... Pour Rien.

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Le mal-être d'une adolescente qui prend LA décision de sa vie.

Publié le : jeudi 9 février 2012
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… Pour Rien.
Ça fait maintenant deux heures que je marche le long de cette route sombre, et
personne n’est passé! La grande route, ça aurait été plus rapide, mais plus voyant
aussi! Qu'est-ce qu’il fait froid! Je plonge les mains dans les poches de mon gilet de
laine noire. Je sens au fond de ma poche gauche la petite peluche que ma copine
Marion m’avait offert à la fête foraine, et dans la droite, la froideur du cliché qui
réunissait ma chienne, ma mère et moi, au bon vieux temps. Au loin, des feux. Le
moment si longtemps attendu est arrivé! La voiture s’approche, elle approche,
encore quelques secondes…je me lance.
Je m’appelle Carla, Carla Jobert, j’ai quinze ans. Je suis le fruit d’une soirée d’ivresse,
je n’ai jamais connu mon père, ma mère ne sait pas son nom. « C’était y a
longtemps! », c’est à peu près tout ce qu’elle sait. Elle était étudiante en sport à
l’université, et après cette soirée de fin d’année, elle n’y est plus jamais retournée.
Ses parents n’ont jamais pu lui pardonner et je crois que moi non plus. A quatre ans,
ma mère m’a offert une chienne, Stella, un magnifique malinois couleur sable. C’était
ma nourrisse quand ma mère travaillait comme hôtesse dans une boite de nuit, puis,
quand pendant les vacances, elle partait avec « tonton franc » ou « tonton machin
chose ». Un jour, alors que j’avais neuf ans, le « tonton » s’est transformé en un très
difficile « papa ». Il s’appelait Philippe, elle l’avait rencontré lors d’un vernissage dans
une galerie d’art, où bien sur elle n’était que serveuse. Il lui a promis monts et
merveilles, elle l’a épousé « pour moi », et je ne me suis jamais senti plus seule que
depuis ce jour la! Il rentrait tard, ma mère lui faisait une scène il l’a frappait et je
courais dans ma chambre me réfugier contre Stella, ce tous les jours. J’avais douze
ans, j’étais au collège, je ne parlais qu’a deux ou trois personnes : Marion, ma
meilleure copine, Élodie, avec qui je faisais un bout de chemin entre l’arrêt de bus et
ma « prison » et Bastien, un garçon de ma classe qui était bien moins beau qu’Éric
dont j’étais folle, mais qui était d’une gentillesse incroyable. Le soir de noël, ma mère
était saoul, presque une habitude depuis quelques mois, après le repas et l’ouverture
des cadeaux, ma mère s’est écroulée sur le divan et moi que le père noël avait une
fois de plus oublié, je suis allé me coucher une boule de rage au ventre. Pourquoi
étais-je venue au monde si c’était pour ne pas être heureuse, même un soir comme
celui-ci? Au collège, je me sentais bien, car j’étais loin de chez moi, mais, seule. Les
garçons ne s’intéressaient pas à moi, Marion, elle, elle attirait les regards, elle
connaissait du monde, elle au moins, elle avait de quoi être heureuse, je l’enviais…Je
commençais à avoir de la poitrine alors qu’elle mettait des soutien-gorge, c’est ça qui
faisait la différence auprès d’Éric, j’en étais sure! Un soir de mai, il faisait une chaleur
caniculaire, je rentrais chez moi, vêtu d’un jean et d’un débardeur, Philippe émit un
sifflement à mon entrée « c’est qu’elle devient intéressante la demoiselle! » et il
laissa glisser son regard le long de mon corps, je le sentait pesant, comme s’il me
caressait de ses mains poisseuses! Je couru jusqu’à ma chambre, rejoindre ma douce
Stella dont les ans avaient terni le pelage, mais pas sa fidélité et son amour. Alors
que je prenais ma douche j'aperçus dans le miroir le reflet du visage de cet homme
qui me servait de père, un sourire aux lèvres! Mon dieu, que dois-je faire! Mon
premier réflexe fut d’appeler Stella, quand elle entra, elle se mit à montrer les crocs
à ce pervers! Il la frappa. Je sorti nue de la salle d’eaux, ma chienne couinait de
douleur, je la conduisit à notre chambre, enfila un pyjama, et ne sorti que le
lendemain matin pour aller en cours. Ma mère ne s’est même pas rendu compte de
mon absence a table, elle avait (encore) arrosé la réconciliation du couple star de sa
série télé de l’après midi! Après cet épisode je n’étais à la maison que pour me
coucher. En sortant du collège j’allais chercher Stella, et je traînais jusqu’à 18h30
avec Marion et Bastien, au parc, on fumait et on parlait de notre vie future, on allait
à la fête, on piquait des fou rires pour rien! On était en troisième j’avais quatorze ans
et Éric ne me regardait toujours pas, et Bastien était toujours aussi gentil, il me
raccompagnait chez moi chaque soir, attendait notre code secret (j’allume et j'éteins
une fois pour dire que tout va bien, deux fois si j’ai un soucis) avant de s’en aller. Le
brevet approchait et j’avais peur, pas de le rater, mais au contraire, de le réussir! Si
on l’avait, Marion partait au lycée privé à cinquante kilomètres de là, Bastien était
admis au lycée professionnel, et j’allais me retrouver seule ici, avec une alcoolique et
un pervers, une bande de jeunes que je ne connaissait pas et un mec que j’aimais et
qui ne me calculait que pour recopier mes exercices…heureusement il me resterait
Stella!
Dix septembre, Marion m’a écrit elle s’est fait de nouvelles copines, tout va bien, elle
sort avec Cédric un copain d’Éric, elle lui parlera de moi. Bastien vient me voir
presque tous les jours, on rigole bien, il me regarde différemment, c’est bizarre. Ma
mère est en cure de désintoxication, elle s’est fait arrêter en état d’ivresse au mois
d’août, Philippe ne va pas la voir, il préfère me « surveiller ». Douze janvier, c’est
mon anniversaire, Bastien est venu m’offrir un bouquet de roses bleues, mes fleurs
préférées, Marion est occupée avec ses nouvelles amies, elle a oublié quel jour on
est. Je flirte avec Éric, j’espère sortir bientôt avec lui, ça fait trois ans que j’attends
ça! Quinze mars, je n’ai plus aucune nouvelle de Marion, Bastien passe de temps en
temps, il n’aime pas trop Éric, il pense qu’il profite de moi, je lui ai dit d’aller se faire
voir. Vingt-deux avril, Éric et moi, on a fait l’amour hier, il m’a quitté ce matin, un
pari avec le mec de Marion, Bastien est venu me réconforter je l’ai envoyé se
(re)faire voir. Je me déteste. Philippe a renvoyé ma mère en cure, je les déteste.
Marion n’est plus avec Cédric, je la déteste, je déteste tout le monde, sauf, ma belle
Stella. Sept mai, ma mère est rentrée, elle ne fait aucun effort à la maison, les
scènes de ménages recommencent, je n’en peux plus. Dix-neuf mai, Bastien passe
devant chez moi tous les soirs, il regarde par la fenêtre mais, je ne me montre pas,
j’ai tellement honte de moi… Trois juin, bientôt les vacances… de nouveau le
calvaire! Marion ne me parlant plus et moi, évitant Bastien, je devrai supporter mes
parents…Ô Stella, qu’allons nous faire! Quinze juin, il pleut des cordes, ma mère
vient de finir sa dernière bouteille et elle décide de sortir la voiture. Je tente de l’en
dissuader, mais elle me repousse. Philippe hurle dans la maison, Stella fait le tour du
véhicule en sautant, puis j’entends un cri horrible, un hurlement de douleur qui me
déchire le cœur…Stella est là, parterre, ensanglantée, ma mère lui a roulé dessus.
Mes jambes se dérobent sous mon corps… ma Stella, ma meilleure amie, ma seule et
unique raison de tenir le coup…morte, là, devant mes yeux… NON!!! Philippe a quitté
l’appartement, ma mère en est malade, elle me reproche sa rupture, si j’avais tenu
mon chien, il ne serait pas partit…comme si ce type en avait eu quelque chose à
faire de Stella! Je monte dans ma chambre… On est le vingt juin, il est dix-sept
heures et je prends la décision la plus difficile de ma vie. J’ouvre mon armoire, je
prend mon joli gilet de laine que Bastien m’avait aidé à choisir cet été pendant les
soldes, j’attrape mon sac, et la photo jaunie sur ma table de chevet, seul souvenir de
mon bonheur passé, je descends les escaliers quatre à quatre, je claque la porte
derrière moi et je marche tout droit, toujours tout droit… Il est bientôt vingt heures,
je ne sais pas trop où je suis, et surtout, où j’en suis! Est-ce que je fuis encore, je
rentre où je reste ici! Pour qui, pour quoi? Je réfléchi, encore et encore, j’avance
encore et encore. Je crois avoir enfin trouvé la meilleure solution.
Ça fait maintenant deux heures que je marche le long de cette route sombre, et
personne n’est passé! La grande route, ça aurait été plus rapide, mais plus voyant
aussi! Qu'est-ce qu’il fait froid! Je plonge les mains dans les poches de mon gilet de
laine noire. Je sens au fond de ma poche gauche la petite peluche que ma copine
Marion m’avait offert à la fête foraine, et dans la droite, la froideur du cliché qui
réunissait ma chienne, ma mère et moi, au bon vieux temps. Au loin, des feux. Le
moment si longtemps attendu est arrivé! La voiture s’approche, elle approche,
encore quelques secondes…je me lance.
J’entends des sirènes, des gens qui s’affairent autour de moi et Bastien qui me parle,
qui me demande pourquoi, des pleurs… puis plus rien.
Je suis morte le vingt juin, à 22h 34, sur une petite route sinueuse et sombre comme
ma vie. Marion n’ai pas venue à mon enterrement, Éric c’est venté d’avoir couché
avec la « suicidée », ma mère est en hôpital psychiatrique car Philippe s’est remarié
avec une jeunette qui a une jolie fille de 13 ans. Bastien vient me voir tous les jours
avec une rose bleue, c’est le seul pour qui je n’ai jamais compté et pour qui je
compte encore. J’ai brisé la vie du jeune conducteur de la voiture et de la seule
personne qui comptait pour moi! Je n’ai peut-être pas pris la bonne décision…
Moi, Carla Jobert, je suis morte le vingt juin…pour rien.
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