Le marchand de rêves

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Le marchand de rêves révèle l’univers intimiste des réalités de tous les jours : peurs, angoisses, espoirs, croyances, rêves, mesquineries, joies et peines. Richesses de l’âme humaine, mais sources de quiproquos et d’incompréhension...

Des histoires courtes qui exaltent les paradoxes de l’homme d’aujourd’hui.

20140219
Publié le : samedi 6 mars 2010
Lecture(s) : 2
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782313000359
Nombre de pages : 96
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© Éditions Chemins de tr@verse, Paris, 2013

 

Isbn Epub : 978-2-313-00035-9

 

Éditions Chemins de tr@verse – 2, rue Pierre Sémard – 75009 PARIS

Illustration de couverture : © Valérie LIORET - Fotolia.com

Conception de la couverture : Anne Dancer, à partir de la charte graphique de Claire Sidoli

Titre

NATHALIEVANMALLE

 

 

 

 

 

 

Le marchand de rêves

 

NOUVELLES

 

 

 

 

 

 

 

 

ÉDITIONS CHEMINS DE TR@VERSE

Table des matières

Préface de l’éditeur

Tous, plus ou moins, la vie nous enrichit et nous dessile. Mais si l’on a la chance de parcourir le monde, comme l’auteur du Marchand de rêves, et de prêter sans cesse un intérêt passionné à l’autre, alors on acquiert prématurément une sagesse qui nous permet de mettre en lumière ce qui pour tout un chacun est invisible. C’est l’Ostranénié de certains auteurs russes, passés maîtres dans l’art de l’estrangéïsation… Voici soudain éclairés d’une lumière nouvelle les choses et les êtres si ordinaires qu’on ne les voyait plus. Quand notre regard, ainsi ressuscité, est enveloppé de l’humanité de Nathalie Vanmalle, de son empathie pour le genre humain, et d’un style à bien des égards maupassantien, on ne peut qu’en sortir illuminé, souriant et grandi.

Yves Morvan

L’auteur

images1Nathalie Vanmalle

Après des études à l’IEP d’Aix en Provence, Nathalie Vanmalle s’est orientée vers les métiers de la communication puis vers l’écriture. Elle a vécu plus de la moitié de sa vie à l’étranger, et c’est dans ces expériences lointaines qu’elle puise son inspiration.

PRÉFACE DE L’AUTEUR

Parce qu’elle est courte, j’ai toujours considéré la nouvelle comme un petit moment de rêve. Cinq minutes ou une heure durant lesquelles le quotidien s’arrête au profit d’une évasion de l’esprit.

Nathalie Vanmalle

LA RÉSERVE
DU MARCHAND DE SABLE

Engoncé dans un costume trop serré, chaussé de souliers trop rigides parce que trop neufs, Paul pousse la lourde porte du bâtiment parisien, sort, s’arrête sur le trottoir et là soudain se met à pousser des clameurs. Le poing fermé comme s’il tirait une corde invisible du haut vers le bas il hurle des « yes » successifs avec un visage hilare sans se soucier le moins du monde du regard des passants inquiets. Puis, parce que ses chaussures décidément lui font trop mal, il les enlève tout comme ses chaussettes, colle les premières sous son bras, les secondes dans sa poche et repart pieds nus en direction de la gare St Lazare via le métro. Là, tranquillement assis sur son strapontin il repense à son entretien. Dire que depuis plusieurs jours il s’y préparait jusqu’à en avoir mal au ventre ! Il envisageait mille et une questions pièges et tentait de trouver une bonne réponse. Il avait mimé l’entretien en se regardant dans la glace. S’était placardé un air de circonstance. Sûr de lui mais pas trop. Aimable mais sérieux. À l’écoute mais décidé à se vendre le mieux possible. Il avait répété des heures et des heures. Effaçant ce sourire niais au profit d’un demi-sourire à la fois avenant et réservé. Et puis le rendez-vous fatidique était arrivé et en poussant la grosse porte en chêne pour pénétrer à l’intérieur du bâtiment, Paul s’était aperçu dans le grand miroir de l’entrée. Et là consternation ! Le sourire finaud avait fait place à une sorte de rictus que faisait sa lèvre supérieure agitée par un tic intermittent. Cette catastrophe lui fit perdre tout son aplomb laborieusement acquis et il pénétra dans les locaux de la succursale d’Alcatel les épaules voûtées et l’air abattu. Le rendez-vous fut bref. Très bref. Un type d’une quarantaine d’années, habillé décontracté, le reçu dans un bureau exigu. Quelques questions sur ses connaissances techniques en matière de téléphonie mobile dont les réponses eurent l’air de le satisfaire. Puis le bonhomme, un sourire aux lèvres, lui demanda :

– Vous connaissez l’Afrique ?

– Heu, non. Pas du tout, mais justement j’aimerais beaucoup connaître.

Il se maudit de cette réponse stéréotypée, voulu rajouter quelque chose de plus pertinent, mais l’homme avait déjà conclu :

– Hé bien c’est parfait. Donc vous partez dans un mois. Vous recevrez d’ici peu votre billet d’avion ainsi qu’une lettre de mission qui vous permettra de demander un visa. La mission dure trois mois mais devrait être renouvelée au moins une fois. Avez-vous des questions ? Vous souhaitez des précisions ?

– Heu…

– Ah oui, sur place, vous serez accueilli par notre représentant Pascal Blum. Il vous pilotera dans vos débuts. C’est quelqu’un de très sympathique.

– D’accord très bien.

– Au fait, vous avez un passeport en cours de validité ?

– Absolument, je viens de le faire faire.

– Et bien monsieur Fumerol, je vous souhaite une excellente mission. De toute façon nous serons en contact régulièrement.

Et voilà. Dans l’esprit de Paul, l’aventure avait commencé à ce moment-là. Pieds nus, assis sur son strapontin dans le métro il essaie d’imaginer sa nouvelle vie. Des images lui viennent à l’esprit. Des images ocres, dorées et bleues telles qu’il en a vues dans des livres feuilletés à la FNAC sur le désert mauritanien. Des images d’une beauté à couper le souffle. Des images tellement lointaines de son quotidien, qu’il se demande si elles existent réellement. Touaregs, hommes bleus, berbères. À vrai dire, il mélange un peu tout mais qu’importe puisque cela représente un seul mot, le rêve de ses nuits : l’exotisme. À quel moment va-t-il annoncer son départ à sa mère et à sa grand-mère ? Tout de suite, comme ça c’est fait. Oui, dès qu’il arrive. Il lui faut être ferme et déterminé. « Maman je pars. Non, pas à Paris. Non pas en France, je pars en Mauritanie. Non maman c’est décidé. En principe c’est trois mois mais ça peut être davantage. Non maman c’est décidé. » Il préfère ne pas imaginer la suite. La tête désespérée de sa mère, l’air consterné de sa grand-mère. Non, bien sûr que non. S’il annonce tout de suite sa décision, il en prend pour un mois de lamentations et de recommandations diverses. Il sera obligé de partir avec une valise entière de médicaments contre la peste, le choléra et toutes ces maladies qui sévissent dans tous les endroits dès que l’on a mis un pied hors de France. Il aura tous les jours le cœur gonflé de lire sur le visage de ces deux êtres chers la peine immense et la peur de le voir partir. Non, il leur dira la veille. Ou même par lettre, pourquoi pas ? Non c’est un peu lâche quand même. Sa mère risque vraiment d’accuser le coup, peut-être de ne pas s’en remettre. Non la veille c’est bien. Tiens ! Il les invitera au resto. Un petit plat du jour chez Pierrot la brasserie d’en face. Avec un peu de chance ce sera le jour des andouillettes. Elles adorent ça et cela les rendra de bonne humeur. Il les mettra aux pieds du mur. Il sera ferme. Après tout, il a vingt-deux ans, fallait bien que ça arrive ! Il n’allait pas de toute façon rester toute sa vie avec elles ! Bien sûr qu’elles lui ont donné beaucoup. Bien sur qu’elles ont veillé sur lui de manière merveilleuse. Seulement à vingt-deux ans forcément ça énerve un peu à la longue d’avoir en permanence deux anges gardiens qui s’inquiètent pour un rien. Le bonnet avec les rabats sur les oreilles c’était bien à dix ans mais là il aimerait pouvoir sortir l’hiver sans son écharpe. Les petits grains homéopathiques dès qu’il toussote ça finit par être horripilant. Mais en même temps, rien que d’imaginer leur têtes ça lui tord les boyaux. Déjà qu’un voyage à Paris donne lieu à un conseil de guerre, alors la Mauritanie ! La Mau-ri-ta-nie ! Il se répète avec bonheur le nom pour bien s’imprégner d’une réalité qui lui échappe encore. La Mauritanie. Les espaces, l’aventure, la découverte. Et puis surtout ne plus entendre la pendule du salon qui dit oui qui dit non. Ne plus voir la table en formica ni le canapé vieillot en face de la télé vieillotte. Paul pousse un grand soupir à l’idée de leur tête lorsqu’il leur dira. Il attendra qu’elles aient fini l’andouillette parce que sinon c’est sûr que le morceau restera coincé. Il attendra aussi qu’elles aient fini la tarte aux pommes. Après tout, ce serait bête de leur gâcher un repas. C’est leur joie d’aller chez Pierrot. Le patron offre toujours la petite goutte après le café et termine invariablement par un « Hé bé ! Il se fait grand votre petit. Grand et beau, hein ! Faites attention ! Va y avoir une drôlesse qui va vous l’embarquer d’ici peu.

– C’est prévu, Monsieur Granier, c’est prévu. Ma mère leur laissera son appartement, il est sur le même palier et elle viendra habiter avec moi. Ce sera commode pour garder les petits enfants ».

Sauf que la drôlesse c’est le goût d’ailleurs et ça c’était pas prévu.

Le mois est passé et il a donc attendu. La veille de son départ, ils sont allés tous les trois comme prévu chez Pierrot. Il n’y avait pas d’andouillette mais du boudin. Du boudin aux pommes. Et au fond c’était très bien comme ça car le boudin ça faisait moins commun, davantage circonstance exceptionnelle. Il y a eu la tarte aux pommes, le café et la goutte. Mais après la goutte, pas un son n’est sorti de sa gorge. Il a essayé pourtant. Sa bouche s’est ouverte toute grande. Rien. Elle s’est ouverte et fermée en cadence. Mais toujours rien.

« Simone regarde, mais il est pas bien ce petit !

– Ça va Paul ?

– Ça va, ça va. Il faut que je vous dise…

– Paul ! Mais tu es tout rouge !

– Non, non. Ça va. Je voulais vous dire…

– Bois un peu. S’il vous plaît une bouteille de Badoit je vous prie. Ha ! Ça a l’air d’aller mieux tu m’as fais peur ! Tiens, bois, ça va te requinquer. Et puis j’ai aussi une bonne nouvelle à t’annoncer qui va te remettre d’aplomb. Dis, Paul, tu m’écoutes ?

– Oui, oui, maman.

– Voilà, je voulais te faire la surprise alors je ne t’en ai pas parlé avant. J’ai recontacté un ami de papa que j’avais perdu de vu après le décès de ton père. Je me souvenais qu’il travaillait chez Bouygues Telecom et par chance, il y travaille encore. Il a réussi par ses connaissances à te faire embaucher au Mans. Un boulot de terrain, comme tu aimes. Le bureau est à 15 minutes maximum de la maison ! Tout est arrangé. Tu as rendez-vous la semaine prochaine pour finaliser ton contrat ».

Elle le regarde triomphante, un sourire extasié sur les lèvres.

« Alors, tu en dis quoi mon grand ? »

Mais il en dit rien le grand, parce que là c’est carrément tout le repas qui semble être coincé dans sa gorge.

« Paul ! Ça va toujours pas ? Viens maman, rentrons, je crois que Paul nous couve quelque chose ».

Il a bien envisagé de partir en douce, puisque sa valise était prête sous son lit depuis près d’un mois, avec dedans son passeport, son visa, et son billet. Il l’a même empoignée et commencé à tourner la poignée de la porte d’entrée. Mais le sourire extasié de sa mère lui est revenu en mémoire et sa main est retombée.

Alors il est resté au Mans et travaille chez Bouygues. Il a rencontré une drôlesse qui lui a fait un petit drôle et ils habitent l’appartement d’en face. Sa mère a insisté pour qu’il prenne la pendule « Si, si, elle est ancienne. Elle te vient de ton arrière-grand-mère paternelle. Mets-la dans le salon, ça meublera. ». Il a eu aussi un gros buffet. Un truc énorme et encombrant mais peu importe, c’était un buffet de famille. « Une belle pièce, a dit sa mère, et un buffet ça sert toujours. » Entre le buffet et la pendule, il restait un petit espace....

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