La clairière du mensonge

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Paris, l'été 1936, le Front Populaire. Louise, jeune employée dans un magasin des grands boulevards et Adam, exilé polonais, se rencontrent alors qu'ils veulent tous deux soutenir l'Espagne républicaine. Adam s'engage dans les brigades internationales, Louise s'occupe dans un premier temps d'enfants espagnols réfugiés. Ils se retrouvent à Paris, alors que la Catalogne est sur le point de tomber aux mains des Franquistes. Puis Adam rejoint Cracovie...Une nouvelle guerre éclate...
Publié le : lundi 2 mars 2015
Lecture(s) : 11
EAN13 : 9782336371542
Nombre de pages : 188
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Alain Lozac’h

La clairière
du mensonge

Roman




























































© L’Harmattan, 2015
5Ȭ7, rue de l’Ecole polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978Ȭ2Ȭ343Ȭ05661Ȭ6

EAN : 9782343056616











La clairière du mensonge

Écritures
Collection fondée par Maguy Albet


Serrie (Gérard), J’ai une âme, 2014.
Godet (Francia), La maison d’Elise, 2014.
Dauphin (Elsa), L’accident, 2014.
Palliano (Jean), Lana Stern, 2014.
Gutwirth (Pierre), L’éclat des ténèbres, 2014.
Rouet (Alain), Chacune en sa couleur, 2014.
Cuenot (Patrick), Dieu au Brésil, 2014.
Maurel (Patrick), Khonsou et le papillon, 2014.
D’Aloise (Umberto), Mélodies, 2014.
JeanȬMarc de Cacqueray, La vie assassinée, 2014.
Muselier (Julien), Les lunaisons naïves, 2014.
Delvaux (Thierry), L’orphelin de Coimbra, 2014.
Brai (Catherine), Une enfance à Saigon, 2014.
Bosc (Michel), MarieȬLouise. L’Or et la Ressource, 2014.
Hériche (MarieȬClaire), La Villa, 2014.

*
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Ces quinze derniers titres de la collection sont classés par ordre
chronologique en commençant par le plus récent. La liste complète des
parutions, avec une courte présentation du contenu des ouvrages,
peut être consultée sur le site www.harmattan.fr

Alain Lozacȇh

La clairière du mensonge

roman

















L’Harmattan

Du même auteur

Les pirates de la liberté, éditions Coop Breizh, 2014.

Visages de la Résistance bretonne,
éditions Coop Breizh, réédité en 2013.

Naufrages en eaux troubles, éditions Astoure, 2012.
Mystère au musée, éditions Mon petit éditeur, 2012.
Les ailes de la fraternité (l’escadrille NormandieȬNiemen),
éditions Oskar, 2010.
La piraterie, de l’antiquité à nos jours, éditions Gulf Stream , 2010.
Les ailes de la liberté, éditions Oskar, 2009.
Avec Fleuriot de Langle et La Pérouse (1785Ȭ1788) ; Carnets de bord
des aventures d’un marin breton, éditions Yoran Embanner, 2009.
Ports de Bretagne atlantique, de Brest à BourgneufȬenȬRetz, histoire
d’un patrimoine maritime, éditions Coop Breizh, 2008.
Ports de BretagneȬNord, histoire d’un patrimoine maritime, de
Cancale au Conquet, éditions Coop Breizh, 2006.
Jim Hawkins, gentleman corsaire, éditions La Découvrance, 2007.
Port Coton, éditions Siloé, 2006.
Petit lexique de la Seconde Guerre Mondiale en Bretagne,
éditions Keltia Graphic, 2005.
Sur les Routes de Bretagne, éditions Coop Breizh, 1999.



Nous savons que parmi vous se cachent encore des officiers,
des militaires, des fonctionnaires, des étudiants, des ingéȬ
nieurs ! Mais nous arriverons à les connaître et les tuerons
tous !

Angkar

Cité par Patrick Deville dans Kampuchéa, éditions du
Seuil.





Tôt ou tard, vos yeux s’ouvriront ; ils seront bien forcés de
s’ouvrir. Alors vous vous demanderez, vous les honnêtes :
comment avonsȬnous pu les fermer si longtemps ?

André Gide
Retouches à mon « Retour de l’U.R.S.S. »,
éditions Gallimard.

Deux femmes se promènent dans la clairière d’une forêt,
des grands arbres, le vent est froid. Il vient du nord. La
plus âgée s’aide d’une canne. Elle écarte les feuilles deȬ
vant elle, afin d’éviter de glisser. De petits pas, lentement.
Elles sont emmitouflées dans de gros manteaux, des
écharpes. Elles errent depuis près d’une heure. Des croasȬ
sements de corneilles ! Il y a peu de monde. Elles ont croiȬ
sé à peine une dizaine de personnes. Un agent chargé de
l’entretien avec une brouette, un balai, ramasse les feuilles
mortes au fur et à mesure qu’elles tombent.
Elles s’éloignent, s’attardent devant le mémorial. Des
croix noires s’élèvent vers le ciel, un mémorial avec des
dizaines, des centaines de noms. Puis elles regagnent le
taxi qui les attend sur un parking, afin de rejoindre leur
hôtel, le lendemain elles rentrent à Paris. Qui sontȬelles ?
La plus âgée, près de 80 ans, marche difficilement suite
à une opération de la hanche. Elle a tenu à faire le voyage
néanmoins. Sa fille n’a pas cherché à la dissuader, au
contraire, elle souhaite que ce voyage soit enfin lȇoccasion
d’apaiser sa mémoire après tant d’années d’interroȬ
gations. Pourtant, Louise n’apprendra pas grandȬchose de
plus que ce qu’elle sait déjà. Quȇà cela ne tienne, elle tenait
à venir sur les lieux, comme d’autres se rendent à Dachau,
à Auschwitz, à Dora, à BergenȬBelsen, là où des êtres
chers ont été victimes de la barbarie. Plusieurs de ses

amies avaient effectué dans les années 50Ȭ60 ces voyages
mémoriels.
Elle, elle n’avait jamais eu aucune preuve lui permetȬ
tant de se rendre dans un camp !


De chaque côté de l’allée, sur le sol, une plaque indiviȬ
duelle pour tous ceux qui reposent ici. Une cloche résonne
toutes les heures. Les deux femmes déposent un petit
bouquet de fleurs sur une des plaques.

Elle se souvient de leur première rencontre dans le
parc des ButtesȬChaumont, en 1936.




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Première partie

Ce fut un bel été ensoleillé.

Louise avait passé deux semaines en Bretagne, chez
une vieille tante demeurant près de PerrosȬGuirec, la
sœur de son père depuis longtemps disparu. Elle s’était
baignée plusieurs fois.
L’eau était un peu froide…
L’été du Front populaire venait d’être assombri par le
début de la guerre en Espagne.
Les grèves avaient reflué, comme la mer que des milȬ
liers de Français découvraient pour la première fois duȬ
rant cet été 36. La France pédalait sur les routes, souvent
en tandem. Antonin Magne, deux fois vainqueur du Tour
de France, avait terminé deuxième derrière le Belge
Sylvère Maes.
« Il faut savoir terminer une grève ! », avait déclaré
Thorez, le chef du parti communiste, soucieux d’éviter
des débordements et invitant plutôt les travailleurs à proȬ
fiter de ces vacances acquises de haute lutte, comme les 40
heures.

Durant ce séjour, Louise avait beaucoup lu, des livres
achetés à Paris chez les bouquinistes des quais de Seine,
avant de prendre le train avec sa petite valise. La gare
Montparnasse grouillait de travailleurs avec leur famille

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qui se saluaient, se congratulaient, levaient le poing, fiers
de cet instant, leurs billets de congés payés à la main. CerȬ
tains partaient pour Le Croisic, la Vendée, d’autres vers
La Rochelle et l’île de Ré…


De retour à Paris, Louise lit le magazine Regards, édité
tous les jeudis, qu’elle vend parfois en même temps que
L’Huma sur le marché ou à la sortie d’une station de méȬ
tro. Les articles consacrés à ce qui se passe de l’autre côté
des Pyrénées la passionnent, de même que les photos de
ces reporters qui suivent les premières semaines de comȬ
bat entre les Républicains et les fascistes. Elle découpe
certains de ces journaux. Des miliciennes, les armes à la
main derrière une barricade, à Barcelone. Des femmes
fuyant leur village bombardé par les Franquistes, de
jeunes enfants dans les bras. La République est en danger,
les Franquistes ont gagné du terrain, au nord vers le Pays
basque, en Andalousie, ils sont aux portes de Madrid. Des
volontaires ont déjà rejoint l’Espagne durant l’été afin
d’épauler les forces républicaines.


Quand Louise apprend que le parti en cherche, elle
n’hésite pas un instant. Elle est prête à quitter son travail,
à tenter l’aventure. Comment faire ? Elle se rend un jour,
en fin d’aprèsȬmidi, au siège des syndicats de la Seine. La
Grange aux belles, près du canal SaintȬMartin. La bâtisse
héberge les syndicats. Un militant lui indique qu’elle s’est
trompée d’adresse. Il faut qu’elle aille plutôt à la Maison
des syndicats de la région parisienne, 8 avenue MathurinȬ
Moreau dans le dixȬneuvième arrondissement. C’est tout
près, quelques minutes de marche, elle longe l’hôpital

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1
SaintȬLouis, vers la place du Combat ! Sur le pignon de
cette grande maison à deux étages, des slogans sont
peints « Travailleurs de tous les pays unissezȬvous ! », des
baraques en bois dans une cour à l’arrière.
Un vieux syndicaliste, la soixantaine, grosse mousȬ
tache, cigarette au bec, lui déclare : « Oui, elle est bien à la
bonne adresse ». Il lui fait signe de se rendre à l’étage. Il y
règne une certaine effervescence. Elle n’est pas seule,
beaucoup d’hommes attendent.

Un camarade la reçoit dans un petit bureau. La trenȬ
taine, la voix grave, un costume gris défraîchi. Lui aussi
fume, un cendrier plein de mégots est posé devant lui,
ainsi qu’un grand cahier où il note tout.
Que veutȬelle ?
Partir en Espagne !
EstȬce bien raisonnable ? La République a surtout beȬ
soin d’armes, de combattants, pas de combattantes, contre
les fascistes ! On va voir ! Ne seraitȬelle pas plus utile ici à
poursuivre les luttes, le travail, au sein des masses, faire
en sorte que l’influence du syndicat, de la CGT réunifiée,
progresse encore ?
Il note néanmoins son nom, son pedigree, son adresse,
le moyen de la contacter rapidement.

Louise repart, déçue. Ce responsable a promis qu’on
lui ferait signe si on avait besoin d’elle. Pourtant dans ce
bâtiment, il y avait des dizaines d’hommes qui attenȬ
daient eux aussi d’être fixés sur leur sort. Des Français
venus de toutes les provinces, des étrangers. On entendait

1
Cette place est devenue, après la seconde guerre mondiale, la place
du colonel Fabien.

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parler de nombreuses langues, l’allemand, l’italien, le
tchèque…, des Flamands blaguaient entre eux.

Elle sort du bâtiment un peu dépitée, remonte la rue
MathurinȬMoreau vers le parc des ButtesȬChaumont, hisȬ
toire de reprendre ses esprits dans le calme. Elle jette un
œil vers l’imposante façade de la clinique Rothschild qui
délivre aux patients – quelle que soit leur origine sociale,
leur religion – des soins gratuits en ophtalmologie.
Un jeune homme la suit d’un pas rapide, il l’interpelle.



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Elle le reconnaît. Elle l’a croisé quelques instants auparaȬ
vant à la Maison des Syndicats, fumant une cigarette, apȬ
puyé contre le chambranle de la porte, parlant un français
un peu approximatif, fortement teinté dȇun accent de
l’Europe de l’est. Il lui propose de faire quelques pas en sa
compagnie.

Dans le parc, ils prennent le chemin vers la droite,
s’installent sur un banc près du lac. Des enfants jouent
sous la surveillance de leur mère, après avoir applaudi
Guignol. Des promeneurs s’aventurent jusqu’au temple de
Sybille en empruntant la passerelle auȬdessus du plan
d’eau.

Ils discutent, essayent de se comprendre. Ils ont la
même volonté de partir en Espagne le plus vite possible.

Le jeune homme lui raconte sa vie. Il s’appelle Adam.
EstȬce son vrai nom, un pseudonyme ? C’est courant
parmi les révolutionnaires et les communistes, exilés en
France. Il a appris le français à l’université de Cracovie,
étudié Voltaire, Rousseau, Condorcet, Hugo, Zola, etc. Il a
aussi lu Henri Barbusse, ici à Paris, la semaine précédente.
Ses expressions sont parfois maladroites, elle évite de le
corriger. Elle l’écoute, le laisse parler. Elle n’a pas lu tous

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