Parlons Xokleng / Laklano

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Cet ouvrage présente l'histoire d'indigènes du sud du Brésil, les Xokleng, qui s'appellent eux-mêmes les laklano, et qui furent chassés "comme des animaux" par des chasseurs connus sous le nom de burgeiros aux XIXe et XXe siècles. Ces indigènes ont inspiré la fondation du Service de protection des indigènes du Brésil (SPI). Sauvée par l'indigéniste Eduardo Hoerhann à partir de 1914, cette tribu de 536 individus vit aujourd'hui dans une réserve de la région de José Boiteux, à l'intérieur de Santa Catarina, au sud du Brésil.
Publié le : mercredi 15 octobre 2014
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EAN13 : 9782336358819
Nombre de pages : 252
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Parlons xokleng/ laklãnõ présente l’histoire des indigènes
du sud du Brésil, qui ont été chassés « comme des animaux » Oias a les Jr
epar des chasseurs connus sous le nom de bugreiros aux XIX et
eXX siècles. Ces indigènes, les xokleng, qui s’appelent eux-
mêmes laklãnõ, ont inspiré la fondation du SPI (Service de
protection des indigènes du Brésil). Sauvée par l’indigéniste
Eduardo Hoerhann à partir de 1914, cette tribu vit aujourd’hui
Parl Ons x Okl eng / laklãnõdans une réserve dans la région de José Boiteux, à l’intérieur
de Santa Catarina, au sud du Brésil.
Après le nheengatu, le hunsrückisch et le talian, Ozias l angue indigène du sud du Brésil
Alves Jr présente cette autre langue minoritaire du Brésil, parlée
par seulement 536 individus. Il invite le public francophone à
découvrir l’histoire de cette langue singulière et sa culture.
Ozias Deodato Alves Júnior est né le 8 avril 1970,
à Santos, État de São Paulo, au Brésil. Journaliste
fondateur de deux journaux régionaux, Biguaçu
em Foco (www.jbfoco.com.br) et São José em
Foco (www.sjfoco.com.br), il habite et travaille
dans la ville de Biguaçu, située à 17 kilomètres de
Florianópolis, capitale de l’État de Santa Catarina,
au sud du Brésil. Intéressé par les langues minoritaires de son pays,
il est l’auteur de Parlons nheengatu (2010), Parlons hunsrückisch
(2013) et Parlons talian (2013).
ozias@jbfoco.com.br
Photographie de couverture : Bugreiros, chasseurs des indigènes
xokleng, avec leurs victimes, 1905 © Archives publiques de la
ville d’Ibirama et Editora da UFSC (Université Fédérale de Santa
Catarina).
Photographie de l’auteur : Journal Biguaçu em Foco,
www.jbfoco.com.br
ISBN : 978-2-343-03627-4
25 €
zv
Parl Ons x Okl eng / laklãnõ
Ozias a lv es Jr
l angue indigène du sud du Brésil





Parlons xokleng / laklãnõ



Parlons…
Collection dirigée par Michel Malherbe


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Parlons nheengatu, Ozias ALVES Jr., 2010.
Parlons tpuri, Kolyang Dina TAIWE, 2010.
Ozias Alves Jr



Parlons xokleng / laklãnõ
Langue indigène du sud du Brésil






















































© L’Harmattan, 2014
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-03627-4
EAN : 9782343036274




HOMENAGENS


Em memória de nossa querida Rosimara Cardoso (1981-
2013). Que Deus a proteja sempre e que Nossa Senhora
Aparecida sempre guie seu caminho. Nosso amor sempre estará
contigo. Até nosso próximo encontro no oceano da Eternidade.

Este livro é dedicado também ao sr. João Damásio
Martins (1919-2001), um grande contador de histórias e à
memória de sua esposa Alice Raul (Dª Licinha) (1929-2013).



AGRADECIMENTOS

Minha querida esposa, Adriana Costa Alves, para a qual
esta frase resume tudo : « Chá saiçú iné catu-reté.“
Ao querido grande amigo, Profº Carlos Amaral Freire,
a sua esposa Veroni, filhos e netos. Agradecimentos a Rafael Hoerhann, Aristides Criri Neto
e ao professor Namblá Gakran, da comunidade xokleng de Santa
Catarina, Brasil.
Agradecimentos especiais à sra. Maria Aparecida
Cristóvão da Silva, do Arquivo Público Municipal da Cidade de
Ibirama (SC-Brasil) e ao profº Fábio Lopes da Silva, diretor da
Editora da Universidade Federal de Santa Catarina (EdUFSC)
pela autorização de publicação de fotos que contam a história
dos índios xokleng no Brasil.
A minha querida mãe, Ivonilde Maria Baixo, a meu
irmão Décio Baixo Alves, aos meus sobrinhos amados José
Gabriel de Paula Alves, Rodriguinho, Pedrinho, Maria Eduarda.
O „Tio Bolinha“ os ama muito.
Dª Dirce, seu Carlos (Índio Velho), Carline (de novo
aqui?), Cínthia e Murilo.
Ao grande „hermanito“ da Argentina, Diego Emiliano
Villazon, esposa Denise Santana, filhos e agora ao netinho
amado e querido.
A Caio de Cápua, a seu filho Ângelo e família.
Um abraço a Manhal Kasouha, sua esposa Luciana, a
seu filho Jeber (Al walad) e à dª Miriam.

REMERCIEMENTS

Au professeur Paul Leidinger, de l´Université de Münster,
Allemagne.
À monsieur Michel Malherbe, citoyen du monde, pour
l´opportunité de présenter au public français les cultures
minoritaires du Brésil.










AUTORISATIONS


Je remercie monsieur Fábio Lopes da Silva, directeur de
l´Editora da UFSC (Université Fédérale de Santa Catarina, qui
m´a autorisé à publier des photos du livre « Xokleng : Memória
Visual », du professeur Sylvio Coelho dos Santos (in
memoriam).
Voici l´autorisation :

« Florianópolis (SC), terça, 01/04/2014

Caro Ozias,

Autorizo o uso das imagens do livro "Xokleng: memória
visual", de Sylvio Coelho dos Santos.

Cordialmente,
Fábio Lopes da Silva
Diretor da EdUFSC- Universidade Federal de Santa
Catarina. www.editora.ufsc.br.”


Je remercie aussi Maria Aparecida Cristóvão da Silva,
directeur du Musée Historique de la Ville d´Ibirama, qui
m´autorisé le droit de publication des photos de la collection de
cette institution sur les indigènes xokleng et sur Eduardo
Hoerhann, le pacificateur de ce peuple.

7
INTRODUCTION

Deux continents et deux expériences totalement différentes de
coexistence et d´assimilation des peuples natifs.
Dans le premier cas, sur le continent américain, du nord au sud, la
grand majorité des peuples natifs, les indigènes, a été exterminée.
Quand ils n´ont pas souffert de génocide complet par les armes ou
par des maladies contagieuses, les natifs ont subi l´assimilation
culturelle. Cela explique comment la plupart des natifs ont perdu
leur langue, leurs religions et traditions. Ils ont adopté la réligion
chrétienne, les langues des colons européens, la culture occidentale
en général.
Le deuxième cas est celui de la Sibérie, le vaste “continent” de
l´intérieur de l´Asie, le “far-est” du vaste pays qu’est la Russie.
Les “indigènes” de Sibérie n´ont pas souffert de génocide ni
d´assimilation forcée. L´Église orthodoxe et, après, le
gouvernement soviétique (1917-1991) ont donné écriture et
education aux peuples natifs qui ne connaissaient pas l´écriture ni
l´enseignement public. Leurs traditions ont été respectées et
préservées et les langues autochtones sont employées dans les
écoles et universités avec le même statut que le russe, la langue
officielle.
Les langues natives ont gagné des publications, livres, journaux,
revues et quelques unes ont même des émissions de télévision et
de radio.
Il n´y a pas des “Réserves Indigènes” en Russie (1). Les natifs et
les colons russes, de l´ethnie dominante, coexistent dans les
villes sans, ou presque sans, problèmes, même aujourd´hui après
l´ère soviétique. Les journaux ne publient pas de nouvelles sur
des conflits ethniques ou séparatistes en Sibérie.

1 “O Legado de Babel- As Línguas e seus Falantes” Vol. II. Salles, Ricardo C.
Opera Nostra Editora, Rio de Janeiro, Brésil. 1994. Page 27.
92La Russie n´est pas le paradis sur Terre ( ), mais son expérience
de contacts avec des centaines des peuples natifs, appartenant à
différents groupes ethniques et locuteurs de langues exotiques, a
été totalement différente de ce qui s´est passé sur le continent
américain.
La plus grande partie des indigènes d´Amérique qui ont survécu
aux massacres du passé vit aujourd´hui dans des “Réserves” ou
dans des bidonvilles, quand ils ne sont pas des “gitans” nomades
qui parcourent le pays pour survivre.
De plus, la plupart des indigènes qui ont survécu ont perdu leur
langue à cause de la prohibition pure et simple des
gouvernements.
Les natifs qui ont eu le droit de fréquenter l´école ont été forcés
d’apprendre l´anglais, le portugais ou l´espagnol, les langues des
Blancs dominants d´origine européenne. Leurs langues tribales
ont été totalement ignorées.
Une école qui enseigne la langue tribale, dans la réserve, avec le
même statut que la langue officielle du pays, est une nouveauté
sur le continent américain, apparue dans les dernières décennies
èmedu XX siècle, comme l´exemple du Brésil.
Si, en France, il y a tous les moyens pour apprendre les langues
“indigènes” comme le corse, le breton, l´occitan, l´alsacien, dans
les pays américains, il est rare de trouver ce genre de publication
pour que le grand public accède aux langues aborigènes du pays
(3).

2 Pendant l´ère soviétique (1917-1991), des millions des citoyens ont été
persécutés et tués par des raisons politiques.
3 Même si le guarani est considéré comme la deuxième langue officielle du
Paraguay, pays voisin, il n´y a pas de livres qui enseignent le guarani au Brésil,
ni même les trois variétés dialectales de cette langue qui existent sur le territoire
brésilien.
En Bolivie, autre pays voisin du Brésil, aujourd´hui gouverné pour la première
fois par un indigène, Evo Morales, il y a deux langues autochtones, le quechua
et l’aymara, avec des millions de locuteurs, mais il n´y a pas un seul manuel de
ces langues en circulation dans les librairies du Brésil.

10Ce livre, Parlons Xokleng / Laklãnõ, est certainement le
premier ouvrage imprimé qui comporte une grammaire et un
lexique un peu volumineux de cette langue. Oui, il n´y a pas
aujourd´hui au Brésil de livre qui enseigne cette langue, même au
niveau débutant ni pour les curieux. Ainsi, ce Parlons Xokleng/
Laklãnõ est officiellement le premier manuel d´enseignement de
cette langue publié pour le grand public.
Ignorée, discriminée dans le passé et presque sans
documentation, la langue xokleng est le moyen de
communication d´un peuple qui a été presque exterminé par des
assassins professionnels appelés bugreiros, responsables du
massacre sans pitié des milliers de ces indigènes au long des
ème ème et XX siècles. XIX
Quand les ennemis n´étaient pas ces bourreaux, des maladies
comme la grippe ont décimé les tribus au long des années quand
elles ont finalement accepté de vivre dans des réserves, à partir
de 1914.
Bien qu’il soit le peuple natif de Santa Catarina, Etat du sud du
Brésil, les Xokleng vivent aujourd´hui comme des “étrangers”
sur leur terre ancestrale. Oui, ils habitent à Santa Catarina depuis
des millénaires, mais leur langue, leur culture, leur religion
ancestrale sont totalement inconnues des habitants de l´Etat.
Ils étaient un peuple libre. Aujourd´hui ils habitent une réserve et
dépendent du gouvernement pour survivre. Il avaient une religion
à eux ; maintenant ils sont évangélistes et pensent que leur
religion ancestrale était “l’œuvre du diable.”
Ils ont gagné le droit d´avoir aussi une éducation dans leur
langue ancestrale, selon la Constitution Fédérale du Brésil de
1988, approuvée après la dictature militaire (1964-1985). Mais
sans appui financier et humain pour publier des livres, des
dictionnaires, des manuels scolaires et pour financer d´autres
moyens de diffusion de la langue xokleng, l´enseignement
bilingue se limite aujourd'hui à deux livres pour enfants, l’un de
54 pages et l´autre de 24 pages, dont des dessins sur la moitié des
feuilles.
11Si les Xokleng avaient été un peuple de Sibérie, ils auraient peut-
être une université où il serait possible pour les indigènes d’avoir
des diplômes en employant leur langue. Peut-être, comme à
l´époque soviétique, y aurait-il un journal ou une émission de
télévision ou de radio, financés par le gouvernement, pour
diffuser la langue. Mais au Brésil, pays qui est né et s´est
développé à une période d´esclavage, de génocide physique et
culturel des peuples autochtones, cela paraît une “extravagance”.

L´auteur
21 juin 2014
























12
PREMIÈRE PARTIE
LE PEUPLE XOKLENG


QUI SONT LES XOKLENG?


Indiens xokleng habitant la réserve indigène de la municipalité de
José Boiteux, province de Santa Catarina. Aujourd´hui ils s´habillent
comme des “civilisés”. La grande majorité est de religion évangélique.
(Photo: Ozias Alves Jr)

Les Xokleng sont un peuple indigène qui vit dans la réserve de
José Boiteux, ville de l´intérieur de l´Etat de Santa Catarina, au
sud du Brésil. C´est le seul peuple autochtone qui vit à Santa
Catarina, c´est-à-dire, qu’il n´y a pas de groupes de cette ethnie
4qui habitent dans les autres régions du Brésil .

4 Dans une autobiographie non publiée, la linguiste allemande Ursula
Wiesemann (1932- ), chercheur de la langue indigène kaingang, a écrit qu´elle
a été informé, dans les années 1960, qu´il y avait un très petit groupe d'Indiens
13


Municipali ité de José Boiteux en noir sur lla carte de Santa
Catarina. CC´est la régioon où se situe la réserve dees Indiens xookleng.
À gauche, l´Etat de Santa Catarina est en noir suur la petite carte du
Brésil. (Image: Wikipedia)

La municippalité mentioonnée se situue à 236 kiloomètres au noord de
Florianópolis, la capitale de Santa Catarina. C´est à environ trois
heures de voyage par voiture. On doit ajouter 25 kilomètres du
centre de José Boiteux jusqu´à la réserve indigène.
La route dee Florianópoolis à José Booiteaux est paavée. Du cenntre de
cette ville jusqu´à la réserve indigène, la route n'a pas d'asphalte,
c´est une route en terre de médiocre qualité.


xokleng qui vvivaient au Parraná, Etat voisiin au nord de SSanta Catarina. Mais il
n´y a aucunne mention aujourd´hui de laa présence d´uun groupe xoklleng au
Paraná. Les 17 réserves indigènes du Paraná sont habitées par les Kaingang,
Guarani et Xetá. S´il y a encore des Xokleng dans cet Etat, ce sont des individus
dispersés qui n´habitent pas dans des réserves officielles. Si l'on visite des
bidonvilles du Brésil et que l‘on demande „y-a-t-il quellque indigène ici?“, il
sera peut-êtree possible d'en rrencontrer un.
14
En direction de la terre indigène xokleng. (Photo: Ozias Alves Jr)

La réserve indigène s'étend officiellement sur 14.000 hectares,
mais les Indiens affirment que leur terre couvre 37.000 hectares
au total. Ce territoire a été occupé par des colons “blancs”.
Quand on dit “blancs”, ce sont des Brésiliens d´origine
européenne, descendants de Portugais, Allemands, Italiens,
Polonais etc.
Environ 70% de la terre indigène des Xokleng se situe dans la
juridiction de la municipalité de José Boiteux, mais la réserve
s'étend sur des terres des municipalités de Doutor Pedrinho, Vítor
Meireles et Itaiópolis. Les Indiens xokleng vivent dans sept
villages, qui s´appelent: 1) Sede, 2) Pavão, 3) Palmeirinha, 4)
Figueira, 5) Coqueiro, 6) Bugio et 7) Toldo.
Ces villages se situent au long de la route ouverte dans les années
1950, qui coupe toute le territoire indigène de l´est à l´ouest.
5Chacune village a son cacique , chef. Ce sont des “maires” de la
communauté indigène, choisis directement par les citoyens, mais
sans le pouvoir d’administrer l´argent public.

5 Cacique est un mot d´une langue indigène carib (Amérique Centrale). La
signification est „chef“. On ignore comment ce mot qui n´appartient ni à la
langue tupi (de la majorité des langues indigènes du Brésil) ni au xokleng, de la
famille Jê, est arrivé en portugais. Dans la langue xokleng, pa´i signifie „chef.“
15Tous les habitants de la réserve indigène ne sont pas des Xokleng.
Il y a aussi des Indiens guarani et kaingang et quelques familles
de colons d´origine européenne. Il y a des “blancs” mariés à des
femmes indigènes et vice versa.


Ville de José Boiteux. (Photo: Ozias Alves Jr)

Une curiosité : la réserve continue à être appelée “Terre Indigène
Ibirama”, même si elle se situe sur la municipalité voisine de
José Boiteux. Sur le site du IBGE (Institut Brésilien de
Géographie et de Statistiques), où l’on trouve des informations
sur le nombre de locuteurs des langues indigènes du pays, la terre
indigène est appelée “Ibirama”, bien que cette information ne soit
plus exacte. Le nom officiel de la réserve aujourd´hui est Terre
Indigène Laklãnõ. Cette réserve fut créée officiellement en
1926.
6“José Boiteux” était territoire de la municipalité de Ibirama
7jusqu´en 1989. À cette époque, José Boiteux est devenue une

6 Ibirama a surgi en 1897 comme district de la municipalité de Blumenau
(1850). En 1934, Ibirama est devenu municipalité indépendante.

7 “José Boiteux”? Qui a été cet homme? Né en 1865 dans la ville de Tijucas, à
côté de Santa Catarina, José Arthur Boiteux fut historien, avocat et journaliste.
Son grand-père était un imigrant suisse arrivé au Brésil en 1825. Écrivain auteur
principalement de livres d’histoire, Boiteux a été député de Santa Catarina et
l’un des fondateurs de la faculté de Droit de l´Etat. Il est mort en 1934, à
Florianópolis, capitale de Santa Catarina.
16municipalité indépendante avec une mairie et un conseil
municipal.

COMBIEN DE LOCUTEURS DE LA LANGUE XOKLENG?
Selon la Funasa (Fondation Nationale de la Salut du
Gouvernement du Brésil), le nombre des Xokleng en 2010 fut
estimé à 1.853 individus. Combien d´entre eux parlent la langue
? On estime à 887 individus ceux qui peuvent la parler
8
couramment .
9Mais le recensement démographique de 2010 a donné les
informations suivantes plus exactes:
Population totale dans la réserve indigène xokleng : 2.411
10individus .
Indiens locuteurs de xokleng : 536.
Parmi ces locuteurs de xokleng :
73 sont des enfants entre 5 et 9 ans d´âge.
77 sont des locuteurs de 10 à 14 ans d´âge.
112 individus de 15 à 24 ans.
190 âgés de 25 à 49 ans.
84 âgés de plus de 50 ans.

Total : 536 locuteurs de xokleng.

479 indigènes ont déclaré qu´ils ne parlent pas la langue xokleng
11et 550 n´ont pas répondu la question .


8 http://www.brasilienportal.ch/kultur/ureinwohner-in-brasilien/indio-voelker-
brasiliens/
9 http://www.censo2010.ibge.gov.br/terrasindigenas/
10 Parmi eux, 1.071 se sont déclarés indigènes, 705 ne se sont pas déclarés
indigènes, mais se considèrent comme des natifs, 297 n´ont pas leur situation et
les derniers 338 n´ont pas répondu la question.
11 Dans le recensement démographique, les chercheurs n´ont découvert aucun
cas de « monoglotte », c´est-à-dire, d’indigène qui parle seulement la langue
xokleng et pas le portugais. Tous les 2.411 habitants de la terre indigène parlent
portugais.
17Ces nombres ne cachent pas que la langue xokleng est en danger
d´extinction dans une ou deux générations, comme la majorité
des 6.912 idiomes aujourd´hui encore parlés au monde, selon le
SIL (Summer Institute of Linguists), institution américaine qui
finance des recherches linguistiques et anthropologiques dans le
monde entier.
L´auteur de ce livre a visité cette terre indigène xokleng en juillet
2013, à l’occasion de quoi il a interviewé des Indiens. Ils lui ont
dit que les jeunes ne s´intéressent pas à apprendre le xokleng et,
bien que cette langue soit enseignée dans les écoles de la
communauté, cela ne garantit pas la survie de la langue dans
l’avenir.
Les Xokleng d´aujourd´hui sont semblables aux Brésiliens
"blancs": ils parlent portugais, s'habillent comme des "civilisés",
sont adeptes de la religion chrétienne évangélique, habitent le
même style de maisons que la majorité de la population
brésilienne et il y a fort mélange avec d'autres groupes ethniques,
c´est-à-dire, avec des mariages interethniques. Le résultat est la
lente disparition de la langue et de la culture singulières de ce
peuple.
Les Xokleng sont un exemple de "désintégration culturelle". Dès
1914, année de la "pacification", ils sont considérés comme
des sauvages dangereux, ont souffert fortement de déculturation,
comme la majorité des tribus indigènes du Brésil au long des
cinq derniers siècles.


Indigènes xokleng d´aujourd´hui. (Photo : Ozias Alves Jr)

18
SERA-T-IL POSSIBLE DE SAUVER LA LANGUE ?


Namblá Gakran: professeur et élève du cours de Doctorat en
linguistique de l´Université de Brasília. (Photo: Ozias Alves Jr)


12
Dès 1992, un citoyen de ce peuple appelé Namblá Gakran , né
le 13 novembre 1963 dans la même réserve des Xokleng, a
commencé un mouvement pour la préservation de cette langue.
13Professeur de l´école locale , Namblá (nom de famille) a obtenu
en 2005 une maîtrise en linguistique avec une thèse sur la langue
xokleng, à l´Université de Campinas, dans l´Etat de São Paulo,
dans le sud-est du Brésil.
Cette thèse est la première écrite au Brésil sur la langue xokleng.
"Il n´y avait pas d´études sur la langue xokleng avant ma thèse.
Mon étude est une oeuvre de pionnier", souligne Gakran.
Le titre de la thèse est "Aspectos Morfossintáticos da Língua
Laklãnõ (Xokleng) Jê" (trad.: Aspects morphosyntaxiques de la
langue Laklanõ (Xokleng) (Famille Jê”.)
En 2015, il doit compléter son doctorat en linguistique aussi sur
la langue xokleng, à l´Université de Brasília, capitale du Brésil,
où se trouve le Centre d´Études des Langues Indigènes

12 On écrit aussi “Nanblá Gakran”.
13 La première école a été établie dans la réserve indigène xokleng en 1940.
19Brésiliennes et où travaille le fameux professeur Aryon Dal´Igna
Rodrigues (1925-2014), considéré comme le plus grand spécialiste
du sujet au monde.
Malgré ses efforts, les résultats ne sont que médiocres. Dans
l´interview de cet auteur, le professeur indigène, quand il a été
interrogé sur le nombre de locuteurs de xokleng existant
aujourd´hui dans la réserve, a répondu franchement: “Je ne sais
pas. Nous avons des locuteurs bilingues passifs (ceux qui
comprennent la langue, mais ne la parlent pas) et des
monolingues, qui parlent seulement le portugais.”
Il a ajouté : "Le but est d´inverser et d´augmenter le nombre de
locuteurs de notre langue".
A propos de l´école de la communauté, il a dit qu´il y a des
classes de xokleng de tous les niveaux, c´est-à-dire, des classes
primaires et du secondaire.
Mais il remarque qu´il n’y a que deux livres publiés en langue
xokleng, des histoires pour enfants. Comme on l’a mentionné au
début de ce livre, l’un n’a que 24 pages dont la moitié est de
dessins d’enfants.
La question est simple: quel est le matériel didactique de la
classe de xokleng pour les adolescents? Qu´est-ce qu´ils vont
faire dans une classe sans textes de niveau supérieur au primaire
? Comment faire pour sauver le xokleng sans livres plus
complexes dans cette langue?
La réalité du xokleng n´est pas pire que celle d´autres langues
minoritaires du monde actuel. Un exemple lu dans la newsletter
des éditions L´Harmattan sur le lancement du livre "Grammaire
Structurelle du Dagara" (novembre 2013), de Maxime Somé. On
lit dans la préface de ce livre: "Le dagara est l'une des langues
parlées au Burkina Faso et au Ghana (Afrique). L'un des
obstacles majeurs de l'introduction des langues nationales dans
les systèmes éducatifs africains est probablement l'absence de
dictionnaires et de grammaires. Cet ouvrage se veut un outil
pour pallier à ce manque, permettant la mise en place d'une
éducation bilingue à l'école".
20C´est exactement la même situation pour le xokleng: il n´y a pas
de grammaire, de dictionnaire, de livre d’histoires ni d´autres
publications dans cette langue pour les élèves des écoles de la
communauté.
Quand l´auteur a employé le mot "récupération", Namblá n’a pas
été d’accord: "Ce n´est pas récupération. Récupérer se réfère à
quelque chose que vous avez perdu. Le xokleng n'est pas perdu.
Le mot juste est «revitalisation». Nous sommes en train de
revitaliser notre langue. Le xokleng est une langue qui a
quelques emprunts à d'autres langues. Il est encore dans un
moment plus pur de vocabulaire. Quand une langue perd sa
structure, c´est déjà la fin. Cela n´est pas le cas de notre langue".
L´auteur, qui est journaliste, a répété la question avec d´autres
mots: "mais n´avez vous pas plus ou moins le nombre de
locuteurs de xokleng, seulement pour en avoir une idée?" Gakran
a répondu: "je ne sais pas".
"Mais combien d’enfants de votre communauté qui ne savaient
pas parler xokleng ont appris cette langue à l´école?", a
demandé l´auteur. "Je ne le sais pas", a répondu l´interviewé.
Comment peut on savoir s´il y a une évolution du nombre des
élèves qui ont appris la langue sans aucune statistique?
Selon le SIL (Summer Institute of Linguistics), le nombre de
14. En locuteurs de xokleng en 1998 était de 760 individus
comparaison avec le Recensement Démographique de 2010,
quand on a régistré seulement 536 indigènes qui ont déclaré la
connaissance de cette langue tribale, le nombre des locuteurs a
baissé de 224 individus. Dans une petite communauté de 2.400
habitants environ dans la reserve, 224 locuteurs en moins est une
perte considérable pour une période de douze ans.
La question est que dans cette periode (1998-2010) l´école
bilingue portugais-xokleng de la réserve indigène fonctionnait
parfaitement. Alors, ce nombre (224 de locuteurs en moins dans
une période de 12 ans) montre que l´école n´a pas réussi à sauver
la langue.
21Namblá l´avoue: il y a des difficultés pour avoir des matériaux
didactiques. "Quand j´ai commencé à donner des cours
d´alphabétisation, il n´y avait que des cahiers. Il n´y a pas
d´argent du Secrétariat à l´éducation du gouvernement de l´Etat
de Santa Catarina pour investir dans l´impression de livres,
livrets et manuels scolaires en langue xokleng. Le professeur n´a
même pas disposé des photocopies des textes en xokleng pour les
distribuer aux élèves dans la classe", a critiqué le professeur
indigène.

COMMENT SAUVER UNE LANGUE MINORITAIRE?
Dans son livre Parlons Nheengatu (2010), l´auteur a raconté
l´expérience de l´ancienne Union Soviétique avec des langues
minoritaires, selon le témoignage du professeur Carlos Amaral
Freire (1935- ), le grand polyglotte du Brésil qui vit à
Florianópolis, Santa Catarina.
Après la révolution de 1917, le gouvernement soviétique a décidé
l´alphabétisation de masse. À l´époque, une grande partie de la
population était analphabète. Le Ministère de l´Education n´a pas
seulement développé l´alphabétisation en russe, langue officielle
du pays, mais aussi dans les nombreuses langues minoritaires de
ce vaste pays.
La grand majorité des ces langues étaient "agraphes", c´est-à-
dire, sans écriture (du grec a= non et graphos= écriture.)
Qu´est-ce qu´a fait le gouvernement de l´ex-Union Soviétique? Il
a investi dans un programme complet de recherche.
En premier lieu, des linguistes étaient envoyés dans les
communautés des langues minoritaires. Première mission:
apprendre les idiomes.
Comme ces langues n´avaient pas d´écriture, les linguistes en
inventèrent une pour les écrire. Comme on est en Union
Soviétique, l´alphabet usité était le cyrillique, celui du russe.
Ces professionnels ont produit des dictionnaires et des manuels
et quelques uns ont promu des cours pour former des professeurs
22natifs. Des écoles primaires ont été créées pour alphabetiser les
enfants dans la langue minoritaire désormais écrite.
Le programme n´est pas encore fini. Des journaux et des revues
ont été créés pour diffuser les langues minoritaires, c´est-à-dire
que le gouvernement payait du personnel pour travailler à ces
publications. Dans certains cas, des programmes de télévision et
radio ont été créés aussi pour les diffuser.
Des natifs plus cultivés ont été choisis pour intégrer des équipes
de traduction payés par le gouvernement. Des oeuvres de la
littérature russe et mondiale ont été traduites dans des dizaines ou
centaines des langues qui, 10 ou 20 ans auparavant, étaient des
idiomes agraphes.
Et l´investissement n´est pas encore fini. Des universités ont été
créées pour offrir des cours universitaires dans la langue
minoritaire.
C´est-à-dire que les natifs s´alphabétisaient, lisaient des
journaux, revues et livres, régardaient la télé, écoutaient la radio
et pouvaient obtenir des diplômes dans leur langue minoritaire.
C´était une révolution culturelle sans précédent dans l´histoire
mondiale.
Au Brésil, on n´a pas une telle expérience. Il n´y a aucun
investissement public semblable dans les langues minoritaires.
Le cas du xokleng est typique. Avec la Constitution de 1988, les
communautés indigènes ont été reconnues et l´enseignement
bilingue est devenu la loi. Mais les écoles indigènes, où il y a un
enseignement parallèle de langue minoritaire, fonctionnent avec
des difficultés.
La publication des livres et manuels est rare et difficile. Dans le
cas du xokleng, selon le témoin de Namblá Gakran, professeur
déjà mentionné, il n´y a pas de dictionnaire, de grammaire, de
manuel didactique, de livre d´histoire ou de perfectionnement
dans la langue xokleng. Comment offrir un enseignement de
qualité dans la langue minoritaire sans une bibliothèque de base?
Vous imaginez des étudiants français sans livres didactiques de
langue et d’histoire françaises dans les écoles?
23Un grand nombre de dictionnaires, grammaires et de manuels
dans les centaines des langues indigènes brésiliennes ont été
écrits par des chercheurs missionnaires, principalement du SIL
(Summer Institute of Linguistics). L´investissement est de
l´institution privé et le gouvernement brésilien ou des Etats
(provinces) du pays n´investissent pas ou très peu dans les
publications.
Le xokleng est une langue proche du kaingang, dont on va parler
plus loin dans ce livre, mais la communauté xokleng, au moment
où l’on écrit, n´a jamais eu de missionnaires du Summer
Institute.
Dans les années 1950, le SIL a envoyé deux chercheurs, dont
l´allemande Ursula Wiesemann (1932- ), auprès de la
communauté des Indiens kaingang.
Ursula n´a pas seulement étudié le kaingang. Elle a créé une
écriture simplifiée pour cette langue, elle a traduit la Bible; elle a
produit d’innomblables articles sur l´idiome qui, à l´époque du
début de la recherche, était en voie de disparition.
La linguiste allemande a écrit un gros dictionnaire kaingang-
portugais- œuvre inédite- et elle a créé un cours de formation
d’enseignants indigènes pour enseigner la langue kaingang dans
les communautés de cette ethnie dans les Etats de São Paulo,
Paraná, Santa Catarina et Rio Grande do Sul.
Wiesemann est reconnue comme la linguiste la plus féconde pour
les livres, articles et projets pratiques pour la préservation et la
diffusion d´une langue indigène brésilienne.
A la différence du kaingang, le xokleng n´a pas eu une "Ursula
Wiesemann". C´est pour cela qu´on explique qu´aujourd´hui il y
a rien sur la langue xokleng- ni dictionnaire, ni grammaire, ni
livres de contes populaires de ce peuple, ni traduction de la
Bible, ni articles scientifiques sur la langue et ni projet efficace
d´enseignement à l´école indigène communautaire.
Cependant la communauté xokleng aura un "docteur en
linguistique" dans l´avenir avec Namblá Gakran, mais il n´a ni
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