Entre ses mains

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Publié le : lundi 1 février 2016
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Entre ses mains
« Ce carnet sera, pour les générations futures une trace de cette guerre mondiale, j’en suis certaine, c’est le carnet d’une déportée, mon carnet. Je déclare que moi, Noah, ici présente, dans le camp de concentration de …, j’arriverai à m’évader. Je me suis faite emmener au début de ce rude hier de 1942. Les soldats sont venus me chercher chez moi lors du souper. Hélas, je n’ai pas pu résister. Ils m’ont arrachée et m’ont jetée dans un train, je n’ai pas su tout de suite où j’allais… Pour quel motif m’ont-ils enlevée ? Et bien je suis juive… Le régime d’Hitler a eu raison de nous, les Juifs. Cela fait maintenant un mois que je me trouve ici et ma situation est toujours aussi misérable… Nous ne mangeons pas à notre faim, souvent des quignons de pain dur, nous nous lavons à l’eau de pluie bien qu’elle soit glacée à cette saison et travaillons d’arrache-pied. Et ce ne sont que quelques exemples des atrocités que les SS nous font subir tous les jours. Car une routine s’est installée : dès l’aube, les soldats viennent nous chercher pour faire l’appel, puis nous partons travailler, notre labeur est aussi éprouvant que celui des hommes et maintes de mes compagnes sont mortes d’épuisement, nous rentrons au coucher du soleil et mangeons notre maigre repas assis par terre dans la neige. Mes doigts gonés et engourdis peinent à écrire, mais je me dois de tenir ce carnet. Malgré tout cela, je ne désespère pas, je compte m’évader. Je sais ce qu’il advient des «résistants», ils se font fusiller… Par exemple hier un groupe de femmes de ma connaissance a vainement tenté de fuir en passant sous les barbelés qui délimitent notre prison, elles se sont fait rattraper et ont été capturées. Ce matin je ne les ai pas vues pendant l’appel, nous ne les reverrons plus… Dans quelques jours nous les aurons même oubliées tant les disparus sont nombreux, comme si elles n’avaient jamais existé. Elles qui ont courageusement essayé de retrouver leur liberté. Cependant, je pense avoir trouvé un moyen de partir, un lieutenant, qui par ailleurs me semble familier, me fait des faveurs. Il me donne une double ration de pain et semble m’épier. J’aimerais lui parler mais il n’en a sûrement pas le droit, s’approcher d’une juive serait pour lui égal au renvoi. »
« Je suis le soldat Kristof et j'ai honte de moi. J'ai commencé à travailler dans ce camp en février dernier. J'ai été réquisitionné et j'ai dû quitter mon petit village de Bade-Wurtemberg en Allemagne. Jene pourrai jamais m'habituer à ce rôle de meurtrier. Depuis mon arrivée il y a de cela un an, des centaines de personnes sont mortes, par notre faute nous les SS, par ma faute. Je n'en peux plus de voir ces personnes souFrir, ces gens qui perdent leurs proches sans n'avoir jamais rien demandé. Pour quelles raisons ? Ils sont juifs, opposants politiques, homosexuels… Je ne vais plus tenir très longtemps. Mais dans ce charnier, je crois reconnaître Noah une voisine du village... Hier soir, après le couvre-feu, je suis allé distribuer les rations quotidiennes de nourriture. Lorsque que ce fut son tour, je l'attrapai par le bras et lui glissai quelques mots à l'oreille ainsi qu’un morceau de pain noir, ce quignon ne serait bon que pour les corbeaux et les pies mais je n’ai que ça à lui oFrir. Je suis sûr qu'elle m'a reconnu et son regard s’est illuminé. Je lui ai donné un rendez-vous pour se reparler. Plus tard, je regretterai peut-être cette décision qui me vaudrait l’exclusion ou bien pire. »
« Je n'en reviens toujours pas ! Le lieutenant qui me regardait est Kristof, un habitant de mon
village. Il m'a avoué qu'il en avait assez de devoir faire son travail de meurtrier qui d’ailleurs lui fend le cœur, il a alors décidé de m’aborder lors de la distribution de notre nourriture. Nous avons élaboré ensemble un plan d’action pour m'évader. Je suis si heureuse, mais attention personne ne doit se douter de ce que l’on fait. Kristof a un plan simple mais eïcace : je dois partir pendant son tour de garde qui est la semaine prochaine. Je suis si excitée, mais en même tant un peu anxieuse car les soldats sont présents partout. Kristof essaie de me rassurer... C’est enn le grand jour. Cette journée m’a paru extrêmement longue. Je pars ce soir, Kristof va me fournir d’anciens vêtements consqués. Ca y est, je n’ai plus le temps d’écrire, dans notre baraque tout le monde est couché, mais moi j’attends, je l’attends. Il doit venir me récupérer. »
« C’est alors que le lendemain à l’aube je la vis, après l’appel, elle avait l’air fatigué, elle me regardait toujours avec ce regard qui me déstabilise, je pense qu’elle n’a pas encore tout à fait conance en moi, il faut que je lui prouve le contraire. Je sais qu’on réussira ensemble à la libérer. Je lui ai alors demandé après le couvre-feu, après les vérications, de me rejoindre devant la porte en bois de sa baraque, car j’avais une idée en tête. J’allais la déguiser en bourgeoise allemande, c’est donc pour cela je suis allé récupérer des vêtements de valeur que portaient les détenus, jetés dans un local lors de leur arrivée. Elle va alors jouer le rôle de mon épouse. C’est maintenant l’heure d’aller se coucher pour les prisonniers. C’est donc moi qui suis allé faire la vérication et visiblement tout le monde dormait, je pense que c’est la fatigue de tout le travail que nous autres, SS, leur donnons. La seule qui ne dormait pas, c’était Noah. C’est donc à ce moment-là que j’ai ouvert la porte de sa baraque, elle m’attendait assise à l’entrée. Elle s’est levée et je lui ai donné son «déguisement». Elle me regarda, ce n’était pas le même regard douteux et froid, je sentais qu’elle était heureuse, qu’elle avait de l’espoir, qu’elle voulait s’en sortir. Elle enla un imperméable, elle noua aussi un foulard qui lui cacha ses cheveux sales et emmêlés. Nous nous approchâmes des ls barbelés et de la sortie mais un garde nous arrêta ! Il me demanda l’identité de «cette belle femme», je lui répondis que c’était mon épouse, Luna (qui est en réalité le prénom de ma mère), venue me rendre visite pour m’annoncer que sa mère était mourante. C’est au moment des « au-revoir », au fond de moi, que je ne voulais pas la quitter. Noah a très bien joué le rôle de mon épouse. Elle me regarda une dernière fois, ses lèvres n’étaient plus qu’à quelques centimètres des miennes, elles se touchèrent. Ce baiser me t oublier le rôle de méchant que je portais, je me sentis bien. Mes lèvres se séparèrent des siennes, je le s à contre cœur car je me suis rendu compte à ce moment-là que j’étais amoureux de Noah, je ne pensais pas que cela pourrait arriver ! Tomber amoureux d’une femme déportée... Ce fut l’heure maintenant de me séparer d’elle. Elle repartit à pied, libre, elle ne se retourna pas, comme si ce baiser n’avait aucune signication… Mon cœur se serra… Je me demande ce qu’elle va devenir… »
« Je suis enn partie, je ne sais pas ce qui m’attend. J’espère que Kristof va s’en sortir. Je ne le verrai sûrement plus jamais. Mais je suis libre et pour tous mes camarades qui sont encore dans les camps, je me dois de continuer de vivre, de marcher la tête haute, et de suivre mon destin. »
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