Clotilde de la servitude à la liberté

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Le 20 décembre 1848, l'abolition de l'esclavage est proclamé à l'ïle de la Réunion. Parmi les 62000 personnes qui accèdent à la liberté, Clotilde, 12 ans, rêve de devenir matronne et de faire naître des petits d'hommes. Mais la route est longue entre le rêve d'une petite esclave et la vie difficile d'une population qui devra encore conquérir son autonomie économique et les droits dont elle a été privée par le système esclavagiste.
Publié le : dimanche 2 novembre 2014
Lecture(s) : 19
EAN13 : 9782336359717
Nombre de pages : 173
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Expédite Laope-CerneauxClotilde,
de la servitude à la liberté
20 décembre 1848. Le Commissaire de la République Joseph
Sarda-Garriga proclame l’abolition de l’esclavage à l’île de La
Réunion. 62 000 personnes passent ainsi de la servitude à la
liberté. Parmi elles, une petite fi lle de 12 ans, appelée Clotilde.
Clotilde vit depuis sa naissance sur une plantation du Plate
dans la commune de Saint-Leu. Elle a un rêve : devenir matrone Clotilde,
et faire naître des petits d’homme.
Mais la route est longue entre le rêve d’une petite esclave
attachée à la terre et la vie diffi cile d’une population qui devra de la servitude
peu à peu conquérir son autonomie économique et les droits
dont elle a été privée par le système esclavagiste. à la liberté
Ce roman, imaginé à partir d’un personnage réel, retrace le
parcours de Clotilde depuis sa vie de servitude jusqu’au jour
où elle dirigera la venue au monde de son premier descendant Roman
mâle né libre.
Expédite Laope-Cerneaux vit et travaille à
SaintDenis de La Réunion. Elle réalise depuis 2002 une
chronique littéraire hebdomadaire sur les ondes
des radios associatives. En 1999, elle a co-écrit la
biographie de son père, chanteur créole célèbre
localement. « Clotilde, de la servitude à la liberté »
est son premier roman.
Lettres
de l’OcéanISBN : 978-2-343-04428-6
16,50 € Indien
Expédite Laope-Cerneaux
Clotilde, de la servitude à la liberté



Clotilde,
de la servitude à la liberté

Lettres de l’océan Indien

Fondée par Maguy Albet et Alain Mabanckou, cette
collection regroupe des œuvres littéraires issues des îles
de l’océan Indien et tout particulièrement de l’archipel
des Comores, des îles de Madagascar et de La Réunion,
de Mayotte ou des Seychelles. La collection accueille des
œuvres directement rédigées en langue française ou des
traductions.



Derniers titres parus :

David JAOMANORO, Le mangeur de cactus, 2013.
Umar TIMOL, Le monstre, 2013.
Halima GRIMAL, Le Manuscrit de la femme amputée, 2013.
Quraishiyah DURBARRY, Féminin pluriel, 2013.
Christine RANARIVELO, Le Panama malgache, 2011.
Catherine PINALY, Sur Feuille de Songe…, 2011.
SAST, Le sang des volcans, Des Kalachs et des Comores, 2011.
Jean-Louis ROBERT, Concours de bleus, 2009.
François DIJOUX, Le Marlé, 2008.
TOAZARA Cyprienne, Au fil de la sente, 2007.
MALALA Alexandra, Coup de vieux, 2006.


Ces dix derniers titres de la collection sont classés
par ordre chronologique en commençant par le plus récent.
La liste complète des parutions, avec une courte présentation
du contenu des ouvrages, peut être consultée
sur le site www.harmattan.fr EExpéditee Laope-CCerneauxx


Clotilde,
de la servitude à la liberté

Roman






Du même auteur

Avec Bernadette Guillot : « Maxime Laope, un chanteur
populaire - Souvenirs, textes, et chansons » aux Editions La
Barre du Jour, 1999.





























© L'HARMATTAN, 2014
5-7, rue de l'École-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-04428-6
EAN : 9782343044286


Remerciements


Mathias Dorval de l’Association « Le Plate I.A.R. » pour les
informations sur Le Plate,
Lydie Cerneaux-Laope pour les premières corrections,
Mario Serviable pour sa relecture attentive,
Katia Dick pour son aide à la mise en forme.

Ma reconnaissance la plus vive aux historiens, chercheurs et
écrivains réunionnais dont les travaux m’ont permis d’imaginer
le contexte historique de la vie de Clotilde.




À la mémoire des 62 000 affranchis réunionnais de 1848
qui, avant cela, n’avaient pas de nom.

À la mémoire de Sudel Fuma, qui nous tant appris
sur notre passé, et parti trop tôt en juillet 2014.



Sommaire


Avant-propos .................................................................... 13

Prologue : 20 décembre 1998 .......................................... 15
I – Une naissance sur l’habitation .................................... 19
Un commandeur ............................................................... 29
II – La servitude au quotidien 33
Une famille esclavagiste .................................................. 41
III – L’esclavage va être aboli ......................................... 47
IV – Demain, la liberté ..................................................... 57
V – 20 décembre 1848 67
Un régisseur .................................................................... 81
VI – La liberté, un an après .............................................. 85
VII – Un rêve impossible ................................................. 97
VIII – Le quotidien des affranchis ................................. 105
Un affranchi ................................................................... 115
IX – Du rêve à la réalité 119
Une matrone au Plate ..................................................... 139
XI – Le beau vingtième siècle ....................................... 145
XII – Une naissance chez la matrone ............................. 155
Un chanteur populaire .................................................... 163


Glossaire des termes créoles .......................................... 165


11 Avant-propos

Du plus loin que je me souvienne, mon père nous
ressassait l’histoire de sa grand-mère, Clotilde Balancourt,
qui lui avait elle-même raconté comment, alors qu’elle
était une petite esclave de 12 ou 13 ans, elle avait été
affranchie le 20 décembre 1848.
Il finissait toujours son récit en affirmant :
- na in bonpé d’moune i koz si labolission lesklavaz,
mé zot i koz si satt zot la pa vi. Moin mi koné parse
mon granmèr la vi Sarda. Sé èl-minm la rakonte
1amoin .
J’avoue qu’au début, je ne croyais pas trop à cette
histoire. La famille paternelle vivait à Saint-Leu, et les
lithographies de l’époque nous montraient les esclaves sur
la Place du Gouvernement à Saint-Denis, dansant après
l’annonce de l’abolition. Pendant longtemps, cette histoire
était pour moi à mettre au nombre des « zistoires
2mantèr », tout comme Ti-Zan, Grandiab et Granmèrkal.
Avec le temps, j’ai appris à connaître ce qu’il en était
de l’esclavage, qui était Sarda-Garriga, ce qui s’était passé
en 1848. Pour mon père, ces connaissances livresques ne
valaient pas le récit en direct que lui avait rapporté sa
grand-mère.
D’après mon père, avant de venir à Saint-Denis,
SardaGarriga aurait visité les plantations pour expliquer aux
Blancs et aux Noirs ce qui allait se passer. J’ai cherché
dans les livres, c’était vrai. J’y ai trouvé aussi les
remarques sur les habits de Sarda-Garriga qui avaient
étonné les esclaves par leur simplicité. De même que

1 « Il y a beaucoup de gens qui parlent de l’abolition de l’esclavage,
mais ils parlent de ce qu’ils n’ont pas vu. Moi, je sais, parce que ma
grand-mère, elle a vu Sarda. C’est elle-même qui me l’a raconté ».
2 Contes
13 l’histoire de certains Blancs qui avaient songé à attenter à
sa vie.
J’ai compris alors que le récit de Clotilde devait être
vrai. A côté de la grande Histoire consignée dans les
livres, il y a celle qui est vécue au quotidien, par des gens
qui peut-être ne savent pas écrire, mais qui sont aussi les
sujets de l’Histoire.
Il y a bien eu une petite fille, esclave depuis longtemps,
qui travaillait dans les champs de piondènn quand on est
venu lui dire que l’esclavage allait être aboli. Ce jour-là,
elle est passée de la servitude à la liberté, comme 62 000
autres Réunionnais. Parmi tous ces anonymes, elle avait
pris du corps, elle avait un nom, elle avait une réalité.
Ce personnage a commencé à me hanter. J’aurai voulu
qu’un écrivain raconte son histoire. Mais on ne pouvait
pas le faire sans la connaître.
Un jour, je me suis dit qu’après tout, c’était peut-être à
moi de le faire.


Expédite Laope-Cerneaux

14 Prologue : 20 décembre 1998

Cent-cinquantenaire de l’abolition de l’esclavage à l’île
de La Réunion.

La mairie de Saint-Denis a organisé un grand défilé qui
ira du Jardin de l’Etat jusqu’au Barachois en bord de mer,
où la fête se terminera par un concert du groupe The
Christians, invité pour l’occasion.
Les participants du défilé sont des associations de la
ville, en grande majorité des enfants ou des adolescents.
Quelques adultes sur les chars, mais majoritairement ce
sont des jeunes, enfants ou ados des clubs et des quartiers
de la ville, déguisés en costumes « historiques » ou le plus
souvent folkloriques, du moins comme on comprend
folklorique à La Réunion.
Il est 16h, grande excitation dans l’air. Les groupes
piaffent en attendant que le responsable de l’organisation,
un « agent de développement culturel » comme on dit, ou
plus simplement un animateur des services municipaux,
donne le signal du départ.
Un peu à l’écart, un groupe d’une trentaine d’individus
se distingue des autres.
D’abord tous les âges sont représentés : une quinzaine
d’adultes d’âge variable ; plusieurs adolescents ; des
enfants également d’âge variable : d’un tout-petit de 4-5
ans jusqu’à des pré-ados de la douzaine d’années. Tous
sont habillés en boubous, lambas, costumes africains ou
malgaches, sauf un jeune, visiblement zorey, qui
représente sans doute un régisseur de plantation, si l’on en
croit son chapeau-brousse et le fusil factice qu’il porte en
bandoulière. Il n’est cependant pas le seul zorey du
groupe, ni le seul « blanc » : surtout parmi les enfants,
toutes les nuances de couleurs de peau, comme La
Réunion en a le secret, sont visibles.
15 Une des femmes s’approche de l’animateur en chef :
- Est-ce qu’on peut participer au défilé ?
- Mais… Je ne sais pas… Vous êtes inscrits ? Fait-il
hésitant, en consultant sa liste.
- On ne savait pas qu’il fallait s’inscrire. On voulait
participer au cent-cinquantenaire. On peut y aller ?
Ça dérange pas ?
- Ben…Il ne sait trop quoi répondre devant cette
situation inédite.
Il a parfaitement identifié la famille représentée par ces
participants de la dernière heure – ils sont assez connus à
Saint-Denis – mais depuis qu’il s’occupe de cette
manifestation à chaque 20 décembre, aucun groupe
spontané ne s’est jamais présenté pour ce défilé, préparé
de longue date avec les associations de la ville.
- OK ! On y va alors, fait-elle saisissant cette
hésitation comme un accord. Allons-y, crie-t-elle à son
groupe, qui s’insère aussitôt au milieu de ceux qui
attendent.

Le cortège s’ébranle.
Chantant et dansant, au son de leurs djembés, kayanm
et autres petites percussions, le groupe prend place dans le
défilé. Deux jeunes déploient alors une grande banderole
sur laquelle on peut lire en lettres grasses : « Héva,
Anchain, Théodose, Niama, Bâle, Pitre, Cimendef,
Alphonse, Diampane, Rasintatane, Meryhan, Montrose,
Zélindor, Albius et Clotilde Balancourt… Nou oubli pa
3zot ! »

Malgré leurs vêtements quelque peu hétéroclites, les
membres du groupe présentent une sorte d’homogénéité
qui se signale aux yeux de la foule entassée sur le trottoir

3 « … on ne vous oublie pas ! »
16

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