Enfant noir d'Afrique centrale Essai

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Ces réflexions tentent d'appréhender la connaissance de l'enfant noir africain sous tous les angles. Loin de prétendre à une exhaustivité, l'ensemble se veut une contribution à une meilleure vision de l'enfant noir africain. Hormis les contingences circonstancielles de son milieu d'origine, il n'est en rien différent de tout autre enfant du monde.
Publié le : dimanche 15 février 2015
Lecture(s) : 11
EAN13 : 9782336370552
Nombre de pages : 230
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Collection
Essais

Alfred MBUYI MIZEKA

L’enfant noir
d’Afrique centrale
Essai

Préface de Jean William WALLET

Rue des Écoles

Le secteur « Rue des Écoles » est dédié à l’édition de travaux
personnels, venus de tous horizons : historique, philosophique,
politique, etc. Il accueille également des œuvres de fiction
(romans) et des textes autobiographiques.

Déjà parus

Alain Nesme,Léa la Sainte, 2015.
Pham Ngoc (Lân),De père inconnu, 2015.
Duhameaux-Lefresne (May),Le sourire du père, 2015.
Brousse (Odette-Claire),Sortir de chez soi, 2014.
Beuchée (Laurent),Un regard de Haute-Bretagne, 2014.
Lemaître (Vincent),Risques salés, 2014.
Micaleff (André),Heimat, 2014.
Michelson (Léda),Les corps acides, 2014.
Leclerc du Sablon (Françoise),Derrière la seizième porte, 2014.
Nicole-Le Hors (Jacqueline),La croix ou la bannière, 2014.
De l’Estourbeillon (Hubert),La Cité deshauteurs, 2014.
Coutarel (Colette),Promenade romantique à Pôle Emploi, 2014.



Ces douze derniers titres de la collection sont classés par ordre
chronologique en commençant par le plus récent.
La liste complète des parutions, avec une courte présentation
du contenu des ouvrages, peut être consultée
sur le site www.harmattan.fr

L’ENFANT NOIR
D’AFRIQUE CENTRALE

© L’Harmattan, 2015
5-7, rue de l’École-Polytechnique, 75005 Paris
www.harmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-343-04414-9
EAN : 9782343044149

Alfred MBUYI MIZEKA

L’enfant noir
d’Afrique centrale
*
essai

Préface de Jean William WALLET

Déjà publiés par l'auteur :

– “Essai d'évaluation de la pensée catégorielle desenfants
zaïroisde 4 à 8 ans”,Rev. zaïroise de psychol. et pédag.,vol. 1,
n°2,61-71, 1972.
– “Pourune meilleure compréhension dumilieud'origine de
l'enfantetdesproblèmesdeson adaptation à la civilisation
scolaire”,Rev. zaïroise de psychol. et pédag.,vol.2,
n°3,247249, 1973.
– “Développementdesenfantsdans un
environnementbilingue”,Ann. de l'Univ. Omar Bongo (Gabon), n°2,25-28,
mars1981.
– “Voiesd'approchesetréflexions surune psychologie de
l'adolescentafricain”,Ann. de l'Univ. Omar Bongo (Gabon), n°3,
29-33, 1982.
– “Conduitesde dominance-soumission. Évolution génétique de
la notion de différence”,Ann. de l'Univ. Omar Bongo
(Gabon), n°6, 9-17, mars1986.
– “Réflexions sur la précocissimité etle développementdu
jeune enfantafricain”,Ann. de l'Univ. Omar Bongo (Gabon),
n°7, 130-154, mai 1992.
– “Lesétudesde psychologie à l'UOB”,Rev. des étudiants
gabonais à Amiens, France, 8-9, 1997.
– “Une psychologie afrocentrique est-elle possible
?”,Psychoos
logie et Culture,v1 eol. 1, n t 2, 89-97, déc 1999.
–L'intelligence cognitive du jeune enfant d'Afrique Noire,
Paris, L'Harmattan, Coll. Psycho-Logiques,2001,356p.
–Du village aux amphithéâtres, L’itinéraire d’un universitaire
africain, Paris, L'Harmattan,2009,238 p.
–Le Noir africain contemporain à la recherche de son identité ?
Éd. Publibook, Paris,2012, 196p.

Montage du livre et de la couverture:
Simon Bulanda.Ingénieur Civil desMines. Enseignantà
l’InstitutSupérieur de Technologie (IST). Libreville, Gabon.
(Tél. :0024107299605/ 0024107183150)
Images des personnages (pages 134-137):
Tshiboko MputuKabongo, Artiste-peintre, Assistantà
l’Académie desBeaux-Arts, option Peinture à Kinshasa. R.D.C., 1989.

Le propre de lavérité, c’estde n’être
jamaisexcessive

Victor HUGO
Les misérables

Lespremièresannéesde laviesontcomme
lespremierscoupsd’une partie d’échecs, ilsdonnent
l’orientation etlestyle detoute la partie, mais tant
que l’on n’estpaséchec etmat, il reste encore de
joliscoupsà jouer.

Anna FREUD

REMERCIEMENTS

Nous tenonsà exprimer nos sincèresremerciementsà
tousceuxqui, de prèsoude loin, nousontapporté leur
aide, oh combien précieuse, à la réalisation de cette
publication. Faisantpartie intégrante d’un ouvrage dontelle a
été délestée pour descommoditéscommerciales, l’actuelle
publication doit sa matérialisation à l’amabilité de
Mademoiselle Edith Avoume alorsDoctorante à Amiens, qui
s’estdépensée avec empressementpour finaliser letravail
faità Libreville.
À Madame Lætitia Lishou, pourson
dévouementinlassable etlasemi-composition de cetouvrage. Nouslui
sommesinfinimentreconnaissant.
Enfin, auMaestro, Simon Bulanda aliasGrand Bul, le
monteur dulivre; toujoursmûparunsouci constantdu
travail bien fait. Ingénieur Civil desMines, Informaticien,
Prof à l’InstitutSupérieur de Technologie à Libreville au
Gabon. C’estle «primus inter pares» etcomparativement
à Rodrigue, dans«Le Cid de Corneille», entre l’amour et
l’honneur, ilva choisir lesdeux. Qu’il reçoive ici notre
encouragementetque l’émulations’épanouisse pour que
vive le grand ArtduMaître.

PRÉFACE

L’ouvrage que nouspropose le Professeur Alfred Mbuyi
Mizeka estle reflet, par flashs, d’un long
parcourspersonneltoujoursactif d’enseignantchercheur africain etque
nousconnaissonsbien pour en avoir, en partie, partagé le
cheminement. C’est sur lesensprofond de celui-ci qu’il
semble nousinviter à réfléchir en filigrane dans son livre.
Cette préfaces’assigne pour objectif desaisir descontenus
latentspossiblesde la relation d’une démarche de
chercheur africain pétri aussi de culture occidentale etqui,
selon nous, mérite réflexion pourtous, parents, étudiants,
enseignants, formateurs, chercheurs… qui réfléchissent
et/ou travaillent sous une forme ou sous une autre, directe
ouindirecte, dansle domaine de l’éducation.

Dans son développement, l’auteur couvreun
demisiècle de psychologie de « l’enfantnoir d’Afrique
centrale », maisaussi d’observation despratiqueséducatives:
un enfantcomme lesautres, celavalaitla peine d’être
rappelé, d’autantplusque, chacun deschapitresdifférenciés
de l’ouvrage présenté mériteune réflexion comparative en
miroir pour enrichir notre conception etnotre perception
actuellesdesévolutionsconstatéesdansle domaine
occidental de l’enfance. A. Mbuyi Mizeka nousrappelle
d’abord, ilya 50ans voire plus,
lesobservationsetdémarchespsychologiquespertinentesinitiéesalorspar
Buyse etDecrolyavec l’utilisation du testd’appréhension
desconnaissances usuellesetintellectualiséesdesenfants
africainsenvoie descolarisation, ainsi que celle de
l’é

10

L’enfantnoir d’Afrique centrale

chelle duColumbia;l’importance accordée à la maîtrise
initialesursoi et sur le monde de repèresespace-temps
statiquesetdynamiquespour favoriser à l’école, l’éclosion
d’une pensée catégorielle ouvrantensuitesurune
intelligence raisonnée, laquellesupplante ensuitesansla
remplacer l’intelligence intuitive première,toujoursen
favorisant, de ce fait, la capacité detravailsur desproblèmes
réels, concrets, conceptuelset/ouabstraits: de la
perception à lasymbolisation. Ce faisant, il nousinterroge dès
lorsen filigranesur la naissance de l’intelligence chez
l’enfanten général. Qu’avons-nousfaiten Occident, que
faisons-nous, quelsenseignements
tirons-nousactuellementdesconstatsetdes travauxd’alorsdanslespratiques
éducatives,voire danscelle de la formation
desenseignantsetdeséducateursdans un monde quisouventfeint,
en brûlantlesétapesde l’enfance, de croire dansle génie
créatif enfantin, avec lesrisquesque l’onsait, comme l’ont
décritF. Winnykamen ouR. Sirota ? L’ouvrage
nousrappelle que danslesannées50-60du vingtièmesiècle on
pouvaitlire que l’enfant zaïroisd’âge préscolaire éprouve
une « difficulté de passage de l’objetréel àsa
représentation imagée »...avec deuxansde retard environ par rapport
àson homologue occidental. Cette conception courante en
matière de potentialitésintellectuellesdesenfantsn’était
pas seulementalorscelle de Maistriaux(1957) cité dans
l’ouvrage, maisbienune conception fréquente
etlongtempsentretenue, pas seulementauxÉtats-Unisde
lasupériorité intellectuelle desBlancs sur lesNoirs. Maintenant,
que penser en retour de nosenfantsoccidentauxactuels
baignésdansl’image, levirtuel etla fiction dèsle berceau
etqui éprouvent souventla difficulté inverse etdurable
d’une inscription intellectuelle banale dansle
réel;menacésquesontde nombreuxenfantsd’être incapablesde
penser lesréalitésquotidiennesdumonde ?

Préface

11

Toujours au travers de travaux, le présent ouvrage, se
situant dans une réflexion sur « l’univers de l’enfant », son
environnement physique et matériel, les attentions dont il
est l’objet, s’intéresse aux interactions et stimulations
sensorielles, intellectuelles et culturelles de la vie banale en se
centrant sur les situations dites de « déprivation
perceptuelle » qui s’apparentent à la « déprivation culturelle »
décrite parFeuerstein. Là encore, notre réflexionsetrouve
sollicitée de manière indirecte,
commes’estd’ailleursinterrogé ensontempsG. Simondon en la matière,sur la
nature de l’environnementd’objetsde l’enfant. Vaut-il mieux
une relative pauvreté d’environnementen objetsetjouets
techniquescomme « L’enfantafricain » ou, aucontraire,
une luxuriance de possession d’objetsetde
jouetsinitialementparfaitset« hyper informés» dontl’existence ne peut
être que descendante et sanspossibilité pour l’enfantde
« réparer » oudetransformer ceux-ci ? Notre religion est
faite : Si nousobservonslesproductions, la créativité etles
« bricolages» d’objetsdont
sontcapableslesenfantsafricains, nousconstatonsque cette prétendue « pauvreté »
sollicite plutôtleur créativité inventive de confection etde
construction à partir de ce qu’ils trouventdansleur
environnement ;alorsque, comme le rapporte R. Sirota, il est
fréquentque desmèresoccidentalesconstatentque leurs
pré adolescents« gâtés» en objets
sophistiquésetprétendumentémancipés, préfèrent souventjouer auxlegos
plutôtqu’avec
leursobjetsbourrésdetechnologiesmodernes. La perfectiontechnologique initiale de ceux-ci,
comme le décrivaitG. Simondon,tendsouventà placer ces
jeunesdans une position personnelle dévalorisée
etdéprimante entantquesujetsimparfaitsface à la perfection
initiale d’un objet technique qui finitpar lesasservir oules
addictersousdesformeslesplusdiverses. Nosenfants,
commetousleurs semblablesafricainsetautres,sonten
at

12

L’enfantnoir d’Afrique centrale

tente d’être et ils risquent alors de sombrer dans
l’artificialité de l’avoir et du paraître.Nousne
pouvonsquesouhaiter auxAfricainsde préserver le recoursauxméthodes
de pédagogie active qui leur réussissentencoresi bien,
malgré deseffectifs scolairespléthoriques,si l’ons’en
réfère à la qualité desétudiantsetchercheursafricainsavec
qui nous travaillons.
Lorsque dans son développement témoignage, A.
Mbuyi Mizeka nousinvite à réfléchirsur
l’enfantetl’adolescentafricainset sur le mi-chemin entre «traditionnel »
et« moderne », envalorisantle côté actif etperformant
misen avantpour caractériser la modernité;il
n’ensouligne pasmoins,toujoursle plus souventen filigrane, le
rôle desinitiationsfoncièrementconstructivesdesmodèles
initiauxréellement structurantspour lesjeunesafricains,
avec pour effetde développer cheznombre d’entre eux une
intelligence qui n’estpasquescolaire, maisbien estimée
sur descritèrespragmatiquesd’autonomie réelle dansla
vie detouslesjours, descritèresde
capacitésd’observation etde repérage, maisaussi descritèresde capacitésde
préservation desoi, d’espritd’initiative,voire de malignité
danslesrelationsavec lesadultes. En quelquesorte
desenfantsqui nesontpasinfantilisés,surprotégésdansleur
milieufamilial ou social aupointde déclencher chezeuxdes
attitudesde rejetdesadultesoula recherche de conduites
à risquesémancipatrices. Alorsqu’en est-il de latendance
à oublier
lespratiquesinitiatiquesetrituellesdansl’éducation au sein des sociétésmodernescomplexes? Pourtant
celles-cisemblent toujoursproduireune inscription
groupale et sociale de base, première dansl’acquisition, la
reproduction etl’introjection de normesetdestatuts sociaux
en fondantlesentimentd’appartenance familiale
etcommunautairesusceptible de pouvoirs’ouvrirsur le monde
par leur dépassementetla création de nouveauxmodèles

Préface

1

3

sociaux élargis et mouvants. Dans les sociétés « évoluées »
actuelles, le sentiment de perte de repères humains semble
affecter un nombre sans cesse croissant d’enfants et de
jeunes en général, et ce, même enAfrique,si l’on en croit
en la matière, les travauxrécentsde D. Tsokini auCongo
etplusprécisémentà Brazzaville.
Lesexemplesetlesexpérimentationsrapportéespar le
présentouvrage nousmontrentpourtantqu’avec peude
moyens, maisbeaucoup devolonté, il estpossible
d’entreprendre de beaux travauxpsychologiques, desusciterune
réflexionsur lesmodesd’éducation,
lesbesoinsetlesattentesdesjeunes,touten
favorisantl’espritcritiquevis-àvisd’errancesetde dérivespropresàune modernité mal
contrôlée comme le décrivaitdéjà M.
Serresilyavingtcinq ansdans« Le contratnaturel ». Encore en filigrane,
c’estpar exemple dansle présentouvrage, le casde
l’approche dujeuchezl’enfantafricain dans sa forme
créatrice, comme l’a montré par ailleursDasen (cité en
référence), lesjeuxdesenfantsafricainsnous sontprésentés
dansleur forme naturelle ludique, constructive deschèmes
psychomoteursetpraxiquesqui fontdésormais souvent
défautauxenfantsetadolescentsoccidentauxrivésà leurs
jeuxélectroniquespresse-boutonsouà l’écran de leur
ordinateur,voirespectateurspassifsface àunetélévision aux
programmes souvent« débilisants». Lesjeuxetlesjouets
inventés sontaussi matière, pour l’enfantafricain, à des
exercicespratiquesqui ouvrentde manière constructive,
sur desdegrésobjectifsde liberté d’action face aumonde
ambiant. Ainsi ilsconcourent souventà développer chez
l’intéresséun espritresponsable etpragmatique età
maintenir présenten lui lesensdesréalités.
Pour clore cette préface, nousavonschoisi de
nousappesantirsur le chapitre consacré par A. Mbuyi Mizeka aux

14

L’enfantnoir d’Afrique centrale

enfants abandonnés du Gabon, livrés à eux-mêmes ou à la
rue et au sens propre : celui de l’enfant livré « abandon »,
c’est-à-dire à la merci des autres.Le casduGabon ainsi
considéré nousmontre que lesbouleversementspropres
auxpaysoccidentauxontaussi frappé ce pays: exode
rural, industrialisation, crise économique, crise de la
familletraditionnelle, maisaussi conjugale, dissolution des
liens traditionnelsauxquels s’ajoute « l‘inculturation ».
Sansêtre disciple de Rousseau, force estde constater que
lasociété gabonaise (comme nombre d’autres) et son
évolution mal contrôlée, risque de jouerun rôle déstabilisateur
préjudiciable à l’éducation de cesenfantsetadolescents,
lesquels sontdécritscommetrèslucidespar rapportà leurs
situationsetdésireuxdevivre etde fairevivre heureuxleur
entourage dansle futur... mêmes’ilsnesontle plus
souventcapables, pour le moment, que d’une appréhension
syncrétique de celles-ci. Maisfaut-il céder aupessimisme
devant unetelletendance destructrice ? Ceseraitmal
connaître l’auteur duprésentouvrage. Certes, comme
l’écrivaitdéjà pour lesenfantsfrançaisde
l’entre-deuxguerres, J. Schmidt, politicien françaishumaniste : le plus
souvent... « Quel gâchisque celui de l’intelligence
desenfantsdupeuple ». Maisavec lavolonté, lesensde l’effort
etla confiance en l’enfant,véritable avenir d’une humanité
meilleure etpluséclairée, la « chiquenaude » attendue pour
l’enfantnoir africain, comme pourtouslesenfantsdu
monde, ne peutqu’advenir de manière inexorable : c’estce
qu’escomptaitdéjà M. Mead dans« Le fossé
desgénérations».

Pr Jean-William WALLET
Professeur émérite
de psychologie clinique interculturelle.
Expert auprès des Tribunaux.

AVANT-PROPOS

Lesrecherchesetréflexionsprésentéesdansce livre ont
une histoire qui mérite d’être portée à la connaissance de
notre lecteur.
En recourantaulangage anthropomorphique, on peut
déplorer lesortqu’ellesont subi. Ellesontété l’objetd’une
double amputation. À l’origine, faisantpartie intégrante du
travail qui a abouti aulivre «L’intelligence cognitive du
jeune enfant d’Afrique noire», ellesen ontété délestées
pour desraisonsde commodité commercialesévidentes.
Tenantensuite à lesporter à la connaissance dupublic,
nousavonscru utile de lesintégrer au sein d’un livre dont
l’intérêtprincipal, outreson caractère autobiographique,
visaitessentiellementà montrer comment un enfant,sorti
d’unvillage perdude l’Afrique centrale, peutêtre amené,
àsa manière etavec lesatoutsdontil dispose, à apporter
une contribution, certesmodeste, auxproblèmesdes siens,
à lasuite desquestionsqu’ils’estposéesetdontla
problématique l’a conduitàun certain nombre de recherches
susceptiblesd’intéresserun large public.
Toujourspoursuiviesparun mêmesortfuneste, elles
ontà nouveaudûêtre amputéesde cetouvragesur les
suggestionsetconseilsdesresponsablesdeséditionsL’Har-
mattan, pour être publiéesà partdansla nouvelle
collection «Rue des Écoles».
Pour chacune d’elles(recherche comme réflexion),
nousavons tenuà montrer quel estl’arrière-plan historique
qui en constitue la raison d’être.

16

L’enfantnoir d’Afrique centrale

Suivant la courbe de l’évolution de notre carrière
universitaire, elles ont pour cadre, d’abord la faculté de
psychologie et de pédagogie, notre premier poste d’affectation
au sein de l’université nationale du Zaïre.Certes, leterreau
en a été l’Institutpédagogique national (IPN) qui, au sortir
de l’université a été pour nousle premier cadre de
réflexionsetcogitations sur la problématique de la rencontre
de l’enfantnoir, avec la civilisation occidentale
représentée par l’école.
Pour lui, franchir pour la première fois, au sortir du
cadre familial, la porte duCP estensoi,une expérience
vécue àson niveaucommeune rencontre interculturelle.
Descontingencesetpéripétiesdiverses sesontchargées
impeccablement, comme nousen donnonsmoultdétails
ailleurs, de rompre brutalementnotre élan originel.
Nonsansraison, nousnouscroyonsà même d’affirmer
que, nésous une bonne étoile, nousavonspu trouver au
sein de la faculté de lettreset scienceshumainesde
l’université duGabon, cadre etambiance appropriéspour
prolonger, peut-êtresous une forme différente, notre
butoriginel, àsavoir la connaissancesous touslesangles, de
l’enfantnoir africain (perspectivesexpérimentale
etethnothéorique).
Dupremier pointdevue ainsi énoncé,
nousavonsretenula leçon que nousdonne Costier, en parlantde
l’instituteur européen qui cherche à instruire le jeune enfant
noir : «He is not pouring wine into new bottles, but into
very old ones» (Costier, 1959, p. 95).
Le problème quise pose aujeune enfantcomme àtout
adulte africainsoumisl’un etl’autre auphénomène
d’acculturation estla difficulté de constituer desexpériences
homogènesduesà la diversité desinfluencesque nous
subissonsactuellement.

Avant-propos

1

7

Quant aux études ethnothéoriques, bien que le
paradigme de la niche développementale en constitue le cadre
de réflexions, force est d’observer qu’elles permettent
d’éclairer sous un jour particulier la notion de l’unité de
l’homme à travers la détermination des universaux tels que
nous le constatons dans les observations du comportement
psychomoteur chez des enfants «Punu» et «Fang» du
Gabon.

CHAPITRE PREMIER

PROJETS D’UN ESPOIR UNIVERSITAIRE SANS
LENDEMAIN

I. – LA CHANCE D’UN ESSAI TRANSFORMÉ

I.1. – Essai d’évaluation de la pensée catégorielle
des enfants zaïrois de 4 à 8 ans

L’Institutpédagogique national (IPN) notre premier
poste d’affectation, ainsi que nousl’avonsobservé ailleurs
(voir Du village auxAmphithéâtres…),se caractérisaitpar
ce que nousavonsappelé lavacuitétotale ducadre
approprié permettantde concevoir, d’élaborer etde mener à bien
un projetde recherche psychologique. Il fautdonc d’abord
nousappesantirsur cetaspect.
Disonspour la compréhension de la recherche exposée
ci-aprèsen quoi a consisté notre problématique générale.
Le phénomène d’acculturationsur la définition duquel
nousnous sommesétenduailleursnousa parul’essentiel
de la caractéristique despopulationsactuellesde l’Afrique
noire. L’existence de cesdernièresest semblable à
lasituation de l’âne de Buridan qui, ne pouvant se résoudre ni
à manger le picotin d’avoine ni à boire l’eauplacée à égale
distance de ce dernier, finitpar mourir d’inanition.

20

L’enfantnoir d’Afrique centrale

Nousconsidéronsque l’entrée en première année de
scolarisation à l’occidentale dupetitenfantnoir africain
constitue pour lui la premièrevéritable rencontre desdeux
cultures.
Nous supposonsque malgré la différence culturelle des
deux typesde civilisations, lascolarisation ne partpaspour
le petitnoir d’une «tabula rasa». Maisde quoi
dispose-til pouvantlui permettre de recevoir le «savoir étranger» ?
Entermesopérationnels, nousnous sommesdemandési
le petitenfantnoir possède déjà, à ce momentcritique de
savie, ce que Jean Piaget(1967) appelle les
structureslogiquesélémentaires, àsavoir lesmécanismesde
classificationsetdesériationsqui constituent, aux yeuxde
cetauteur, la conditionsine qua non detoutestructure logique
ultérieure.
Aprèsavoir passé ainsi de la problématique générale à
notre hypothèse opérationnelle, il nousreste à montrer
quels sontlesinstrumentsappropriéspour opérationnaliser
celle-ci.
Envue de cerner detouscôtésla dimension catégorielle
qui étaitnotresouci chezle jeunezaïroisau sortir deson
milieufamilial, nousdisposionsdetroisinstrumentsde
mesure dontdeuxdéjà élaborésetletroisième, bien
qu’esquissé danslespublicationsantérieures, nécessitât une
mise aupointpar nos soins. Ils’agitde :

1) Le Test de Buyse-Decroly
Cette épreuve estfaite pour lesenfantsdetroisàseptou
huitans. Un essai d’adaptation auCongo à Kinshasa avait
été réalisé par G. DewayetJ. Dehondt surun échantillon
detroiscentquarante et un enfantsdesdeux sexesen 1957.

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