Etonnant !

De
Publié par

Un soir que je dansais dans une boîte de nuit, le postérieur bien emballé dans un jean-slim-taille-trop-basse, j'ai rencontré un politicien. Il m'a draguée avec son portefeuille lourd de CFA et "son gros français". Je me suis laissée séduire. Il a versé dans le tuyau de mon oreille tout un tas de baratins. Tu connais le baratin des politiciens, hein ? Nos rencontres avaient lieu dans les chambres VIP de l'hôtel Olympic Palace et de la résidence Marina : ce n'était que des corps-à-corps bûlants... sans préservatifs.
Publié le : dimanche 2 novembre 2014
Lecture(s) : 11
EAN13 : 9782336360386
Nombre de pages : 142
Prix de location à la page : 0,0075€ (en savoir plus)
Voir plus Voir moins
7 jours d'essai offerts
Ce livre et des milliers d'autres sont disponibles en abonnement pour 8,99€/mois

Marie-Françoise Moulady Ibovi
Étonnant !
Kokamwa !
… Un soir que je dansais dans une boîte de nuit, le postérieur bien emballé
dans un jean-slim-taille-trop-basse, j’ai rencontré un politicien. Il s’appelait
Jean de Dieu A-pesa-A-tala-té. Cette vieille carcasse d’os rouillés était née Étonnant !
sous le soleil des indépendances. Il menait grand train, costumes grifés
Yves Saint Laurent, ceinture Emmanuel Ungaro, cravate Francesco Smalto,
chemise Louis Vuitton, chaussures Weston en peau d’iguane, cartes American Kokamwa !
Express, montre Rolex et Hummer aux vitres fumées. Il m’a draguée avec son
portefeuille lourd de CFA et « son gros français » comme François Ibovi. Je me et autres nouvelles
suis laissée séduire. Il m’a dit qu’il sortait d’un divorce houleux. En efet, son
ex-épouse, secrétaire particulière à son cabinet à l’époque de leur rencontre,
lui avait tondu la laine sur le dos lors de leur divorce. Infdèle pris sur le fait, il
avait dû en assumer tous les torts. Voilà ce qu’il m’avait raconté. Tu connais le
baratin des politiciens, hein ? Hum ! Il avait versé dans le tuyau de mon oreille
tout un tas de baratins, des dames-jeannes de baratins, des seaux de baratins,
des bassines de baratins, des brouettes de baratins, et moi comme une idiote
j’y croyais. Il avait promis entre autres de construire un goudron devant la
parcelle familiale jusqu’à devant la douche de maman. Il m’avait promis de
mettre le métro, le RER et le tramway de Paris là, dans le village de papa. Il
me donnait 2.000.000 de francs CFA par semaine pour mes besoins. Tu te
rends compte ? J’avais même une voiture avec chaufeur à ma disposition. Le
rêve, quoi ! Nos rencontres n’avaient lieu que dans les chambres VIP de l’hôtel
Olympic Palace et de la résidence Marina : ce n’était que des corps-à-corps
brûlants… sans préservatifs.
Nouvelles sur les ravages du sida, sur la sorcellerie, la mort, le crime, la
folie, l’amour… Ce recueil de Marie-Françoise Moulady vous transportera
dans les coins et recoins du Congo-Brazzaville, à travers l’originalité d’une
douzaine d’histoires bondissantes et re-bondissantes.
Née en Russie, originaire du Congo-Brazzaville, Marie-Françoise Moulady
Ibovi a contracté le virus de l’ écriture dès sa plus tendre enfance en jouant les souris
dans la bibliothèque paternelle. Titulaire d’un master en création d’entreprises et
d’un certifcat en journalisme, elle consacre l’essentiel de son temps à l’écriture.
Photographie de couverture © Baudouin Mouanda
Ecrire l’Afrique
ISBN : 978-2-343-04448-4
Ecrire l’Afrique14 € L’ armattan
Étonnant ! Kokamwa ! Marie-Françoise Moulady Ibovi








Étonnant ! Kokamwa !
et autres nouvelles





Écrire l’Afrique
Collection dirigée par Denis Pryen

Romans, récits, témoignages littéraires et sociologiques,
cette collection reflète les multiples aspects du quotidien
des Africains.

Déjà parus

Réjean CÔTÉ, Un sorcier africain à Saint-Pie-de-Guire,
2014.
Mamadou DIOP, Rahma, l’école d’une vie, 2014.
Simon DIASOLUA, Entre ciel et terre, Les confidences
d’un pilote de ligne congolais, 2014.
Kasoum HAMANI, Niamey cour commune, 2014.
Roger KAFFO FOKOU, Les cendres du temps, 2014.
Pierre FREHA, Chez les Sénégaulois, 2014.
Patrick BRETON, Cotonou, chien et loup, 2014.
Cikuru BATUMIKE, L’homme qui courait devant sa
culpabilité, et autres nouvelles, 2014.
Mahmoud Bensaïd BAH, Les défis de la démocratie en
Guinée, 2014.
Georges ROUARD, Nuit noire à Dôko, 2014.
O. TITY FAYE, La chute de la Révolution. Les derniers
complots. La tourmente, livre III, 2014.
O. TITY FAYE, Prêt pour la Révolution ? De l’emprise du
parti unique à la marque du fouet rouge : la révolte. La
tourmente, livre II, 2014.
O. TITY FAYE, Selon la Révolution ! La randonnée de
l’étudiant guinéen sous la Révolution. La tourmente, livre
I, 2014.
Karamoko KOUROUMA, Poste 5 ou l’incroyable aventure
de Togba, 2014.
Bakonko Maramany CISSÉ, Émigrer à tout prix.
L’Amérique, l’Europe ou la mort, 2014.
Bakonko Maramany CISSÉ, Tombe interdite. Histoire de
l’enfant prodige, 2014.
Abdoulaye MAMANI, Le puits sans fond, 2014.
Marie-Françoise Moulady-Ibovi














Étonnant ! Kokamwa !
et autres nouvelles














































































































Du même auteur
Chez le même éditeur













L’imprudence, coll. « Théâtres », 2014.
























































































































































© L’Harmattan, 2014
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-04448-4
EAN : 9782343044484
À mon père François Ibovi,
il ne m’a ofert ni lingot d’or, ni villa, ni Nissan X-Trail,
mais un trésor inestimable : l’amour des livres.
Ibovi_2.indd 5 07/10/2014 12:34:03Ibovi_2.indd 6 07/10/2014 12:34:03Sommaire
La maladie des quatre lettres ............................................9
Au piment rouge .............................................................. 23
La go alice et sa déhontée façon de séduire ..................... 35
Et pan ! .............................................................................43
Bacchus ............................................................................ 51
Le matricule 325 515 ....................................................... 59
Chut ! ............................................................................... 69
L’enfant ramassé .............................................................. 79
La Madeleine de Proust ................................................... 91
Coup de foudre dans le taxi-cent cent .......................... 107
Étonnant ! Kokamwa ! 115
Le père s’agenouille pour enterrer ................................ 127
7
Ibovi_2.indd 7 07/10/2014 12:34:038
Ibovi_2.indd 8 07/10/2014 12:34:03La maLadie deS quatre LettreS
Le soleil tape dru sur Brazzaville : 45 °Celsius. Temps
idéal pour sifer une Primus bien tapée dans un bar de la rue
des Mouches. Mais boire, pour l’instant, est le cadet de mes
soucis, la cadette de mes préoccupations. Je me rends plutôt
à l’hôpital Vous-N’en-Sortirez-Pas-Vivant. Après avoir franchi
le portail déglingué de l’entrée principale, j’arpente l’allée
d’herbes arides. Je pousse la lourde porte d’entrée, aussitôt une
odeur débectante me saute au nez. À l’intérieur, une secrétaire
médicale, ressemblant fort à un tilapia, me reçoit. Pas même
de « M’boté, bonjour » ni de « sourire ». L’accueil chaleureux
du tilapia congelé à l’étal de la poissonnière. Elle m’interpelle
sur un ton sec :
— Hé, toi là ! Tu ne sais pas que le port du badge visiteur est
obligatoire ici, hein ? Enfle ça et vite !
Je passe ledit badge autour de mon cou, non sans un long
« Tchiiiiiip !!! »
Je dépasse la salle d’attente repoussante de saleté tel un
poulailler. Dans un coin, des patients entassés sur des chaises
en plastique attendent leur tour. Des moustiques gros comme
des seringues chantonnent au-dessus de leur tête comme
pour mettre un peu d’ambiance. Je traverse la maternité. Une
9
Ibovi_2.indd 9 07/10/2014 12:34:03femmeen ceinte jusqu’aux dents court dans le couloir en hurlant
de douleur. Une infrmière au triple menton a vite fait de la
recadrer :
— Tu cries quoi ? Tu cries quoi même ? Quand tu te faisais
engrosser là-bas, tu riais non ? Maintenant, tu brailles comme
une truie ? Faut fermer à double tour ta bouche là !
Et moi, dans ma barbe :
— Voilà encore une qui a prêté le serment d’hypocrite !
J’arrive enfn au cinquième étage. Je viens ici un jour sur
deux depuis six mois, pour voir ma sœur de même père, même
mère, même sang : Eudoxie Olandzobo.
Le service où elle est hospitalisée est dirigé par le Docteur
Ngakosso Ngatsé, un homme entre trente et quarante ans,
tellement court qu’on le croirait issu d’une mutation génétique
entre un Pygmée de la forêt équatoriale et un Chinois.
Le cinquième étage de l’hôpital
Vous-N’en-Sortirez-PasVivant, ça vous dit quelque chose ?
Non ?
Eh bien, c’est l’étage des condamnés à mort, des sidéens.
En efet, ma sœur a ramassé le sida… Non, c’est plutôt le
sida qui l’a ramassée et qui s’est encerclé, enveloppé, enliané
autour d’elle.
Il me semble que le cinquième étage soit devenu ma
seconde maison. Je connais les médecins et les infrmières qui y
travaillent. Je connais la forme des chambres moroses. À travers
les portes mal fermées de certaines d’entre elles, j’aperçois en
passant des corps fgés sous des draps à la propreté douteuse.
Je connais le vieux monsieur qui agonise chambre 6C, il a
10
Ibovi_2.indd 10 07/10/2014 12:34:03été contaminé lors d’une transfusion sanguine ici même à
l’hôpital ! Je connais la maman de la chambre 7C, une dame
d’une quarantaine d’années, qui s’est fait refler la maladie par
son polygame de mari. Il y a aussi la chambre 9C où j’allais
pleurer au début. Plus que tout, je connais la chambre 8C, celle
de ma sœur. C’est une petite chambre tapissée à la chaux. Il y a
un tabouret un peu usé, un lit et une table de chevet. À droite
de la porte d’entrée, le cabinet de toilette.
J’y entre justement dans cette fameuse chambre 8C, qui sent
le triste. Comme à chaque fois, ma sœur puînée est étendue sur
son lit. Elle a les yeux cernés de noir, un bras alimenté par un
goutte-à-goutte de sérum et un visage afreusement gris.
Je pose sur son front un baiser d’oiseau.
— M’boté, bonjour, yaya !
Je m’assois sagement sur le tabouret un peu usé. Elle fait
glisser sur moi son regard. Un regard chaud comme le temps
qu’il fait.
— Approche-toi, petite sœur, je ne suis pas contagieuse.
Sa voix est fatiguée, sa fgure est fatiguée, son tissage est
fatigué.
Je me lève et carre mon séant à côté d’elle. Un silence gêné
s’installe. Qu’heureusement Ya Eudoxie rompt.
— Comment va papa ?
— Il va bien. Il est sorti très tôt ce matin chercher de l’herbe
pour ses cobayes.
— Je lui ai adressé du fond de ma solitude une lettre. Un
bidon à la mer.
— Il t’a répondu ?
11
Ibovi_2.indd 11 07/10/2014 12:34:03— Non, le bidon ne m’est pas encore revenu. Il doit être
encore en train de voguer sur les eaux agitées de son mépris.
Et maman ? La spécialiste en torture aux piments, comment
va-t-elle ?
— Ça va. Toujours à chanter les gloires de son amant de tous
les jours, celui-là même qui marche sur l’eau : Jésus-Christ !
— Elle demande de mes nouvelles au moins ?
— Euh… non. Elle fait un foin du diable à propos de ta
maladie. Son pasteur lui a dit que le sida est l’œuvre du démon.
Du coup, elle considère que tu es possédée, envoûtée et refuse
donc d’entendre parler de toi. Je suis désolée.
— Ça fait mal d’entendre ça… Si seulement tu pouvais
savoir le vide injuste que cette maladie honteuse a causé autour
de moi…
Un ange passe.
— Je suis afamée, petite sœur.
— Afamée ?
— Oui. Afamée non pas de nourriture, mais de tendresse
et d’attention. Chaque jour, je tète les seins de la maladie en
solitaire. Chaque jour, je trifouille mon téléphone portable
dans l’espoir de trouver un sms amical. Il n’y en a jamais, à ma
grande déception. Je me sens seule comme un chien.
Deux anges passent.
— Tu sais que tu peux compter sur moi, n’est-ce pas ?
— Je le sais, petite sœur, je le sais. Et mon cœur en fond de bonheur.
La chambre est plongée dans une semi-pénombre car Ya
Eudoxie ne supporte plus la lumière vive.
12
Ibovi_2.indd 12 07/10/2014 12:34:03Nous restons muettes un long moment, le silence est froissé
par le tap… tap… insolent d’un robinet qui fuit dans les
toilettes.
— Ya Eudoxie, ça va aller ! chuchoté-je, désemparée.
Soudain une voix sans chaleur ricoche sur les murs de la
chambre : « C’est l’heure du repas ! C’est l’heure du repas ! ».
Une infrmière à l’air sévère fait son entrée. Pas de « M’boté,
bonjour » ni de « sourire ». Encore « un énième serment
d’hypocrite », me dis-je en levant la tête sur son visage… à
moustaches.
Jamais je n’ai encore vu d’infrmière à moustaches. Elle en
a une paire qui retombe de chaque côté de ses épaisses lèvres.
Elle apporte son repas à ma sœur : un poisson maquereau frit
couché sur un lit d’oignons, un bâton de manioc et une sauce
rouge mercurochrome faisant la grimace dans l’huile. Une
orange. Un yaourt périmé. Une bouteille de coca-cola Made in
Nigeria via Ghana. Et un sachet d’eau glacée.
— Quand on ne vous donne pas à manger, vous vous
plaignez ! Maintenant que je t’ai servie là, tu attends quoi pour
manger hein ? hurle-t-elle en crachouillant des postillons qui
chuintent sur le plat.
Je secoue la tête d’un air consterné. Le énième serment
d’hypocrite au visage moustachu tourne les talons en poussant
de petits jurons.
« Eh ! André Gide, André Gidéééé, m’écriais-je
intérieurement, ce n’est pas les familles que je hais, ce sont les infrmières
de l’hôpital Vous-N’en-Sortirez-Pas-Vivant… Infrmières, je
vous hais ! »
13
Ibovi_2.indd 13 07/10/2014 12:34:03

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.