Les mémoires de la seconde guerre mondiale

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Les mémoires de la seconde guerre mondiale Doc 1 : Une lecture historique du régime de Vichy Ecrivain et historien, Robert Aron a été proche de certains hommes de Vichy, mais ses origines juives l’obligent à fuir à Alger où il côtoie les gaullistes de la France libre. Son Histoire de Vichy est considérée durant plus de quinze ans comme une référence essentielle. L'honneur qu'allègue le maréchal Pétain, c'est l'honneur d'un gouvernement qui a su maintenir les données de son indépendance et protège les populations, en un mot, c'est l'honneur civique. Celui qu'invoque le général de Gaulle, c'est l'honneur militaire pour qui s'avouer vaincu est toujours infamant. De ces honneurs, il se peut que l'un soit plus impérieux, plus instinctif, plus spontané. L'autre existe, sur un mode sans doute moins éclatant, mais il est pourtant réel. Le premier correspondait à l'aventure exaltante, mais d'apparence désespérée, dont Charles de Gaulle est l'annonciateur. Le second à l'épreuve lente et douloureuse dont Philippe Pétain ne prévoyait ni la durée ni la fin. Tous deux étaient également nécessaires à la France. Selon le mot que l'on prêtera à Pétain et à de Gaulle, « le maréchal était le bouclier, le général l'épée ». Robert Aron,Histoire de Vichy,1954.
Publié le : vendredi 2 octobre 2015
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Les mémoires de la seconde guerre mondiale
Doc 1 : Une lecture historique du régime de Vichy Ecrivain et historien, Robert Aron a été proche de certains hommes de Vichy, mais ses origines juives l’obligent à fuir à Alger où il côtoie les gaullistes de la France libre. Son Histoire de Vichy est considérée durant plus de quinze ans comme une référence essentielle. L'honneur qu'allègue le maréchal Pétain, c'est l'honneur d'un gouvernement qui a su maintenir les données de son indépendance et protège les populations, en un mot, c'est l'honneur civique. Celui qu'invoque le général de Gaulle, c'est l'honneur militaire pour qui s'avouer vaincu est toujours infamant. De ces honneurs, il se peut que l'un soit plus impérieux, plus instinctif, plus spontané. L'autre existe, sur un mode sans doute moins éclatant, mais il est pourtant réel. Le premier correspondait à l'aventure exaltante, mais d'apparence désespérée, dont Charles de Gaulle est l'annonciateur. Le second à l'épreuve lente et douloureuse dont Philippe Pétain ne prévoyait ni la durée ni la fin. Tous deux étaient également nécessaires à la France. Selon le mot que l'on prêtera à Pétain et à de Gaulle, « le maréchal était le bouclier, le général l'épée ». Robert Aron,Histoire de Vichy,1954.
Doc 2 : La mémoire gaulliste de la Résistance
Voilà donc plus de vingt ans que Jean Moulin partit, par un temps de décembre sans doute semblable à celui-ci, pour être parachuté sur la terre de Provence, et devenir le 1 chef d'un peuple de la nuit . Sans cette cérémonie, combien d'enfants de France sauraient son nom ? (...) Puissent les commémorations des deux guerres s'achever 1 aujourd'hui par la résurrection du peuple d'ombres que cet homme anima, qu'il symbolise, et qu'il fait entrer ici comme une humble garde solennelle autour de son corps de mort. (...).
2 Et maintenant, essayons de calmer les colères d'en face ... Il y a inévitablement des problèmes de personnes, et bien davantage la misère de la France combattante, l'exaspérante certitude pour chaque maquis ou chaque groupe franc d'être spolié au bénéfice d'un autre maquis ou d'un autre groupe, qu'indignent au même moment les mêmes illusions. (...)
Attribuer peu d'importance aux opinions dites politiques lorsque la nation est en péril de mort (...), voir dans l'unité de la Résistance le moyen capital du combat pour l'unité de la nation, c'était peut-être affirmer ce qu'on a, depuis, appelé le gaullisme. C'était certainement proclamer la survie de la France.
Discours du transfert des cendres de Jean Moulin au Panthéon par André Malraux, 19 décembre 1964.
1Expressions qui évoquent les groupes de résistants.
2Évocation des conflits entre les partis politiques souhaitant mettre en avant leur participation dans la Résistance, notamment le parti communiste.
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Doc 3 : L'apport décisif du travail de l'historien
En 1972, l'historien américain Robert Paxton publie un ouvrage sur le régime de Vichy qui sera traduit en français l'année suivante. Il y démontre, à partir des archives allemandes, la collaboration active du régime de Vichy.
a.aLhtéorie du bouclier mise à mal
Vichy a-t-il évité le pire ? Robert Aron fait valoir que statistiquement parlant, la vie des Fran çais était plus facile en France que dans d'autres pays européens (...). En comparant sans complaisance les conditions de vie dans les différentes nations occupées, on ne voit pas que la France ait eu sensiblement plus d'avantages que les autres, soit qu'ils lui aient été concédés par Berlin, soit qu'elle les lui ait arrachés (...). La France fut, en fait, de tous les pays occupés à l'Ouest comme à l'Est en 1943, celui qui fournit le plus d'ouvriers pour les usines alle-1 mandes (...). Le gouvernement mit tout en œuvre pour fournir (...) à Sauckel le contingent de volontaires qu'il exigeait.
Robert Paxton,La France de Vichy.1040-1944, Seuil. 1973. 1 : responsable de la main-d’œuvre étrangère pour le Reich
b.iuqervuœenUdérange
En soulignant l'initiative prise par Pétain et ses associés dans la politique de collaboration, en minimisant la part des pressions allemandes dans l'adoption de politiques telles que les lois antisémites de Vichy, et en soutenant que par leur passivité, les Français s'étaient en grande partie comportés en collaborateurs de fait, Paxton touchait un point sensible dans la perception que les Français avaient d'eux-mêmes et de leur comportement au cours de la Seconde Guerre mondiale.
John Sweets, « Robert Paxton et la France, du briseur de glace à l'iconoclaste tranquille ». Cité dans Sarah Fishman et alii,La France sous Vichy, autour de Robert Paxton. Complexe, 2004.
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Doc 4: Les historiens doivent-ils témoigner lors du procès de Papon ?
a. Jean Noël Jeanneney souligne l'utilité de ces témoignages
Se dégage la seule véritable responsabilité de notre profession dans le prétoire : aider ceux qui en ont la tâche, magistrats ou jurés, à mieux rendre la justice. À si grande distance de temps entre les faits et la sentence (imaginons Dreyfus, Esterhazy ou Zola jugés dans les années 1950), il s'agit au premier chef de lutter contre l'anachronisme [...] tout en résumant ce que la connaissance acquise dans l'in-tervalle par un labeur collectif a établi quant au contexte dans lequel les actes en cause ont été accomplis. [...] Ce qu'on a pu connaître des dépositions des universitaires français et étrangers à Bordeaux — Jean-Pierre Azéma, Marc-Olivier Baruch, Philippe Burrin, Robert Paxton, René Rémond —, et des questions qu'on leur a posées, allant des plus élémentaires aux plus pointues, me parait démontrer qu'ils ont été mieux qu'utiles, indispensables, pour aider les jurés et les juges à se prononcer à meilleur escient, en restituant pour eux, parmi la multiplicité des possibles disparus, ce que furent la liberté de l'homme impliqué, sa connaissance des conséquences de ses actes, la chronologie précise de ses choix. Ils me paraissent donc avoir été bien inspirés en répondant à la convocation du peuple français. »
Jean-Noël Jeanneney, « À quoi servent les historiens ?», L'Histoire. n° 222,1998.
b. Henry Rousso explique son refus de témoigner.
« Étrange situation quand on y songe : les historiens n'ont pas été sollicités durant la phase d'instruction (...) tandis que l'on réunissait les pièces, qu'on en faisait le tri, la critique ; bref, une démarche qui présente des analogies avec l'enquête historique. En revanche, les voilà cités, à grand renfort de tambours, au moment où la procédure judiciaire est la plus éloignée de leur pratique, à savoir l'oralité des débats d'une cour d'assises, au sein de laquelle le poids de la rhétorique judiciaire est considérable, une rhétorique qu'ils ne connaissent pas et qu'ils ne maîtrisent pas. Supposés informer les jurés d'événements que ceux-ci n'avaient pas connus, les historiens étaient en fait dans la même situation que leurs élèves d'un jour : non seulement ils n'avaient pas non plus connu cette époque pour la grande majorité d'entre eux, mais de surcroît, comme les jurés, ils étaient les seuls à ne pas connaître le dossier puisque celui-ci n'était accessible qu'aux magistrats, aux avocats, aux parties civiles et à l'accusé. »
Henry Rousso,La Hantise du passé,entretien avec Philippe Petit, Textuel, 1998.
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Doc5: le négationnismea. La banalisation des crimes contre l'humanité par Jean-Marie Le Pen Le 13 septembre 1987, lors de l'émission Grand jury RTL-Le Monde, Jean-Marie Le Pen déclare à propos de l'utilisation de chambres à gaz par les nazis :« Je n’ai pas étudié spécialement la question mais je crois que c'est un point de détail de l'histoire de la Deuxième Guerre mondiale. »Le leader du Front national a été condamné par la cour d'appel de Versailles pour « banalisation de crimes contre l'humanité»et « consentement à l'horrible.»
b. l’historien face au négationnisme « Ce petit livre est né d'une constatation : depuis deux ans environ, l'entreprise "révi-sionniste", je veux dire celle qui nie les chambres à gaz hitlériennes et l'extermination des malades mentaux, des Juifs et des Tsiganes, et de membres des peuples considérés comme radicalement inférieurs, les Slaves singulièrement, a pris une ampleur inquiétante. (...) Qu'il soit entendu une fois pour toutes que je ne réponds pas aux accusateurs, que, sur aucun plan, je ne dialogue avec eux. Un dialogue entre deux hommes, fussent-ils adversaires, suppose un terrain commun, un commun respect, en l'occurrence, de la vérité. Mais avec les "révisionnistes", ce terrain n'existe pas. Imagine-t-on un astrophysicien qui dialoguerait avec un "chercheur" qui affirmerait que la lune est faite de fromage de Roquefort ? C'est à ce niveau que se situent ces personnages. » Pierre Vidal-Naquet, Avant-propos de l'ouvrageLes Assassins de la mémoire. « Un Eichmann de papier » et autres essais surterévisionnisme,La Découverte, 1987.
Doc6siaçnarftlat:a'Élidcepélomictdans le génocide juifLe 16 juillet 1995, lors de la comm émoration de la rafle du Vel' d'Hiv, le Président Jacques Chirac reconnaît pour la première fois la responsabilité de l'État français. «II est, dans la vie d'une nation, des moments qui blessent la mémoire, et l'idée que l'on se fait de son pays. Ces moments, il est difficile de les évoquer, parce que l'on ne sait pas toujours trouver les mots justes pour rappeler l'horreur, pour dire le chagrin de celles et ceux qui ont vécu la tragédie. [...] Il est difficile de les évoquer, aussi, parce que ces heures noires souillent à jamais notre histoire, et sont une injure à notre passé et à nos traditions. Oui, la folie criminelle de l'occupant a été secondée par des Français, par l'État français. Il y a cinquante-trois ans, le 16 juillet 1942, 450 policiers et gendarmes français, sous l'autorité de leurs chefs, répondaient aux exigences des nazis. Ce jour-là, dans la capitale et en région parisienne, près de dix mille hommes, femmes et enfants juifs furent arrêtés à leur domicile, au petit matin, et rassemblés dans les commissariats de police. [...] La France, patrie des Lumières et des Droits de l'Homme, terre d'accueil et d'asile, la France, ce jour-là, accomplissait l'irréparable. Manquant à sa parole, elle livrait ses protégés à leurs bourreaux. [...] Cinquante ans après, fidèle à sa loi, mais sans esprit de haine ou de vengeance, la Communauté juive se souvient, et toute la France avec elle. Pour que vivent les six millions de martyrs de la Shoah. Pour que de telles atrocités ne se reproduisent jamais plus. [...] Transmettre la mémoire du peuple juif, des souffrances et des camps. Témoigner encore et encore. Reconnaître les fautes du passé, et les fautes commises par l'État. Ne rien occulter des heures sombres de notre Histoire, c'est tout simplement défendre une idée de l'Homme, de sa liberté et de sa dignité.
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