautés rurales. 19. Le groupe dexperts a conclu que les auteurs de contenu devraient:  Faciliter laccès des communautés rurales aux TIC et en valoriser la pertinence en élaborant des contenus facilement compréhensifs, dans les langues locales, traitant des problèmes locaux et utilisant les normes internationales telles que lUnicode  Mettre laccent sur les contenus valorisant les revenus et réduisant la pauvreté, portant sur les problèmes de santé et déducation et présentés dune manière accessible aux communautés rurales, attentive aux cultures et aux aspects sexospécifiques et sous une forme divertissante  Créer les contenus en coopération étroite avec les communautés rurales intéressées afin quils répondent à leurs besoins et quils soient acceptés et puissent être utilisés de manière durable  Veiller aux contenus et aux applications accessibles aux handicapés notamment par la technologie à commande vocale  Rechercher les solutions peu coûteuses et faire appel à une large participation pour lélaboration des contenus ou des programmes, non assujettis à des droits dauteurs, en utilisant la technologie des logiciels de source libre pour lélaboration de programmes plurilingues, adaptés aux coutumes locales.  
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20. Le groupe dexperts a conclu que les organisations régionales et internationales devraient:  Établir un fonds électronique de la pauvreté pour évaluer les activités de TIC en cours et recenser les meilleures pratiques afin de les reproduire au niveau régional  Élaborer des normes et des protocoles pour la libre circulation de linformation à lintérieur dune région afin de garantir laccès des communautés rurales à linformation locale et internationale  Renforcer les liens entre les centres de télécommunications ruraux et les réseaux de TIC fonctionnant bien pour laide et le conseil  Établir un portail régional pour accéder aux contenus de domaine public sur la réduction de la pauvreté rurale. II. DÉROULEMENT DES TRAVAUX A. Évaluation et efficacité des TIC dans la réduction de la pauvreté rurale 1. La fracture numérique 21. Les TIC, en évolution constante et de plus en plus puissantes, ont radicalement modifié la nature des rapports humains, créé des avantages comparatifs et favorisé le développement économique et social entre les sociétés et les économies. Elles ont contribué à tisser sur le globe un réseau de plus en plus serré dindividus, de communautés, dorganisations et de gouvernements qui communiquent et interagissent les uns avec les autres grâce à un enchevêtrement complexe de lignes de communication. 22. Dans ce monde de plus en plus interconnecté, les TIC transforment nos modes de vie et dapprentissage ainsi que notre façon de travailler. Elles facilitent lacquisition et labsorption du savoir. Elles offrent aux sociétés en développement des occasions uniques de rendre le processus de développement équitable, daméliorer les systèmes déducation, de faciliter la formulation et lexécution de politiques et délargir les possibilités dactivité commerciale des pauvres. 23. Les TIC peuvent améliorer la gouvernance et la démocratie, éléments essentiels du bien-être de lhumanité, en rendant la participation des citoyens plus efficace, en leur donnant les moyens de participer de manière égalitaire à la prise de décision, en renforçant la sensibilisation politique, en leur donnant plus dinfluence dans les grandes questions politiques et en contribuant à inclure tous les secteurs et toutes les couches de la société au processus politique. Elles peuvent influencer le processus de gouvernance de différentes manières et à différents degrés, depuis lamélioration des mécanismes de prestation des services existants jusquà la transformation de la nature de ces mécanismes et de ces services.
 
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24. Les fortes disparités entre communautés riches et pauvres, que lon observe depuis longtemps au niveau de la richesse économique et des conditions socioéconomiques, sont tout aussi fortes et inquiétantes dans le domaine des TIC. Bien entendu, la fracture numérique reflète les disparités existant dans dautres domaines avec des effets plus insidieux: notamment dans laccès à léducation, aux soins médiaux, aux capitaux, au logement, à lemploi, à leau propre et à la nourriture. À cet égard, on peut dire que la fracture numérique est davantage due à labsence daccès à linformation quà labsence daccès à la technologie tandis que les autres fractures peuvent être considérées davantage comme le résultat dun déséquilibre dans laccès à linformation plutôt que sa cause.
25. Laccès à linformation devient un facteur de plus en plus déterminant pour différencier les pays, les régions, les communautés et groupes socioéconomiques «nantis» et «démunis», cest-à-dire les populations riches et les populations pauvres en information. Les disparités criantes dans laccès à lInternet contribuent à la répartition inégale des retombées économiques et sociales de la technologie, accentuant les inégalités entre les communautés et à lintérieur de celles-ci.
26. Lécart entre les riches et les pauvres est considérable et lasymétrie des indicateurs de développement est bien connue. Les 20% les plus riches et les 20% les plus pauvres de la population mondiale vivant dans les pays ayant les plus hauts revenus et les pays ayant les plus bas revenus produisent respectivement 86% et 1% du PIB mondial. Pour les exportations mondiales, les chiffres sont de 82% et de 1% et pour les lignes téléphoniques de 74% et 1,5%. Les indicateurs comparables pour les communications dans le monde font apparaître un décalage encore plus grand. Plus de 80% de la population mondiale na jamais entendu une tonalité téléphonique et encore moins envoyé un message électronique ou téléchargé une information du Web. Les 20% les plus riches de la population mondiale constituent 93% des utilisateurs de lInternet tandis que les 20% les plus pauvres nen représentent que 0,2%. Selon les estimations les plus optimistes, la proportion de la population mondiale ayant accès à lInternet, évaluée aujourdhui à 2,4% seulement, devrait passer à 10% en 2005. Seules quatre personnes sur 1 000 dans les pays les moins avancés ont le téléphone et une sur trois na pas lélectricité.
27. Laffirmation selon laquelle la fracture du savoir est un déterminant important de la persistance de la pauvreté et la notion selon laquelle les pays développés possèdent déjà tout le savoir requis pour disposer dun niveau de vie adéquat montre que des mesures sont nécessaires pour stimuler les communications et les courants dinformation, tant à lintérieur quentre les pays. Tant que toutes les parties du monde nauront pas accès aux TIC, la fracture numérique continuera de faire obstacle au partage du savoir.
28. À cet égard, il convient de corriger lerreur qui consiste à dire que la fourniture des services de TIC dépend essentiellement des aspects technologiques tandis que la gestion du changement et la reconfiguration des processus sont moins importants. En fait, la technologie joue un rôle beaucoup
 
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moins important dans la fourniture des services quon a pu le penser. En revanche, la gestion du changement et la reconfiguration des processus que lon considérait comme des aspects mineurs se révèlent être les éléments clefs du succès dun réseau. 2. La fracture numérique en Inde  29. Dans aucun autre pays le débat concernant la fracture numérique nest plus pertinent quen Inde où de nouveaux centres de développement des TI créent de la richesse et intègrent le pays à léconomie mondiale tandis que des millions de personnes demeurent marginalisées et privées de la satisfaction des besoins les plus élémentaires. Un rapport du Forum économique mondial de février 2002 concluait quaucun pays navait davantage profité de la révolution des TIC que lInde mais quaucun autre pays ne connaissait une fracture numérique aussi béante. Selon ce rapport, la popularité de lInternet saccroît alors que le pays ne compte que 4,5 millions dutilisateurs et 43 fournisseurs daccès. À peine 5% des 100 000 écoles secondaires de lInde sont équipées dordinateurs et moins de 1% dentre elles ont accès à lInternet. Alors quil y a plus de 175 millions détudiants en Inde, lintroduction des technologies de linformation dans les écoles sest faite de manière lente et tardive. 30. Une nouvelle classe dentrepreneurs spécialisés dans la haute technologie a fait son apparition en Inde et dans la seule ville de Bangalore il y a plus de 300 entreprises de TIC. Les entreprises indiennes comptent aujourdhui parmi les meilleures du monde pour la conception des portails et des applications Web. En 2000, le propriétaire dune entreprise indienne de TIC figurait en deuxième place sur la liste des hommes les plus riches du monde. LInde est en train de devenir rapidement une superpuissance en herbe du logiciel: ses exportations dans le secteur des TIC sont passées au cours des cinq dernières années de 50 millions de dollars à 4 milliards de dollars. Les grandes entreprises mondiales recherchent les services de ses experts en logiciel très compétents et anglophones et beaucoup dentre eux ont fondé ou administrent des entreprises de TI aux États-Unis dAmérique. 31. De lautre côté de la fracture numérique, 45% de la population indienne et 57% de la population féminine ne peut ni lire ni écrire, 44% de la population survit avec moins de 1 dollar par jour et 370 000 villages nont pas de ligne téléphonique. 32. Les progrès de lInde dans la réduction de la fracture numérique mondiale vont-ils creuser lécart entre les riches et les pauvres à lintérieur du pays? Le point de vue pessimiste semble lemporter. Il est peu probable que cette nouvelle richesse vienne irriguer les villages et les bidonvilles qu'habitent les pauvres. Les industries de TI se libéralisent de plus en plus et ces habitats nattirent guère les investissements que ce soit dans les infrastructures de télécommunication ou ailleurs. Comme Bill Gates la dit récemment «À quoi sert un ordinateur à quelquun qui survit avec un dollar par jour et dont la principale préoccupation est le prochain repas?»
 
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B. Politiques et stratégies gouvernementales en matière de TIC pour la réduction de la pauvreté dans la région de lAsie et du Pacifique: examen et analyse 33. Six pays dAsie et du Pacifique (Bangladesh, Chine, Inde, Malaisie, Philippines et Thaïlande) ont été choisis pour recenser les politiques et stratégies mises en place par les gouvernements pour introduire les TIC dans les régions rurales ainsi que les résultats et les limites de ces politiques et stratégies. Il sagit de pays à moyen et bas revenus parmi lesquels se trouvent certains des plus peuplés de la région.
1. Banglades h 34. La télédensité au Bangladesh est denviron 1%. Le Gouvernement bangladais se rend bien compte que faute détendre de manière significative le réseau fixe dans le pays, celui-ci risque de ne pas profiter des retombées de la révolution mondiale de linformation. Pour tirer parti des TIC et du commerce électronique il est indispensable dinstaurer la connexité. À cet égard, le gouvernement a adopté une politique de libéralisation progressive du secteur des télécommunications. 35. La Commission du télégraphe et du téléphone demeure le principal fournisseur de services téléphoniques du secteur public et le fournisseur le plus important de lignes de téléphone fixes du pays. Environ 50% de toutes les lignes fixes se trouvent à Dhaka. En 1998, le gouvernement a adopté une politique nationale des télécommunications, première étape de lélaboration dune stratégie clairement définie dans ce domaine. Les objectifs sont léchange dinformation, lintégration nationale, laccès universel et la numérisation. 36. La stratégie du gouvernement vise à faciliter la généralisation des services téléphoniques dans le pays et, là où il y a une demande, à fournir des services à valeur ajoutée tels que téléphones mobiles et cellulaires, téléappel, transmission de données, accès à lInternet (y compris courrier électronique), courrier vocal et téléconférence, à des prix abordables sans compromettre la qualité. Il sagit de privilégier la modernisation des installations de télécommunications semi-urbaines et rurales et de fournir graduellement des services de télécommunications avec les technologies les plus récentes à tous les sous-districts, centres de croissance et finalement à tous les villages dici à 2005. 37. Le gouvernement comprend quun service universel peu coûteux et fiable nest possible quen réformant le secteur des télécommunications, en encourageant la pluralité des opérateurs privés et publics à gérer leurs entreprises dans un environnement compétitif. Les opérateurs privés sont censés obtenir une licence pour exploiter des installations de télécommunications rurales. 38. Limpact le plus significatif quont eu les TIC sur la vie rurale résulte dun plan de la Banque Grameen visant à installer des téléphones payants dans les villages: des villageois bénéficient de prêts modiques leur permettant dacheter des téléphones cellulaires quils peuvent alors mettre à la disposition des autres villageois moyennant finances. On a constaté que les pauvres constituaient 25% des personnes qui appelaient et qu'ils retiraient des avantages non négligeables de lutilisation des téléphones.  
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