Dom Juan en langue bassa

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Cet ouvrage fait une traduction de la pièce de Molière, Dom Juan, dans une langue camerounaise, la langue bassa, et donne à voir la diversité culturelle que porte un texte écrit au XVIIe siècle par un auteur français. Don Juan est devenu un mythe universel mais très peu de lecteurs modernes ont accès à cette histoire, il s'agit donc de montrer ici comment ce mythe a évolué au point de devenir un mythe africain.
Publié le : jeudi 9 octobre 2014
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EAN13 : 9782336359595
Nombre de pages : 120
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DOM JUAM EN LANGUE BASSA Alice Delphine TANG
Une traduction de la pièce de Molière
en langue bassa
DOM JUAN NI HOB BASSA
Ngobol kaat i Molière ni hob Bassa
DOM JUAM EN LANGUE BASSA
Cet ouvrage fait une traduction de la pièce de Molière, Dom Juan,
dans une langue camerounaise, la langue bassa. Don Juan est devenu Une traduction de la pièce de Molière
un mythe universel. Mais très peu de lecteurs modernes ont accès à en langue bassa
cette histoire. Il s’agit ici de montrer comment ce mythe a évolué au
point de devenir un mythe africain. La présente traduction de Dom
Juan donne à voir la diversité culturelle que porte un texte écrit au
e DOM JUAN NI HOB BASSAxvii siècle par un auteur français. L’auteur de la traduction insère des
notes explicatives dans son texte pour donner certaines équivalences
des mots français intraduisibles dans la langue bassa. Ngobol kaat i Molière ni hob Bassa
Ini kaat i yé ngobol kaat i sangô Molière yada le DOM JUAN ni hop
Bassa. DON JUAN a bi yik yila ngim nkéne ni nkoñ isi wonsô. Ndék
bôt yon i yi unu nkwel to hala kikii bôt ba yi le DOM JUAN a yé mut
libambe .Di ngwés unda kikii unu ñañ u bi hol i pam yak mbok Bassa.
Ini ngobol DOM JUAN i gwé le i unda mintén ndi mintén mi libag
bôt ban la bana munu isi i bôdôl kôôba. Nwet a nkobol ini kaat a nti
ngadag ngobol masuk ma mapeb, inyule bibuk bi hop french ni hop
Bassa bi nsela.
Préface de / Nkwel bisu ni
Alice Delphine Tang est docteur d’État ès lettres et professeur titulaire à
Émile Moselly Batamackl’université de Yaoundé-1, au Cameroun. Spécialiste de la littérature comparée,
elle est auteure de dix ouvrages scientifques et de nombreux articles publiés dans des
revues scientifques internationales. Elle dirige les collections « Femmes et Savoirs »
et « Traversée des savoirs » aux éditions L’Harmattan.
Alice Delphine Tang a yé nkum malét i “Université” Yaoundé 1. A yé mbôm
DOKTA i mam ma hop French. A ma tila jôm li mbôm bikaat ni môm matan
ma bipes bi bikaat. A yé jô i ngadag makoda ni bi komité bi nkit ni mbôngôl
mam ma yi. A nhôm ngadag ni nkoň isi inyu mabomna ma ma mpot mam ma yi.
13,50 €
ISBN : 978-2-343-04565-8
DOM JUAM EN LANGUE BASSA - DOM JUAN NI HOB BASSA Alice Delphine TANG





Dom Juam en langue bassa
Dom Juan ni hob Bassa




Alice Delphine Tang



Dom Juam en langue bassa
Une traduction de la pièce de Molière en langue bassa


Dom Juan ni hob Bassa
Ngobol kaat i Molière ni hob Bassa


Préface de / Nkwel bisu ni
Émile Moselly Batamack





































© L’Harmattan, 2014
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-04565-8
EAN : 9782343045658
Préface
Don Juan est une œuvre de Molière. Nous étions
informés de son existence et la culture populaire
aussi bien que scolaire nous ont habitué non pas à
son contenu mais à un aspect proverbial du
personnage de Don Juan. C’est donc la première fois
que nous avons l’occasion de découvrir Molière dans
son texte et Don Juan dans sa pratique. De première
vue, c’est donc aussi comme une œuvre de littérature
africaine et bàsàa que nous l’abordons plus aisément.
Le débat s’inaugure sur la question non pas de
Molière comme auteur français, mais sur celle de
Dom Juan comme rendu littéraire conforme à
l’académisme africain sous ses différents modes :
antique/précolonial, colonial et post-colonial, les
deux derniers comportant d’importants apports
esthétiques importés, francophones pour l’occasion
et parfois l’apport de l’école éloignant de la source
africaine.
La langue de l’écrit est le bàsàa non pas populaire,
non pas des villes, non pas de certaines campagnes,
mais le bàsàa commun. Le bàsàa commun doit être
compris comme une modalité dialectale générale
dans laquelle sont admis les usages de la grammaire
et du lexique les plus habituels de la langue basaa
au-delà des dialectes. Cette volonté de se river à ce
niveau de langue se vit aussi au niveau scriptural car
le traducteur a choisi les graphèmes les plus évidents
pour ses lecteurs que ces derniers soient ou non
5 linguistes. Il respecte une tendance de l’écriture
africaine présente depuis l’Antiquité et qui veut
qu’en écriture, le lecteur fasse attention aux contextes
linguistiques et à partir d’eux retrouver le ton
général de la phrase et des mots.
La langue de Dom Juan est une langue qui se veut
savante à l’occasion, mais qui surtout se fonde sur
l’idéal que tout ce que l’on veut dire et peut dire, l’on
doit le faire le plus simplement dans l’idiome de
référence. Le traducteur y parvient en faisant à la
langue bàsàa le moins d’entorses possibles et
essayant de ne jamais parler en traduction aucune
autre langue que la bàsàa commun. Le bàsàa
commun, et le traducteur le respecte, suppose aussi à
l’occasion l’habileté de dire ce qu’il veut exprimer
par la voie des proverbes, des expressions peut
communes voire châtiées.
Ce que nous avons observé, c’est la volonté du
traducteur d’écrire un texte dans un bàsàa qui
demeure compréhensible du locuteur moyen, qui
réintroduit dans sa culture linguistique le locuteur
urbanisé qui ne parle pas toujours sa langue
couramment et donc n’en maîtrise pas toujours
l’esthétique. C’est donc d’un engagement culturel et
linguistique particulier qu’il s’agit. Et l’on s’interroge
sur ce que le traducteur a voulu rendre en langue
bàsàa. Non pas la langue savante de Molière, mais
une intuition de celle-là, non pas la culture de la fin
de la Renaissance, mais un thème universel et la
manière dont il a été traité.
6 Insistons sur cet autre aspect pour dire que la
langue aidant, Molière qui parle bàsàa,
paradoxalement et pour nous ceci est une marque
d’excellence de la traduction, commence à parler
l’africain. Hors décors du grand siècle, l’on note des
comportements si particuliers aux Africains, si
communs dans un Monde Noir dans lequel les
comportements les plus débridés sont susceptibles
d’exister, ainsi que l’attrait pour une sexualité active
parfois décriée et susceptible de conduire à des
addictions sexuelles.
Molière parle aussi africain par les images et peut
être la plus forte, l’une des plus intéressantes sans
doute, la relation aux totems et aux défunts, l’appel
de la mort et les actions de l’ange de la mort. Dans le
contexte africain, tout ceci semble être une évidence
et faire partie de la vie réelle, alors que dans celui
européens et occidental de l’auteur cela relevait de
représentations sur le surnaturel.
Les continuités intellectuelles et culturelles sont si
impressionnantes que si l’on disait à un locuteur
moyen que Dom Juan est à l’origine un personnage
d’un conte du répertoire bàsàa, il pourrait adhérer à
cette thèse sans grande difficulté. Ce n’est pas qu’il y
a inculturation, c’est-à-dire aliénation plus ou moins
voulue de sa culturalité par une autre, ce qui conduit
à l’aliénation métaphysique de l’autre, mais identité
dans le faire et le rendu culturel. Don Juan ou plutôt
Dom Juan rappelle sur bien des plans les
personnages épiques mis en exergue dans les contes
et mythes africains.
7 Et Dom Juan serait d’une grande leçon pour les
lecteurs et les auditeurs. Car par lui, le Molière de
traduction dit tout haut ce que tout le monde pense
tout bas, explique dans un personnage non pas
populaire mais aux comportements et attitudes
déchargés de toute culpabilité excessive ce que toute
personne voudrait bien atteindre : être soi-même
dans ses actes, réduire autant que possible les
expressions de soi comme faux self.
Le lecteur reconnaît bien informé de Molière, qui a
lu Molière n’éprouve aucune difficulté à reconnaître
celui-ci dans le texte. Ce qui le frappe, c’est que
Molière parle bàsàa aux Bàsàa, aux bàsàa-phones et
aux bàsàa-philes.
Et ici, l’on fera aussi observer que la grande leçon
du traducteur et qui est inévitablement comme une
marque de son courage est de montrer de manière
autre qu’idéologique et abstraite que l’on peut
véhiculer dans les langues de communication
africaines la haute culture africaine, française,
francophone et mondiale, que leur usage ne saurait
se limiter à des manifestations littéraires folkloriques
(contes et proverbes) et où de vecteurs de discours
dogmatiques de type religieux.
Le lecteur et le spectateur noteront aussi que le
traducteur a réussi à faire passer dans une langue
comme le bàsàa les raisonnements des différents
acteurs et qui traduisent non seulement les
approches de Molière, mais aussi les thèses des
différents acteurs sociaux de l’époque et que l’on
retrouve bien de nos jours : les religieux et leur
8 conception de la sexualité et du plaisir comme choses
chrétiennes et/ou essentiellement soumis au
conditionnement religieux, les libres penseurs dont
certains penchent aisément pour une sexualité de
plaisir plus que de procréation, l’hypocrisie des
institutions religieuses et sociales–familiales
notamment, etc. C’est toute la leçon du savoir de
l’époque que l’on retrouve dans l’œuvre. Chacun est
appeler à la vivre à sa manière, mais Don Juan/Dom
Juan montre le long chemin qui conduit à Freud.
Le choix de l’œuvre qui comme nous l’avons vu,
n’est pas très connus du public camerounais ayant
jamais fait des études secondaires, on lisait L’École
des femmes, Les fourberies de Scapin, mais pas Don Juan.
L’œuvre de Molière est de thème excellent et la
critique sociale et morale qu’il contient ne fait
l’ombre d’aucun doute. Il est à penser que si l’on
pense à l’immense public bàsàa-Mbog Liaa au moins
un million et demi, voire deux millions de personnes
privées de la culture littéraire moderne et de
référence culturelles solides autres que celles
instillées par des théologiens de niveaux culturels et
intellectuels parfois très discutables, on peut dire que
Dom Juan participera sans nul doute à son
relèvement intellectuel et esthétique.
Don Juan aborde avec simplicité des questions
complexes comme la laïcité de l’Etat et notamment le
droit de chacun à la religion de son choix et aux
croyances allant avec ses convictions intellectuelles,
la tolérance dans les appréciations morales d’autant
plus que celles-ci sont la plupart du temps dictées
9 par les dominations sociales religieuses ou non,
politiques, familiales, les intérêts divers, la sexualité
et le plaisir et leur importance dans les vécus des uns
et des autres, etc. Et l’on l’aura noté, Dom Juan est
sympathique parce qu’il demeure quelque part le
plus philosophe de tous, le plus rationnel de tous. Il
se veut quelque part l’incarnation de la liberté, de la
volonté, de la rationalité.

Émile Moselly BATAMACK
Philosophe, épistémologue

10 Avis au lecteur francophone
Ce document est une traduction en langue Bassa
de l’œuvre de Molière, Dom Juan. Il existe
actuellement un débat sur l’écriture de la langue
Bassa. Certains spécialistes pensent qu’il faille
utiliser l’alphabet phonétique pour faciliter la lecture
à tout un chacun. Or, c’est justement ce « tout un
chacun » qui constitue l’un des problèmes soulevés
par ceux qui pratiquent l’écriture de cette langue
depuis des décennies. Car disent-ils, tous ceux qui
lisent le Bassa n’ont pas appris la phonétique et que
l’écriture phonétique que leur proposent certains
chercheurs pour l’écriture de cette langue n’est pas
logique dans ce sens que toutes les langues peuvent
avoir une traduction phonétique. Mais il reste que
l’écriture orthographique doit demeurer. En outre,
les autres langues, par exemple, l’anglais, le français,
l’allemand, le bulu, etc.sont-elles écrites avec un
alphabet phonétique dans les livres ? Beaucoup de
praticiens de la langue Bassa ont opté pour l’écriture
qu’on retrouve depuis des décennies dans la Bible
traduite par les chrétiens protestants. C’est cette
version que nous utilisons dans le présent ouvrage.
Nous commençons notre texte par un résumé de
l’œuvre en Bassa, question d’intéresser le lecteur en
lui montrant que le terme « Dom Juan » utilisé dans
presque toutes les civilisations pour désigner les
vagabonds sexuels est né de l’histoire qui est
contenue dans la pièce de Molière.
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