Enfants égarés. Dans les bras d'une mère gourou

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Wivine, Xénia, Yvan et Zacharie sont deux soeurs et deux frères des mêmes père et mère, élevés selon deux modèles d'éducation. L'un, pratiqué par le père, privilégiait l'épanouissement personnel des enfants. L'autre, pratiqué par la mère, prônait la facilité, l'objectif étant de faire des enfants...des stars ! Ce roman est inspiré d'une histoire vraie, racontée avec ses conséquences dramatiques.
Publié le : vendredi 2 janvier 2015
Lecture(s) : 39
EAN13 : 9782336365237
Nombre de pages : 224
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Calixte BANIAFOUNAENFANTS ÉGARÉS
Dans les bras d’une mère gourou
Roman
Wivine, Xénia, Yvan et Zacharie sont deux sœurs et
deux frères des mêmes père et mère, élevés selon ENFANTS
deux modèles d’éducation. L’ un, pratiqué par le père,
privilégiait l’épanouissement personnel des enfants et
était basé sur les responsabilités parentales : affective,
éducative et matérielle. L’ autre, pratiqué par la mère, ÉGARÉS
prônait la facilité et avait pour fondement la beauté
physique ou la belle voix enfantine, l’objectif étant de Dans les bras d’une mère gourou
faire des enfants, des tops modèles, des musiciens…
des stars ! Roman
L’ auteur base son récit sur son vécu de père.
Il cherche à toucher le cœur de chacun, quelle que
soit sa culture ou son origine, dans une société
française où la place du père est réduite à la fonction
de « payer ». Payer, même quand il ne voit plus ses
enfants. Payer, même quand ses enfants l’ont renié.
Ce roman est inspiré d’une histoire vraie, poignante
et instructive, racontée avec ses conséquences
dramatiques.
Docteur en informatique, membre de Transparency
international France, cadre à Orange France, analyste
politique et économique, Calixte Baniafouna est l’auteur
de nombreux essais et romans.
ISBN : 978-2-343-04554-2
19,50 e
ENFANTS ÉGARÉS
Calixte BANIAFOUNA
Dans les bras d’une mère gourou











Enfants égarés




Calixte Baniafouna















Enfants égarés
Dans les bras d’une mère gourou

Roman


































































Du même auteur

Présidentielle 2012, L’Harmattan, 2012.
Les Noirs de l’Élysée. Des présidents pas comme les autres. Vol.
2, L’Harmattan, 2010.
Les Noirs de l’Élysée. Un palais pas comme les autres. Vol. 1,
À cœur ouvert pour le Congo-Brazzaville, L’Harmattan, 2008.
Trois questions sur l’Afrique : lettre à Nicolas Sarkozy,
L’Harmattan, 2007.
La flambeuse, Bénévent, 2006.
Matalana, la colombe endiablée, L’Harmattan, 2004.
Vers une éradication du terrorisme universel ?, L’Harmattan,
2002.
Congo démocratie. Du putsch au rideau de fer. Vol. 6,
L’Harmattan, 2006.
Congo démocratie. République des savants et des généraux.
Vol. 5, L’Harmattan, 2003.
Congo démocratie. Devoir de mémoire. Vol. 4, L’Harmattan,
2001.
Congo démocratie. La bataille de Brazzaville. Vol. 3,
L’Harmattan, 2000.
Congo démocratie. Les références. Vol. 2, L’Harmattan, 1995.
Congo démocratie. Les déboires de l’apprentissage. Vol. 1,
L’Harmattan, 1995.
Quelle Afrique dans la mondialisation économique ?, Ligue,
1996.






























© L’Harmattan, 2014
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-04554-2
EAN : 9782343045542
Faire son deuil ?
C’est avoir fait la paix avec son passé !
C’est avoir tourné la page ! Wivine la princesse
e village Kinkembo s’appelait Marche, du nom
d’un personnage colonial donné à cette Ldouzième gare - au départ de Brazzaville la
capitale - de l’unique ligne ferroviaire du Congo, longue
de 510 Km, qui reliait Brazzaville sur le fleuve Congo au
port de Pointe-Noire sur l’océan Atlantique, d’où
l’appellation de Chemin de Fer Congo Océan (CFCO).
Le nom d’un personnage colonial donné à chaque gare de
cette ligne était justifié par le fait que le chemin de fer fut
construit sous l’administration coloniale française entre
1921 et 1934 au prix de nombreuses pertes humaines.
Samedi, 14 août 1976, 10h30. Le village était sous un
épais brouillard de saison sèche - rythmé par les deux
grandes saisons, l’hivernage ou saison des pluies et la
saison sèche – quand Tata descendit du train pour
quelques jours de vacances. Un vent doux soufflait la
puanteur. Accueilli à l’arrivée par un petit comité
composé de nièces et certaines de leurs amies, l’une des nièces prit le sac pour le porter. Une ambiance de fête
régnait comme avant sur la place de la gare. Des femmes,
jeunes et moins jeunes, massées tout au long du quai en
bordure du train avec sur la tête des bassinets contenant
une diversité de marchandises criaient en s’adressant aux
voyageurs penchés à la fenêtre : mbalaéee ! mbalaéee !
(patate ! patate !) ; malalaée ! malalaée ! (oranges,
oranges) ; ngubaée ! ngubaée ! (arachides ! arachides !) ;
mankondiée ! mankondiée ! (bananes ! bananes !)... Le
village lui fit vite rattraper les souvenirs d’enfance : « On
se connaissait tous par notre nom. On se retrouvait sur le
quai de cette gare. On mangeait des beignets, écoutait la
musique du bistrot d’en face, sautait sur la marche de la
portière du train au démarrage et redescendait quelques
mètres plus loin quand le train amorçait sa vitesse de
croisière. » En face de la gare, la petite colline qui menait
vers l’école et la paroisse rappela bien de choses à Tata :
« On passait ici pour aller à l’école. Les prêtres
m’estimaient beaucoup pour ma foi », se souvint-il. Non
loin de là, à quelques mètres du quai de la gare, le
marché battait son plein. Des toits des hangars accrochés
les uns les autres sortait un vacarme d’essaim d’abeilles
qui se multipliait, se modelait et gonflait au fur et à
mesure que Tata et son comité d’accueil traversaient le
marché. Baladeurs et acheteurs, sollicités ou non, se
courbaient, partaient et revenaient, placides et sourds aux
appels. De la gare à la maison, les souvenirs d’enfance
revenaient comme dans une partie de la cueillette des
champignons en forêt : « ah ! tu as bien grandi toi ; cette
maison n’a pas changé ; ce petit pont est resté en bois ;
mais, je ne vois pas le gros arbre qui était ici, etc. » Tata
était accueilli à son arrivée à la maison par de grands cris
de joie d’une communauté familiale élargie venue
l’attendre au domicile de ses parents. Sa mère n’attendit
même pas qu’il s’assît pour le serrer dans ses bras. Sans
tarder, elle laissa la place à l’oncle maternel, Pasco, en sa
??
qualité de chef du clan pour faire le rituel de bienvenue,
d’annonce et de remerciement aux ancêtres car bien que
proches de Brazzaville la capitale, les habitants de
Kinkembo conservaient leur attachement aux valeurs
traditionnelles. Après avoir fini de manger à s’en faire
péter la sous-ventrière, l’oncle Pasco conclut : « Je
rendrai compte au chef coutumier de ton arrivée ici au
village. »
⎯ Pourquoi doit-il être au courant de ma présence
ici ? demanda Tata.
⎯ Parce que le chef coutumier témoigne de la
cohésion de nos valeurs traditionnelles et son accord est
sollicité avant toute action au village.
⎯ C’est toujours le vieux Massamba Ma Ndiaye qui
est chef coutumier ?
⎯ Ah ! il est mort, lui.
⎯ Il est mort ? Oh ! zut. Je n’étais pas au courant.
Quand est-ce qu’il est mort ?
⎯ Il y a plus de cinq ans maintenant. Il a été remplacé
par Mouyabi.
⎯ Le même Mouyabi là ?
⎯ Oui... oui, celui que tu connais bien.
⎯ La dernière fois que je l’ai vu, c’était quand il était
venu régler le conflit qu’il y avait dans la famille d’à
côté-là. Au fait, je m’aperçois que la maison de la famille
voisine est fermée, ne sont-ils plus là ?
⎯ Ils sont toujours là, répondit la mère de Tata. Ils
sont partis aux champs. Comme tu le sais bien, les
travaux des champs et les petits commerces sont les
principales activités au quotidien pour espérer subvenir à
nos besoins. Malgré ta longue absence ici, le village a
conservé la réalité de se lever tôt pour faire les
différentes tâches domestiques et de participer, chacun à
sa manière, à la vie commune, ainsi qu’à l’économie de
la famille, la base de notre société congolaise.
??
Boum boum ! Dans le groupe de nièces et leurs amies
venues accueillir Tata, 21 ans, se trouvait une fille de 17
ans qui attira particulièrement son attention. Celle-ci
n’arrêtait pas de lui faire des yeux doux, depuis sa
descente du train. Le contact était vite établi dans un
coup de foudre qui ne laissa personne indifférent. Elle
rentra chez elle à 13h00 pour réapparaître aux environs
de 17h00. À cette heure où le soleil pliait ses rayons pour
laisser place à la nuit, le milieu s’était vidé de la
communauté familiale. Tous deux étaient déjà à tu et à
toi. Elle était jolie. D’un teint noir chocolaté. Des petits
yeux au regard affolant. Des cheveux taillés à la coiffure
masculine. Le nez, légèrement pointu au milieu des joues
arrondies, dévoilait la beauté de la femme noire africaine.
⎯ Comment t’appelles-tu ? demanda Tata.
⎯ Matalana.
⎯ Je ne douterais pas un instant si l’on me disait que
tu es d’origine de l’Afrique de l’Ouest.
⎯ Pourquoi ?
⎯ Par ta morphologie.
⎯ On me le dit souvent ! (rires).
⎯ Que fais-tu dans la vie ?
⎯ Je suis élève au collège de Mindouli ; et toi ?
⎯ Moi, je suis étudiant à l’université de Brazzaville.
⎯ Je le savais. Tes sœurs me parlent souvent de toi.
Mon rêve a toujours été de vivre avec un étudiant. J’ai un
frère étudiant et j’envie trop son mode de vie…
Ils échangèrent sur des sujets d’ordre général : statuts,
parents, familles, relations entre parents et voisins, patin,
couffin… Elle résidait chez ses parents non loin de là.
Tata la raccompagna à mi-chemin dans un noir de
tombeau alors qu’il n’était que 19h00.
⎯ Comment l’as-tu trouvée ? lui demanda sa sœur
aînée Sophie.
⎯ Pas mal, répondit Tata.
??
⎯ Elle n’a pas que la beauté physique, commenta
Sophie. Elle est agréable, de bon cœur, très polie et issue
d’une bonne famille. Dieu sait faire les choses que tu
l’aies rencontrée, car j’ai toujours souhaité qu’un de mes
frères se marie dans cette famille. Ses parents sont d’une
exceptionnelle gentillesse.
Tata, rassuré par les siens, ne pouvait que conduire le
champignon au plancher. Leur rencontre était pourtant
improbable. Tout leur séparait, jusqu’à leurs goûts. Elle
était élève au collège, lui, étudiant à l’université. Elle
venait d’une famille nombreuse de 11 enfants, lui, était
l’avant-dernier d’une famille de cinq enfants. Elle était
un moulin à paroles, lui, passait à l’essentiel et adorait le
silence. Elle habitait le village, lui, habitait la ville à 260
km de distance. Sans démarche ni formalité de vie
commune, Matalana profita des deux dernières semaines
des vacances scolaires pour quitter le village et rejoindre
Tata à Brazzaville. Vacances terminées, elle regagna le
village. Assez rapidement cependant, les crises
commencèrent quand Tata décida d’aller passer un
weekend à Mindouli, où fréquentait Matalana, et où il avait,
lui aussi, de la famille. Au début, c’était surtout de la
jalousie. Ça avait fait bizarre à Tata, un garçon paisible
qui ne soupçonnait pas facilement l’autre de
dissimulation et n’était pas du genre à aller voir ailleurs.
D’emblée, elle montait dans les tours. Elle s’énervait
quand il était trop poli avec une dame, qu’il lui tint la
porte ou qu’il descendit sa valise du train. Ça a été le
pompon lorsqu’elle lui hurla dessus en revenant d’une
visite chez les cousines de Tata, parce qu’il avait discuté
avec elles. L’année d’après, Tata obtint une bourse
d’études pour le Gabon. Il prit soin, avant de quitter le
Congo, de se mettre en règle avec Matalana en allant la
doter en bonne et due forme. Il la laissa dans la maison
qu’il continuait à louer depuis le Gabon, enceinte de la
petite Wivine, qui naquit derrière lui. Il avait pris soin,
??
avant de partir, de préparer le nécessaire à l’arrivée du
bébé (layette) et aux conditions de vie de Matalana
(compte bancaire, logement, assistance de la famille au
sens large...). Quand il revint au pays pour six mois de
stage dans le cadre de sa formation, Wivine avait déjà un
an. Comme tout premier enfant de jeune couple, elle était
choyée par son père, qui l’avait prise pour une princesse.
Il l’habillait en princesse et la transportait à moto au
jardin d’enfant (école maternelle). Wivine suscitait
charme, admiration et envie de tous. Mignonne avec son
sourire, ses petits yeux pétillants d’amour, sa petite
bouille toute mimi, ses gestes tous tendres, et même ses
caprices, ses colères de tout enfant de cet âge !
Un an plus tard.
⎯ J’attache beaucoup d’importance au traitement que
tu devras faire à notre bijou Wivine, dit Tata à Matalana,
quand arriva la date de retour au Gabon pour la dernière
année de formation. Pour éviter de perturber tes études
auxquelles j’attache également du prix, je continuerai à
louer cette maison – salon, deux chambres et cuisine -,
alimenterai le compte bancaire depuis l’étranger et je te
laisse en compagnie de l’une de mes nièces qui t’aidera
dans les petits travaux ménagers.
⎯ Mon bijou Wivine, d’autant qu’elle te ressemble
trop, sera ma force, mon remontoir mais aussi toute ma
vie !
⎯ Surtout parle-lui souvent de papa pour que jamais
elle n’oublie ses repères.
⎯ Une chose est sûre, c’est que je pèserai de tout mon
poids de mère pour que notre fille n’oublie pas son père.
Les courriers rassuraient : « Nous nous portons très
bien, Wivine, la nièce et moi-même. Wivine pense trop à
toi. Elle n’a pas bien dormi cette nuit à force de pensées.
La nièce ne m’écoute pas beaucoup, mais j’assure en
??
mère digne, qu’il s’agisse de Wivine ou de la nièce. Ne te
fais aucun souci. Je te représente valablement. Une toute
petite chose cependant, les mauvaises langues pourraient
te parler du mal de moi, surtout ceux qui remarquent les
va-et-vient de mon prof de maths pour un
accompagnement financé par mon frère aîné, car je
présentais beaucoup de lacunes dans ce domaine. Grâce à
lui, j’ai considérablement rehaussé mon niveau. Je ne te
trahirai jamais et t’embrasse très fort chéri... au revoir ! »
Les lettres de ce genre, Tata en recevait une à deux par
mois. La toute dernière était tout entière dédiée à
Wivine : « Ta fille a fait une crise de colère hier soir.
J’imagine trois raisons de sa colère. Soit, parce qu’elle
était dépassée par ses sentiments ou par ses sensations de
faim (elle n’aime pas dépasser une minute de son heure
de déjeuner), de maladie (j’écarte cet aspect), de
confusion, d’impuissance, de frustration, de colère ou
même de terreur (comme tu la manques tant !). Soit,
parce qu’elle a appris de ses expériences précédentes
qu’une crise de colère pouvait être récompensée. Par le
passé, elle a toujours obtenu de moi ce qu’elle voulait
après avoir eu un acte de rage ; elle recommence pour
imposer sa volonté. Soit, enfin, parce qu’elle a désiré
attirer mon attention ; cela pouvait découler du fait
qu’elle se sent tenue à l’écart, ignorée ou seule, ou, au
contraire, qu’elle a l’habitude de monopoliser l’attention.
Là encore, rien d’inquiétant : j’ai su faire face. Je l’ai
apaisée, calmée. Elle appelle papa chaque nuit avant de
poser sa tête sur ma poitrine. Je t’embrasse fort, chéri. Je
t’aime. »
À la fin de la formation, Tata regagna le pays par
l’unique vol de la semaine, qui atterrissait à 2h00 du
matin, une heure inconvenante pour se faire accueillir à
l’aéroport. Le téléphone n’étant pas d’actualité à cette
époque là (le fixe existait, mais c’était un luxe pas donné
??
à n’importe qui, surtout pas à un étudiant) - et il fallait
patienter deux semaines pour qu’une lettre postée à une
certaine date parvienne au destinataire -, Tata n’eut pas le
temps de prévenir sa fiancée de ce retour précipité par la
fin anticipée du programme de formation. Il débarqua
directement à la maison. Et de là, le premier spectacle
était hallucinant. Après un quart d’heure d’attente, la
nièce vint ouvrir la porte.
⎯ Bonjour tonton.
⎯ Bonjour ma nièce. Vous allez tous bien ?
⎯ Oui, tonton.
⎯ J’ai traîné longtemps devant la porte.
⎯ Je dormais profondément. J’ai entendu sonner
comme si je rêvais.
⎯ Tantine n’a rien entendu, non plus ?
⎯ Je ne crois pas qu’elle est rentrée.
⎯ Elle n’a pas dormi ici ?
⎯ Je ne l’ai pas entendu entrer depuis qu’elle est allée
faire les maths.
⎯ Elle est allée faire les maths où ?
⎯ Ça ! je ne sais pas, tonton. Elle y va quatre à cinq
fois dans la semaine, mais elle ne m’a jamais amenée
làbas. Souvent elle y dort quand il est tard.
⎯ Et Wivine ?
⎯ Mais tonton, tantine ne te l’a jamais dit ?
⎯ Dire quoi ?
⎯ Wivine est restée avec nous seulement une semaine
après que tu es parti. Tantine était allée la confier chez
les grands-parents (ses parents à elle) au village
Massembo-Loubaki parce que tu aurais dit que ses études
étaient prioritaires. Comme elle ne voulait pas les rater,
raison pour laquelle tu lui aurais confié un prof de maths
pour la suivre sans être dérangée...
??
Plutôt déçu qu’en colère, Tata attendit le lever du
soleil sur le canapé sans avoir fermé l’œil, somnolant de
fatigue du voyage et de la tristesse des nouvelles qui
s’abattirent sur lui comme un coup de foudre. Dès 5
heures du matin, il se dirigea vers la gare pour prendre le
premier train en direction du village Massembo-Loubaki.
Dans la maison des beaux-parents était assise, à côté de
la belle-mère et en train de prendre une bouillie de
manioc, une petite fille que Tata ne connaissait pas.
⎯ Bonjour à tous, dit-il.
⎯ Ah ! bonjour mon enfant, répondit la belle-mère,
qui se leva et vint saluer Tata. Quelle surprise ? J’aurais
encore aimé te voir accompagné de ton épouse. Vous êtes
ensemble ? Où est-elle ?
Pas rassuré, Tata ne répondit à aucune des questions.
Il en posa au contraire une autre à son tour quand il était
convaincu que la petite fille très attristée sans joie, qui le
regardait fixement sans dire mot, pouvait avoir quelque
chose de commun avec lui.
⎯ Je cherche à voir Wivine, dit-il, d’un ton grave.
Se retournant vers la petite fille, la belle-mère cria
avec éclats de rire :
⎯ Wivine, tu ne dis pas bonjour à papa ?
⎯ Quoi ? hurla Tata, qui fondit en larmes. Vous
n’allez quand même pas me dire que c’est elle ma fille !
⎯ C’est bien elle, murmura le beau-père.
⎯ Même toi, tu n’as pas reconnu ta fille ? continua à
crier la belle-mère, toujours en riant avec éclats.
Rien ne pouvait convaincre Tata qu’en dix mois, sa
princesse pût se transformer à ce point. D’une maigreur
spectaculaire, la petite présentait un corps aux os
saillants, yeux enfoncés, peau distendue gonflée
d’œdèmes, œdèmes aux deux pieds, cheveux se
décolorant et tombant… Une enfant ne jouant plus, qui
prenait l’allure d’un petit vieillard et pouvait ne plus
??
peser que la moitié du poids normal pour son âge. Sa
peau sèche et squameuse montrant une forme de
malnutrition sévère menaçait la vie de l’enfant à brève
échéance et demandait une attention médicale urgente.
Marasme ! Chacun justifia à sa manière l’état de
l’enfant :
⎯ Son comportement a changé ces jours-ci. Elle ne
sourit plus, pleure, refuse la nourriture et devient
indifférente à toute stimulation. Elle pense trop à son
père. Maintenant que tu es là, tout devrait rentrer dans
l’ordre, prophétisa le beau-père.
⎯ Parce qu’elle s’était éloignée du sein de sa mère,
dit la belle-mère. Il faudra que Matalana vienne chercher
sa fille. Qu’elle mange beaucoup ou qu’elle ne mange
pas, elle ne cesse de maigrir ! Elle était pourtant très
dégourdie aux premiers jours où sa maman l’avait
amenée ici...
⎯ Elle est ici depuis quand ? demanda Tata.
⎯ Depuis que tu es parti à l’étranger, dit la
bellemère, puisque Matalana nous avait dit que tu tenais
beaucoup à ses études et que l’enfant serait perturbante à
sa réussite. On ne pouvait pas refuser de la garder pour
ne pas compromettre vos projets, elle au moins qui a eu
sa chance d’avoir trouvé un bon mari, qui s’occupe
valablement d’elle.
⎯ Elle est ici depuis un an donc, est-ce que sa mère
est déjà venue la voir ici ?
⎯ Oh ! non, dit le beau-père. Nous sommes là pour
nous occuper valablement d’elle. La présence de sa
maman n’aurait pas changé grand-chose.
⎯ Êtes-vous partis avec elle, au moins une fois,
depuis, pour lui faire voir sa mère ?
⎯ Ce n’est pas important, intervint la belle-mère.
Matalana sait très bien que l’enfant est dans de bonnes
mains.
??
Tata souleva la fille par son petit bras droit, remonta
sa petite robe et fondit en larmes, sous les cris de
l’enfant, qui se débattait pour s’échapper d’un homme
qu’elle ne connaissait pas. Là, il découvrit un petit corps
marqué par l’éruption cutanée qui l’affectait. Les boutons
apparaissaient de tailles inégales, rouges et prurigineuses
(contenant du pus) semblables à des boutons d’acné. Des
cicatrices définitives, à force de se gratter, apparaissaient
au niveau de la peau.
⎯ Comment a-t-elle pu avoir la gale ? demanda Tata,
qui se doutait du manque de règles d’hygiène.
⎯ C’était la fille de Koula-Moutou, atteinte de cette
maladie, et avec laquelle elle joue souvent, qui l’a
contaminée, dit le beau-père. Elles sont tellement
colléescollées que la transmission a dû se faire par la salive ou
lors d’un éternuement, par un contact avec les cloques et
lésions encore vives ou bien par voie alimentaire, comme
elles aiment bien manger ensemble…
⎯ A-t-elle été vaccinée avant d’être mise à votre
charge ? demanda Tata.
⎯ Il faut demander à la maman elle-même. Nous
avons effectivement appris que quelqu’un était passé
dans le village pour vacciner les enfants, justifia le
beaupère, mais nous nous trouvions aux champs. Quand nous
sommes arrivés à la maison, il était déjà reparti. De toute
façon, on ne savait pas s’il fallait le faire ou pas.
Tata n’avait pas envie de passer une minute de plus
chez les beaux-parents. Le train de retour approchait. Il
prit sa fille et regagna Brazzaville à 21h30. Depuis le
train, Wivine avait déjà reconnu son père avec qui elle
s’était déjà familiarisée. Tata trouva Matalana assise au
salon, tête baissée entre les genoux. Elle était
complètement confuse... Pas plus la mère que la fille ne
??
reconnut l’autre. Après des salutations classiques, dans la
froideur, le couple fit chambre à part cette nuit-là.
⎯ Je cumule deux nuits sans sommeil. Il faut que je
dorme, nous causerons demain, dit Tata.
Il alla dormir dans la chambre de sa nièce, qui la lui
céda pour une nuit pendant qu’elle-même dormait sur le
canapé au salon. La petite Wivine le suivit
précipitamment après qu’elle s’était arrachée de la main
d’une mère qui paraissait pour elle comme une étrangère.
Elle criait « papa », « je veux mon papa !». Elle dormit
avec son père.
Le lendemain matin.
⎯ Je vais chercher, après seulement, à connaître celui
ou celle qui t’a raconté des choses sur moi au point de
débarquer de l’étranger sans me prévenir, dit Matalana,
avant de poursuivre, persuadée qu’à beau mentir qui
vient de loin. Mais ce n’est pas pour autant que je me
reproche de quoi que ce soit. Tu aurais pu me trouver à la
maison si tu étais arrivé une heure plus tôt. Je dormais
profondément quand mon amie Odile, que tu connais
bien, avait frappé à la porte pour me prier de
l’accompagner à une veillée de prière très importante en
mémoire des nôtres, morts ou vivants. J’ai tout de suite
pensé à notre fille Wivine, qui n’était pas en bonne santé,
et que mes parents sont venus chercher il y a un mois
pour la faire soigner au village par un guérisseur
traditionnel. Tu as vu toi-même dans quel état elle se
trouve actuellement. Mes parents, venus pour la rendre
visite, n’avaient pas supporté de la voir dans cet état. Ils
m’avaient proposé de l’amener au village auprès de ce
spécialiste. Je craignais le pire, mais il y a maintenant
une nette amélioration. Connaissant ta sensibilité, tu
n’aurais pas supporté de la voir telle qu’elle était avant.
??
Les croutes que tu vois sur son corps ne sont rien, ça
s’effacera très vite...
⎯ Combien de temps Wivine est-elle restée au
village ?
⎯ Eh ! e e e, trois semai... eh ! attends d’abord... ah !
oui, un mois.
⎯ Un mois ?
⎯ Eh ! e e e, oui, je pense bien... mais oui, un mois.
⎯ Il a dû y avoir le passage d’une peste hyper
destructrice pour qu’en un mois le corps de l’enfant
devînt aussi émincé et hideux ! Bon, là n’est pas
l’important. Pourquoi tu l’as envoyée au village ?
⎯ Ce n’est pas moi qui l’ai envoyée là-bas. Je viens
de te dire que si mes parents n’étaient pas venus la
chercher pour l’amener chez le guérisseur du village, tu
ne l’aurais pas retrouvée en vie.
⎯ Pour une lycéenne et mère de surcroît, tu es censée
savoir que la gale guérit spontanément dans l’extrême
majorité des cas et la vaccination est aujourd’hui presque
généralisée partout... Peu importe ! mais pourquoi tu ne
m’en as pas parlé notamment dans ta dernière lettre qui
ne date que de deux semaines et qui était largement
consacrée à son sujet, tout le contraire de l’histoire que tu
m’y avais racontée ?
⎯ Euh ! euh ! je... je... je...
⎯ Ma famille venait au moins rendre visite à la petite
Wivine et réciproquement, excepté le mois d’absence où
elle s’était retrouvée au village ?
⎯ Non ! personne. Tu fais bien de poser cette
question. J’attendais que tu reviennes pour t’en parler.
Fais très attention avec ton grand-frère là : il ne t’aime
pas. Ton oncle qui se dit chef de famille et chante partout
qu’il vous protège ne fait que parler du mal de vous, de
toi surtout. Ta grande sœur est bizarre. Ta tante, n’en
parlons pas. Même celui que tu appelles souvent ton
??

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