100 poèmes donnés au vent

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L'auteur Jean-Pierre Bigeault, psychopédagogue puis psychanalyste, n'a céssé de regarder le monde en poète. Son nouveau recueil réunit une suite de poèmes destinés à un ami mourant. Aussi, ce livre lui est dédié.
Publié le : mercredi 1 octobre 2014
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EAN13 : 9782336357690
Nombre de pages : 180
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625
Jean-Pierre BIGEAULT100 poèmes
donnés au vent
100 poèmes donnés au vent réunit une suite de poèmes
destinée à un ami mourant. Le livre lui est dédié.
Apprivoisement d’une mort regardée en face dans un ordre 100 poèmes qui est bien celui de la nature, musique allant vers sa fn et
jusqu’au bout de son espérance portée et emportée avec le
soufe qui appartient au vaste vent. Vent aussi de la poésie donnés au vent
qui fait aimer la parole dans le souvenir de la voix presque
déjà perdue.
Suite de poèmes
Jean-Pierre Bigeault, psychopédagogue puis psychanalyste, n’a cessé
de regarder le monde en poète. Éducateur, enseignant, animateur
d’institutions, thérapeute, la pensée de son action s’est nourrie des
images qui portent la vie au-delà d’elle-même, là où sa fragilité lui
revient en force.
Ainsi en auront témoigné une dizaine de recueils de poésie et de
nombreux essais dont, plus récemment, le Double crime de l’abbé
Desnoyers, et Une poétique pour l’éducation (L’Harmattan).
625
ISBN : 978-2-343-04442-2
17,50 e
Poètes des cinq continents
Jean-Pierre BIGEAULT
100 poèmes donnés au vent








100 poèmes donnés au vent


Poètes des cinq continents
En hommage à Geneviève Clancy qui l’a dirigée de 1995 à 2005.
La collection est actuellement dirigée par
Philippe Tancelin

La collection Poètes des cinq continents non seulement révèle les voix
prometteuses de jeunes poètes mais atteste de la présence de poètes qui
feront sans doute date dans la poésie francophone. Cette collection
dévoile un espace d’ouverture où tant la pluralité que la qualité du
traitement de la langue prennent place. Elle publie une quarantaine de
titres par an.


Déjà parus

624 – Yves Patrick AUGUSTIN, D’ici et nulle part, 2014.
623 – Patrick WILLIAMSON, Tiens ta langue. Hold Your Tongue
(bilingue français-anglais), 2014.
622 – Michel JAMET, Partage son royaume !, 2014.
621 – Ayten MUTLU, Les yeux d’Istanbul. Istanbul’un gözleri, 2014.
620 – Philippe GUILLERME, Tout attaché, 2014.
619 – Patricia LAIGLE, La neige sur le museau des biches, 2014.
618 – Paul Henri LERSEN, Poèmes d’Ici, 2014.
617 – Omer MASSEM, Fragments sauvegardés, 2014.
616 – Umberto PIERSANTI, Lieux perdus, 2014.
615 – Thierry LASPALLES, Silence des saisons, 2014.
614 – Stella VINITCHI RADULESCU, Comme un désert de roses,
2014.
613 – Ban’ya NATSUISHI, Cascade du futur, 2014.
612 – François DESFOSSES, Fleurs de l’inexistence, 2014.
611 – Emma PEIAMBARI, Les rosées de l’exil, 2014.
610 – Paul Henri LERSEN, Geometria. Mesure du monde, 2014.
609 – Philippe TANCELIN, Seuils, 2014.
608 – Ludmilla PODKOSOVA, Le don des mots, 2014.
607 – Abdarahmane NGAÏDE, Ode Assilahienne, 2014.
606 – Maurice COUQUIAUD, Anthologie poétique. 1972-2012, 2014.
605– Daniel LEDUC, Sous la coupole spleenétique du ciel, 2013.
604 – Michel Khalil HELAYEL, Ton visage mon souffle ma lumière,
2013.
603 – Suzanne MERIAUX, Visages de l’eau, 2013.
602 – Milan ORLIC, Ardent désir d’unité, 2013.

Jean-Pierre BIGEAULT












100 POÈMES DONNÉS AU VENT
Suite de poèmes





























































































































© L’Harmattan, 2014
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-04442-2
EAN : 9782343044422


À la mémoire de mon ami Christian David




J’ai bien souvent regardé la mer jusqu’à ne plus la voir.
La mer est une pierre trop précieuse pour être livrée à la
foule pressée de mes yeux.
La disparition de l’être aimé est une condition cachée
de notre ferveur. L’effacement des arêtes conduit la forme
au-delà de la première abondance et de la raison qui
l’ordonne. C’est un souvenir, et une folie déjà.
Je me surprends souvent à m’avancer dans un passé
nouveau.
L’insolence du présent cède à l’adoucissement de cette
marche que tout voyageur connaît bien, pourvu qu’ayant
posé son sac il s’aperçoive qu’il y a creusé sa maison.
À l’intérieur, nous dormons avec nos morts.
Les vivants y reposent aussi. Ils rêvent avec les mots
de cet amour couché dans l’herbe que le vent fait courir
jusqu’à la mer. C’est une extravagance de remettre sa vie
entre les mains aimées de quelqu’un, mais ce désordre
nous délivre de nos châteaux. Les dieux s’usent dans leurs
tabernacles. Les faux diamants de la piété calculée les ont
perdus dans leurs grimaces.
Mes amis, qui sont des arbres, me relancent avec leurs
racines dans la nuit des trésors enfouis. Dans leurs
feuillages, une fois monté jusqu’à la cime et son
frémissement, le chant revient à l’absence comme à sa
source.
7
1
Je pense à l’ami qui marche dans les jardins,
à l’ami qui se rapproche de la mort,
passant d’un jardin à l’autre.

De poème en poème, le voyageur illuminé
traverse l’ombre de son corps
qui est un nom épais.
Il le prononce tout bas
pour mieux entrer dans son silence
et il le pousse devant ses yeux
jusqu’à en faire le nuage
d’une vie qui passe.

Mon ami ne s’entend plus.
Enveloppé de vapeur, il ne voit
sur les jardins que son passage
d’oiseau déjà pluvieux,
les gouttes arrondies de ses mots,
l’aile de l’eau ventée.


9 Le voyageur à la vitesse où il va,
maintenant que sa pensée se traverse elle-même,
à l’horizon plane
sur des siècles d’ancêtres
des amas scintillants d’êtres,
l’histoire devenue océan,
et s’il fleurit au loin,
son soleil prend l’eau,
mon ami coule dans l’été caché.

En sa profondeur,
où je reçois son ombre
où je veille à la lente déperdition
de son effroi,
son nom est immobile.
10
2
Verre brisé
quelqu’un se défait de soi
les éclats de l’être
en appellent à mon sang
pour peu que mes doigts le suivent à l’énoncé
de lumière froide
au fil tendu de son cristal
toi qui t’offrais au vin glorieux de la plénitude
avec son flamboiement
je voudrais te reprendre à l’éclatement dur
où s’est brisé l’élan de ton sourire
encore fondu dans la chaleur
des sables
je voudrais te rendre au soleil
ma main te levant au ciel
visage clair
visage de l’enfant qui naît à la promesse
promis au grand miroir de la terre à la mer
et à ses mûrissements
comme chaque objet ouvert à la lumière.

11 Mais n’est-ce pas le même geste
où par chacun de tes éclats tu me vois
te reprendre jusqu’à mon sang
verre déjà ancien

Verre gravé au nom
de quelqu’un
accueil
silencieux accueil d’une forme
qui est sienne
verre brisé
qui se défait de soi.
12
3
La mer pourrait venir jusqu’à mon lit,
prendre mon corps ultime,
rocher froid un peu hirsute et sourd,
et le bruit de mon arrachement
irait se perdre dans le charivari
des vagues.

Voilà une fin ! Je tomberais de ma hauteur
un peu lasse dans l’eau sombre et blanche
à laquelle déjà je ressemble
et le mélange de corps et d’âme
dont je suis fait formerait une île
furtive couronnée d’un trou.

Il y aurait un trou dans la mer
dont certains diraient : belle béance
d’une langue qui ne se parle plus,
ou musique désormais creuse ;
c’était un homme sans illusion
dont l’héritage océanique
échoit à un dieu mort.
13 Puis les chastes vagues reprendraient le refrain
de la grosse et interminable chanson
eau blême et sépulcrale
où les baigneurs se plaisent à anticiper
le sombre paradis des profondeurs.

Justement j’y serais une ombre
de la pierre blanche, comme du temps
où j’étais encore accroché
au lit vertigineux de la falaise.
14
4
De l’ordinaire foison des apparences
l’une
était pour être dans le toujours
hors de son nom
hors de l’autre qui le disait
le monde avait glissé de son reflet
dans le miroir sans parole
sans personne
ou de la barbe de Dieu
dans le trou de sa bouche
entièrement entourée d’eau

Volcan marin.
15
5
Non pas quelque visage au hasard
mais celui qu’une lumière hésitante affleure
en visiteuse
toute menue dans sa pensée d’un commencement
tel tu t’interroges toi-même sur ton début timide
l’instant encore fondu dans le temps nocturne
de la naissance
si tu allais mourir
la lumière n’étant qu’une autre lumière
tu entrerais dans le sous-bois finement herbu
d’une lune tombée par là
l’éveil quelque peu laborieux de ce corps
empêtré dans les branches
te rappellerait le sommeil le vieux sommeil
l’enfant juste éclairé par la flamme dansante
de son premier jouet
et au fond de toi la douceur de quelque fleur
ou mousse ou reste feuillu de visage
qu’un pâle rayon
16 visiteur enfantin tombé du ciel
saluerait d’un peu plus loin que la lumière
d’un sommet plus ou moins neigeux de la nuit
devenue chère.
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