Julie et la guillotine

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Ce roman plonge le lecteur dans l'histoire de Paris, plus particulièrement celle de la Conciergerie et de la guillotine, qui affleure dans l'esprit de Julie, jeune Parisienne de 17 ans, pleine d'entrain et d'intelligence. Des secrets de famille et le dévoilement d'une vérité cachée, celle de la vie tronqueé de son ancêtre Juliette, vont bouleverser sa vie. Sortira-t-elle indemne de ce voyage dans la tragique période révolutionnaire pour renouer avec sa vie de lycéenne ?
Publié le : dimanche 2 novembre 2014
Lecture(s) : 5
EAN13 : 9782336360690
Nombre de pages : 148
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Questions contemporaines
Jonathan ALLENQ Accueilli très chaleureusement par les critiques
espagnols, le roman de Jonathan Allen nous introduit
dans le labyrinthe d’un passé historique de Paris, celui
de la Conciergerie et de la guillotine, qui affl eure dans
l’esprit de Julie, jeune Parisienne de 17 ans, pleine
d’entrain et d’intelligence. Julie et la guillotineDes secrets de famille vont bouleverser la jeune
fi lle et déclencher le fatidique élan qui la conduira à
Romandévoiler une vérité cachée, celle de la vie tronquée
de son ancêtre Juliette dont elle se sent fatalement
dépositaire et responsable bien malgré elle.
Julie sortira-t-elle indemne de cette aventure, de ce
voyage à travers la tragique période révolutionnaire
pour renouer avec sa vie de lycéenne dans le temps
présent ? L’amour de Serguei l’aidera-t-il à surmonter
ses chimères ?
Le style précis et épuré de l’auteur n’est pas sans
rappeler celui de Balzac, écrivain pour lequel Allen a
une profonde admiration.
Né à Las Palmas en avril 1963, Jonathan
Allen enseigne à l’Université de Las Palmas
de Gran Canaria. Il est l’auteur de plusieurs
romans dont El Sueño de Praga (traduit en
tchèque), El viaje de Balzac y otros cuentos.
Traduit de l’espagnol par Jean-Marie Flores
et Marie-Claire Durand-Guiziou
Collection Lettres Canariennes
RomansISBN : 978-2-343-04284-8
14,50 €
Jonathan Allen
Daniel Arnaud
LE HARCÈLEMENT MORAL DANS L’ENSEIGNEMENT
Julie et la guillotine








Julie et la guillotine





Lettres Canariennes


« Lettres canariennes » vient de voir le jour aux Éditions
L’Harmattan. La création de cette nouvelle collection, dirigée par
Marie-Claire Durand Guiziou propose, dans un premier temps, la
publication en version française de romans canariens. Elle devrait
réjouir les lecteurs francophones dont l’engouement pour les
lettres hispaniques est bien connu. Émergeant de l’espace ouvert
de l’Atlantique, les meilleurs auteurs canariens prendront place
dans cette nouvelle collection.


Déjà parus

Léon BARRETO, Les Spirites de Telde, 2011.
Sabas MARTIN, Mon héritage Alma Mon amour, 2011.
Marcos PÉREZ SARMIENTO, Les Captifs qui furent interprètes,
2012.
J. M. ESPINEL CEJAS et F. GARCÍA-TALAVERA CASAÑAS, Jeux,
abaques et calculatrices astronomiques des îles Canaries depuis
l’Antiquité, 2013.

Jonathan Allen




Julie et la guillotine


Traduit de l’espagnol par
Jean-Marie Flores et Marie-Claire Durand




















































© L'HARMATTAN, 2014
5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-04284-8
EAN : 9782343042848







Tibi Alma
In memoriam Malcolm Bowie










Monsieur Penson, psychologue et psychiatre spécialisé dans
le comportement des adolescents, souhaite connaître
directement l’ambiance familiale de Julie-Marie Grandville,
jeune parisienne fille d’un industriel et d’une dame de la haute
société qui habite – il le constate hébété dans un authentique
hôtel particulier du dix-septième siècle. Bien qu’enchanté de
connaître ce qui existe derrière l’une de ces façades de la rue du
Faubourg St Honoré, le professeur Penson (il est psychologue
dans son lycée) fronce le sourcil et se prend à penser, car il est
un peu soucieux, comme si la splendeur dans laquelle vivent les
Grandville allait aggraver le diagnostic qu’il donnera à des
parents sensibles et gentils.
Madame, Monsieur, il me faut vous féliciter pour l’excellent
état de conservation de ces lieux, dit-il sur un ton solennel.
Excellent état en ruines, monsieur Penson ! répond
monsieur Grandville, car pour que les fenêtres s’ouvrent et se
ferment, enfin, celles qui ne tombaient pas dès qu’on les
touchait parce qu’elles étaient pourries, cela nous a coûté deux
cent mille euros. Sans parler de la charpente, des poutres de
soutien, de la peinture, de l’entretien du parquet…
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Chéri, intervient madame Grandville, née de Fresnaye de La
Motte, monsieur Penson ne veut point que tu lui énumères le
coût de travaux qui ont été nécessaires. Il vient nous parler de
notre fille et ne souhaite aucunement que nous l’assommions
avec nos problèmes financiers. Désirez-vous prendre quelque
chose, un thé, un café, un jus de fruit ?
Un thé serait parfait, Madame.
Eh bien, passons dans notre jardin d’hiver. Cette après-midi
il fait frisquet et c’est là que nous trouverons un peu plus de
chaleur. Il devient impossible de chauffer convenablement ces
pièces.
Le psychologue examine la maman de Julie, recherchant en
elle les traits familiers de la jeune fille. Elle a le même nez long,
le front haut et dégagé, des yeux lapis-lazuli comme elle, la
même forme de la tête. De son père elle a hérité la stature, les
larges épaules et le teint légèrement hâlé des gens du Sud
donnant au blond platine des de La Motte, la couleur des blés
mûrs. La force vivifiante du Midi ! résume-t-il satisfait de son
analyse qui étaie ses hypothèses préalables. Madame Grandville
fixe haut le regard professionnel que pose sur elle le
psychologue sans qu’elle en accuse la moindre gêne.
Impressionnant ! Quel sang froid ! se dit-il et il comprend
mieux sa jeune patiente qui a parfois des difficultés à contenir
une émotion et que lui Penson a du mal à caser dans le puzzle
théorique de sa personnalité.
Il prend place face au père tandis que son épouse va chercher
le thé et les petits fours. Le personnel termine à trois heures et
l’après-midi c’est elle qui s’occupe de tout, y compris le dîner.
Mon épouse est très vaillante, dit avec emphase monsieur
Grandville, et même si cela peut paraître contraire, c’est une
femme moderne qui sait s’adapter au changement.
Monsieur Grandville, parlez-moi un peu des frères de Julie.
Bien entendu, Roland, comme vous devez le savoir…
L’aîné, n’est-ce pas ?
Oui, il est de quatre ans son aîné… bon, presque quatre ans,
il vit à Vienne. Nous le voyons peu… Ensuite… vous le savez
déjà… Anne, Annette, qui avait deux ans de moins que notre
Julie.
Quand est-elle décédée ?
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À l’âge de treize ans. Docteur, est-ce que cette tragédie
aurait quelque chose à voir avec son comportement étrange ?
Mais bien évidemment, affirme la mère, qui revient portant
un grand plateau en argent garni de mignardises.
Cet avis rappelle aux deux messieurs qu’il ne faut pas parler
en l’absence de la maîtresse de maison. Le soin et la délicatesse
avec lesquels elle sert le thé, dispose les tasses, approche le
sucre et offre les petits-fours mettent en évidence les impairs
qu’ils étaient tous deux sur le point de commettre. Penson n’en
perd pas une miette.
Excusez-nous madame. Nous avons entamé la conversation
sans vous.
Ce n’est pas la première fois que ma chère Julie a besoin
d’aide, Monsieur Penson. Deux mois après le décès de sa sœur
elle a sombré dans la tristesse.
Et il semble que sa réaction d’alors pour la surmonter, est
identique à celle d’aujourd’hui, note le psychologue, comme
s’il parlait tout seul.
Non… je ne comprends pas… quelle réaction ?
Sa manière de surmonter la perte, sa manière de surmonter
la rupture… un dédoublement de la personnalité, madame
Grandville.
Je crois que je ne vous suis pas très bien.
Lorsqu’elle perdit sa sœur, Julie essaya de suivre le même
parcours, je veux dire, celui de sa sœur, sans abandonner sa vie.
C’est pour cela qu’elle portait ses vêtements et sortait avec les
amies de sa sœur. Elle faisait ses mêmes devoirs de classe,
parlait avec elle, dormait dans son lit.
Tout cela est très douloureux, docteur. Je ne sais pas si
revenir sur les souffrances du passé, la manière de pleurer la
mort de notre petite Annette...
Est-ce que cela sert à quelque chose, monsieur Grandville ?
Maintenant, pour combler l’absence, la perte de son premier
amour, Julie choisit d’endosser un autre personnage. Mais cette
fois-ci, le dédoublement est beaucoup plus complexe, cela
ressemble à une névrose obsessionnelle et peut déboucher sur
un trouble profond. Son cher alter ego, sa nouvelle sœur
fantôme est à présent une ancêtre, une de La Motte qui
apparemment fut guillotinée. Je ne l’ai pas vérifié, et je profite
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pour vous poser la question, est-ce vrai ? Une certaine Juliette
a-t-elle été guillotinée à l’âge de vingt-quatre ans en 1794 ?
Oui, monsieur Penson. Je crains que ne soit tout à fait vrai
et prouvé. Vous a-t-elle confié tout cela ? Vous en savez plus
que moi.
La première chose que je voudrais connaître, après cette
mise au point historique, c’est de savoir exactement où vit votre
fille. D’après ce que j’ai compris, elle passe beaucoup de temps
avec sa grand-mère maternelle sur l’île Saint-Louis. Est-ce
vrai ?
C’est bien ça ! C’est tout à fait ça monsieur Penson !
Touché ! Là se trouve une partie du problème !
Gaëtan, s’il vous plaît ! On dirait que nous préjugeons la
situation.
Oui, ma chérie, mais nous devons admettre que la question
de monsieur Penson touche dans le mille.
Louis, s’il vous plaît, appelez-moi Louis…
Poursuivez, monsieur Penson. Julie adore sa grand-mère
depuis toujours et ma mère voit en elle les plus grandes vertus.
Elle est… elle est son espoir, son avenir. Elles passent
beaucoup de temps ensemble. À la mort d’Anne, je me suis…
effondrée. J’étais incapable de m’occuper de mes autres enfants.
Non… je n’ai pas su les consoler. C’est leur grand-mère qui
s’occupa d’eux. D’abord elle s’installa ici puis ils s’installèrent
chez elle où elle put s’en occuper bien mieux. Ma fille passe
pratiquement tous les week-ends chez sa grand-mère, cela nous
soulage beaucoup, car c’est une vieille dame de quatre-vingts
ans. Durant la semaine, elle vit ici, avec nous, chez nous.
Madame Grandville n’a pas pu retenir ses larmes. Se
rappeler sa fille disparue et les journées terribles qui ont suivi sa
mort, cela a été insoutenable. Le psychologue sourit
aimablement et attend que la mère de Julie se calme. Pendant
les minutes de silence qui suivent, le docteur Penson contemple
l’armature noble qui se profile derrière la verrière du jardin
d’hiver et pense que sa visite sera un premier pas de plus dans
la longue histoire de cette demeure.

Pendant que les Grandville vivent ces événements, Julie a
une conversation plutôt tendue avec sa grand-mère. Exaspérée
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parce qu’elle n’a pas obtenu ce qu’elle demande à sa seconde
mère, la jeune fille s’est levée et dirigée vers la fenêtre d’où elle
contemple le jardin du square Barye à l’extrême-est de l’île
Saint-Louis. Elle sait que sa grand-mère a beaucoup de mal à se
lever toute seule et qu’elle va donc avoir suffisamment de
temps pour sécher les grosses larmes de rage et de désespoir qui
coulent sur ses joues, car elle ne souhaite pas qu’on les voie.
La comtesse de La Motte vit dans un immeuble de trois
étages, grand, mais inconfortable où, à défaut d’ascenseur on a
installé un monte-charge pour gravir les marches très raides.
Peu de temps après le mariage de sa fille unique elle fit le
sacrifice de déménager dans cette seconde propriété familiale,
une maison bourgeoise du dix-neuvième siècle construite sur
les fondations d’une ancienne boutique. Le premier jour qu’ils
essayèrent le monte-charge elle éclata de rire… pour ne pas
pleurer. J’ai l’impression d’être comme une dinde qu’on fait
venir des cuisines commenta-t-elle à l’ingénieur qui vantait les
merveilles de ce génie adapté aux espaces les plus étroits.
Maintenant, à la fin de sa vie, il lui est pratiquement impossible
de s’en servir toute seule.
Son appartement, au premier étage, compte tout ce dont elle
a besoin : salle de bains, cellier, salon, deux chambres, bureau
et balcon, une maison en miniature. Le second étage et les
combles rassemblent son musée si singulier où l’on a accumulé
durant un siècle des meubles, des tableaux, des livres, des
lettres et autres documents, un grenier mélancolique, réceptacle
de nombreux achats. Dans ces collections on peut trouver au
milieu d’objets inutilisables, des toiles de valeur, des chaises
Louis XVI et d’authentiques pendules Boulle. Mais, sans aucun
doute, le plus intéressant est une série de mannequins vêtus de
costumes historiques qu’un arrière-grand-père sauva des mains
du fripier. De riches parures de la cour, des toges de magistrats,
des uniformes militaires, les vêtements d’une abbesse, des
costumes de bal splendides mais aussi, protégée dans une caisse
vitrée, une simple et énigmatique robe printanière.
Que tu es têtue, tu m’as obligée à me lever ! Tu as toujours
le dernier mot.
Je ne t’ai jamais rien demandé, grand-mère ! Jamais !
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