Partout mais pas là

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Carnet de correspondance Patio Michel Fugain - Goethe Institut, Paris - 21h08 gmt Maître des cabarets slaves, Je pelais méthodiquement un colibri bien mûr lorsque le souvenir de notre naufrage se mit à surnager dans ma mémoire. Quelque part entre une plaque d’immatriculation californienne et un halo de fluorescence helvète.
Publié le : mercredi 13 novembre 2013
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Carnet de correspondance
PatioMichel FugainGoethe Institut, Paris  21h08 gmt
Maître des cabarets slaves,
Je pelais méthodiquement un colibri bien mûr lorsque le souvenir de notre naufrage se mit à surnager dans ma mémoire. Quelque part entre une plaque d’immatriculation californienne et un halo de fluorescence helvète. De ces semaines d’errance parmi les flots, j’ai retenu dans un flacon de jade, l’image retouchée de votre rotule polie.
( EtJe suis las d’être ici Maître. làbas m’ennuie autant qu’ailleurs.
Je veux juste quitter ma raison close. Vivre parmi les nuits sans qu’il faille supporter ces réveils qui clignent systématiquement sur des flaques d’incompréhension. Pour que rien ne me vienne et que rien ne survienne. Plonger dans la faille de SaintAndré et attendre que le temps passe. Le temps. Ce malfrat amnésique. Prendre le train à l’heure afin de rattraper cet insouciant. L’attraper et le faire hurler dans l’obscurité en l’emmenant vers la forêt. Le torturer lentement sans me lasser. Le regarder se vider de chacune de mes questions et de mes éternelles attentes.
Puis retourner dans ma meurtrière qui ne connaît ni ombre, ni relief pour observer les porteurs de Swatch).
Oui, je revois ce genou grivois dans ce luxueux canot de sauvetage balloté par cet océan sauvage. J’avais la bouche pleine de sucre et votre gorge était déployée sur le Pacifique. Tous les démons de nos soirées sanglées attendaient d’être lâchés. Mais notre mission venait d’échouer et votre rage ne parvenait pas à se repaître de nos visages décomposés. Vous ouvrîtes alors comme une huître le premier qui vouspassasouslamain.Unefoisquelesriresgrassesonttus,nouspriâmesMoonrakerjusqu’au premier panneau. Au sein de notre petit équipage, votre pâtissier personnel dénotait fraichement. Ce qu’il parvenait à faire avec ses coudes et ses narines en a déstabilisé plus d’un parmi nous. Votre espion silésien était assis à vos côtés, impassible, jusqu’à ce que vous le gifliez violement. Nous n’en connûmes jamais la raison. Lorsque nous accostâmes enfin, ce fut la java sur l’ile. Oui, je me souviens Maître… Nous jouions paisiblement au rami au sud de l’Australie.
(Mais au diable la Tasmanie et ses relents paradisiaques. Pour sortir de mon désarroi critique, je tente souvent de me rapprocher de vos humeurs cliniques. Même si leur postsynchronisation m’échappe encore. Comprendre ce qui vous passe par l’esprit lorsque vous vous jetez à corps fendu dans la céramique du vide. Ce serait là une libération en traction sous les acclamations de toute l’Ecole de Vienne.
Affranchi et livré enfin à moimême, j’aurai pu renier l’Empereur et son fils s’ils n’étaient pas éperdument soviétiques. Je garderai donc mes hurlements. Je me canaliserai en essorant mon humanité pour que ma conscience s’écoule, une fois encore, dans ce siphon que vous portez si délicatement dans le crâne).
Mia Farrow n’a pas détesté vos rubis et elle vous le fera savoir à l’occasion des portes ouvertes du Vatican. A ce sujet, Claudia, votre cardinal romain a été démasqué par son propre jumeau. Cette affaire risque de monter jusqu’au bureau gainé et en froisser le cuir.
Je vous laisse sans trop tirer dessus.
Votre arbalète tendue
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