Les rescapés

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"Le gouvernement ne pourra gagner sa liberté et son honneur que lorsque l'Empire turc aura été nettoyé des Arméniens et des Libanais. Nous avons détruit les premiers par le glaive, nous détruirons les seconds par la faim." a déclaré publiquement Enver Pacha en 1916. Dans ce roman, l'auteur relate les événements qui ont déterminé l'avenir du pays et valu au Liban l'extermination de la moitié de sa population ravagée par la famine.
Publié le : jeudi 5 mars 2015
Lecture(s) : 26
EAN13 : 9782336373157
Nombre de pages : 294
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Ramzi T.SALAMÉ
Les rescapésLiban 19141918
Romans historiques e Série XX siècle
Éditions SAËRALMASHREK
4/03/15 18:35:03
LES RESCAPÉS
Romans historiques Cette collection est consacrée à la publication de romans historiques ou de récits historiques romancés concernant toutes les périodes et aires culturelles. Elle est organisée par séries fondées sur la chronologie. MAAS(Annie),Le fils chartreux de Barberousse, 2015. JOUVE (Bernard),Le maréchal de Richelieu ou les confessions d’un séducteur, 2014. IPPOLITO (Marguerite-Marie),Mathilde de Montferrat, Comtesse de Toscane, 2014. WAREGNE(Jean-Marie),Francisco de Orellana. Découvreur de l’Amazone, 2014. SOREL(Jacqueline),L’Aigle et la Salamandre. Le roman de Jean Ango, armateur dieppois au temps de la Renaissance, 2014. DIJOUX(Colette et François),Les Mariés de l’an 9. Deux Destins dans la Grande Guerre, 2014. RAMONEDE(Célestine),Survivre sous la Terreur. Le destin d’une aristocrate, 2013. DIAZ(Claude),L’espoir des vaincus. Soldats perdus d’Abd el-Khader à Sète, 2013. THOUILLOT(Michel),En Lémurie ou Guerre et mythe dans l’océan Indien, 2013. GROSDIDIER (Christophe),Capitaine Stedman ou le négrier sentimental, 2013.CHALON(Tristan),La Reine Pharaon. Récit de la Nubie antique, 2013.SANDRAL(André),Une drôle de citoyenne, 2013. Ces douze derniers titres de la collection sont classés par ordre chronologique en commençant par le plus récent. La liste complète des parutions, avec une courte présentation du contenu des ouvrages, peut être consultée sur le site www.harmattan.fr
Ramzi T. SALAMÉ
LES RESCAPÉS ROMAN
Du même auteur
Le Prince des cyniques (Buchet-Chastel/FMA, 1999) Trésors (FMA, 2003) La Pierre m’a parlé (L’Harmattan/FMA, 2005) La Caste supérieure (L’Harmattan/FMA, 2007) La République des paysans (L’Harmattan/FMA, 2011)
© L’Harmattan, 2015 5-7, rue de l’Ecole polytechnique ; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-05930-3 EAN : 9782343059303
Jdeideh, Liban info@entire-east.com www.entire-east.com
Tous droits de traduction, de r eproduction et d’adaptation réservés à l’auteur pour tous pays
Boulos Zakaria se leva tôt en ce matin du dimanche 9 août 1914 pour accomplir son devoir religieux accompagné de ses parents, de sa sœur et du benjamin d’une fratrie de six enfants. Son frère aîné avait émigré en Amérique et deux autres sœurs étaient déjà casées. Cette journée s’annonçait exceptionnelle car il recevait à déjeuner deux compagnons de son récent voyage – deux cadres diplomatiques en mission aux consulats français et américains – qu’il avait rencontrés sur le paquebot qui le ramenait chez lui suite à son obtention d’un diplôme en Droit délivré par l’État français. D’emblée ils avaient sympathisé et avaient passé ensemble d’agréables moments rendant ce périple court et divertissant. Boulos âgé de vingt-six ans, de taille moyenne mais mince, le visage basané et avenant, encadré d’une chevelure rare, rejoignit ses parents qui l’attendaient pour se diriger à pied jusqu’à l’église d’Antélias – son village natal – qui se trouvait à deux cents mètres de la maison paternelle. La localité d’Antélias est située sur le littoral du Mont-Liban, à une quinzaine de kilomètres au nord de Beyrouth. Depuis son plus jeune âge, il aimait à se
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promener entre les orangers qui enveloppaient de leur parfum la plaine étroite qui borde la Méditerranée, et surtout traverser le vieux pont historique de pierre qui enjambe la rivière limitrophe à la place où se dressait l’église centenaire. Les murs de cette bâtisse furent longtemps témoins de moments forts et déterminants du passé, notamment la célèbre « Ammya » – commune – réunissant les insurgés de diverses confessions du Mont-Liban révoltés contre l’oppression de l’émir Bachir, gouverneur de la montagne à l’époque. À leur arrivée, la chapelle était déjà remplie de fidèles. Les hommes de la famille se dirigèrent directement vers les pre miers rangs où s’installaient traditionnellement les notables. Les femmes prirent place derrière l’espace réservé aux hommes. Dans son homélie le prêtre salua le retour de Boulos de l’étranger. Il en profita pour faire l’éloge du sacrifice des émigrés qui se séparaient de leurs familles en quête de gains afin de pourvoir aux besoins des leurs, d’améliorer leur niveau de vie, contribuant en même temps à l’essor de l’économie de leur pays natal. Ces rentrées constituaient ainsi un des principaux revenus du Mont-Liban autonome. L ’office terminé, les paroissiens se regroupèrent sur la place autour de Boulos, la gent féminine ayant déjà quitté les lieux afin de vaquer à ses occupations domestiques. Les préparatifs de l’invitation lancée par Boulos à l’intention de ses deux compagnons de voyage avaient engendré des rumeurs amplifiant le grade officiel de ses hôtes. Curieux, les villageois cherchaient à connaître le véritable dessein de ces agapes supposées être frugales. D’un ton humble, Boulos minimisa l’importance de cette réunion purement amicale. En revanche son père, se gonflant des relations de son fils, se plut à arborer un air mystérieux truffé d’insinuations élo gieuses, utilisant des phrases très vagues. Fierté paternelle oblige ! Et les auditeurs, d’acquiescer de hochements de tête, feignant de comprendre ces sous-entendus, saluèrent les Zakaria avec respect et se retirèrent. Enfin libérés de cette foule naïve de curieux, Boulos demanda à son père : – Pourquoi avoir tant magnifié ce déjeuner qui n’est pourtant qu’une simple rencontre ?
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– Je suis si fier de toi mon fils ! lui répondit-il le plus simplement du monde. J’ai effectué un bon placement en finançant ton long séjour parisien. Je n’ai pas lésiné sur les dépenses malgré ma réputation d’homme radin. Moi, je n’ai pas eu la chance de m’instruire, j’ai à peine appris à lire et à écrire grâce aux ecclésiastiques qui imposaient cette démarche aux enfants du village. J’ai travaillé dur, d’abord comme muletier, ensuite j’ai escaladé les échelons jusqu’à devenir commerçant en denrées alimentaires, et l’affaire a prospéré. Je veux que nos villageois réalisent que je suis le géniteur d’une personnalité reconnue, à l’avenir prometteur . Cette vision nous procurera encore bien plus de respect. Je commence donc à cueillir le fruit de mes ambitions ! N’oublie jamais que l’aura du mystère frappe les esprits bien plus que la réalité elle-même. Maintenant que tu disposes d’une petite fortune – en l’occurrence la mienne – il te reste à gravir les échelons qui mènent à la célébrité. Et cette réception que tu donnes en l’honneur de tes hôtes représente un premier pas de ton glorieux parcours, oustaz (maître) Boulos. De retour à la maison, le jeune homme s’assit dans la véranda donnant sur la mer , et le père pénétra dans sa chambre qu’il refermait toujours à clé à son départ. Bien qu’issu d’un milieu défavorisé, Béchara Zakaria avait réussi dans les af faires, accumulant une petite fortune non négligeable. Il avait, au cours de ses multiples voyages de transporteur, tissé des relations avec les fournisseurs de blé et de céréales en Syrie, grenier de ces produits. Puis à son tour , et fort de ce réseau, il s’in stalla à son compte, fondant un commerce lucratif qui lui permit de construire cette demeure de deux étages et d’acheter maints terrains agricoles. De taille moyenne, avec un embonpoint proéminent, la tête chauve, le visage joufflu barré d’une moustache à la hongroise, il épousa Thérèse, une belle jeune fille issue d’une lignée respectable et riche en propriétés foncières, mais surtout soumise, serviable et pieuse. La chance lui avait alors souri ! Alors qu’il se prélassait sur la terrasse en attendant ses invités, Boulos se trouva soudainement envahi par ses souvenirs de Paris. Il comparait l’exiguïté de son logis d’une seule pièce de la rue Jacob dans le sixième arrondissement, à son domicile actuel.
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