L’évolution de la mémoire de la collaboration en France depuis 1945

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L’évolution de la mémoire de la collaboration en France depuis 1945 Version plan détaillé - amorce : « Un passé qui ne passe pas » Henry Rousso - définition des termes clés Mémoire = rapport affectif au passé Collaboration = camp de ceux qui ont choisi de soutenir le gouvernement de Vichy - borne spatiale = France borne chrono = de 1945 à nos jours - problématique : comment a évolué la mémoire de la collaboration ? - annonce du plan I- 1945 à 1968, des mémoires de la collaboration passées sous silence II- 1970s : réveil des mémoires III- 1990s-auj : une collaboration acceptée : des mémoires apaisées ? I- 1945 à 1968, des mémoires de la collaboration passées sous silence 1) Uneépuration sauvage dès la Libération (été 1944), vengeance contre ceux soupçonnés de collaboration ex 1 : femmes tondues pour relations sexuelles avec soldats allemands ex 2 : croix gammées sur les maisons des collaborateurs des sortes de bouc émissaires qui permettent de décharger toute la frustration accumulée pendant la guerre.
Publié le : mardi 22 décembre 2015
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L’évolution de la mémoire de la collaboration en France depuis 1945
Version plan détaillé
- amorce : « Un passé qui ne passe pas » Henry Rousso - définition des termes clés Mémoire = rapport affectif au passé Collaboration = camp de ceux qui ont choisi de soutenir le gouvernement de Vichy - borne spatiale = France borne chrono = de 1945 à nos jours - problématique : comment a évolué la mémoire de la collaboration ? - annonce du plan I- 1945 à 1968, des mémoires de la collaboration passées sous silence II- 1970s : réveil des mémoires III- 1990s-auj : une collaboration acceptée : des mémoires apaisées ?
I-1945 à 1968, des mémoires de la collaboration passées sous silence 1) Une épuration sauvage dès la Libération (été 1944), vengeance contre ceux soupçonnés de collaboration ex 1 : femmes tondues pour relations sexuelles avec soldats allemands ex 2 : croix gammées sur les maisons des collaborateurs des sortes de bouc émissaires qui permettent de décharger toute la frustration accumulée pendant la guerre.
2) Une épuration légale pour stabiliser le pays et retrouver l’unité du peuple français, très vite le GPRF de De Gaulle organise des procès pour désigner des coupables - des responsables politiques ex : Pétain (peine commuée en prison à vie), Laval - des cadres intellectuels du régime (Drieu La Rochelle se suicide avant, Céline en exil pour éviter le jugement) - les sanctions concernent aussi des entreprises Ex : entreprise Renault nationalisée
3) Une mémoire passée sous silence Dès les années 1950, on met l’accent sur la mémoire de la résistance (mythe résistancialiste) la mémoire de la collaboration est occultée - 4 lois d’amnistie dans les années 1950 qui témoignent de la volonté d’oubli (on peut aussi citer le fait le 8 mai 1945 ne soit pas plus férié) - On gomme la participation de l’Etat fr à la collaboration et à la déportation Ex : Nuit et brouillard (1956) d’A Resnais, présence d’un policier fr qui surveille un camp de prisonniers gommée - une volonté d’assimiler le camp de Pétain à celui de la résistance cf R Aron, thèse du glaive et du bouclier
mémoires de la collaboration qui sont vite passées sous silence au des profit de la mémoire de la résistance
II-7019s: réveil des mémoires 1) Pourquoi dans les années 1970 ? - mort de De Gaulle (« oreiller du silence ») - nouvelles générations qui n’ont pas connu la guerre ont un rapport plus décomplexé au passé - impact du procès Eichmann (Jérusalem 1961) qui remet au centre des débats les mémoires de la collaboration et du génocide juif
2) Deux chocs mémoriels - des documentaires reviennent sur cette mémoire controversée Ex : Le chagrin et la pitié de Max Ophüls : relativisation de l’imp de la résistance fr - porté par nouveaux travaux historiques Ex : 1973, La France de Vichy par un historien américain, Robert Paxton : pas de rôle de bouclier de Vichy, collaboration pleine et entière des visions plus complexes du passé, où on met l’accent sur l’attitude ambigüe de la population fr. Se retrouve dans les films : Lucien Lacombe, Papy fait de la e résistance, la 7 compagnie …
3) Des interrogations sur le rôle de l’Etat - Georges Pompidou : très contesté quand il accorde la grâce présidentielle à Touvier (1973) - François Mitterrand : attitude ambigüe pendant Vichy. Fleurit la tombe du maréchal Pétain tous les 11 novembre, mais cesse en 1992 (cinquantenaire de la Rafle du Vel d’Hiv)
des transformations de la mémoire. Des interrogations sur le rôle que l’Etat doit entretenir par rapport à cette mémoire.
III-jua-s0991atornioceacéeptnu:oceballresapaisées:dsemméio? 1) Une reconnaissance officielle - 1995, Jacques Chirac reconnaît la responsabilité de l’Etat français dans la collaboration et la participation au génocide juif - devant la disparition des derniers témoins, la République veut transmettre le souvenir de la seconde guerre mondiale. Insistance auj plutôt sur la collaboration et le génocide juif 2005 : inauguration du mémorial de la Shoah à Paris
2) Des procès mémoriels - multiplication de grands procès jugeant des figures fr/impliquées en France 1987, procès de Klaus Barbie 1994, procès Paul Touvier 1998, procès Maurice Papon
2001, procès Alois Brunner - ces procès ont lieu pour participation au génocide (imprescriptible) mais permettent aussi de mieux étudier la collaboration - les historiens sont convoqués comme témoins dans ces procès, afin de resituer le contexte de l’époque et la place de la collaboration (Paxton accepte/Rousso refuse). Très médiatisés
3) Quelle place auj pour la mémoire de la collaboration ? - des travaux historiques sur la mémoire de la seconde guerre mondiale: le syndrome de Vichy, Rousso (1987) revient sur la place de la mémoire de la collaboration - auj, la mémoire est centrée sur le génocide, mais on voit svt apparaître la figure du collaborateur Ex : Le Pianiste/Le Liseur
Conclusion mémoire de la WW2 lourde d’enjeux, qui se transforme très largement entre 1945 et auj. collaboration occultée dans les 1950s, réveil des mémoires 1970s, acceptée et officielle 1990s D’autres mémoires « qui ne passent pas » : colonisation /décolonisation, esclavage. (question de la guerre d’Algérie)
Version rédigée
« Un passé qui ne passe pas » : c’est ainsi qu’Henry Rousso qualifie la seconde guerre mondiale, vécue de manière douloureuse par les Français. Cette mémoire, qui se définit comme un rapport affectif au passé, est toujours l’objet de débat, par exemple en ce qui concerne la collaboration. Le souvenir de ceux qui ont choisi de soutenir le gouvernement de Vichy s’est beaucoup transformé de 1945 à nos jours. Comment a évolué cette mémoire de la collaboration? De 1945 à 1968, les mémoires laissent peu de place à la collaboration car les regards sont focalisés sur la résistance. Dans les années 1970, le « réveil des mémoires » remet la collaboration au centre des mémoires collectives. Enfin, depuis les années 1990, la collaboration est reconnue par l’Etat, et sa mémoire est plus apaisée.
De 1945 à 1968, les mémoires de la collaboration sont passées sous silence : après l’épuration sauvage de 1944 et l’épuration légale de 1945-46, la collaboration est en effet totalement occultée dans les années 1950. Dès la Libération de la France, une épuration sauvage se met en place : il s’agit d’exercer une vengeance contre ceux qui sont soupçonnés d’avoir collaboré. Ainsi, les femmes soupçonnées d’avoir eu des relations sexuelles avec des soldats allemands sont tondues en public, ou encore les maisons des collaborateurs sont ornées de croix gammées. Ces figures de collaborateurs désignés à la vindicte publique sont donc des sortes de bouc émissaires qui permettent de décharger toute la frustration accumulée par la population pendant la guerre. Une épuration légale se met en place rapidement : pour stabiliser le pays et retrouver l’unité du peuple français, très vite le Gouvernement Provisoire de la République Française de De Gaulle organise des procès pour désigner un nombre limité de coupables symboliques. Sont jugés des responsables politiques comme e Laval, 1 ministre de Pétain, condamné à mort, ou même Pétain lui-même, dont la peine est commuée en prison à vie. Mais des cadres intellectuels sont aussi visés par les procès : par exemple, Drieu La Rochelle se suicide avant son procès, et Céline part en exil de peur d’être condamné. Enfin, les entreprises peuvent aussi être visées par des sanctions : ainsi, l’entreprise Renault est nationalisée pour avoir collaboré. Par la suite, dans les années 1950, la mémoire de la collaboration est passée sous silence. On met l’accent sur la mémoire de la résistance : c’est le mythe résistancialiste, selon lequel tous les Français ont été résistants. La mémoire de la collaboration est donc occultée. Quatre lois d’amnistie sont d’ailleurs passées dans les années 1950, témoignant de cette volonté d’oubli. On va jusqu’à gommer la participation de l’Etat français à la collaboration et à la déportation : ainsi, dans Nuit et brouillard(1956) d’Alain Resnais, la présence d’un policier français qui surveille un camp de prisonniers est camouflée. Certains cherchent même à assimiler le camp de Pétain et celui de De Gaulle, comme Robert Aron qui défend dans son Histoire de Vichy (1954), la thèse du glaive et du bouclier : De Gaulle est le glaive, le combattant qui a libéré la France, tandis que Pétain serait le bouclier qui a protégé la France en faisant semblant de collaborer. Ce type de récit, très éloigné de la réalité, permet de camoufler la mémoire de la collaboration.
Les mémoires de la collaboration sont donc vite passées sous silence au profit de la mémoire de la résistance. Mais la mémoire de la collaboration ressurgit dans les années 1970.
Un réveil des mémoires s’effectue alors : les raisons en sont variées, et se traduisent par des chocs mémoriels ou des débats sur la responsabilité de l’Etat. Pourquoi ce réveil des mémoires s’effectue dans les années 1970 ? La mort de De Gaulle, parfois qualifié d’« oreiller du silence », permet de remettre en cause le mythe résistancialiste. De plus, les nouvelles générations qui n’ont pas connu la guerre ont un rapport plus décomplexé au passé, et veulent comprendre ce qui s’est passé. Enfin, le procès Eichmann à Jérusalem en 1961 remet au centre des débats les mémoires de la collaboration et du génocide juif. Deux chocs mémoriels ont un impact déterminant sur la mémoire collective. Le premier est un documentaire qui revient sur cette mémoire controversée. Le chagrin et la pitié de Max Ophüls est destiné à la télévision française en 1969, mais trop controversé, il ne sort finalement qu’en 1971 au cinéma : il relativise l’importance de la résistance française, et montre la collaboration et l’antisémitisme régnant en France durant la seconde guerre mondiale. De plus, de nouveaux travaux historiques se penchent sur la collaboration. En 1973, un historien américain, Robert Paxton, publie sa thèse sur La France de Vichy : pour lui, Vichy n’a pas joué le rôle de bouclier de Vichy, il s’agit au contraire d’une collaboration pleine et entière. Ces deux œuvres bouleversent complètement les représentations sur les mémoires de la collaboration. On retrouve dans les films de l’époque des visions plus complexes du passé, où on met l’accent sur l’attitude ambigüe de la population françaises : dans Lucien Lacombe se dessine ainsi le portrait d’un collaborateur pas si antipathique que cela.  Cette résurgence de la mémoire de la collaboration entraîne des interrogations sur le rôle de l’Etat et les prises de position de certains présidents sur ces questions. Georges Pompidou est par exemple très contesté quand il accorde la grâce présidentielle à Touvier en 1973. François Mitterrand est lui encore davantage au centre de débats mémoriels : son attitude ambigüe pendant Vichy a parfois été qualifiée de « vichysso-résistante ». Il est critiqué pour fleurir la tombe du maréchal Pétain tous les 11 novembre, et est finalement contraint de cesser en 1992, au moment du cinquantenaire de la Rafle du Vel d’Hiv. Des transformations importantes de la mémoire ont donc lieu dans les années 1970, qui amènent à des interrogations fortes sur le rôle que l’Etat doit entretenir par rapport à cette mémoire.
De 1990 à aujourd’hui, la mémoire de la collaboration est plus acceptée, ce qui participe à un apaisement des mémoires. Elle est l’objet d’une reconnaissance officielle, qui s’accompagne de grands procès officiels permettant de mieux comprendre la période, et elle s’exprime donc de manière moins cachée au sein de l’espace public. L’Etat reconnaît officiellement sa responsabilité dans la collaboration et la participation au génocide juif sous la présidence de Jacques Chirac, en 1995. C’est une rupture majeure, qui permet de mieux accepter cette mémoire de la collaboration. D’autre part, de plus en plus, la République veut transmettre le
souvenir de la seconde guerre mondiale devant la disparition des derniers témoins. Elle devient un acteur majeur dans la formation des mémoires, qui insiste aujourd’hui plutôt sur la collaboration et le génocide juif, comme le montre en 2005 l’inauguration du mémorial de la Shoah à Paris. De grand procès mémoriels ont lieu depuis la fin des années 1980. Il s’agit de grandes figures de collaborateurs français, qui ont participé au génocide et qui peuvent être jugés car il s’agit d’un crime imprescriptible. Le procès très médiatisé de Paul Touvier, en 1994, permet ainsi de revenir sur le rôle de la milice pendant la 2de guerre mondiale. Les historiens peuvent être convoqués comme témoins dans ces procès, afin de resituer le contexte de l’époque et la place de la collaboration : ils sont partagés sur ce nouveau rôle social qui leur est attribué : certains comme Paxton acceptent, d’autres comme Rousso refusent. Quelle place occupe aujourd’hui la mémoire de la collaboration dans l’espace public ? Des travaux historiques se penchent aujourd’hui sur l’évolution de cette mémoire. Par exemple, le syndrome de Vichy écrit par Henry Rousso en 1987 revient sur la place de la mémoire de la collaboration et son poids, même silencieux, dans l’imaginaire collectif. Au cinéma, les représentations sont centrées sur le génocide, mais on voit souvent apparaître la figure du collaborateur, de façon plus nuancée que dans les films des années 1970.
En conclusion, la mémoire de la 2de guerre mondiale est lourde d’enjeux, et se transforme très largement entre 1945 et aujourd’hui : la collaboration est occultée dans les années 1950, sa mémoire se réveille dans les années 1970, puis à partir des années 1990 elle est acceptée et officialisée. On pourrait rapprocher cette question du traitement d’autres mémoires « qui ne passent pas » : la guerre d’Algérie a ainsi laissé des traces totalement différentes dans les mémoires française et algérienne.
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