Regards croisés sur la Chine et sur l'Inde

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Regards croisés sur la Chine et sur l'Inde

Publié le : jeudi 21 juillet 2011
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 TOPIC SPECIAL Octobre 2008
 
  Regards croisés sur la Chine et sur l Inde
   Deux pays seulement dépassent le milliard d’habitants : la Chine et l’Inde. Ces deux géants sont dynamiques, avec des croissances quadruples des nôtres au cours des trois dernières années. Ils sont tous deux des puissances nucléaires, qui pèsent de plus en plus sur la scène mondiale. Ils sont tous deux aux antipodes culturels de l’Occident. Quelque chose de fort, qui nous est singulier, se passe actuellement en Chine et en Inde. Il n’en faut pas plus pour que l’on rêve sur l’un et sur l’autre.  Pourtant, ces deux là n’ont rien en commun. Leurs atouts et leurs handicaps sont à l’exact inverse l’un de l’autre, tels les pôles opposés du Yin et du Yang. Leurs choix de développement sont différents. Et même – malgré leur masse et leur proximité – ils s’ignorent encore mutuellement de façon presque abyssale.  En Chine, un régime autocratique sans élections fonctionne par un monopole politique et administratif du Parti Communiste, au long d’une colonne vertébrale clairement identifiée de 72 millions de membres rangés selon une hiérarchie impeccable. La société et ses institutions sont en principe égalitaires, même si le progrès économique des vingt dernières années a créé de nouveaux et nombreux clivages. Le climat des affaires est généralement « user friendly », assorti d’infrastructures de bonne qualité qui progressent chaque année à coups d’investissements massifs. L’accueil fait aux entrepreneurs étrangers est très positif (on n’est tout de même pas à Singapour !) : les chiffres parlent d’eux-mêmes, avec 80 Md.$ d’Investissements directs étrangers annuels ces derniers temps.  En Inde, « la plus grande démocratie du monde » a pour pendant le système des castes, une bureaucratie tatillonne et une redoutable fatalité des inégalités. Selon les dernières études approfondies de la Banque Asiatique de Développement (BAD), 75% de la population (800 millions) sont au-dessous du seuil de pauvreté absolue. Mener une entreprise en Inde est encore un parcours du combattant, même si la situation évolue favorablement depuis quatre ans. La tutelle absolue de l’Etat sur l’entreprise a été le dogme pendant plus de quarante ans après l’indépendance de
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1949. Le Parti du Congrès du Pandit Nehru a développé un avatar local de socialisme, fait de fermeture à l’extérieur, de bureaucratie pesante et d’autorisations en tous genres pour faire fonctionner une entreprise : le règne des permis ou « License Raj ». Même si le License Raj a été officiellement aboli en 1991 (par le Ministre des finances d’alors Manmohan Singh), et que le vent du large pénètre maintenant un peu plus, grâce au même Manmohan Singh (devenu entre temps premier Ministre), la pesanteur est difficile à remonter. Le Parti au Pouvoir – ce bon vieux parti du Congrès constamment dirigé par les descendants de Nehru – peut-il d’ailleurs réformer en profondeur, lesté qu’il est par ses partenaires du « Front de Gauche » (dont 44 députés communistes) dans sa coalition de gouvernement ? Les infrastructures restent désespérément obsolètes, même si on a décidé récemment de grands travaux pour les routes et autres aéroports (mais dans un contexte budgétaire problématique). Les exportations représentent à peine plus de 10% du PIB (37% en Chine). Cependant, les flux d’Investissements directs étrangers ont bondi de 6 Md.$ en 2005 à 28 Md.$ en 2007, illustrant qu’il commence à se passer quelque chose dans l’ouverture du pays.  Le paradoxe financier met les deux pays dans des situations opposées. Il y a abondance de Capital, d’épargne et d’investissements en Chine, mais un retour sur capital pour les investisseurs qui reste modeste, sans vraiment de marché financier. L’Inde est, sur ce point, dans une meilleure position, avec des retours sur capitaux investis de bien meilleure qualité, même si le capital disponible est nettement plus rare qu’en Chine. La bourse de Bombay est une « vraie » bourse devant laquelle celles de Shanghai et de Shenzhen font pâle figure.  Les choix de politique économique sont également aux antipodes, même s’ils sont plus implicites qu’explicites. Le « tout industriel » de la Chine propulse l’industrie à 48% du PIB. L’Inde n’en est qu’à 28% de son PIB (avec un PIB chinois 3 fois plus élevé que celui de l’Inde). En revanche, le secteur des services forme 55% du PIB indien. De là à opposer une Chine « usine du monde » à une Inde « bureau du monde » : c’est une facilité journalistique sympathique, mais artificielle.   Croissance et système de gouvernement   Depuis une vingtaine d’années, l’Inde et la Chine ont entamé un nouveau parcours. 1984, c’est l’année de l’assassinat d’Indira Gandhi et les prémisses d’une évolution du socialisme économique à la Nehru. C’est aussi l’année du discours de Deng Xiaoping sur le quadruplement du revenu national chinois en quinze ans, accompagné d’une mise cul-par-dessus-tête de l’utopie maoïste par les grandes réformes. Depuis cette date, le PIB Chinois a progressé de 10% en moyenne, le PIB indien de 7%, avec de fortes variations annuelles pour l’Inde (une bonne mousson apporte 2 points de croissance supplémentaire).   Le régime politique, la tradition institutionnelle, le regard porté sur les inégalités entre citoyens sont-ils déterminants pour le progrès économique ? Le lien entre croissance, démocratie et capitalisme a toujours été spécieux, depuis Joseph Schumpeter (« Capitalisme, socialisme et démocratie », 1943) jusqu’à Benjamin Barber (« Jihad vs. McWorld », 1995). Barber dit même que « le capitalisme n’a pas  besoin de démocratie et n’y conduit pas ».  Pour la Chine, sans doute peut-on appliquer la théorie du « mandat du ciel » d’un système impérial revisité par le Communisme. Le Parti Communiste a le monopole du pouvoir. Il impose une autorité politique de fer appuyée sur un contrat social implicite qui produit des hautes croissances. C’est le sens du slogan de Deng
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Le différentiel Chine-Inde: PIB (nominal, Md.$) Md.$ 45004220 4000 CHINE 3500 3000 2500 2000 1500 1000 500 0
Services 40 %
1260 INDE
Des choix très différents Structure du PIB (en %, 2007) CHINE INDE Agriculture Services Agriculture 12 % 18 % 48 % 55 % 28 %
Industrie
Industrie
 
Source: World Bank  
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Xiaoping de 1992, « l’économie socialiste de marché », où l’adjectif « socialiste » vient avant marché (ce que chaque Chinois comprend immédiatement), manière de dire que l’on peut pratiquer la libre entreprise et s’enrichir mais au prix du silence politique le plus épais.   En Inde, il existe, de manière beaucoup plus sournoise, une sorte de monopole de fait d’une élite post-coloniale, dont le but est la préservation de ses privilèges. Deux siècles de colonisation suivie d’indépendance n’ont pas fondamentalement altéré l’ordre social. La démocratie de façade et le droit à la libre parole, à la libre presse, exonèrent cette élite de la responsabilité de procurer à la masse l’éducation, l’eau potable, les routes, le téléphone. Cette élite – qui a peu à voir avec la sainteté de Gandhi – s’est badigeonnée de socialisme pendant les trente ans après l’indépendance en nationalisant à tour de bras, en fermant le pays et en mettant sous tutelle ses entreprises et ses initiatives sous le régime étouffant du « license-Raj ». Ces  trente années n’ont pas été les trente glorieuses économiques, mais, selon l’appellation ironique, celles du « hindu rate of growth », qui faisait pitié.  On retrouve dans cette élite dirigeante, à la période moderne comme à la période ancienne, la prégnance du système des castes, qui a donné le pouvoir aux « nés deux fois », à commencer par les Brahmins et autres hautes castes. En fait de démocratie, les Brahmins représentent (vieillards et enfants compris) 7% de la population, les Kshatriya (souvent propriétaires fonciers) 5% et les Vaishya (souvent commerçants ou capitalistes), 5%. C’est une proportion d’adultes similaire à celle du Parti Communiste Chinois, qui en fait dirige le pays, même si officiellement les « hors-castes » se voient accorder un quart des postes dans l’administration. Cela arrange bien les nantis qu’il existe, sans véritable constat de carence, une large classe subordonnée, sans idéologie égalitaire. En Chine, un paysan, dit-on, peut devenir empereur. En Inde, on est pauvre selon son Karma.   Les débats de la presse ou les colloques sur le développement indien sont invariablement confisqués par les intellectuels brahmins (ce qui est un pléonasme). L’élitisme de patronage continue à fonctionner comme si la majorité des citoyens n’avait pas à savoir, ni à lire, ni à disposer de technologies modernes, ni à voyager autrement qu’en troisième classe. On peut lire le formidable livre « Maximum City » (Suketu Mehta) consacré à Mumbay  pour s’en convaincre. C’est une fatalité depuis que les Aryens au teint clair ont envahi le pays par le nord il y a plus de trois mille ans, avec leur système de castes et leur texte fondateur du Rig Veda.   La démocratie de clientèle locale, sans compter les affrontements sanglants récurrents (Hindous, Musulmans, Sikhs etc.), l’éparpillement des féodalités latifundiaires sur 28 états fédéraux et 7 territoires de l’Union, 18 langues officielles, 325 dialectes reconnus, 7 religions, 4 groupes raciaux principaux subdivisés en 4636 communautés, le tout avec la moitié du corps électoral illettré, n’ont rien à voir avec la pratique de la « démocratie » telle que nous la connaissons. C’est aller un peu vite en besogne que d’accepter les yeux fermés que l’Inde soit « la plus grande démocratie du monde » autrement que par le nombre statistique des électeurs.   L’élite traditionnelle chinoise, elle, a été laminée par les guerres, émeutes et révolutions en tous genres que la Chine a connu depuis les guerres de l’Opium du XIXème siècle, en passant par la fin du régime impérial (1911), les années de la guerre japonaise et de la guerre civile (60 millions de morts), les campagnes maoïstes de toutes sortes (le grand bond en avant, par exemple : 30 millions de morts). La période récente, depuis les réformes de Deng Xiaoping, permet à la société de se reconstruire sur des bases nouvelles, sans doute inconnues du passé malgré une culture chinoise  
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      Inde     Chine                       Ouverture  Exportations      130      1230  Bn.$  Invest. Directs 28           82    Bn.$ Etrangers    Balance Commerciale     -65           +294      Bn.$                  Management public  Dette publique/PIB      96         24    %  Balance courante/PIB  -3      +10,8     %    Chiffres fin 2007
Investissements Directs Etrangers réalisés
63 60,2 60
82 Chine
Md. 90 80 70 650046,852,753,5 40,8 40 28 30 20 14 Inde 10 1,6 3,2 4,6 4,3 5,3 6 0 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007
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ancienne qui a su perdurer dans bien des comportements. Cette nouvelle société chinoise, sans véritable stratification sociale marquée, donne massivement son accord de principe aux objectifs Dengistes d’une société raisonnablement aisée ( Xiaokang Shehui ) dans son ensemble.   En Chine, il y a un relatif égalitarisme de principe  pour l’accès à l’éducation, pour l’évolution sociale, pour l’abolition de la domesticité, même si la montée de la fracture entre riches citadins et pauvres paysans pose problème.   Comportements d épargne et d investissement ’ ’   Si le lien entre pratique politique et succès économique n’est pas toujours net, en revanche les bons vieux fondamentaux donnent de meilleurs résultats, à commencer par le couple épargne / investissement.   Le boom chinois des vingt dernières années est associé à un taux d’épargne très remarquable, de l’ordre de 40% du PIB. Cette masse d’épargne permet un taux d’investissement élevé et produit un cycle vertueux, où la construction d’infrastructures encourage la création d’usines, qui elles-mêmes crée un climat favorable aux progrès de l’entreprise, fondé sur une saine émulation (parfois bouillonnante dans le cas de la Chine).   Dans cette affaire, la Chine se comporte exactement comme ses voisins d’Asie Orientale : le Japon depuis les années soixante ou les dragons depuis les années soixante-dix. Les pays d’Asie Orientale sont en effet tous (à l’exception des Philippines) dans le « Club » exclusif des pays qui épargnent plus d’un tiers de leur PIB. Il y a donc une forme de modèle culturel de l’épargne, exceptionnel en regard de la plupart des pays émergents (taux d’épargne brésilien : 15%).   En Inde, dans la même période, l’épargne a été moitié moindre qu’en Chine, même si elle est remontée récemment. Il en résulte un environnement de relative rareté du capital, que l’on mesure dans le taux d’investissements fixes par rapport au PIB (qui remonte à près de 34% aujourd’hui contre 47% en Chine). Cette situation, ajoutée au débat souvent intense des partis politiques, conduit à mettre l’accent en Inde sur la redistribution des richesses comme un substitut à la création de richesses nouvelles. La pression politique est alors telle que le budget indien se retrouve en situation de déficit chronique comme la balance courante (-4% du PIB en Inde contre +10% du PIB en Chine), de même que la dette publique est proche de 90% du PIB (contre 27% en Chine).   La Chine n’a pas de vertus cachées que n’aurait pas l’Inde. Elle engrange simplement les bénéfices des réformes agraires successives des années Deng Xiaoping. L’augmentation des rendements agricoles chinois, par une redistribution de la propriété (des communes populaires maoïstes aux droits de culture des fermiers individuels), a permis un transfert massif du produit des surplus agricoles aux infrastructures et à l’industrie. Il est vrai que ce vaste mouvement s’est ralenti au cours des dernières années, où les classes moyennes urbaines ont émergé beaucoup plus rapidement que la paysannerie.   En Inde, la propriété terrienne reste largement féodale, dominée par de grands propriétaires qui règnent sur des métayers. Que les conditions climatiques ne soient pas les mêmes, on s’en doute. Mais c’est la structure agraire, plus que la pluie ou le beau temps, qui rend les performances macro-économiques chinoises à peu près  
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 Environnement des Affaires  Chine Inde  ’ ’   Conditions d exercice de l entreprise   2 Indice de rigidité de l’emploi 7 30 (+élevé= +rigide)    Délai moyen de création d’une entreprise (jours) 40 30    Exécution des contrats (lors d’un litige, du dépôt de la 406 1 420 plainte et le règlement du créancier) (jours)     Indice de protection des investisseurs 5,0 6,0 (+élevé= +protection)                                          Gouvernance   (note sur 100: +élevé= meilleure situation)       Contrôle de corruption 30,9 47,3    Etat de droit 42,4 56,2    Stabilité réglementaire 45,6 46,1    Libre expression, transparence, « accountability » 5,8 58,7 Sources: World Bank Doing Business, World Bank Governance Index     Le Business au banc d essai   Avantage à l Inde : la gouvernance, la transparence (relative), l’Etat de droit, les recours contre la contrefaçon, les copyrights et les marques, la libre expression de l’opinion publique et de la critique.   Avantage à la Chine : le mixte d’accueil des Investissement directs étrangers, la (relative) facilité pour créer un business, une bureaucratie moins tatillonne (licences, autorisations), une absence de système fédéral en cascade (malgré les « féodalités locales »).  Difficultés dans les deux pays : la corruption, l’évasion fiscale, la protection des champions nationaux (avec l’adoption d’une loi anti monopole en Chine).   7 © HEC Eurasia Institute – www.hec.fr/eurasia
indépendantes du climat, alors qu’en Inde (exactement comme au Maroc par exemple), une bonne mousson fait bondir la croissance du PIB de deux points. L’Inde a des rendements moyens moitié moindres que ceux de la Chine il y a vingt-cinq ans. En 2007, la Chine produit 63 quintaux de riz par hectare, l’Inde 32 ; 48 quintaux de blé contre 27 ; 42 de coton contre 10 ; 17 tonnes de légumes à l’hectare contre 12.   Ce n’est pas tout de produire : il faut aussi acheminer. L’obsolescence des routes et du rail indien condamne 20% de la production agricole (et 40% des fruits et légumes) à pourrir en route, par manque d’une chaîne adéquate d’entrepôts et de transports, réfrigérés ou non, sans compter le prélèvement des Octrois au passage des provinces. Si l’Inde a plus développé ses services de software que ses productions physiques (agricoles et industrielles), ce n’est pas tant par choix stratégique que par rétention administrative (l’héritage du License Raj) et par blocage de ses infrastructures. La construction de routes décentes (10 fois moins de kilomètres d’autoroutes que la Chine, deux fois moins de routes asphaltées) permettrait à elle seule, selon certaines estimations, un saut de 3 points de croissance du PIB.   Les « Silicon Valleys » au banc d essai   L’Inde et la Chine montent toutes deux en puissance très rapidement en matière de sciences et de technologies, avec, là encore, d’importants contrastes.   Il n’est pas toujours aisé de s’y reconnaître dans les statistiques et autres effets d’annonce sur le personnel scientifique de ces deux pays. Le chiffre brut qui circule le plus couramment est celui de la « production » annuelle d’ingénieurs, qui serait de 170 000 pour l’Amérique du Nord et l’Europe combinées, opposée à 1 million pour l’Inde et la Chine mises ensemble.   Mais lorsque la Chine affiche qu’elle diplôme 650 000 ingénieurs par an, elle compte dans ce chiffre les mécaniciens automobiles et les laborantins, ce qui reviendrait à amalgamer en France des diplômes allant du CAP ou du BTS au DEUG et à la maîtrise. En réalité la comparaison des « vrais » ingénieurs au niveau bac + 4/5 donne un résultat de : 8  70 000 ingénieurs / an aux Etats-Unis  75 000 ingénieurs / an en Inde 8 8  214 000 ingénieurs / an en Chine  Les disciplines choisies ne sont pas non plus les mêmes. Les Indiens se portent volontiers sur l’informatique ou l’électronique. Les Chinois ont une forte proportion d’étudiants en mécanique ou en matériaux et, de manière croissante, en physique et en Télécoms.  On retrouve cette typologie dans les tropismes particuliers de l’Inde et de la Chine en matière de Recherche-Développement. En Chine, 58% des investissements étrangers de R/D se concentrent sur les Télécoms et les technologies de l’information, avec une forte concentration sur Pékin (47% du total, contre 33% pour Shanghai), notamment dans la « Silicon Valley », en expansion vertigineuse, de Zhongguancun. En Inde, 80% des implantations étrangères de R/D se concentrent sur le software informatique ou dans les services de « Back-office » : dans ces deux catégories, l’Inde représente 44% du total mondial des activités « outsourcées » (les Philippines et la Chine étant encore loin derrière), notamment dans la « Silicon Valley » de Bangalore,  
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 Les Technologies de l Information et de la Communication   Technologies de l Information en Inde Fourniture de services à distance Nombre de collaborateurs ( dont services et support TIC, centres de (mars 2008) contact et supports back-office )   Pays les plus attractifs*   Inde 7.00 Sociétés indiennes         Infosys Technologies 90 000 Chine 6.56          Wipro 85 000 Malaisie 6.12      Tata Consultancy services 80 000   Thaïlande 6.02  HCL 56 000      Satyam Computer Services 35 000 Brésil 5.89      Cognizant Technology Solutions 35 000  Indonésie 5.82           Chili 5.76 Foreign companies in India         IBM 55 000 Philippines 5.75       Accenture (IT Services) 37 000  Bulgarie 5.75  Hewlett-Packard 13 000      Dell 13 000 Mexique 5.73    81% des collaborateurs ont un diplôme équivalent * Mesuré en termes de salaries, coûts, impôts, au Master Degree. Spécialités les plus infrastructures, qualité des ressources demandées : Software analysts, domain specialists, humaines, langue. information security experts, integration specialists, database administrators, network specialists and  communication engineers, software programmers, designing and architecture experts and date warehousing and semiconductor design specialists.   Source : entrepises  Source: A.T. Kearney Global Services Location Index, r 2007. Index 1 to 10      9 © HEC Eurasia Institute – www.hec.fr/eurasia
et dans une moindre mesure d’Hyderabad. Pour autant la R/D, prise globalement, continue à être l’apanage de la Chine parmi tous les pays asiatiques, comme on l’observe dans le tableau suivant :   Scientifiques et Ingénieurs en Recherche / Développement  Nombre en % de la population du pays    Etats-Unis 1 201 000 4,1%    Chine 706 000 0,5%    Japon 649 000 5,1%    Russie 502 000 3,5%    Inde 167 000 0,1%  Source : National Science Foundation (USA)    L’Inde a fort bien joué de ses atouts particuliers pour le software et les activités de back-office. Si Bangalore est aussi célèbre, on le doit à R. K. Baliga et à sa société Keonics (Karnataka Electronics), qui a eu la vision dès les années 80 de cette « silicon Valley » que pouvait devenir sa ville de Bangalore. Swissair a ouvert la voie en délocalisant la saisie de ses données en Inde il y a plus de quinze ans. Le marché mondial des services de technologies de l’information est estimé à 700 Md$ aujourd’hui. Une petite partie seulement (80Md$) est « outsourcée ». Mais l’Inde recueille la part du lion (50Md$) de ces délocalisations, avec une réussite remarquable des Champions indiens puisque les premières SSII locales se partagent la moitié du gâteau.  Aujourd’hui, Bangalore représente 40% des exportations de software indien (50 Md.$ au total). Microsoft, SAP, Dell et tant d’autres ont de larges implantations en Inde, relayées par les entreprises locales qui tiennent le haut du pavé : Infosys (PDG : Narayana Murthy), Wipro (PDG Azim Premji), Tata Consultancy Services…Dell emploie près de 13 000 personnes en Inde et a ouvert un quatrième centre d’appels, où les voix au bout du fil ont eu un entraînement à l’accent de Boston ou d’Oxford, bien qu’elles parlent anglais au départ (avec le charmant accent indien mouillé). Dans ce type d’activités, le choix évident est d’aller en Inde ou aux Philippines, pays largement anglophones. Même si les Chinois se mettent à apprendre l’anglais, ils ne pourront concurrencer l’Inde pour les « call centers ».    Les mauvaises langues disent qu’il s’agit d’activités routinières ( Business Process Outsourcing , un peu de Knowledge Process Outsourcing ), sans valeur ajoutée remarquable, même dans le développement de software. Il n’empêche. Le différentiel de salaire reste encore de 1 à 4 pour de jeunes ingénieurs indiens comparés à leurs homologues occidentaux. Et même si on note une inflation salariale certaine (12 à 15% par an), l’Inde a, dans ce créneau, de beaux atouts. Mais la situation est en train de se dégrader. Mobiles, anglophones, bien formés, quelques dizaines de milliers d’ingénieurs indiens émigrent chaque année aux Etats-Unis et en Europe (sauf en France, qui a raté le coche). L’Inde a déjà commencé à importer de jeunes ingénieurs chinois pour compenser l’hémorragie ! Voilà bien un début de vases communicants entre l’Inde et la Chine.  10 © HEC Eurasia Institute – www.hec.fr/eurasia
Le succès indien en matière de services et de technologies de l’information est incontestable. Il ne faut pas en conclure qu’à lui seul il résout les problèmes de fond. Il emploie un à deux millions des meilleurs. C’est bien. Mais le développement du pays et la réduction de la pauvreté ne peut faire l’économie d’un effort industriel massif, qui seul permettrait (comme dans l’histoire de tous les pays aujourd’hui développés) de faire évoluer une société agraire pauvre. On ne peut pas sauter le pas d’une économie agricole à une économie de services d’un coup de baguette magique.   Mais on aurait tort d’oublier la Chine, dans ces activités comme dans d’autres. Parce que tout va très vite en Chine, et que les activités à forte valeur ajoutée s’y développent aujourd’hui très rapidement, de même que toutes les activités de services en général, dont on a fait l’apanage de l’Inde par une sorte de persistance rétinienne, qui n’a plus lieu d’être.   En termes d’économie globale, la part des Chinois employés dans les services a triplé au cours de vingt ans compris entre 1980 et 2000, passant de 11,7% à 29,9% de la population active salariée (d’après le FMI). Elle était de 36% en 2007. En Inde, dans le même temps, elle est passée de 18,6% à 22,4% seulement. Elle était de 28% en 2003.   La montée des classes moyennes   Sous le vocable un peu flou de « classes moyennes », on voit apparaître une différenciation sociale marquée par une vaste proportion de population qui accède, de manière durable, à une certaine prospérité, petite ou grande. Ces classes moyennes se forment toujours à partir des centres urbains, à la suite d’un certain décollage du pays par des croissances soutenues, grâce à des règles du jeu économique et politique d’une relative stabilité. Elles en viennent à constituer l’ossature économique du pays, en tous cas son point focal le plus actif.   L’Inde et la Chine partaient de très bas il y a vingt ans. Aujourd’hui, des centaines de millions de citoyens se reconnaissent, dans ces deux pays, comme les nouvelles classes moyennes, source d’une nouvelle prospérité et de nouveaux comportements.   En Chine, on estime qu’il y a 5 millions de « très riches », 75 millions d’« urbains aisés » et 350 millions de « marché de masse », soit 430 millions de « classes moyennes ». On les trouve principalement dans les villes de la façade maritime, à l’est de la Chine, et dans une moindre mesure le long de la pénétrante du fleuve bleu vers la province du Sichuan.   En Inde, l’application des mêmes critères fait apparaître 5 millions de « très riches », 35 millions d’« urbains aisés » et 210 millions de « marché de masse », soit 250 millions de citoyens. On les trouve dans le « croissant fertile » indien formé aujourd’hui de centres urbains au long d’une ligne courbe qui va de Chennay à Delhi, en passant par Bangalore, Goa et Mumbay, avec l’exception du pôle de Kolkatta au Nord-Est. Mais cette estimation relaie souvent la propagande gouvernementale indienne.   Une autre estimation, faite sur des bases différentes par McKinsey, évalue l’équivalent d’une « lower middle class » à l’européenne à 50 millions de personnes (ou  encore 13 millions de foyers) le nombre actuel d’Indiens ayant des revenus annuels allant de 4.500 à 22.000 $ par an (soit 250 à 1.200€ par mois). En parités de pouvoir
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