Anthologie de la poésie ivoirienne

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Plus qu'un simple recueil de morceaux choisis, cet ouvrage, tout comme ceux qui l'ont précédé, veut proposer de la poésie ivoirienne un panorama, le plus vaste possible, qui, tout en présentant en une série d'esquisses toutes les oeuvres qui auront pu être recensées, permettre de fixer des repères.
Publié le : jeudi 4 décembre 2014
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EAN13 : 9782336363127
Nombre de pages : 230
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630
Anthologie de la poésie ivoirienne Marie-Clémence ADOM
Découvrir les poètes de la dernière décennie
Avec la crise qui secoua la Côte d’Ivoire depuis la mort d’Houphouët
Boigny, (les) divers métissages linguistiques débouchèrent sur
l’impérieuse nécessité de résoudre le problème identitaire qui
menaçait de faire éclater la nation. M-C. Adom explique comment,
“dans un climat de guerre larvée... le zouglou, parti de la cité Anthologie universitaire de Yopougon (quartier de la capitale) (revue Ethiopiques
2013 – Dakar), va permettre au peuple misère de se soulager l’âme
ou crier sa colère : pour refuser sa dissolution, pour resserrer ses de la poésie ivoiriennemembres et empêcher leur écartèlement.
A côté et parallèlement, la poésie orale dans les langues du pays
se poursuit dans les villages, accordée aux cérémonies de la Coutume
Tome 3(…). Pour autant, la poésie écrite en français n’a pas disparu, elle s’est
au contraire enrichie de nouveaux poètes, de nouvelles écritures.
Leur extrême diversité, leur évolution accélérée, les voies nouvelles
qu’ils empruntent, leur témérité sans précédent dans leurs audaces Découvrir les poètes de la dernière décennie
stylistiques et linguistiques – et ce sur un espace de temps si court –
révèlent une créativité littéraire que nous ne retrouvons pas dans les
autres nations de l’Afrique francophone, Afrique du Nord y compris.
(Lilyan Kesteloot)
Marie-Clémence ADOM est enseignant chercheur,
Maître de Conférences de poésie (histoire littéraire
et poétique) au département de lettres modernes de
l’université Félix Houphouët Boigny. Après une thèse
ede 3 cycle sur l’histoire de la poésie ivoirienne écrite,
soutenue en 1995, elle a aussi soutenu en, 2012 une thèse
d’Etat sur le Zouglou, un genre musico-poétique né de la néo urbanité
ivoirienne. Outre ses recherches sur la poésie écrite de Côte d’Ivoire,
elle est l’auteur de Anthologie de la poésie ivoirienne, tome 1 :
(re) connaitre les poètes de l’écriture des origines à 1975 et Anthologie
de la poésie ivoirienne, tome 2 : connaitre les poètes des années 80
(chez le même éditeur)
Plus qu’un simple recueil de morceaux choisis cet ouvrage, tout
comme ceux qui l’ont précédé, veut proposer de la poésie ivoirienne un 630
panorama, le plus vaste possible, qui, tout en présentant en une série
d’esquisses toutes les œuvres qui auront pu être recensées, permette de
fixer des repères.
ISBN : 978-2-336-30578-3
20,50 €
Poètes des cinq continents
Marie-Clémence ADOM
Anthologie de la poésie ivoirienne
Poètes des cinq continents































Anthologie de la poésie ivoirienne
Tome 3
Découvrir les poètes de la dernière décennie

Poètes des cinq continents
En hommage à Geneviève Clancy qui l’a dirigée de 1995 à 2005.
La collection est actuellement dirigée par
Philippe Tancelin

La collection Poètes des cinq continents non seulement révèle les voix
prometteuses de jeunes poètes mais atteste de la présence de poètes
qui feront sans doute date dans la poésie francophone. Cette collection
dévoile un espace d’ouverture où tant la pluralité que la qualité du
traitement de la langue prennent place. Elle publie une quarantaine de
titres par an.


Déjà parus

629 – Marie-Clémence ADOM, Anthologie de la poésie ivoirienne
tome 2, 2014.
628 – Marie-Clémence ADOM, Anthologie de la poésie ivoirienne
tome 1, 2014.
627 – André LO RÉ, Premiers pas au pays des haïkus, 2014.
626 – Iona GRUIA, Le soleil sur le fruit, 2014
625 – Jean-Pierre BIGEAULT, 100 poèmes donnés au vent. Suite de
poèmes, 2014
624 – Yves Patrick AUGUSTIN, D’ici et nulle part, 2014.
623 – Patrick WILLIAMSON, Tiens ta langue. Hold Your Tongue
(bilingue français-anglais), 2014.
622 – Michel JAMET, Partage son royaume !, 2014.
621 – Ayten MUTLU, Les yeux d’Istanbul. Istanbul’un gözleri, 2014.
620 – Philippe GUILLERME, Tout attaché, 2014.
619 – Patricia LAIGLE, La neige sur le museau des biches, 2014.
618 – Paul Henri LERSEN, Poèmes d’Ici, 2014.
617 – Omer MASSEM, Fragments sauvegardés, 2014.
616 – Umberto PIERSANTI, Lieux perdus, 2014.
615 – Thierry LASPALLES, Silence des saisons, 2014.
614 – Stella VINITCHI RADULESCU, Comme un désert de roses,
2014.
613 – Ban’ya NATSUISHI, Cascade du futur, 2014.
612 – François DESFOSSES, Fleurs de l’inexistence, 2014.
611 – Emma PEIAMBARI, Les rosées de l’exil, 2014.
610 – Paul Henri LERSEN, Geometria. Mesure du monde, 2014.
609 – Philippe TANCELIN, Seuils, 2014.
608 – Ludmilla PODKOSOVA, Le don des mots, 2014.
607 – Abdarahmane NGAÏDE, Ode Assilahienne, 2014.
Marie-Clémence ADOM








ANTHOLOGIE DE LA POESIE IVOIRIENNE
Tome 3


Découvrir les poètes de la dernière décennie












L’Harmattan



































© L’Harmattan, 2014
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris
http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-336-30578-3
EAN : 9782336305783
Introduction


Dans l’histoire de la poésie ivoirienne, 1990 marque le
début d’une (r) évolution initiée par l’apparition d’un fait
littéraire inédit. En effet, la crise économique, sociale et
politique, qui aboutit à l’instauration du multipartisme va
promouvoir une littérature d’un type nouveau. Le genre par
lequel s’exprime cette "poésie" va être le Zouglou, mouvement
à la fois musical et « philosophique », né dit-on, de la détresse
des étudiants dans les cités universitaires. La particularité de ce
nouveau courant est d’allier de façon surprenante l’urgence qui
fonde l’information de type journalistique et l’essentiel des
combinaisons qui ouvrent à la fonction poétique. Se dévoile
alors un champ littéraire qui se déploie entre la chronique et la
prose poétique.
Dans le prolongement de cette parole libérée et
explosée, la poésie écrite tente de se frayer un chemin, soit en
cristallisant et canonisant une pratique poétique qui, plus que
jamais, emprunte ses sujets aux événements qui secouent le
pays, soit en ressuscitant les modes anciens de dire et d’écrire.
Le trait distinctif de cette génération - et pourquoi nous
ne la posons pas comme une période littéraire au sens historique
du terme - tient ainsi au fait que l’homogénéité qui déjà était
1fragilisée en 1980 est ici rompue de l’intérieur ; certains textes
présentant en leur sein des stigmates de diverses périodes
quand, parallèlement, les auteurs qui en portent le flambeau
s’inscrivent tout aussi diversement dans les sillons de catégories
déjà déterminées et existantes.
Quelles écritures donc pour ces poètes de la dernière
pluie ? La réponse à cette interrogation semble déjà trouvée,
quoique, à la différence des auteurs des générations antérieures,
ceux présentés dans cet ouvrage ont rarement, sinon jamais, fait
l’objet d’un examen systémique (d’ordre théorique et poéticien)
qui aurait permis de les intégrer dans le continuum de la poésie
ivoirienne. Néanmoins, les traits formels de chaque écriture ayant

1 Anthologie de la poésie ivoirienne, tome 2c,onnaître les poètes des
années 80, chez le même éditeur.
7 été suffisamment révélés par la lecture que nous avons pu en
faire, la question de l’insertion de ces « nouveaux » n’est que
2suspendue…
Il ressort en effet que si, au plan de l’écriture, certains
auteurs présentés ici (Jules Fegbo, Djelhi Yahot , Marshall Kissy,
Azo Vaughy, Konan Langui), s’inscrivent diversement dans les
sillons de catégories déjà déterminées et existantes, d’autres, tels
Josué Guébo, Marie-Danielle Aka, Amichia Thomas, Henri
Nkoumo, ou encore Michel Gbagbo sous certains aspects,
participent d’une tendance nouvelle (mais non inédite, parce que
annoncée auparavant par des textes comme Les braises de la
lagune), qui tend à se cristalliser aussi bien dans la poésie écrite
qu’ailleurs, dans la poésie néo oraliste.
Les traits distinctifs de cette tendance: la récupération de
l’événement, politique, social, immédiat surtout, qui pousse à
figer l’actualité en une série de flashs, présentés comme autant de
clichés d’un reportage journalistique.
Par leur positionnement et leurs choix thématiques, ces
auteurs ont semble-t-il des ancêtres et des modes de dire (et de
diffuser) qui ne ressortissent pas toujours à que l’on considère
traditionnellement comme relevant du domaine de la poésie. Là
se trouve la raison première pour laquelle nous nous sommes
refusée dans un premier temps à les insérer dans les époques
précédentes.
La complexité de leurs influences et héritages constitue la
seconde raison pour laquelle nous ne détaillons pas ici les grands
traits de ce « courant » : les limites que nous nous sommes fixée
dans le cadre restreint de cet ouvrage ne le permettent pas. Les
petits résumés visant à présenter les œuvres ne sauraient en effet
suffire à les éclairer. Nous réservons cela à un autre ouvrage, à
3paraître bientôt .

2 Une étude à venir, qui envisage d’aborder cette fois la poésie ivoirienne du
point de vue de son histoire et de sa poétique, devrait permettre de combler ce
« vide ».
3 La problématique 3 de la poésie ivoirienne - en préparation - ambitionne
d’aborder la question avec plus de pertinence. Le titre de l’ouvrage : La poésie
ivoirienne, problématique 3 : poètes et poésies sans couronne, nouveaux
espaces, nouveaux enjeux, devrait paraître bientôt, chez le même éditeur.
8 Aka Marie-Danielle

Poèmes érotiques de guerre, Paris, L’Harmattan, 2008.

Insolite et logique de l'absurde, les deux mots qui viennent à
l'esprit au (premier) contact avec l'œuvre de cette femme,
nouvelle en poésie mais non inconnue dans la littérature
ivoirienne. Le titre du recueil autant que les poèmes qui y
figurent, manifestent une réalité qui, pour être antithétique n'en
est pas moins réelle ; d'où le sentiment d'une incongruité poussée
à l'absurde qui colore cette poésie.
Comment, sinon, qualifier autrement les « noces de l'amour et
de la mort », ou l’improbable « union de l'amante avec son
mortel amant ?

Battez tambours
Sonnez trompettes
La fanfare en rang dans les jardins
Gens d’armes croisez les épées
Nubiles jetez les paillettes d’or
Qu’avance la mariée dans sa robe de mousseline
A la blancheur de l’aurore annonciateur du soleil
Que recule le marié dans son costume noir si sang
A la noirceur du crépuscule annonciateur de l’orage

Battez tambours
Sonnez trompettes
La fanfare en rang dans le jardin
Gens d’armes croisez les épées
Nubiles jetez les paillettes d’or
Que prennent place les hommes politiques à la cravate rouge
Couleur de sang
Que restent dehors les soldats au treillis vert
Couleur des champs
4Ce sont les noces de l’amour et de la mort

Contre toute vraisemblance, l'hymne macabre que chante la
poétesse n'est pas totalement chant de mort et d'anéantissement,
pas plus qu'il ne veut « ouvrir des plaies cancéreuses » ou «
alerter les messagers de la mort ». De brutal qu'il soit, le choc de

4 Poème intitulé « Noces d’un noir si sang », in Poèmes érotiques de guerre.
9 ces images et les alliances qui surgissent sous la plume du poète
veulent opérer comme le sacrifice qui, loin de tuer, préserve la
vie, au prix de la déraison, pour enfanter le Beau, appeler à la
plénitude, guérir de l'angoisse qui consume l'homme privé du
délire de la jouissance, afin que vive, unie, la nation.

Sékokonnon
Mets ta main fraîche
Ta main fraîche sur mon cœur de braise
Le cœur de la nation
Cœur de soldat
Farouche et tragique ma passion
Ma passion pour tous
Sékokonnon
Tous pour ma passion
Mon amour
Ma religion
Je me battrai
Je mourrai
L’un indivisible
L’unité
5La nation

Le vent que souffle Marie Danielle Aka sur la poésie ivoirienne
est nouveau par sa hardiesse et colle en cela à l'esprit de la
nouvelle poésie des nouveaux poètes de cette nouvelle
génération.









5 Poème intitulé « L’unité », in op. cit.
10 LE DIVORCE DU MORT


Du vin blanc dans une coupe rose bonbon pétillant de bulles de
désir
Une coupe rose bonbon offerte pour célébrer nos noces qui
n’ont pas eu lieu
Façonnons le futur que tu ne vivras pas avec moi qui garde le
présent
Qu’importe femme qui ne porteras pas les fruits de ton champ
labouré
Nous sommes nous avons été peut-être serons-nous dans l’au-
delà
Maintenant assumer la spontanéité de l’instant arraché au
destin
Mettre à l’abri de la pudeur la fureur de la passion destructrice
Avant que pointe la lame de l’avenir pourfendant les illusions
de vérité
N’explique pas le passé pour ouvrir des plaies cancéreuses ie présent de peur d’alerter les messagers de la
mort
N’explique pas le futur que Dieu a confisqué pour notre grand
malheur
Rêvons de cette fête des cœurs aux invités endimanchés de noir
et de rouge
Oublions l’implacable nécessité d’un monde impossible pour
celui qui part
Nous ne nous marierons pas pour que tu épouses les souvenirs
de ma bravoure marierons pas pour que j’épouse la mort amante
du soldat
Signe le registre de l’état civil avec tes larmes de
femme violée
Signe à ma place avec mon sang versé dans l’encrier des
cendres de l’espoir
Habille-toi de mon linceul pour être la plus belle veuve jamais
mariée

Poèmes érotiques de guerre
ère1 partie : Désirs de guerre
11 UNE SAISON DE SANG



Sournoise depuis quelques jours elle approche à pas feutrés
sans crier gare
La saison sèche finit en pluies merveilleuses dans les cavités
fertiles de la terre
Finitude glaciale sous les Tropiques craquelant la peau des
enfants
Les croassements nocturnes et irritants de la grenouille grise
des marécages
C’est la musique des feuilles mouillées par les larmes de Dieu
Ne viens pas dans la nuit quand cessent les aboiements des
chiens errants
Queue entre les pattes museau au sol ils distribuent la misère
aux hommes
Ne viens pas quand cessent les lamentations des chats en deuil
Ils préparent les cercueils des bébés souriant au monde de la
guerre

La nature jubile et bourgeonne riche de mille vies
Soudain violent saccageant les pépinières le monde de tonnerre
et de braise
Le ciel méchant gonfle ouvre son gouffre de nuages aux
langues affamées de feu
Des hommes hurlent
Des femmes hurlent
Des enfants hurlent
Qui entendra les hurlements du monde de l’espoir ?
Hommes abattus
Femmes éventrées
Enfants déguenillés
Corps étêtés
Un bébé pleure sur la place publique
Dans la boue et dans le fracas des armes automatiques
Les créatures de Dieu courent et courent vers lui
Echapper
12 Au monde jaune et rouge des flammes
Au monde gris de la fumée
Au monde noir de la mort
La saison sèche s’étire sous la pluie
Les jardiniers de la Mort arrosent de sang
Les villes
Les campagnes
Les champs
Les hordes de la peur vont par monts et par vaux fourmis
éparpillées par un bâtonnet
O Homme prétentieux
O Homme orgueilleux
O Homme vaniteux

Qui es-tu ?
Une poignée de poussière ramassée dans le souffle de vie
Rien



Poèmes érotiques de guerre
ère 1 partie : Désirs de guerre




13 NEUVIEME CHANT

Sékokonnon voler un rayon de ta beauté dorée
Parer ce pays gris et noir de laideur ancestrale
Sékokonnon voler l’éclat de ton sourire

Illuminer de rires d’ivresse ce pays morne triste d’ennui tribal
Sékokonnon voler la générosité de ton ventre
Peupler ce pays rouge de guerre noir de deuil immémorial
Peindre en blanc de paix et en blanc de mort sereine et
accomplie

Les temps de lassitude durent pour accoucher du temps des
suicides
Retrouve-moi sur le sentier qui mène à la maternité des pleurs
joyeux
Accorde la béance de l’intimité perdue et l’allégresse fautive
de l’arrosoir
Les pistons de la chaudière de la machine à remonter le temps
en action

Dans la phase en plateau la matrice disposée de ton corps
enflammé
Nomme les fantasmes choquants de la stupeur qui dresse
l’homme
Dépeins appliquée les reflets de la prison de la raison des
commandements
Gomme-les de la sinistre table des lois tenant le corps en
opprobre

Sékokonnon voler un rayon de ta beauté dorée
Parer ce pays gris et noir de laideur ancestrale
Sékokonnon voler l’éclat de ton sourire

Sois le modèle et le peintre des statuettes de la fécondité
brisées par les stériles
C’est toi que j’attends pour éteindre l’inextinguible feu de la
division
Libère-moi des péchés d’une vie pieuse ensevelissante dans la
14 stupeur
S’envolera l’ange de la luxure que réclament les jours noirs si
sang

Damasse la toile de l’orgie qui s’altère en un tableau de saints
Que les ouvriers du monde dépeuplé démolissent les palais de
solitude
Qu’ils construisent les cathédrales de la génération ornés de
passion
Assurément les cloches annoncent l’être solaire sauvage
d’égoïsme et de folie

Sékokonnon voler un rayon de ta beauté dorée
Parer ce pays gris et noir de laideur ancestrale
Sékokonnon voler l’éclat de ton sourire



Poèmes érotiques de guerre
ème2 partie : Sékokonnon, cantique d’un soldat au front

















15 AMOUR PORTABLE
PAR-DELA LE DOME DES ESPACES
ECLATES


Le premier jour

Bien-Aimée

L’as-tu dit ? l’ai-je dit ?
Disons-le : je t’aime
Quand es-tu arrivée. Je ne le sais
Je ne t’ai pas vue avançant dans ma vie
Expérience de l’humanité déposée dans mon cœur
Tu es les souvenir présent à venir dans ma joie
Dans les bras de ma mère l’inconnue à qui j’ai souri dans
l’étonnement
L’irradiation qui s’est emparée de moi t’a reconnue à ton
sourire
Et la bouche cousue à mon palais a parlé du mystère de ce qui
vient
J’ai nommé la découverte du pays rose inconnu inconnaissable
des humains
Ivresse noire quand s’épanche le vin de palme des soirs de
noces

Petit Cœur
Voici que resplendit au zénith le soleil de ton amour
Le feu de la possession brûle mon corps nu trempé
Si ton amour décline au couchant les ombres difformes
s’emparent du jour
Je suis dans la nuit frissonnante d’inquiétude attendant l’aurore
que tu as confisquée

Après minuit la première nuit

Bien-Aimée
Que veux-tu savoir traqueuse des distances destructrices des
passions ?
16 Je suis le voyageur au carrefour attendant l’étoile du berger
Qu’elle lui indique le chemin de la Renaissance
Le conquérant nomade du désert enfermé dans la cage de
l’oasis
Je suis le quêteur de l’ivresse numérique
Qui n’est jamais allé visiter le temple de l’unité perdue
Offre-moi l’expérience de l’infini qui m’enrichira de la
défaillance de l’altérité
Te libéreras-tu des chaînes de la totalisation pour m’échapper
dans la solitude ?

Petit Cœur
Que ne suis-je une hirondelle pour fendre l’air
M’asseoir sur ton lit protéger ton sommeil du cauchemar de
l’infidélité
Comme la pierre philosophale transformer tes soucis en
allégresse


Une semaine

Petit Cœur
Icône de ma religion la distance qui écartèle nos corps ferme
mes yeux naturels
Mais l’œil de mon cœur ne cesse de te contempler et caresser

Bien-Aimée
Magnifiques ces paroles caressantes qui libèrent mon
magination
Pourrais-je être un amant comblé s’il manquait ta grâce féline ?
Merci ! juste ce petit mot pour que la nuit te lise mon poème

Petit Cœur
Aux nuages indécents filant dans le ciel à la recherche d’un
courant chaud
J’ai confié un baiser de ma bouche gourmande
Une senteur des prés pour rafraîchir tes joues brûlantes
Une sagesse thaïlandaise pour les bras de Morphée

17 Deux semaines

Bien-Aimée
Beauté d’argile le sommeil a disparu dans tes photos que
transporte ma mémoire
Elle a fermé les yeux devant l’image de tes reins cambrés
L’ascension du Golgotha pour ressusciter au petit matin
Ta présence trouble mon repos de travailleur consciencieux
Je veille pour t’aimer

Petit Cœur
Que la grâce du devoir accompli t’apporte le sommeil des
justes
Alors n’ouvre pas les yeux pour contempler les paires
Elles conduisent à la caverne où s’est égarée ta raison


Un mois

Bien-Aimée

A l’autre bout ton portable ne répond pas délaissé éteint
déchargé
Voix mécanique d’un répondeur à perpétuité de la technique
Le tambour de ton cœur retentit dans le lointain et le proche
Jusqu’au sommet du pic abrupt et vertigineux de mes doutes
L’écho de ton absence déjà si longtemps résonne jusqu’à la
ronde des étoiles
Pensées sombres vagabondes dans les draps roses d’une
chambre dépeuplée
La complainte rauque de ma souffrance rivée à ma chair
Cueilleras-tu avec moi dans la torpeur de la nuit les fleurs
blanches ?
Soignée ma passion fragile mortellement blessée
Le sommeil fatigué de mes caprices boude dans les bâillements
Debout au bord du précipice j’hésite encore

Petit Cœur
Une étoile dans la galaxie de l’amour brille encore
18
Des jours des mois des années elle suit la rotation de ton cœur
autour de la vie
La nuit est épaisse pour le berger sur le chemin du retour
Une étoile brille encore dans cette nuit du mystère
Elle est la lumière irradiant les ténèbres de la vie
Y-a-t-il une voie à choisir au carrefour d’une vie de bonheur ?
Abrupte est la pente de la jalousie épée samouraï
Ses galets coupants écorchent le cœur tombé dans l’amnésie
Une étoile dans la galaxie de l’amour brille toujours
Engendrée par mon amour pour la guider dans les montagnes
L’étoile du berger céleste

Bien-Aimée
Je n’ai pas ouvert le monde déformé de la jalousie
Aux frontières de l’imagination malade la mère des monstres
de la haine
Je n’ai pas fondu l’or que tu as extrait des mines de la
confiance en plomb

Petit Cœur
Des gouttelettes d’eau luttent avec ma peau grasse pour
survivre
Ma peau humide frissonne au rappel de ton sms plein de peine
Les orties de la jalousie guettent l’amant qui met le champ en
jachère
Dans ton pantalon tu as caché la clé de sécurité qui ouvre ma
porte
Les cicatrices de ta lame tranchante sont des chéloïdes dans ma
chair
Dans ma gaine des murailles contre les conquérants trompe-la-
mort

Deux mois

Bien-Aimée
Les jours passeront et se déformeront les corps
Mais mon désir pour toi restera éternel diamant des mines
d’Afrique du Sud
19 Jaillis en moi jaillis en moi
Source solaire de ma félicité

Petit Cœur
L’amour se fortifie et épouse les formes tracées au bistouri
d’une destinée
Des corps qui se déforment et tanguent au rythme cadencé et
lent du temps
Je t’aime

Bien-Aimée
Que tes doigts délicats ne frôlent pas les touches mécaniques
du portable
Messagers muets froids des héritiers de Prométhée
Ecris avec la plume d’oie aux lettres arrondies flattant la virilité
de l’amant
Le frisson des lèvres faussement boudeuses de leurs délices
Avec l’encre rouge de ton désir exacerbé par l’attente de
l’amant
Badigeonne les murs de l’enfer des couleurs torturées d’un
cadeau à soi-même



Poèmes érotiques de guerre
ème3 partie : Guerre des désirs













20 Amichia Koffi Thomas


19 septembre 2002, Drame en Eburnie,
Abidjan, Graphical, 2009.


Parfait prototype du "courant événementialiste" de la poésie
ivoirienne, ce premier recueil du poète Amichia Koffi Thomas
est, ainsi que le signale le titre, tout entier dédié aux événements
qui, le 19 septembre 2002 ont entrainé la Côte d’Ivoire dans une
spirale que l’auteur décrit en termes de trop de sang versé, trop
d’innocents tués.

(ABIDJAN LE 2 SEPTEMBE 2002, 16 HEURES 40 MINUTES)
A toi mon ami
Qui vis aujourd’hui
A 6000 Km, à Paris
Tu connais la nouvelle
Pas du tout belle
Depuis le 19 septembre 2002
Enfermé dans ta chambre
Seul avec ta peine
Assis au bord de la Seine
Tout seul à la fête
Rien dans ta tête
Sauf la tristesse

Dis-moi mon Ami
Ce pas de paix
D’hospitalité et d’espérance
Mérite-t-il ces événements
Tragiques de maintenant
Qui nous affligent ?
A Boga et à Yacé
A nos martyrs
Ils sont gravés dans nos souvenirs
Dans nos soupirs, dans nos avenirs

Ils auront de beaux cercueils
De beaux linceuls, de beaux recueils
Trop de sangs versés,
21 Trop d’innocents tués
Le 11 septembre 2001 a été américain
Le 19 septembre 2002 est ivoirien
Abdul mon Ami
Dis-moi pourquoi ? Oui pourquoi ?

Dans ces méditations, toutes ces horreurs me
6glacent le sang…

Boga Doudou, Marcellin Yacé, Jean Hélène, Guy-André
Kieffer, Anaky, Serges Kassy, Mamadou Coulibaly, Ado, Soro,
Seydou Diarra, Lida, Woody, Yao Yao Jules, Gueu Droh, IB,
Fologo, Simone Ehivet, Henriette Bédié…
Ce recueil pullule de noms et/ou références aux divers
protagonistes du conflit. Victimes innocentes, personnalités
connues, militaires, civils, bourreaux, tous sont cités et interpellés
dans ces poèmes où l’apostrophe demeure la figure par
excellence.



6 Poème intitulé « Abdul mon Ami (1) », in 19 septembre 2002, drame en
Eburnie.
22

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