etude-royer-04

De
Publié par

Les « dix mots » :cSaction culturelle et langue française en Rhône-AlpesUne idée toute simpleL’histoire commence en 1988, quand les tion s’accompagne-t-elle d’une sélectionC’est désormais devenu uncinquante-cinq pays « ayant le français de « dix mots » : libre à chacun(e) de serendez-vous : en mars deen partage » décident d’organiserchaque année, au moyen saisir de ces mots, de jouer avec eux, dechaque année, à la date du 20 mars, uned’une sélection de n’en retenir qu’un seul, ou deux, ou« Journée internationale de la franco-« dix mots », la Semaine trois, de les prendre tous… C’est lephonie ». La France pouvait difficilementde la langue française et principe de la « contrainte féconde »rester à l’écart d’une telle initiative et,de la francophonie invite cher à Raymond Queneau, parrain dedepuis 1996, organise tous les ans,depuis 1999 à célébrerl’édition 2003, année du centenaire deautour du 20 mars, une Semaine de lajoyeusement la richesse etsa naissance. C’est aussi un bon moyenlangue française et de la francophonie.la vitalité de notre langue.pour rassembler autour d’une mêmeOrganiser dans l’Hexagone une telle« Dix mots » pour jouer,idée – aussi simple qu’efficace – unemanifestation, c’est un peu proposerpour s’exprimer, pourgrande diversité d’organismes et de une « Semaine de l’eau » au peuple deséchanger… Pour affirmerpoissons ! Aussi, depuis 1999, l’opéra- participants.aussi que la maîtrise de lalangue peut favoriser l’accès à la culture et à ...
Publié le : samedi 24 septembre 2011
Lecture(s) : 98
Nombre de pages : 6
Voir plus Voir moins
Les « dix mots » :cSaction culturelle et langue française en Rhône-Alpes Une idée toute simple L’histoire commence en 1988, quand les tion s’accompagne-t-elle d’une sélectionC’est désormais devenu un cinquante-cinq pays « ayant le français de « dix mots » : libre à chacun(e) de serendez-vous : en mars de en partage » décident d’organiserchaque année, au moyen saisir de ces mots, de jouer avec eux, de chaque année, à la date du 20 mars, uned’une sélection de n’en retenir qu’un seul, ou deux, ou « Journée internationale de la franco-« dix mots », la Semaine trois, de les prendre tous… C’est le phonie ». La France pouvait difficilementde la langue française et principe de la « contrainte féconde » rester à l’écart d’une telle initiative et,de la francophonie invite cher à Raymond Queneau, parrain de depuis 1996, organise tous les ans,depuis 1999 à célébrer l’édition 2003, année du centenaire de autour du 20 mars, une Semaine de lajoyeusement la richesse et sa naissance. C’est aussi un bon moyen langue française et de la francophonie.la vitalité de notre langue. pour rassembler autour d’une mêmeOrganiser dans l’Hexagone une telle« Dix mots » pour jouer, idée – aussi simple qu’efficace – unemanifestation, c’est un peu proposerpour s’exprimer, pour grande diversité d’organismes et de une « Semaine de l’eau » au peuple deséchanger… Pour affirmer poissons ! Aussi, depuis 1999, l’opéra- participants.aussi que la maîtrise de la langue peut favoriser l’accès à la culture et à la citoyenneté. Dès l’origine, les « dix mots » ont suscité en Rhône-Alpes de nombreuses initiatives et mobilisé des publics très variés, parfois peu familiers des RHÔNE-ALPES : UNE PREMIÈRE ÉVALUATIONéquipements culturels. Une mission d’évaluation 1999-2003 : cinq éditions de la Semaine de la langue française et de la conduite par Marine Royet, francophonie ont eu pour principe fédérateur le choix de dix mots. En ethnologue, permet de Rhône-Alpes, les membres du comité de pilotage régional (cf. encadré page 6) ont rapidement observé que, grâce aux « dix motsmieux identifier les », l’opération, au-delà des « pratiquants culturels », mobilisait un large public,organismes qui se sont grâce à l’implication croissante d’organismes à vocation socio-culturelle, approprié le « jeu des dix éducative ou sociale. mots » et de préciser les objectifs que les uns et les A l’issue de l’édition 2003, une mission d’évaluation a été confiée à Marine autres assignent à l’opéra- Royet, ethnologue. Le présent document reprend les principales observations de son rapport de mission ainsi que des données issues des bilans annuels detion. Une façon aussi de l’opération. Sa publication coïncide avec la rencontre régionale organisée le 6renouveler les termes du novembre 2003 au Théâtre national populaire de Villeurbanne (Rhône) sur le traditionnel débat entre thème : « Cinq ans, dix mots : dis-moi pour quoi ? pour qui ? ». démocratisation et démocratie culturelles. Les « dix mots » : action culturelle et langue française en Rhône-Alpes - page 2cS Des contributions par centaines Capitale (spectacles, expositions, créations audiovisuelles ouUne centaine d’organismes rhônalpins participe désormais multimédias…), dans le souci aussi de favoriser la rencontreà la Semaine de la langue française et de la francophonie.La de participants ayant joué avec les mêmes « dix mots », leplupart d’entre eux incitent leurs publics à répondre à comité de pilotage régional organise depuis 2002, en « l’appel à contributions » lancé chaque année par le clôture de la Semaine, une manifestation conviviale intituléecomité de pilotage régional. La règle est toute simple : il « Les dix mots font la fête ! ». Pendant une journée, dans lesuffit d’adresser avant le 15 février précédant la Semaine cadre singulier du Théâtre des Asphodèles – une ancienneune proposition originale utilisant ou illustrant un, usine lyonnaise de construction automobile transformée enplusieurs, ou l’ensemble des « dix mots ». La forme est foyer permanent de création culturelle –, amateurs et totalement libre. Elle peut être : professionnels donnent à voir ou à entendre les productions- littéraire : récit, poésie, exercice de style, jeu… réalisées autour des « dix mots ».(2000 signes au maximum = une page dactylographiée) - visuelle : graphisme, collage, dessin, photographie, calligraphie… Vers un réseau régional- sonore : lecture enregistrée, théâtre radiophonique, chanson, illustration musicale… Ateliers d’écriture, établissements culturels, associations - etc. socio-culturelles, structures à vocation sociale : les Toute contribution est réputée libre de droits pour tout organismes associés à la Semaine de la langue française et de support ; une même personne ne peut proposer plus de la francophonie sont d’une grande diversité (cf. page 3). trois contributions. Toutefois, tous ont en commun d’utiliser la langue française dans leur démarche. Aussi est-il apparu intéressant de provoquer chaque année, à l’automne, une rencontreRestitution et partage régionale, consacrée à un thème particulier, qui permette Depuis 1999, un jury régional choisit parmi les centaines de rendre compte d’aventures singulières et d’échanger de contributions reçues (un peu plus de huit cents en idées et expériences. Loin d’être un obstacle, la diversité 2003) soixante à quatre-vingts propositions. Grâce au des organismes représentés devient alors une richesse… concours de l’hebdomadaire Lyon Capitale, un cahier Après « Lire, écrire, traduire » (Musée d’art contemporain spécial de vingt-quatre pages, inséré dans la livraison de Lyon, décembre 2000) et « Ecriture et autobiographie » précédant la Semaine, permet de donner à lire ou à voir les (Grenier d’abondance, DRAC Rhône-Alpes, novembre propositions retenues. Accompagné d’interviews et de 2002), c’est sur le double thème de l’accès aux œuvres et reportages sur des initiatives en région, ce supplément fait de l’accès à l’expression que, sous l’intitulé « Cinq ans, dix l’objet d’un « tiré à part » diffusé à trente-cinq mille mots : dis-moi pour quoi ? pour qui ? » est organisée au exemplaires. Toute personne ayant adressé une contri- Théâtre national populaire (Villeurbanne), en novembre bution peut ainsi, même si sa proposition n’a pas été 2003, une nouvelle rencontre régionale. Au-delà de la retenue par le jury, prendre connaissance des productions réflexion collective à laquelle elles invitent, ces rencontres réalisées par d’autres participants. entendent également faciliter les échanges entre les Dans le souci de faciliter la présentation de productions différents organismes. Une manière aussi de favoriser la impossibles à reproduire dans le supplément de Lyon mise en place d’un réseau régional. LA MÉTHODOLOGIE DE L'ÉTUDE : UN REGARD ETHNOLOGIQUE Etape 1 : envoi d’un questionnaire à quatre-vingt-six organismes ayant participé à la Semaine 2003. L’objectif est de répartir les organismes non pas en raison de leur typologie mais par rapport à leur motivation à participer au jeu des « dix mots ». Etape 2 : création d’un fichier des soixante organismes ayant répondu au questionnaire ; les fiches renseignent en priorité sur la motivation principale à participer au jeu des « dix mots » mais aussi sur les missions des orga- nismes, leurs publics, leurs actions ainsi que sur leur implication dans la Semaine. Etape 3 : entretiens qualitatifs semi-directifs avec treize organismes choisis en fonction de leur motivation principale. L’ambition est de mieux connaître les objectifs des organismes, les actions menées, leur contexte, leurs modalités, les résultats observés, les difficultés rencontrées, les demandes particulières, les projets à venir etc. L’étude a été menée en juin - juillet 2003, les entretiens avec les treize organismes retenus s’échelonnant du 19 juin au 4 juillet. Les « dix mots » : action culturelle et langue française en Rhône-Alpes - page 3cS Qui participe ? d’écriture. Les « dix mots » offrent aussi l’occasion deLors de l’édition 2003, le comité de pilotage régional a découvrir ou d’approfondir l’œuvre d’un auteur, de créeridentifié en Rhône-Alpes quatre-vingt-six organismes des liens avec d’autres activités artistiques, de relever unet 1.875 individus ayant participé au jeu des défi d’écriture ou de susciter une nouvelle émulation au« dix mots ». Les soixante organismes qui ont bien sein d’un atelier régulier. La dimension ludique et de plaisirvoulu répondre au questionnaire touchent ensemble, est souvent énoncée dans cette famille. La plupart plébisci-au minimum, un public estimé à 110.000 personnes. La tent l’atelier d’écriture mais certains ont aussi recours autypologie exhaustive des organismes recensés (cf. théâtre, au conte ou aux arts plastiques ; la restitutionencadré) témoigne de la grande diversité des position- prend des formes diverses : lectures de textes, expositions,nements comme des terrains d’intervention. On peut voire performance d’artistes ou défilé de mode.néanmoins les regrouper en quatre familles distinctes : 3. – les professionnels de l’éducation et de 1. – les intervenants sociaux auprès de publics la formation« en difficulté » Parmi les soixante organismes, onze (18%) ont pour C’est - de loin - la famille la plus nombreuse puisque, avec mission principale l’éducation et la formation. Ils vingt-huit membres, elle rassemble presque la moitié des s’adressent à un public potentiel d’au moins 16.000 organismes (47%), touche au total 80.000 personnes et a personnes dont 498 ont participé au jeu des « dix mots ».adressé 440 contributions. Pour ces organismes dédiés à A la recherche de nouvelles formes de mobilisation, ilsl’insertion ou à l’accompagnement de publics « en difficulté », souhaitent mettre en œuvre des méthodes pédagogiques le jeu des « dix mots » constitue clairement un « originales », compatibles toutefois avec les programmescatalyseur d’insertion sociale et / ou professionnelle. Dans imposés. Le jeu des « dix mots » leur permet d’approfon-les contextes multi-ethniques, ces organismes utilisent la dir la maîtrise de la langue, de faire le lien entre lecture etlangue française comme un trait d’union entre les écriture, de désacraliser l’écrit, d’ouvrir sur d’autres différentes populations immigrées et les « dix mots » cultures. L’atelier d’écriture reste le moyen de participa-comme un moyen original d’apprentissage ou d’approfon- tion privilégié avec, pour la moitié d’entre eux, une dissement de la langue. La Semaine est considérée par eux restitution sous forme d’exposition ou de recueil descomme un espace de communauté qui permet les textes produits.échanges, les rencontres et le regroupement d’individus d’origines et d’appartenances sociales différentes. 4. – les acteurs de la promotion de la langue L’événement permet aussi de se retrouver et de se françaisereconnaître – au niveau régional, voire national – autour d’une action commune. Les animations organisées autour Au nombre de huit (13%), ils rassemblent 1.300 personnes des « dix mots » – et, particulièrement, les productions dont 237 ont participé au jeu des « dix mots ». Seuls deux écrites – amènent les individus en proie à des difficultés d'entre eux utilisent explicitement la Semaine pour matérielles, physiques ou sociales à travailler sur eux- promouvoir la langue et la culture françaises ; la plupart mêmes et sur leur rapport au monde. animent des ateliers d’écriture mais certains lient le travail sur la langue à d’autres formes d’expression artistique 2. – les épicuriens du verbe (théâtre, arts plastiques…). Pour restituer les productions réalisées, ils privilégient les lectures publiques ou les Treize organismes (22%), rassemblant 14.000 personnes expositions.(dont 325 participants) se consacrent prioritairement à l’écriture et à des activités littéraires.Amoureux des mots, de la poésie, de la pensée, de la création par l’écrit, ils ont été séduits par la proposition des « dix mots ». Celle-ci leur fournit en effet la possibilité d’échanger avec d’autres, voire d’obtenir une certaine reconnaissance de leur travail TYPOLOGIE DES ORGANISMES PARTICIPANT À LA SEMAINE - associations ou centres d’alphabétisation - centres sociaux - associations de promotion de la langue française - collèges et lycéesomotion du patrimoine - écoles primaires - associations de retraités - foyers de travailleurs - associations d’insertion - foyers de personnes en difficultés psychiques - associations de lutte contre l’illettrisme - maison d’accueil évangélique - ateliers d’arts plastiques - maisons des jeunes et de la culture - ateliers d’écriture - maison de l’enfance - bibliothèques et médiathèques municipales - maisons de retraite - centre d’accueil thérapeutique - réseau d’échanges réciproques de savoirs - centres d’apprentissage ou de formation professionnelle - théâtre municipale de loisirs en milieu rural - université - centres pénitentiaires Les « dix mots » : action culturelle et langue française en Rhône-Alpes - page 4cS Pour quels objectifs ? Parmi les soixante organismes ayant répondu au question- dans les organismes d’insertion, l’écriture se met alors au naire, treize (22%) ont fait l’objet d’une approche qualitative service de l’imagination. La dimension ludique liée au jeu par le moyen d’un entretien avec leur(s) animateur(s) : des « dix mots » est susceptible de renouveler le rapport - neuf des vingt-huit « intervenants sociaux auprès de que les apprenants – surtout ceux qui sont en difficulté – publics en difficulté » ; entretiennent avec la langue. Le fait que la proposition fasse passer les apprenants d’une logique utilitariste à une- un des treize « épicuriens du verbe » ; logique de plaisir compte pour beaucoup dans l’intérêt que- deux des onze « professionnels de l’éducation et de la lui portent les enseignants ou animateurs, comme la formation » ; possibilité qu’elle offre de « désacraliser » l’écrit.- un des huit « acteurs de la promotion de la langue française ». 3. valoriser l’individu et son expression citoyenneNeuf organismes sont installés dans le Rhône, deux en Savoie, un en Isère et un dans la Loire. La moitié des organismes rencontrés prêtent au jeu des « dix mots » la faculté de valoriser l’individu, d’encourager Cette approche qualitative permet de mieux repérer les l’expression de soi et de faciliter le développement objectifs liés à l’utilisation du jeu des « dix mots » (à noter personnel. Pour les participants – et, particulièrement, qu’un même organisme peut être concerné par plusieurs pour les personnes socialement dévalorisées –, la proposi- objectifs). tion permet d’accéder à une expression de soi et à une valorisation – voire, une reconnaissance – auprès d’autrui. 1. créer du lien social Le lien avec l’extérieur que matérialisent le supplément de Lyon Capitale, la publication sur l’internet ou la journée deDix organismes sur les treize rencontrés donnent une restitution sous-tend l’échange et la confrontation, et doncplace importante, dans leur discours, à la dimension amorce un processus de reconnaissance. Le jeu des « dixsociale du jeu des « dix mots ». Le « regroupement », le mots » peut ainsi devenir un outil de valorisation de la « partage », « l’ouverture vers l’extérieur », la « dimension personne lui permettant de passer du registre de la collective » (régionale, voire nationale) de la Semaine, les passivité à celui de l’action.mises en réseau qu’elle provoque, tous ces attributs conduisent à l’idée d’une activation facilitée du lien social. Pour certains des organismes – surtout ceux qui travaillentLa moitié des opérateurs ont pour préoccupation d’élargir dans le champ de l’insertion –, la participation à la Semainele champ de leurs collaborations au niveau d’un quartier se présente aussi comme un moyen de former les ou d’une ville. Le jeu des « dix mots » leur permet très individus à la citoyenneté, de les faire accéder à uneconcrètement de mettre en œuvre une telle stratégie. En expression citoyenne. En créant une dynamique associantoffrant un cadre commun aux actions des différents des personnes très différentes au regard de leurs positionsorganismes associés, la manifestation devient un lieu de sociales, de leurs pratiques culturelles et de leur maîtrisecommunauté où se retrouvent autour d’un même projet de la langue, le jeu des « dix mots » permet à l’individu dedes individus dont la rencontre serait autrement impro- se sentir moins exposé et plus autorisé à s’exprimer surbable ou des organismes qui, d’ordinaire, ne travaillent pas des sujets qui lui tiennent à cœur ; en d’autres termes, parensemble.Tous les opérateurs affirment par ailleurs que la les détours d’une proposition en apparence légère etdimension régionale – et, a fortiori, nationale – de la ludique, il l’autorise à prendre plus facilement et plus Semaine se révèle très utile pour susciter l’ouverture aux légitimement la parole.autres et le sentiment d’appartenance à un groupe plus large. Dans le cas des actions en direction de publics « en 4. promouvoir la langue françaisedifficulté », ce sentiment d’appartenance, cette incitation à la connaissance d’autrui contribuent à mettre les individus Seuls deux des organismes rencontrés – rappelons-le – « dans le lien avec la société ». Le jeu des « dix mots » est ont explicitement cité la promotion de la langue française ainsi présenté comme un instrument « d’ouverture au comme un objectif de leur participation au jeu des « dix monde ».Y participer, c’est prendre part à un événement mots ». Pour l’un, il s’agit de mêler l’écriture à d’autres ouvert dans la cité, c’est bénéficier de la dimension formes artistiques afin de montrer que cette forme publique de l’action, c’est (re)découvrir la raison d’être d’expression est bien un art. Pour l’autre (une bibliothèque fondamentale de toute langue : le partage avec l’autre. municipale), le souci est de lier la participation à la Semaine à la mission première de l’organisme, à savoir la lecture 2. faciliter l’apprentissage et la maîtrise publique et, donc, la promotion de la littérature et de la de la langue langue. Pour plus de la moitié des organismes rencontrés, le jeu des « dix mots » constitue un outil pédagogique au service de l’apprentissage du français. Parce qu’elle sort l’acquisition de la langue du schéma scolaire et s’adapte – grâce à la grande souplesse de participation qu’elle autori- se – aux situations pédagogiques les plus diverses, la proposition des « dix mots » remobilise les apprenants et peut libérer leur expression. En milieu scolaire comme Les « dix mots » : action culturelle et langue française en Rhône-Alpes - page 5cS Cékoicédimo ? Sous ce titre malicieux en forme de clin d’œil à Raymond Queneau, est paru aux éditions Bérénice en février 2003 – au moment même où était célébré le centenaire de la naissance de l’auteur de Zazie dans le métro – un ouvrage qui répondait à un double objectif : donner à lire une anthologie des textes produits, lors des éditions 1999 à 2002 de la Semaine,à partir de la contrainte des « dix mots » ; mais aussi faire connaître les points de vue des divers partenaires engagés depuis l’origine dans cette opération, qu’ils s’inscrivent dans le champ de l’institution (DRAC, FASILD), de l’action culturelle (Espace Pandora) ou des médias (Lyon Capitale). En croisant ces deux types de textes, Cékoicédimo ? – préfacé par Bernard Cerquiglini, délégué général à la langue française et aux langues de France – entend porter témoignage de la dynamique d’action culturelle née en Rhône-Alpes autour des « dix mots ». 1 vol., 152 p., 10 euros Renseignements : 01 47 07 28 27 editions.berenice@wanadoo.fr La « Caravane des dix mots » « Si tu ne vas pas à Lagardère…» : afin de déve- lopper l’action autour des « dix mots » en Rhône-Alpes, le Théâtre des Asphodèles et l’Espace Pandora ont imaginé en 2003 d’équiper une camionnette et de parcourir la région à la rencontre des initiatives recensées et de nou- veaux publics à solliciter. Accompagnée du cinéaste Eric Guirado (Quand tu descendras du ciel), la « Caravane des dix mots » s’est arrêtée sur les marchés, dans des écoles, des maisons de retraite, des foyers de travailleurs immigrés, des établissements de soins… Au final, cinq courts- métrages au rythme vif soulignent à quel point la langue est bien une vision singulière du monde en même temps que l’outil par excellence de l’échange. La « Caravane des dix mots » reprendra la route au cours de l’hiver 2003-2004 pour proposer à une trentaine de lieux de la région, avec le concours d'artistes et d'intervenants profession- nels, des ateliers itinérants dans cinq disciplines : écriture, spectacle vivant, arts plastiques, radio et cinéma. Renseignements :Théâtre des Asphodèles 04 72 61 12 55 / contact@asphodeles.com Les « dix mots » : action culturelle et langue française en Rhône-Alpes - page 6cS Démocratisation… … ou démocratie culturelle ? Voilà plus de deux siècles que, dans la continuité des Mais, à l’évidence, le jeu des « dix mots » constitue aussi Lumières et de la Révolution de 1789, se pose en France la un outil efficace de démocratie culturelle, comme le question des objectifs d’une politique publique de la montrent à la fois le bilan des cinq éditions en Rhône- culture. De Condorcet ou de l’abbé Grégoire aux militants Alpes et les observations de l’étude menée en juin – juillet du Front populaire ou à André Malraux, l’objectif principal 2003. L’opération permet en effet à des participants très a longtemps été de « rendre accessibles les œuvres capitales différents de développer une création originale, souvent de l’humanité, et d’abord de la France, au plus grand nombre très personnelle, et de la confronter avec d’autres produc- possible de Français » (décret du 24 juillet 1959 fondant le tions proposées par d’autres, amateurs ou professionnels. ministère des Affaires culturelles). Dominante jusque dans L’objectif n’est évidemment pas de faire de tous les les années 1970, cette position est depuis deux ou trois participants des artistes ou des créateurs, mais bien d’en décennies battue en brèche par les partisans d’une faire des citoyens dont la capacité d’expression est politique qui viserait aussi à « permettre à tous les Français reconnue, légitimée, et s’inscrit dans un processus de cultiver leur capacité d’inventer et de créer, d’exprimer d’échange avec les autres. En ce sens, « parce qu’elle se place librement leurs talents et de recevoir la formation artistique de délibérément au confluent de la création, de la médiation et de leur choix » (décret du 10 mai 1982 fixant, à l’initiative de la diffusion ; parce qu’elle rassemble dans une même (joyeuse) Jack Lang, les missions du ministère de la Culture). Pour aventure – sans les confondre – artistes, animateurs et publics ; dire les choses un peu abruptement, aux objectifs de parce qu’elle invite les uns et les autres à prendre la parole, démocratisation culturelle (privilégier l’accès aux œuvres) mais aussi à partager et à recevoir, cette opération […] paraît s’ajouteraient depuis un quart de siècle des préoccupa- […] prendre la bonne voie dans la recherche d’une (1)tions de démocratie culturelle (faciliter l’accès à authentique démocratie culturelle » . l’expression). (1) Abraham Bengio, in Cékoicédimo ? (éd. Bérénice, 2003), p. 21. C’est dans ce contexte qu’il convient de replacer les actions menées autour de la Semaine de la langue française et de la francophonie et, notamment, les nombreuses animations issues du jeu des « dix mots ». Que, dans l’esprit de ses promoteurs, cette Semaine constitue un instrument de démocratisation culturelle, cela paraît manifeste : à preuve, l’invitation faite chaque année aux artistes et professionnels de la culture afin qu’ils mettent à profit cette opération en vue d’élargir la diffusion de leurs productions ; à preuve aussi, le « parrainage » sous lequel est placée chaque édition, qu’il s’agisse de grands auteurs de notre patrimoine littéraire (Hugo, Queneau, Sand) ou d’écrivains contemporains représentatifs de la francophonie. Document publié, à l’occasion de la rencontre régionale « Cinq ans, dix mots : dis-moi pour quoi ? pour qui ? » (Villeurbanne,Théâtre national populaire, 6 novembre 2003), par la Direction régionale des affaires culturelles de Rhône-Alpes, Le Grenier d’abondance, 6 quai La Semaine de la langue française et de la francopho- Saint-Vincent, 69283 Lyon cedex 01 Directeur régional : Richard Lagrangenie est une initiative du ministère de la Culture et de la Communication (Délégation générale à la Rédaction : Michel Kneubühler et Marine Royet langue française et aux langues de France). Photographies : Jean-Marie Refflé Remerciements : Thierry Auzer, Nathalie Bugnone, Philippe Delpy, Thierry Renard, Pierre Sigaud En Rhône-Alpes, l’opération est coordonnée par un Conception graphique : Salime Akkaz – Lyon 04 78 29 44 40 comité de pilotage réunissant : la DRAC Rhône- Coordination : Michel Kneubühler Alpes, le FASILD Rhône-Alpes, l’ANLCI, l’Espace ISBN : 2-910768-08-2 Formateurs, l’Espace Pandora et le Théâtre des Dépôt légal : novembre 2003 Prix public : 1,5 euroAsphodèles. Avec le concours de l’hebdomadaire Tirage : 5.000 exemplairesLyon Capitale. Achevé d’imprimer le 4 novembre 2003 par Imprimerie Brailly à Chaponost (Rhône) Pour en savoir plus - DRAC Rhône-Alpes 04 72 00 44 41 ou 49 / michel.kneubuhler@culture.gouv.fr / www.culture.gouv.fr/rhone-alpes - FASILD Rhône-Alpes 04 72 82 14 90 / PDELPY@fasild.fr - Espace Pandora 04 72 50 14 78 / espacepandora@free.fr / www.espacepandora.org
Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.