Lecture historique des mémoires : la guerre d’Algérie

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Lecture historique des mémoires : la guerre d’Algérie Intro 5 min - Histoire et mémoire = 2 représentations différentes ms complémentaires du passé histoire = reconstruction incomplète, mais qui se veut objective du passé mémoire = lien affectif avec le passé - guerre d’Algérie de 1954 à 1962 en France, = « évènements d’Algérie » ou « opération de pacification ». On ne parle pas alors de guerre de façon officielle / a fortement marqué la France (cf envoi du contingent soit 2,3 M de soldats sur moins de 50 M d’hab (5 %), quasi tous ceux nés entre 1942et 1953) en Algérie, = « révolution algérienne », qui a ouvert la voie à l’indépendance aps plus d’un siècle de domination coloniale. Sorte de mythe fondateur du pays. comment a évolué la mémoire de la guerre d’Algérie : quelles représentations ?quels usages du passé ? I- 1954-1960s : la mise en place de mémoires contradictoires II- 1970s : des mémoires encadrées III- 1980s-aujourd’hui : un choc des mémoires ? I- 1954-1960s : la mise en place de mémoires contradictoires 1) Côté français : une guerre passée sous silence - la censure est mise en place en France dès le début du conflit (presse, édition, image, cinéma) la version officielle est qu’il n’y pas d’insurrection mais plutôt action de « terroristes » venus et dirigés de l’extérieur.
Publié le : mercredi 24 février 2016
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Lecture historique des mémoires : la guerre d’Algérie
Intro 5 min - Histoire et mémoire = 2 représentations différentes ms complémentaires du passé histoire = reconstruction incomplète, mais qui se veut objective du passé mémoire = lien affectif avec le passé - guerre d’Algérie de 1954 à 1962 en France, = « évènements d’Algérie » ou « opération de pacification ». On ne parle pas alors de guerre de façon officielle / a fortement marqué la France (cf envoi du contingent soit 2,3 M de soldats sur moins de 50 M d’hab (5 %), quasi tous ceux nés entre 1942 et 1953) en Algérie, = « révolution algérienne », qui a ouvert la voie à l’indépendance aps plus d’un siècle de domination coloniale. Sorte de mythe fondateur du pays. comment a évolué la mémoire de la guerre d’Algérie : quelles représentations ?quels usages du passé ? I- 1954-1960s : la mise en place de mémoires contradictoires II- 1970s : des mémoires encadrées III- 1980s-aujourd’hui : un choc des mémoires ?
I-1954-1960s: la mise en place de mémoires contradictoires
1)Côtéfrançais: une guerre passée sous silence - la censure est mise en place en France dès le début du conflit (presse, édition, image, cinéma) la version officielle est qu’il n’y pas d’insurrection mais plutôt action de « terroristes » venus et dirigés de l’extérieur. Ennemi invisible : « suspect », « rebelle », « hors-la-loi » la télévision est utilisée comme un instrument de propagande De Gaulle utilise le petit écran comme un canal élyséen L’évolution des reportages prépare l’opinion française : la guerre n’existe pas, puis aps 1959, les JT préparent à une « Algérie nouvelle » liée à la France - mais des informations sur la guerre d’Algérie circulent très vite, notamment grâce aux milieux d’extrême gauche français « guerre de l’écrit » : intellectuels font articles et pétitions, mais aussi reportages photos de Paris Match (poids croissant des images) Des écrits ex :1958,La torturede Henri Alleg en 1958 Mais ds les faits, les ouvrages interdits touche un public déjà convaincu. Relative indifférence de l’opinion publique = « acquiescement massif » à la décolonisation (J P Rioux)
2)Côtéalgérien: la célébration nationale - le FLN se veut le seul mvt assimilé à la révo dès congrès de la Soummam en 1956, FLN obtient le soutien des autres mvts politiques, qui sont dissous. Le FLN se confond désormais avec le mvt pr l’indép e prend valeur de mythe fondateur. Les hommes faisant partie de ce1 novembre mouvement décident de se conférer eux-mêmes le pv à la manière d’un titre historique et définitif (« droit de propriété sur la révolution » pr B Stora, « parti-nation » pour Mohammed Bedjaoui)
- promeut la vision d’un peuple anonyme et unanime : donne à voir comme « seul héro, le peuple » = révo sans visage Elimination ds les mémoires des grands personnages charismatiques, mis à part les martyrs Ex : Abbane Ramdane Se pose aussi la question des Berbères : ont joué un grand rôle ds la révo, mais identité niée aps indép (nouv nation se fonde sur arabité et islam) e - dès les 1 temps, la révo est érigée en mythe fondateur Bataille des chiffres Mohammed Lakhdar-Haminale Vent des Aurès(1966)
II- Des mémoires encadrées (années 1970s) Au lendemain de la guerre, investissement ds des symboles pr forger une geste historique - en France, autour de la WW2 et de la résistance - en Algérie, autour de la révolution
1) En France, l’oubli - en France, volonté d’oubli e La guerre est recouverte par les amnisties : 17 déc 1964, 1 loi d’amnistie Provoque « gangrène et oubli » (B Stora) : la crise du nationalisme fr -pourquoi cet oubli ? Volonté d’oublier une page peu glorieuse de l’histoire de France. Compensation ds les célébrations de la WW2 et de la résistance (43 musées ds les 1960s) Le mvt de mai 68 relègue encore plus la guerre d’Algérie ds l’oubli. Nouv préoccupations = modernisation de la société
2) En Algérie, la multiplication des célébrations - en Algérie, lutte pr le pv continue A partir de juillet 1962, massacre de harkis Juin 1965, colonel Boumediene s’impose au pv. Deux grands assassinats de chefs historiques du FLN : Mohammed Khider à Madrid en 1967 et Krim Belkacem à Francfort en 1970 - la révo devient un mythe fondateur Le passé colonial se transforme en passé repoussoir Permet de dissimuler les blessures du présent + de justifier la politique d’arabisation (il faut faire table rase du passé hérité de la présence fr) - à partir de 1965, mise en scène d’une culture militaire. On y exalte l’union et l’harmonie, la lutte contre les inégalités sociales, le patriotisme e On refait l’histoire en donnant le 1 rôle à l’armée Ecriture de l’histoire encadrée par l’Etat : 1974 création du centre national d’études historiques (CNEH).
3) Le réveil des mémoires - des groupes porteurs de mémoires distinctes, non reconnues officiellement
les pieds-noirs portent une mémoire distincte. Marquée par un fort nationalisme, ms écart culturel important d’avec les hab de la métropole qd ils arrivent en 1962. Nbreux préjugés anti-pieds-noirs alors. les harkis constituent un autre groupe à part ds la mémoire collective : 85 000 en France au lendemain de la guerre. Subissent exclusion sociale par emploi (essentiellement forestage) ms aussi géographique car regroupée ds des camps ou des hameaux, loin de la pop « autochtone » aussi cas des soldats : sentiment d’être couté ms sans être compris. Création de mvts d’anciens d’Algérie pr défendre les droits matériels et moraux des jeunes démobilisés - un canal d’expression : les livres En France, « nostalgérie » : plus de mille livres publiés 1970s, près de 70 % favorables à la présence fr en Algérie. Ex : Henri Martinez, Et qu’ils m’accueillent avec des cris de haine En Algérie, on trouve le même engouement pr les récits de vie cf Récits de feu Bcp de récits/témoignages publiés ds les deux pays, qui montre que la guerre d’Algérie est d’abord vécu comme une affaire perso.(mémoires) Ms aussi début de l’histoire critique cf livres de Mohammed Harbi - aussi importance des images Des films engagés sur la guerre d’Algérie côté fr Ex : La Bataille d’Alger de Pontecorvo (1966) / l’Algérien reste une figure quasi-absente de ces films Côté alg, cinéma de propagande. Pr le public alg, « on a tiré plus de coups de feu dans les films algériens que ds tte la guerre ». 1975, tournant avec Chroniques des années de braise de Mohammed Lakhdar-Hamina.
III- Un choc des mémoires? (années 1980 - auj) Ds les années 1980s, la guerre d’Algérie agit comme référence pr agir face à des év du présent - En France, questionnement sur l’immigration: peut-on être français et arabe ? - en Algérie, se pose la question de l’islamisme : comment sortir du système du parti unique forgé pdt la révo ?
1) En France, un travail de mémoire - thème de l’immigration devient une vraie préoccupation chez les Fr, ds un contexte de « crise ». - questionnement autour de l’usage de torture en Algérie De +en + de témoignages sur la torture Ex : Aussaresses 2001 Peu à peu, la parole se libère Paroles de tortionnaires, (Jean Charles Deniau), 2002 Thèses de Raphaëlle Branche et de Sylvie Thénault - une reconnaissance officielle loi du 10 juin 1999 qui reconnaît off la « guerre d’Algérie » 2000 Jospin apporte son soutien à un appel pr la reconnaiss off par l’Etat de l’usage de la torture en Algérie Se pose le pb du traitement de la question par les manuels scolaires. 1983, guerre d’Algérie ds les programmes scolaires
2) En Algérie, un questionnement sur le passé - dans les 1980s, tjrs forte tension mémorielle entre France et Algérie - écriture de l’histoire ds les 1980s organisée par l’Etat et le FLN (« séminaires d’écriture d’histoire » 1982-1984), car génération de guerre d’Algérie amenée à disparaître Vaste opération de collecte et d’enregistrement de témoignages oraux 1982, inauguration du flambeau des martyrs - octobre 1988, soulèvement de la jeunesse algérienne et montée du FIS aux élections de 1990 Ds la presse, critique de la version off de l’histoire, la victoire du peuple anonyme Les jeunes veulent appréhender la complexité de la guerre
3)Quelleimageaujourdhui? -des mémoires conflictuelles en France Valorisation de l’action fr en Algérie cf loi de 2005 sur les « effets positifs de la colonisation » (article finalement abrogé). Thématique de l’Algérie fr tjrs très présente ds le Sud de la France Pr les jeunes issus de l’immigration, recherche d’une mémoire qui n’est pas reconnue publiquement. Refus de l’assimilation comme de la culture des parents et recherche d’un compromis - en Algérie, la recherche sur la guerre d’Algérie s’émancipe progressivement de la tutelle étatique / il reste des sujets tabous (par ex les harkis) - un enjeu diplomatique 2002 : inauguration du monument national de la guerre d’Algérie par Jacques Chirac 2006 : le président algérien Bouteflika demande à la France de présenter ses excuses officielles à l’Algérie 2012 : lors d’une visite officielle en Algérie, François Hollande reconnaît les « souffrances » infligées à l’Algérie par la colonisation / n’envisage pas d’excuses - aujourd’hui, une histoire mieux montrée ds sa complexité Des tentatives franco-algériennes pr écrire une histoire commune Ex : Mohamed Harbi et Benjamin Stora,La guerre d’Algérie, 2005 Des films qui montrent une approche plus complexe du conflit algérien, permis par la distance croissante avec les événements Ex :l’Ennemi intime(Florent Emilio Siri, 2007) Conclusion Guerre d’Algérie est dc une période historique difficile à accepter (« 1 passé qui ne passe pas » Henri Rousso à propos de la WW2) : mémoire lourde d’enjeux, qui se transforme très largement entre 1954 et auj. Une mémoire off très différente entre Fr et Alg, des groupes isolés porteurs d’une autre histoire qui ne trouvent pas leur place… Auj, travail historique plus dépassionné, et qui se détache de ces mémoires. Peuvent elles-mêmes devenir des objets d’étude L’historien se doit d’avoir une réflexion spécifique par rapport à ces mémoires : il les examine, met en évidence leur projet, valide ou invalide leurs éléments (confrontation des discours aux faits). L’historien peut examiner la place de ces mémoires dans l’opinion publique et les discours : quels acteurs, quels intérêts, quelle stratégie dans la construction de faits mémoriels ? (ex de Benjamin Stora) D’autres mémoires « qui ne passent pas » : colonisation /décolonisation, esclavage, WW2.
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