Entre machins et machines

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J’ouvre la boîte, les lettres. Décompte de dépenses. Le soleil s’est caché. Cache cache, y a plus qu’à jouer. Avec la vie, la mienne seulement. C’est Ramadan. Les rues sont désertées. Je suis à Molenbeek Saint Jean.

Publié le : mercredi 24 juillet 2013
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J’ouvre la boîte, les lettres. Décompte de dépenses.
Le soleil s’est caché. Cache cache, y a plus qu’à jouer. Avec
la vie, la mienne seulement. C’est Ramadan. Les rues sont
désertées. Je suis à Molenbeek Saint Jean. Une femme voilée,
chargée de provisions, dévotions, affections.
Le soleil s’est caché. Le vent s’est présenté. Je l’écoute. Il
susurre à mon oreille, ma peau, mes aisselles. Les bras levés,
y a plus qu’à laisser tomber, mon carnet, le verbe à coucher,
lacérer, tuer, déposer sur la feuille. Blanche. Possibilité du
papier.
Le soleil s’est caché. Boulevard du Jubilé. Un tram s’arrête,
51. C’est l’arrêt du tram 51, Boulevard du Jubilé. Je suis à
Molenbeek Saint Jean. Un mendiant, un feu rouge, les voitures
arrêtées, mendiées, fenêtres ouvertes sur le monde, la vie du
dehors, d’à côté, loin des sièges en cuir tanné.
Le soleil s’est caché. Il fait lourd. Pas léger. Chaleur
encombrante, malodorante. Des aisselles transpirées, déodorants
bon,mauvais marché. Le métro surbondé. Y a plus qu’à compter
les arrêts, les gens, les bébés enlacés, mélangés, trémoussés.
Les fleurs à offrir. Chercher l’erreur, dénominateur commun, à
tout être en mal de volonté. Parce que jamais assez de vies, de
sentiers, de bonheur à contenir.
Le métro est passé, sans me voir, ni s’émouvoir, c’est réservé
à l’humanité. Je la cherche, dans un regard, un pavé, une
oreille encombrée, étouffée, asphyxiée. Samsung Galaxy Tab2,
199,99 euros. Fonte des prix. Je cherche la neige. J’ai envie
d’une crème glacée. Le métro m’y conduira. Là où je veux. Ou
presque. Du moment que j’aspire à la même randonnée. Parce
qu’il faut se mettre d’accord, il faut communiquer, entre gens
civilisés, entre machins et machines, il faudra bien manger sa
tartine.
Je n’ai plus envie de crème glacée. Trop de choix. Je n’aime
pas choisir. Je préfère la pistache. Mais les envies on peu les
réprimer, les oublier, les condamner à ne plus exister. Y a
qu’à s’entraîner. Je suis assise, une aire de restauration. Je
n’ai pas envie de manger. Je ne mange pas les mots. Je les
dépose pour qu’ils soient dévorés. J’ai menti, j’ai envie de
manger. Manger les autres de mon regard altéré, par l’éclat de
la feuille, blanche, un lait à materner.

Les commentaires (1)
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Morrison

Magnifique texte... On est transporté dans des lieux, des personnages, des visions... On pourrait presque y sentir les odeurs et la chaleur du soleil... bravo

vendredi 6 septembre 2013 - 12:23

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