Rencontres : La genèse

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Les années 80 et le début de l’enfance. On envoie le garçon chez Dr. Dieu qui d’une phrase décisive posera les fondations du royaume, celui du Roi et du Fou, l’Ivresse des hauteurs.

Vivez l’histoire à travers les yeux d’un enfant lucide, si jeune et déjà trop vieux. En lisant cette première partie, vous l’accompagnerez déjà sur une période de plusieurs années, partagerez ses pensées et vivrez l’instant avec lui, comme lui. Les moments marquants qui construiront sa psyché, son monde si particulier. Pour le pire et le meilleur.
La genèse, c’est la première de cinq parties qui verront notre héros involontaire emprunter des chemins peux parcouru, naviguant dans un monde hostile qui n’est manifestement pas le siens. Ce personnage, vous le serez pour l’espace d’un temps. Moi, je l’étais, je le suis, je le serai pour le reste de mes jours.
Publié le : dimanche 12 juin 2016
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Michel Fontaine RENCONTRES
Partie 1
RENCONTRES La genèse
« Tout acte de création est d'abord un acte de destruction. »
Pablo Picasso
Docteur Dieu Quatre ans - septembre 1981
On dit que l’amour est aveugle. On dit aussi que Dieu est amour. La logique voudrait que Dieu soit non-voyant. Du moins, si ce n’est pas le cas, je connais un moment où il ferma les yeux en septembre de l’an 1981.
Il pleuvait à verse, des gouttes très froides tombaient en oblique sans grande violence. Ces petits kamikazes célestes s’agglutinaient pour former des avalanches translucides dévalant la vitre de la porte d’entrée à une vitesse inégale. Il regardait l’eau hésitante se frayer un chemin vers le sol quand maman lui enfila ses bottes. Des bottes de caoutchouc noir. Elle ne disait rien, sinon de se dépêcher. La radio de la cuisine entre deux pschhhit laissait entendre qu’il était une fois des gens heureux.
Il fallait y aller parce qu’on ne faisait pas attendre ce genre de monsieur. Et il fallait arriver en avance.
Elle l’installa dans l’auto et prit place derrière le volant.
Une maison pour vieux. La maison de grand-maman. Mais ce n’est pas elle qu’ils allaient voir. Dans le fond, il était un peu soulagé. Il n’aurait pas de becs mouillés. Après avoir traversé la salle à manger qui sentait le gruau, au lieu de continuer dans le couloir gris aux nombreuses portes jusqu’à la cinquième, celle de grand-maman, ils prirent la première à leur gauche. Elle donnait sur un escalier métallique menant au sous-sol. En bas, encore de
nombreuses portes, mais une seule grande ouverte. Il entendait des gens qui parlaient et riaient par intermittence.
La pièce était assez grande avec de petites fenêtres haut perchées. Tout le long d’un mur, des chaises parfois occupées, mais souvent vides. Une porte recouverte de cuir noir sur le mur opposé. Il ne tenait pas en place, mais maman lui demanda de s’asseoir. Elle se dirigea vers un bureau brun comme les murs où se trouvait une femme. La femme se dépêcha de prendre ce que maman lui tendait et actionna une machine rectangulaire dans un mouvement de va-et-vient. Il y eut un grand chlaq !
Dans l’attente, il eut tout le loisir d’écouter les adultes parler, sourire et puis rire. Mais il y avait un malaise. Ces gens… Il ne savait plus trop. Est-ce que c’était des sourires ou des grimaces ? Et l’odeur. Il cherchait toujours des yeux celle qui cachait un lilas dans sa poche quand il entendit son nom.
Il y avait un homme dans le cadre de la porte ouverte. Il était tout en blanc.
- Bonjour, docteur !
- Bonjour. Alors, c’est le petit !
Il regarde maman et elle est… Comment dire… Il ne sait pas. Maman, c’est la chose la plus importante pour lui. Même plus que papa. Plus que le beurre d’arachide et les hot-dogs. Il lui dit souvent comment il l’aime gros et chaque fois, il essaie de trouver quelque chose d’immense. Cette fois, le
déclic se fait : la prochaine fois, il lui dira qu’il l’aime encore plus gros qu’un docteur. Parce que les yeux de maman disent « pardon de vous déranger » … Juste avant le docteur, il doit y avoir Jésus. C’est avec confiance que sur ordre du monsieur, il retire son manteau et son t-shirt. Le contact froid de la chose qui pend au cou du second de Jésus lui touche la poitrine et lui arrache un frisson.
- Bien, bien…
Maman est un peu nerveuse et quand elle est comme ça, elle rit souvent à la fin de ses phrases. Mais là, elle ne rit plus.
-C’est parce qu’il a 4 ans et il y a de l’urine dans ses bobettes. Il dégoutte… Il faut que je le change souvent. Ses cuisses viennent échauffées, aussi, et il sent.
Le docteur Dieu prit quelques secondes pour penser. Il l’avait ausculté.
- Votre garçon est tout ce qu’il y a de plus normal. Il n’a rien de physique.
Lui, il ne voit pas quel est le problème. Son petit frère, il fait la même chose et personne ne dit un mot. Maman se contente de le changer, tout comme lui. Sauf que lui, il ne porte pas de couche.
- Rien de physique ? Pourquoi, alors ?
Et là, le docteur se transforme en autocuiseur, lui en mouche au fond d’un pot, et d’une phrase vaporeuse mais brûlante, il le scelle :
- Un manque d’éducation. Il fait ça pour attirer l’attention.
Pour tuer la mère, on tue d’abord le petit. Pour la rendre coupable, c’est un peu la même chose. Et pour maman, il est primordial que ses enfants soient bien éduqués. C’est LE PLUS important. Ce constat pour elle souligne son échec.
Maman regarde par terre. Elle se confond en excuses et essaie de se justifier. Mais c’est un expert. Un monsieur qui a des diplômes et qui gagne beaucoup d’argent.Il est tout de même docteur, bon sang !
- Qu’est-ce que je peux faire, docteur ? Je ne sais pas…
Ce bon monsieur baisse la tête et le considère un instant.
- Je vous conseille de le punir quand ça arrive. Une tape sur les fesses et il va finir par comprendre.
Plus tard, beaucoup plus tard, il se demandera ce qui se passait dans la tête de maman à ce moment précis. Et il y aura de la colère. Et dans ses fantasmes, des gens allaient mourir. Ils allaient périr de la pire des façons. Et dans son royaume, il régnerait.
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