Le discours de La Baule 20 juin 1990

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Lors de la 16e Conférence au sommet des chefs d'État de France et d'Afrique de La Baule le 20 juin 1990, François Mitterrand a demandé aux chefs d'État africains d'instaurer la démocratie comme système de gouvernance. En bons élèves, ils ne se sont pas posé la question de savoir si la pression pour aller à la démocratie n'était pas une thérapie de plus. L'auteur appelle donc ici à repenser les différentes "thérapies" jusque-là connues et imposées de l'extérieur, n'ayant pas porté de vrais fruits.
Publié le : dimanche 1 mars 2015
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EAN13 : 9782336371726
Nombre de pages : 200
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Issoufou KONATÉ
LE DISCOURS DE LA BAULE20 JUIN 1990
Une nouvelle thérapie pour l’Afrique
Le discours de La Baule, 20 juin 1990 Une nouvelle thérapie pour l’Afrique
Issoufou KONATÉ LE DISCOURS DELABAULE20JUIN1990
Une nouvelle thérapie pour l’Afrique *
Du même auteur Une vie étranglée, Cotonou, Editions des Diaspora, 2002 (vouvelle). Tâté, l’enfant de Mokoyo, Cotonou, Editions des Diaspora, 2004 (autobiographie romancée). La Gitane, Cotonou, Star Editions, 2008 (roman). Composition et mise en pages : Joachim Adjovi © L’Harmattan, 2015 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-01668-9 EAN : 9782343016689
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Introduction
‘Ancien président français, François Mitterrand, lors L e de la 16 Conférence au sommet des chefs d’Etat de France et d’Afrique de La Baule, le 20 juin 1990, de-mande aux chefs d’Etat africains, d’instaurer la démo-cratie comme système de gouvernance, s’ils veulent continuer à bénéficier de l’aide de la France. C’est le début d’un grand remue-ménage dans les anciennes co-lonies françaises. Ainsi, avec des leviers comme la société civile et les syndicats, est née la formule des Conférences nationales souveraines concoctées comme toujours par le maître à penser de l’Afrique : la France. En bons élèves, les Africains ne se posent pas la question de savoir si la pression pour aller à la démocratie pluraliste n’est pas une thérapie de plus, comme ce fut déjà le cas des dif-férents programmes d’ajustement structurel imposés par les institutions de Bretton Woods qui, loin de sauver l’Afrique, l’ont plongée dans une misère scandaleuse, l’empêchant toujours de penser, par elle-même et pour elle-même, les voies de son propre développement. La démocratie pluraliste, sur un continent plurieth-nique, peut-elle réussir ? L’Afrique est-elle prête, quand on sait qu’elle est le continent le plus en retard, de par tous les indicateurs socio-économiques de base ? Quelles
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sont les conséquences véritables pour nos populations, de cette marche à pas forcés vers la démocratie ?
Analphabètes, pauvres, mal soignées, peu éduquées, les populations africaines peuvent-elles, en quelques jours, égaler l’Occident ? Oublions-nous surtout que, plusieurs siècles, plusieurs étapes différentes, les unes après les autres, avec leurs cortèges de douleurs et de joies, toutes différentes, ont été nécessaires pour asseoir la démocratie pluraliste en Occident ?
Oublions-nous également, qu’aux frontières de la grande Europe occidentale qui promeut la démocratie, il existe encore des systèmes qu’on ne peut nullement qualifier de démocratiques et que, la même grande Eu-rope qui pourfend les régimes africains, s’accommode de leur présence à coup de timides communiqués diploma-tiques ?
Ce sont là autant de questions qu’il faut se poser, même si le système démocratique pluraliste est réputé bon pour la gouvernance.
Ce discours de la Baule apparaît comme un étalage des maux qui minent l’Afrique et que l’Occident a contribué à aggraver, au point d’instaurer un afro-pessimisme permanent.
En dépit de tout, il fallait se poser la question de savoir si ce discours, ou cette nouvelle donne économique et sociale imposée, favorisera le développement et le bon vivre des citoyens d’un continent pillé et dominé par l’Occident pendant plusieurs siècles. Si la démocratie a
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permis l’éveil et le renforcement des consciences, promu les droits et les libertés, elle a également fait la promotion de la médiocrité, sur un arrière-fond de politique de partage des postes entre partis politiques, instaurant une culture de contre-valeurs qui a progressivement pris le pas sur les valeurs positives des civilisations endogènes.
En Afrique subsaharienne, l’introduction de la dé-mocratie n’a pas été une sinécure. Elle ne s’est pas faite sans grincement de dents. Il s’est agi d’une marche plutôt à pas forcés.
Et pourtant, à y regarder de près, ceux qui croient que pour l’Afrique, le besoin le plus pressant est l’instauration de la démocratie pluraliste, oublient souvent de s’intéresser et de s’interroger sur la situation de grande pauvreté qui sévit sur le continent malgré la présence de nombreuses richesses naturelles. Ils semblent aussi faire très peu attention à la nécessité de créer, en Afrique et chez les Africains, le réflexe de la bonne gouvernance, du respect du bien public, et surtout la nécessité d’une ré-partition équitable des bénéfices issus de l’exploitation des richesses. C’est à partir des appels enthousiastes des uns, et des inquiétudes justifiées des autres, suscités par le continent, qu’il s’impose à tous ceux qui voudraient s’interroger sur ses difficultés ou ses espoirs, de remonter aux sources de l’histoire. Les Africains ont, en effet, pensé rompre avec la domination coloniale, pour bâtir des Etats prospères, capables d’utiliser leurs nombreuses richesses pour faire
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le bonheur de leur peuple. Ils en avaient un tel espoir qu’ils n’ont pas été suffisamment attentifs à leur propre préparation, à remplir les nouvelles fonctions de diri-geants créées et léguées par les colons, ni s’assurer que les relations au monde que la colonisation a instaurées pour l’Afrique pourraient et devraient changer, pour permettre à l’Afrique de prendre réellement son destin en main. Faute d’avoir conçu la réflexion autonome sur les perspectives à long terme de l’Afrique indépendante dans un monde de plus en plus dominé par les concepts économiques et politiques créés et entretenus par l’Occident, les Africains ont été largement amenés à poursuivre, consciemment ou inconsciemment, les mêmes rôles dans le monde pour leurs pays et leurs peuples que ceux conçus par le colonisateur. Il s’agit d’être des pourvoyeurs de matières premières dont les industries du Nord ont abondamment besoin, et conti-nuer de consommer passivement des biens manufac-turés produits par les pays occidentaux. Or, dans le contexte de la colonisation, et pour la pérennisation de celle-ci, les métropoles occidentales ont conçu tout un système alliant un aspect économique fait de « prédation », à une organisation politique de l’éduca-tion et de la propagande coloniale fondée sur l’assimila-tion (pour le domaine colonial français) ou sur le déve-loppement séparé (pour l’espace colonial britannique). Il était donc tout indiqué que la fin de la colonisation suscitât un réel changement, tant de l’organisation éco-
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nomique que du système éducatif qui étaient légués aux Africains par la colonisation.
Pour n’avoir pas osé de changement en profondeur dans ces domaines fondamentaux, les pays indépendants n’ont pas échappé au maintien de certaines pratiques et attitudes qui ont arrangé l’Occident dans sa volonté de maintenir son influence stratégique sur le continent.
Le fait d’inspirer fortement les systèmes politiques des premières années d’indépendance en Afrique a conforté cette influence, avec en plus, la nécessité pour les élites intellectuelles, de recourir à l’Occident, pour confirmer leurs aptitudes et compétences : cela a fatalement con-tribué à formater les esprits.
On ne saurait oublier la présence plus ou moins dis-crète, mais fortement désastreuse, des armées et autres services spéciaux occidentaux dans les coulisses des pouvoirs politiques africains. Cette présence a permis aux grandes puissances et autres multinationales de mani-puler systématiquement les forces politiques nationales en les opposant les unes aux autres au seul profit de ces multinationales et des anciennes métropoles. L’Afrique noire au Sud du Sahara a été particulièrement marquée par ces multiples interventions, plus ou moins officielles, ou carrément prises en charge par des barbouzes s’appuyant sur des opposants et autres mécontents lo-caux.
De telles interventions ont rendu la stabilité des Etats extrêmement précaire, mais elles ont confirmé, dans l’esprit de bien des personnes, au Sud comme au Nord,
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