Manifeste du CRAIE 44 ( Cercle de Recherche pour l'Animation et l'Impulsion de l'Education

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MANIFESTE DU CRAIE 44 POUR UNE REFONDATION DU SYSTEME EDUCATIF SENEGALAIS « La matière grise est la locomotive du progrès » Joseph Ki-Zerbo Le système éducatif sénégalais est en proie à une crise multiforme qui se manifeste par une tendance lourde à une extraversion de ses points d’appui (programmes, financements, infrastructures…) et à des errements quant à la définition de ses orientations : une école pour quoi faire ? (formation du futur citoyen ? Approvisionnement du marché du travail ?...). Cette dynamique est accentuée par la sédimentation de pratiques telles que : - La succession (et souvent même coexistence) d’expériences charriant des paradigmes et concepts conçus en dehors de notre matrice commune ; - Des diagnostics tronqués dans une perspective exogène (captation de ressources financières); - Une absence d’évaluations systématiques des expériences en cours en fonction de critères articulés aux besoins endogènes d’éducation et de formation. Le cadrage et priorisation effectués par les autorités ne donnent pas de résultats probants et au bilan, l’essentiel des objectifs (Equité et justice sociale par un accès en nombre et en qualité pour tous ; Gouvernance transparente des ressources publiques, …) ne sont pas atteints. Ainsi, les communautés ne sont toujours pas convaincues par la qualité du type d’éducation dispensé dans les écoles de la République ainsi que par le système de gouvernance en place.
Publié le : jeudi 27 juin 2013
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MANIFESTE DU CRIA E44P UO RNU EFOREATNDN IO SDUETSYE EMACUD FITGALASENEIS 
 
La matière grise est la locomotive du progrès »  « Joseph Ki-Zerbo    Le système éducatif sénégalais est en proie à une crise multiforme qui se manifeste par une tendance lourde à une extraversion de ses points d’appui (programmes, financements, infrastructures…) et à des errements quant à la définition de ses orientations : une école pour quoi faire ? (formation du futur citoyen ? Approvisionnement du marché du travail ?...). Cette dynamique est accentuée par la sédimentation de pratiques telles que : - La succession (et souvent même coexistence) d’expériences charriant des paradigmes et concepts conçus en dehors de notre matrice commune ; - Des diagnostics tronqués dans une perspective exogène (captation de ressources financières);  Une absence d’évaluations systématiques des expériences en cours en fonction de critères -articulés aux besoins endogènes d’éducation et de formation. Le cadrage et priorisation effectués par les autorités ne donnent pas de résultats probants et au bilan, l’essentiel des objectifs (Equité et justice sociale par un accès en nombre et en qualité pour tous ; Gouvernance transparente des ressources publiques, …) ne sont pas atteints. Ainsi, les communautés ne sont toujours pas convaincues par la qualité du type d’éducation dispensé dans les écoles de la République ainsi que par le système de gouvernance en place. L’offre d’éducation semble ne pas encore répondre aux attentes des populations et l’incapacité des« produits »du système à résoudre les équations qui se posent à nos sociétés en termes d’accès au bien être et à l’épanouissement est la meilleure preuve de son inadaptation. En outre, le système est traversé par une série de dysfonctionnements : - Faiblesse et déséquilibre structurel des investissements : part du budget réservée aux salaires démesurément importante. En effet, sur les 352 milliards de francs votés au titre de l’exercice 2013, 306 milliards représentent le salaire des enseignants;  Le faible niveau d’organisation et de structuration de la formation professionnelle à côté -d’un système d’apprentissage, victime de son cadre informel ; - Le défaut d’évaluation des programmes en vue d’un réajustement et/ou capitalisation des enseignements impactant l’efficacité interne du système : Seuls 2/3des élèves arrivent en 5 e  année du primaire et selon le PASEC, sur les 2/3, seuls 40% maîtrisent les apprentissages
fondamentaux indispensables pour la poursuite du cursus (savoir lire de manière expressive et calculer) ; - L’analphabétisme des parents (50% des adultes), jeunes et femmes, ainsi que les errements dans les stratégies d’introduction des langues nationales dans le système éducatif malgré la codification et l’érection au rang de langues nationales de 21 sur les 27langues répertoriées ainsi que la profusion de projets d’éducation non formelle mis en œuvre par l’Etat et les organisations de la société civile avec l’appui des partenaires au développement (UNESCO, Banque Mondiale, l’UNESCO…); - L’éducation spéciale, importante pour des raisons d’équité et de justice sociale, marque encore le pas avec la marginalisation des enfants concernés : Le Sénégal compte seulement quatre écoles spécialisées dans l’éducation des enfants à besoins éducatifs spéciaux, localisées à Dakar et à Thiès. Face à cette offre limitée, des initiatives doivent être prises pour créer des écoles inclusives destinées à accueillir cette population; - Le nombre élevé d’enfants en marge du système : le taux net de scolarisation est de 79%, autrement dit, 21% des enfants sénégalais ne sont pas à l’école soit 439.000 à la marge du système. D’où un mal être des acteurs se traduisant par des grèves récurrentes alliées à une faible capacité d’internalisation des bonnes pratiques, une décentralisation/déconcentration inachevée, une absence d’efficacité interne, une faible attractivité et capacité de maintien/achèvement… A l’épreuve des faits, l’école sénégalaise pèche du point de vue de l’offre éducative ainsi que de son aptitude à épouser les contours de la société pour mieux les redessiner en fonction des enjeux et aspirations nouvelles. De ce point de vue, les concepts, principes et programmes qui y ont droit de cité seraient plus pertinents s’ils résultaient d’une réflexion autocentrée à l’aune de notre expérience sociale et en phase avec nos valeurs et principes. Le modèle des Etats Généraux de l’Education et de la Formation (EGEF) de 1981 illustre merveilleusement qu’une expertise nationale au service du peuple, soucieuse du devenir commun et imprégnée des valeurs de responsabilités et d’engagement désintéressé peut, sous certaines conditions produire un discours éducatif de rupture « par et pour nous, dans une logique d’accroissement durable de l’efficience et de la rentabilité systémique ». Ainsi, les EGEF, « expression de la volonté nationale et non pas le produit de spéculations de quelques spécialistes » posent les principes d’une éducation de rupture : -démocratique et de masse : ouvert eà tous les enfants en âge d’être scolarisés (3 à 16 ans), rompant d’avec les pratiques élitistes et reflétant les besoins culturels du peuple tout en lui apportant des solutions appropriées ; -nationale et africaine : devant contribuer au développement national endogène et élever la conscience de l’unité nationale ; -laïque  et globale  : tout en intégrant les dimensions spécifiques de notre réalité socio culturelle, notamment la dimension religieuse articulée à une volonté d’éducation permanente par l’alphabétisation. Ce type d’école postule également comme exigence, la recherche constante d’indépendance, d’adaptation à nos réalités et la liaison permanente de l’enseignement et de la recherche/production. Ce projet de rupture radicale et qualitative, révolution à la fois pédagogique et sociale, dans le système et dans la société sénégalaise démontre suffisamment la pertinence du choix d’une approche autocentrée soucieuse de partir des véritables besoins des populations en termes de demande éducative plutôt que de la définition d’urgences et de priorités ayant pour finalités essentielles la rentabilisation et l’optimisation des structures, moyens et ressources humaines.
Conscient de ces manquements et désireuse de contribuer à leur apporter des solutions viables, le Cercle de Recherche, d’Animation et d’Impulsion de l’Education (CRAIE 44) composé de spécialistes des questions d’éducation ancre son approche dans cette orientation philosophique qui promeut une école fondée sur une idéologie de rupture et de prise en charge effective des aspirations des communautés de base les plus vulnérables (femmes, enfants, handicapés). Dans notre approche de déconstruction-reconstruction des faits éducatifs, nous ferons nôtres les principaux constats et recommandations des EGEF ainsi que les priorités identifiées dans le cadre des OMD notamment les objectifs 2, 3, 7 et 8 : -Assurer l’éducation primaire de qualité pour tous : Au Sénégal, le TBPS est de 11.3% et le TBS de 94.1%. On constate un recul du TBS de 0.5 points entre 2010 et 2012. Cette tendance, révèle la nécessité de développer des stratégies alternatives pour élargir l’accès d’autant plus que les études faites dans ce domaine ont montré que le dernier quintile est le plus difficile à scolariser en raison des obstacles d’ordre géographique, socioculturel ou économique. Le concept d’éducation primaire universelle n’englobe pas simplement la scolarisation de tous les enfants. Il est aussi synonyme d’éducation de qualité, selon laquelle tous les enfants qui fréquentent régulièrement l’école apprennent à lire, écrire et compter, et achèvent le cycle primaire à l’âge approprié. Pour l’année scolaire 2012, le taux d’achèvement est de 65.6% avec le constat que le taux de survie des garçons est inférieur à celui des filles. -Promouvoir l’égalité des genres et l’autonomisation des femmes : l’ambition est d’éliminer les disparités entre les sexes, notamment dans l’éducation primaire et secondaire sachant qu’en moyenne, dans les pays en développement, 94 filles sont scolarisés pour 100 garçons. Au Sénégal, la parité est atteinte à l’élémentaire et la tendance s’est inversée en faveur des filles à partir de 2007. L’indice de parité est actuellement à 1.12. Pour le secondaire, le TBS est de 22.9% pou rles filles contre 28.6% pour les garçons (avec un total de 25.8%) et pour les filières scientifiques les filles représentent à peine 40% de l’effectif total(37.5%). De manière générale, nous notons que la proportion des filles dans les effectifs reste en deçà de la parité. Du point de vue du personnel enseignant (public et privé confondu), le pourcentage de femmes est de 31.3% (30.3 pour le public seul) en 2012 à l’élémentaire, et de 19.4% pour le secondaire public.  Assurer un environnement durable : par l’intégration des principes du développement -durable dans les politiques et programmes nationaux et l’inversion de la tendance actuelle à la déperdition des ressources naturelles et à la dégradation de l’environnement. Dans le cadre de la Stratégie Nationale de Développement Economique et Sociale (SNDES), le diagnostic posé est que « les menaces environnementales sont devenues réelles et se manifestent entre autres, déjà par une baisse de la pluviométrie, une biomasse en constante baisse, des sols de moins en moins productifs ».Il s’agira ainsi de poser des actes forts (Education à l’Environnement, priorisation en fonction des besoins et ressources, recherche permanente de l’efficience…) allant dans le sens d’un renversement des tendances et la création de cadres d’incitation favorables à une croissance durable pour l’homme et à une préservation des ressources naturelles pour les générations futures. -Construire un partenariat mondial pour le développement  : en prenant appui sur le Partenariat Mondial pour l’Education (PME) notamment par le partage des retombées du développement des TIC pour combler le fossé technologique entre pays pauvres et riches. Au Sénégal, les niveaux de compétences scientifique et technologique sont encore bas ; Il en résulte une faible productivité. De ce point de vue, l’accès à l’internet et le partage de pratiques efficientes en matière d’intégration des TIC permettra d’assurer le développement de nos systèmes d’éducation et au-delà, de toute la société. En effet, le développement de l’usage des TIC peut permettre à nos pays à faibles ressources financières d’accéder aux réseaux de connaissances gages de compétences socles de transformations positives en
matière de promotion d’un environnement favorable à la valorisation des ressources naturelles et l’amélioration de la productivité. Par ailleurs, avec l’internet se pose deux problématiques majeures : ∙ L’accès et l’utilisation efficace de l’information pour réussir dans ce monde de l’information et dans les sociétés du savoir ; ∙ Le rôle majeur joué par l’internet à côté d’autres médias et fournisseurs d’information dans le développement, la bonne gouvernance et les processus démocratiques. Nous pensons donc avec l’UNESCO que L’Education aux Médias et à l’Information (EMI) est devenue un élément nécessaire dans la vie des populations au 21 e siècle. Elle encourage la connaissance de nombreux médias audio, écrits et vidéos, elle requiert également l’appropriation de compétences telles que l’utilisation des TIC, la compréhension interculturelle et les facultés qui permettent de transformer l’information en savoir. L’intégration de l’EMI dans toutes les salles de classes permettra de toucher tout particulièrement les plus jeunes et les groupes sociaux marginalisés pour déboucher sur la construction de sociétés du savoir inclusives. En outre, l’EMI se révèlera essentielle pour atteindre les objectifs de l’éducation pour tous (EPT) fixés par la communauté internationale (Dakar, Sénégal, 2000) et les OMD. Par ailleurs, conscients de notre mission d’édification d’un système éducatif plus juste et soucieux de prendre en charge les aspirations réelles des populations les plus défavorisées, nous inscrivons aussi notre action dans une perspective de contribution au relèvement des défis identifiés par l’Etat du Sénégal dans le cadre du Programme d’Amélioration de la Qualité, Equité et transparence-EF (PAQUET-EF) 2013-2025 : - Faire de l’école un lieu de scolarisation, de citoyenneté et d’excellence ; par le développement de contenus éducatifs fondamentaux (coopération, gouvernement scolaire, sport, théâtre…) ; - Apporter une réponse pertinente à la demande d’éducation et de formation des populations enlevant les obstacles à l’éducation universelle (pauvreté, distances écoles domiciles, inadéquation de l’offre…) ; - Mettre en place les conditions d’une amélioration de la qualité et de la gouvernance du secteur, notamment par un dispositif efficace de suivi-évaluation, le pilotage, la coordination et le parachèvement de la déconcentration. Le CRAIE 44, se veut un cadre de réflexion et d’échanges autour des problématiques éducatives. Il ambitionne de développer une approche originale des faits éducatifs dans le sens d’apporter un souffle nouveau, mais aussi sortir des sentiers battus qui n’apportent manifestement pas les résultats escomptés malgré un unanimisme ambiant et un consensus à marche forcée. Groupe d’experts en éducation, nous nous réservons la liberté d’une démarche soucieuse de partir des préoccupations et besoins des communautés de base les plus vulnérables pour déboucher sur la proposition de solutions durables car en adéquation avec les vraies attentes. Ainsi, la vocation du Cercle est de : - Promouvoir une approche alternative dans la conception et mise en œuvre des projets et programmes à caractère éducatif ; - Œuvrer à l’autopromotion des communautés de base les plus vulnérables (femmes, enfants, handicapés…) ; - Contribuer à l’émergence d’une Recherche véritablement africaine du point de vue de la production de concepts, idées et actions innovantes ; - Promouvoir l’esprit de la refondation théorisée par les EGEF dans une démarche intégrant les aspects liés aux OMD ;
- Impulser une tension critique permanente et l’émergence d’une culture de l’école soucieuse de la préservation de notre environnement, nos langues, valeurs et principes à travers une éducation de qualité pour tous ; - Veiller à l’augmentation, l’utilisation efficiente et la gouvernance transparente des ressources publiques destinées au secteur éducatif et à la formation professionnelle ; - Contribuer par la réflexion et l’action à une conscientisation et implication des communautés de base les plus vulnérables dans la définition des politiques et programmes d’éducation et de formation. Conscients que l’éducation est un moyen et non une variable d’ajustement, nous posons la nécessité d’un traitement exceptionnel des questions éducatives axées sur les objectifs de développement des secteurs prioritaires de la santé, environnement, TIC …Et par conséquent une relecture des concepts et paradigmes en usage (GAR, qualité, équité, genre, composantes, efficacité et efficience, indicateurs, …) de même que les programmes et projets qui les articulent à l’aune de leur pertinence du point de vue des résultats obtenus en termes de rentabilité socioéconomique. Solidaires avec les Assises Nationales, nous œuvrons à l’éclosion d’un Nouveau Type de Sénégalais ou d’un sénégalais réconcilié avec lui-même. Pour cela, l’Ecole devra être un espace d’apprentissage et d’éducation à la conscience citoyenne responsable, solidaire et engagée. Ainsi, nos méthodes d’actions seront alternatives, participatives et orientées vers la valorisation des savoirs endogènes et la relocalisation de l’école au cœur des préoccupations sociétales. Partant, le CRAIE 44, affirme avec Joseph Ki zerbo que « la matière grise est la locomotive du progrès  » car il est désormais acquis que le niveau de développement d’un pays est étroitement lié à son niveau d’instruction au point même d’en dépendre. L’éducation est un facteur d’efficacité qui élève la productivité des travailleurs et contribue de cette manière à augmenter la production. De même, les individus, les organisations et les nations sont de plus en plus conscients qu’un haut niveau de connaissances et de compétences est essentiel pour leur sécurité et leur réussite. L’accord sur ces principes suscite de nouvelles attentes concernant la réalisation d’objectifs économiques et sociaux ambitieux, grâce à un investissement accru dans le capital humain. Cependant les investissements ne seront productifs que s’ils sont bien adaptés à leurs objectifs et évalués à l’aune de notre ethos  collectif. Libres de toutes chaînes, faisons signe au monde à partir de notre natte !  ---------------------------------- * Bassirou KASSE; * Mouhamadou Bamba MBAYE; * Cheikh Fall MBAYE; *Amadou Diop SALL * El Cantara SARR.  
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