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Publié le : jeudi 21 juillet 2011
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22/09/2005
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L’ETHIQUE PROTESTANTE ET L’ESPRIT DU CAPITALISME : ADDITIF
Max Weber, économiste et sociologue allemand du XIXe siècle est né en 1864 à Erfurt (Thuringe) et
est mort en 1920. Son ouvrage le plus célèbre
« L'Éthique protestante et l'esprit du capitalisme »
a
été publié en 1905.
Selon la thèse de Max Weber, l'éthique protestante est une des causes de l'essor du capitalisme.
Son analyse s'appuie notamment sur le concept central
d'idéal-type
qui peut se définir en quelque
sorte comme une représentation idéale de l'esprit du capitalisme de l'éthique protestante dans un
contexte historique défini.
Partant du constat qu'en Allemagne, les régions les plus protestantes sont les plus développées et
observant que les protestants s'orientent davantage vers le monde des affaires que les catholiques,
Weber a cherché à expliquer ce qui liait «
esprit du capitalisme
» et «
éthique protestante
». Deux
doctrines religieuses, emblématiques de la
Réforme
(XVIe siècle), témoignent le plus, selon lui, de la
proximité de ces deux idéaux-types. Tout d'abord, celle de
Luther
(1483-1546) qui introduit une
nouvelle traduction de
Beruf
qui signifie activité professionnelle mais aussi vocation ou appel de
Dieu. Le métier est donc considéré comme l'accomplissement de ce que Dieu a désiré pour chacun.
Le travail devient la preuve qu'on accepte le sort que Dieu nous réserve. II devient un devoir moral.
Plus tard,
Calvin
(1509-1564) introduira la notion de
prédestination
. Selon la doctrine calviniste,
l'individu est prédestiné. II est élu ou damné. Son devoir est d'oeuvrer à la gloire de Dieu et de créer
le royaume de Dieu sur terre. Travailler sans relâche est le meilleur moyen d'accéder à la certitude
de son élection.
Le protestantisme encourage donc le travail sans faire de distinction entre les métiers. Cependant, ce
qui permet l'accumulation du capital c'est l'ascétisme.
L'ascétisme
pousse à la rationalisation
puisqu'un tel comportement s'oppose à la jouissance spontanée des richesses immédiates et freine
la consommation.
L'éthique protestante aurait donc permis l'accumulation primitive du capital. Mais l'ascétisme a
ensuite laissé place à l'utilitarisme. Weber a montré comment les valeurs nouvelles permettant une
rationalisation
de l'économie se sont peu à peu émancipées de la religion protestante pour devenir
des valeurs propres à l'esprit du capitalisme. Ainsi, le capitalisme se développe au moment où la
richesse est préférée pour elle-même. Alors que les protestants ne voyaient dans la rationalité qu'un
moyen d'obéir à Dieu et de garantir leur élection au royaume de Dieu, le capitalisme fondé sur la
rationalité a pour finalité unique la satisfaction des besoins.
À la fin de son ouvrage, Weber expose les limites de sa thèse. On constate en effet que certains
pays comme la Hollande ou l'Angleterre, où le culte protestant est dominant, ne voient pas le
capitalisme se développer avec l'essor du protestantisme. La croissance économique précède la
Réforme
. De plus, selon certains historiens, le capitalisme semble s'inscrire dans la longue durée : il
aurait commencé à se développer bien avant l'essor du capitalisme, notamment au sein des
communautés juives ou encore dans l'Italie catholique du Xllle siècle, où ont été conçues la banque,
l'assurance et la comptabilité en partie double. Malgré les limites et critiques apportées à l'oeuvre de
Max Weber, son apport reste néanmoins fondamental pour la sociologie des religions.
LES PRINCIPALES RELIGIONS ET L’ECONOMIE
En termes de préceptes, toutes les religions ne sont pas égales. Si certaines comme l'Islam et le
judaïsme,dans leur quête d'une société idéale, se sont dotées d'une véritable jurisprudence en la
matière, d'autres en sont totalement dépourvues et on ne trouve pas dans leurs textes fondateurs de
référence à la vie économique. Néanmoins, quoique exemptes de toute doctrine économique,
certaines religions n'en exercent pas moins une influence qui peut prédisposer les individus à
entreprendre, à produire, à accumuler et à échanger de la richesse. En outre, si les religions ne se
prononcent pas sur les thèmes récurrents de la science économique,elles défendent cependant une
conception de la propriété, une vision du travail, un usage de l'argent, un devoir d'assistance et de
solidarité qui ont un réel impact sur l'économie.
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CATHOLICISME
L'Église catholique considère qu'il est hors de propos pour elle de parler d'économie, tout en
rappelant que le but de l'économie est de servir l'homme. Néanmoins, le catholicisme étant la seule
religion centralisée et la seule à avoir un corpus doctrinal en évolution, il a pu produire ce que l'on ne
trouve dans aucune autre religion : une doctrine sociale.
Si on se réfère aux textes fondateurs, pour le catholicisme, l'argent a une connotation
négative
.
C'est le démon qui pousse à préférer la vie matérielle à la vie éternelle. Ainsi, Judas a vendu Jésus
pour 30 pièces d'argent. L'argent est considéré comme un vice, une tentation. Au contraire, le travail
est perçu comme une activité
créatrice
. Néanmoins, certaines paraboles peu connues prônent le
calcul astucieux et la bonne gestion de son argent.
Cependant, la préoccupation des catholiques reste le salut la vie sur terre étant temporaire,
l'accumulation des richesses n'a aucune raison d'être.
Le prêt à intérêt a également été longtemps condamné car l'argent ne créant rien, il ne peut être
rémunéré.
L'ascétisme catholique, synonyme de privation, est représenté par les moines ayant renoncé aux
plaisirs. Pour le catholicisme, l'argent et le travail ne sont que des moyens de subsistance auxquels
les hommes ne doivent pas être attachés.
PROTESTANTISME
Soulignons, avant toutes choses la
diversité
des églises protestantes (luthérienne, baptistes,
calvinistes...) et donc de leur vision de la vie économique. Les protestants supportent au cours de
leur vie une angoisse existentielle.
Selon la doctrine de la
prédestination
, chacun est élu ou damné. Le croyant ne peut rien changer à
ce destin. Aussi, pour échapper à cette angoisse, le protestant accumule-t-il les preuves de son
salut. Selon la doctrine de l'épreuve, il doit se montrer confiant, réussir sa vie terrestre sans pour
autant jouir de ses richesses. L'homme cherche donc les preuves de son élection dans sa vie
quotidienne.
Concernant le taux d'intérêt, celui-ci est autorisé, depuis Calvin, dans la mesure où il ne contribue
pas à l'appauvrissement des plus pauvres. En France, sous l'Ancien Régime, une grande partie des
banques étaient dirigées par des protestants. Ils participaient ainsi activement au développement
économique. Enfin, selon Weber, l'éthique protestante a joué un rôle important dans l'émergence de
l'esprit du capitalisme.
ORTHODOXIE
L'orthodoxie n'a pas de pensée économique. C'est une religion qui s'en remet à l'État. Une des
illustrations de la relation complexe qui unit l'Église orthodoxe et l'État est le préambule de la loi sur
la liberté de conscience de 1997 en Russie. Ce texte précise en effet « le rôle spécial de l'orthodoxie
dans l'histoire russe ». L'Église orthodoxe est au service du pouvoir. Elle participe à la vie politique.
Ainsi, lors de l'arrivée de V. Poutine, celui-ci fut béni par le Patriarche et assuré de son soutien.
Cette religion accorde beaucoup plus d'importance à la communauté qu'à l'individu, d'où sa
préférence pour l'autorité qui maintient l'ordre au sein de la communauté. Selon les orthodoxes,
l'économie de marché provoque une rupture de cette communion isolant ainsi l'individu. L'argent a lui
aussi un rôle marginal. En effet, la vertu et la sainteté sont représentées par la pauvreté.
JUDAÏSME
Contrairement à la religion orthodoxe ou catholique, dans le judaïsme, il n'existe pas de
culpabilité
vis-à-vis de l'argent. C'est une valeur positive. Tout comme le travail, qui est estimable. C'est ainsi
que les juifs n'hésitent pas à entreprendre, à échanger... Le riche est considéré comme gestionnaire
du patrimoine que Dieu lui a confié. Non seulement la richesse n'est pas condamnée, mais elle est
encouragée. S'enrichir est considéré comme un devoir afin de servir Dieu, en aidant les plus
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démunis. C'est pourquoi, le juif se doit de verser au moins 10 % de ses revenus aux oeuvres
caritatives. Quant à l'application d'un taux d'intérêt aux prêts d'argent, si elle était interdite entre juifs,
cette pratique était autorisée avec les non-juifs. Le capitalisme semble donc trouver quelques-uns de
ses fondements dans « l'éthique juive ». J. Attali rappelle en effet que « pour Marx, le juif est la
matrice du capitalisme ».
ISLAM
Islam signifie soumission à Dieu. Le musulman accepte son sort et en retour, son créateur lui dicte
sa conduite. Dieu est le propriétaire de la terre et donc de toutes ses ressources. Ainsi, lorsqu'il créa
l'homme, Dieu lui a légué sa richesse. L'homme se doit donc de faire fructifier ce legs pour ensuite le
partager et en faire bénéficier la société. II est donc incité à travailler et à produire. Les dépenses,
quant à elles, sont consacrées pour une part aux besoins vitaux de la famille et servent d'autre part à
assurer la solidarité. La richesse doit être distribuée de manière équitable. Le
Zakat
qui fait partie
des cinq commandements est un impôt obligatoire dont le produit va aux pauvres et aux orphelins, à
ne pas confondre avec le
Sadaqa
, une aumône volontaire. L'accumulation des richesses et le taux
d'intérêt sont tous deux interdits. L'argent n'est pas un bien en soi, il est improductif, il n'a donc
aucune raison d'être rémunéré. La jouissance des richesses n'est autorisée que dans la mesure où
une part de cette abondance revient aux pauvres.
HINDOUISME
Les règles de vie sont inscrites dans le
Mahabharata
. Ce texte épique fixe le traité sur la
philosophie, la société, la famille et l'économie.
Les hindous ont une vision
pessimiste
de l'avenir qui ne les incite pas à entreprendre. Chaque
hindou appartient à une caste qui est celle de son père. Toute ascension sociale est impossible.
Selon le principe
d'endogamie
, on ne peut se marier en dehors de sa caste. Cette caste désigne la
place de l'individu dans la division du travail. Ainsi n'y a-t-il aucune mobilité possible. L'appartenance
à une caste dépend de la vie antérieure. II existe ainsi plus de trois mille castes et, aujourd'hui
encore, elles constituent un véritable frein au développement économique de l'Inde.
BOUDDHISME
Les bouddhistes cherchent à atteindre le
Nirvana
, c'est-à-dire la libération définitive de l'ignorance,
du désir et de la répulsion. Cet état de complétude infinie permet la fin du cycle des renaissances qui
maintient l'homme dans la souffrance. II faut pour cela fuir le passé et vivre l'instant présent. On
prône l'apaisement des sens, des désirs et des passions pour assurer la renaissance de la « terre
pure ». L'homme doit effectuer son salut seul. L'individu a une place plus importante que dans
certaines religions comme l'orthodoxie où c'est le groupe qui prime sur l'individu.
II existe néanmoins une forme de « bouddhisme engagé » dont le fondateur est le grand maître
Taixu (1890-1947). Selon sa doctrine, l'apaisement des esprits ne suffit pas, il faut « accumuler les
mérites de ce monde ». Les adeptes de cette forme de bouddhisme contribuent à l'amélioration des
conditions de vie. Ils s'investissent dans les domaines de l'éducation, de la culture et de la
philanthropie. C'est ainsi qu'ils ont accompli des oeuvres notamment éducatives dans les années 20.
Sources : Perspectives chinoises, n° 88, mai-juin 2005, Le Nouvel Économiste, du 22/11/01 au 05/04/02,
Rapport moral sur l'argent dans le monde 2005, Le courrier des pays de l'Est, n° 1045, septembre-octobre
2004, Jacques Attali (2002), Les juifs, le monde et l'argent, Fayard.
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