Voltaire torture

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Publié le : jeudi 21 juillet 2011
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Séquence 1
Les Lumières
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La Justice
Dans sa lutte contre les abus de la justice, Voltaire avait dénoncéhautement les traitements infligés aux accusés. En 1769, après l'affaire du chevalier de La Barre', et vivement frappé, par leTraitédes délitset des peines(1764) du juriste italien Beccaria, il ajoute cet article auDictionnaire. Sans doute l'indignation et les sarcasmes du philosophe contribuèrent-ilsàl'abolition de la torture en France, en 1780. Mais malheureusement, le combat n'a pas perdu pour autant son actualité.
Les Romains n'infligèrent la torture qu'aux esclaves, mais les esclaves n'étaient pas comptés pour des hommes. Il n'y a pas d'apparence non plus qu'un conseiller de la Tournelle regarde comme un de ses semblables un homme qu'on lui amène hâve, pâle, défait, les yeux mornes, la barbe longue et sale, couvert de la vermine dont il aétérongédans un cachot. Il se donnéle plaisir de l'appliqueràla grande etàla petite torture, en présence d'un chirurgien qui lui tâte le pouls, jusqu'àce qu'il soit en danger de mort, après quoi on recommence; et, comme dit très bien la comédie des Plaideurs: «Cela fait toujours passer une heure ou deux.» Le grave magistrat qui a achetépour quelque argent le droit de faire ces expériences sur son prochain, va conteràdîneràsa femme ce qui s'est passéle matin. La première fois madame en aétérévoltée.àla seconde elle y a pris goût, parce qu'après tout les femmes sont curieuses; et ensuite la première chose qu'elle lui dit lorsqu'il rentre en robe chez lui: « Mon petit cœur, n'avez-vous fait donner aujourd'hui la questionàpersonne ? » Les Français, qui passent, je ne sais pourquoi, pour un peuple fort humain, s'étonnent que les Anglais, qui ont eu l'inhumanitéde nous prendre tout le Canada, aient renoncéau plaisir de donner la question. Lorsque le chevalier de La Barre, petit-fils d'un lieutenant général des armées, jeune homme de beaucoup d'esprit et d'une grande espérance, mais ayant toute l'étourderie d'une jeunesse effrénée, fut convaincu d'avoir chantédes chansons impies, et même d'avoir passédevant une procession de capucins sans avoirôtéson chapeau, les juges d'Abbeville, gens comparables aux sénateurs romains, ordonnèrent non seulement qu'on lui arrachât la langue, qu'on lui coupât la main, et qu'on brûlât son corpsàpetit feu; mais ils l'appliquèrent encoreàla torture pour savoir précisément combien de chansons il avait chantées. et combien de processions il avait vues passer le chapeau sur la tête e e Ce n'est pas dans le XIIIou dans le XIVsiècle que cette aventure est arrivée, c'est dans le e XVIII .
Voltaire,Dictionnaire philosophique portatif, 1769.
Séquence 1
Les Lumières
Analyse
La Justice
INTRODUCTION François Marie Arouet, ou Voltaire, philosophe etécrivain du siècle des Lumières est un auteur engagéqui lutte contre les attitudes révoltantes de sonépoque. Il publie en 1769 leDictionnaire philosophique portatifdont nous allonsétudier un extrait. La notion de dictionnaire est nouvelle pour le XVIIIème, cela faisait parti de la philosophie des Lumières qui recensait les connaissances. Cela permet d'échapperàla censure, cela s'adresseàtout le monde, c'est efficace l'article est de longueur modérée. Les articles ne sont pas neutres, certains prennent la forme de pamphlet. L'enjeu du texte est la dénonciation de la torture, pratique courante et banale du XVIIIème, elleétait cautionnée par l'Eglise. C'est cette notion que Voltaire dénonce ici. LECTURE ANNONCE DES AXES Premier axe de lecture :Un sujet abordésous cinq angles différents Deuxième axe de lecture :Dénonciation Troisième axe de lecture :Tonalitédu texte
ETUDE I – Un sujet abordésous six angles différents Dans la manière de procéder, Voltaire use d’une forme surprenante. En effet, les six paragraphes n’ont rienàvoir entre eux. Malgréle sujet connu, chaque paragraphe est abordédifféremment. Dans le premier §, il y a un parallèle entre l’antiquitéet la pratique de la tortureàParis au XVIIIe siècle. Ce parallèle permet de montrer l’absurditéde leurs actes actuels. Ceci montre que c’estàsonépoque grâce au « conseiller de la Tournelle ». Le côtéofficiel de ces pratiques est montrépar les termes suivants : « grande et petite torture », « chirurgien ». On passe du domaine officiel au privédans le second paragraphe. La présence de sa « femme », « juste avant le dîner », la conversation familière nous montre que l’on se trouveàson domicile. Dans le troisième paragraphe, on arriveàune généralisation sur le comportement des Français avec une comparaison avec les Anglais qui ont renoncéàla torture. On en vient aussiàparler de l’inhumanité. Puis pas de transition avec le § 4. On a une anecdote qui est un exemple d’actualité: on connaît les causes de son accusation, ce qu’il a subi. Puis dans le § 5, on passeàunélargissement plus historique et géographique. La torture est utilisée comme châtiment et comme moyen de faire avouer (§ 2-4). L’effet produit sur le lecteur est une surprise, qui permet de ne pas le lasser. Cela le choque aussi et l’amèneàréfléchir et réagir. II – Dénonciation En soulignant que les romains torturaient les esclaves, Voltaire montre que malgréla différence d'époque, la justice n’a pasévoluée depuis l’antiquité. Au-delàde cette absence de progrès, il dit qu’en rabaissant l’être humain on peut alors le torturer. La justice déshumanise. En principe le rôle du chirurgien est de sauver des hommes or il est ici dénoncécomme complice, car il les sauve pour qu’ils soient de nouveau torturés. On a donc un détournement de la torture lorsqu’il dit : « il se donne ». Il le fait donc par sadisme. Dans le second paragraphe, la dénonciation porte sur les magistrats. Il lui dit qu’il ne se rend pas compte de ses actes. Ceci devient un sujet de conversation banal, qui paraît ne plus choquer et qui permet de se détendre. Voltaire a donc relancésans arrêt cet intérêt. Dans le troisième, « inhumanité» est mis en rapport avec « fort humain » ainsi que les Français ont une apparence usurpée car ils se croient fort humain alors qu’ils sont inhumains et que ce ne sont pas les Anglais qui sont inhumains en raison du soi-disant vol du Canada. Voltaire souligne le contraire de la réalité. Dans le quatrième, la critique porte sur la disproportion entre les chefs d’accusation et la sentence. D’autant plus qu’ils insistent sur les circonstances atténuantes : sa jeunesse , ses origines familiales, son esprit et sa grande espérance. Le relancement ininterrompu de la phrase permet d’insister sur son innocence. Il nous montre aussi la barbarieàl’état pur et insiste sur l’absurdité. Dans le § 5, il dénonce la barbarie de la France par rapport au Moyen-Age qui le fut déjàénormément. Il utilise « cruelle » pour qualifier la France. Enfin dans le dernier paragraphe, il emploie un terme plus fort : la France est « barbare ». Il valorise la Russie en parlant de personnages antiques : le Roi Minos de Crète, le Roi Numa et le législateur athénien Solon. En effet l’impératrice a fait mieux qu’eux en abolissant la torture. Les Français qui se voient satisfaits d’eux ne
SéLes Lumiquence 1ères LaJustice voient pas leur absurdité. Ceci a pour but de provoquer une réaction d’indignation, sans qu’il intervienne souvent personnellement. Le procédéessentiel est l’ironie. III – Tonalitédu texte 1) IronieVoltaire donne une apparente légèretédu ton pour parler de choses graves. Par exemple, « cela fait passer 1 heureà2 ». La torture est ici banalisée et donc en contradiction avec la réalité. Ceci crée un effet de chute. De même que, « Mon petit cœur…personne ? ». Il y a une opposition entre petit cœur et la question. Il y a une disproportion. Dans le cinquième paragrapheégalement il utilise plusieurs petites relatives pour raconter des petits faits. Alors que la dernière phrase fait chuter le tout avec quelque chose de grave et d’important. 2) Effet de décalageDans le troisième paragraphe lorsqu’il parle du décalage entre Français et Anglais qu’ils qualifient d’inhumains, ils soulignent bien l’opposition en qualifiant les autres d’inhumains pour montrer l’inverse de la réalité. Il remet en cause l’idée qu’il avait de la France.
CONCLUSION Le texte de voltaire s'inscrit dans la lutte des philosophes du siècle des lumières contre certaines pratiques des dirigeants de la société. Il viseàcritiquer la torture de façonàobtenir son abolition (1780). Sa manière de procéder est caractéristique. Il parle légèrement de la torture. Cette façon de varier les approches du sujet et de le banaliser fait que le lecteur est surpris. Il s’adresseàl’imagination,àla sensibilitéet amène le lecteuràtirer sa propre conclusion. Il essaye de toucher les Français par leur orgueil en leur montrant qu’ils se comportent toujours de manière obscure.
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