Feuilletons des colonies (Volume I), Maurice

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Cet ouvrage regroupe des poèmes et récits extraits des journaux de Bourbon et de Maurice de 1817 à 1848. Parus dans la rubrique "feuilletons" des journaux insulaires, ces textes, majoritairement des poèmes, apparaissent comme de fines réparties, réactions aux événements qui bouleversent les colonies dans cette première moitié du XIXe siècle. Au fil des feuilletons, se précisent les mentalités, les marches vers l'abolition de l'esclavage...
Publié le : samedi 15 novembre 2014
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EAN13 : 9782336361536
Nombre de pages : 266
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Textes rassemblés et commentés
par Fabienne Jean-BaptisteFeuilletons des colonies
Volume I, Maurice
Cet ouvrage est une invitation aux voyages dans le temps et
dans les îles. Le lecteur peut découvrir dans Feuilletons des
colonies une littérature méconnue : des poèmes et récits
extraits des journaux de Bourbon et de Maurice de 1817 à 1848.
Ces textes de la plume d’auteurs « amateurs », de Créoles souvent
anonymes, sont initialement présentés dans la thèse d’Histoire de
l’auteur (avril 2010). Alors que la rubrique « feuilleton » des journaux
parisiens accueille à partir de 1836 des romans-feuilletons,
le feuilleton des gazettes insulaires donne à lire majoritairement
des poèmes. Ces textes apparaissent comme de nes réparties,
réactions aux évènements qui bouleversent les colonies dans cette
epremière moitié du XIX siècle. Au l des feuilletons, se précisent les
mentalités, les marches vers l’abolition de l’esclavage…
Lire ces feuilletons revient à parcourir l’Histoire des Iles-Soeurs.
Des notes historiques éclairent le contexte, les allusions de ces
compositions tant ces écrits (en français pour la plupart mais aussi Feuilletons
en anglais, en latin ou encore en créole) sont pleins d’ironie et
de subtilité. La présentation en deux volumes permet une étude
comparée ou une échappée d’une île à l’autre… des colonies
Des poèmes et feuilletons pour découvrir l’Histoire des Iles-Sœurs Bourbon
Docteur en Histoire contemporaine de l’Université de La Réunion, et Maurice et pour suivre les abolitions de l’esclavage en marche
enseignante en Histoire-Géographie titulaire du CAPES (juillet
2014), Fabienne Jean-Baptiste a coécrit en octobre 2010 un
petit ouvrage sur deux naufrages, 1876 : années de naufrages.
Dans le sillage du Fernand et de la Rosa S. Volume I, Maurice
Illustration de couverture :
Gazette de Maurice, novembre 1817, Archives de Coromandel, Maurice
ISBN : 978-2-343-02293-2
26 euros
Textes rassemblés et commentés
Feuilletons des colonies Volume I, Maurice
par Fabienne Jean-Baptiste








Feuilletons des colonies



Textes rassemblés et commentés
par Fabienne Jean-Baptiste












FEUILLETONS DES COLONIES
Des poèmes et feuilletons pour découvrir l’Histoire
des Iles-Sœurs Bourbon et Maurice et pour suivre les abolitions
de l’esclavage en marche

















Volume I, Maurice































































© L’Harmattan, 2014
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris
http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-343-02293-2
EAN : 9782343022932 REMERCIEMENTS
me Je remercie M le Professeur Christine RAGUET pour ses
traductions de qualité. Je tiens également à remercier l’ensemble
des personnels des archives et bibliothèques fréquentées durant
mon doctorat : le personnel des Archives Départementales de La
Réunion, celui des Archives d’Outre-Mer d’Aix-en-Provence, le
personnel de la Bibliothèque de Port-Louis (National Library) et
les agents des Archives de Coromandel (Maurice).
Mes proches sont d’un grand soutien dans le travail de
recherches et d’écriture. Merci à ma famille, mes parents Christine
et Henri pour m’avoir transmis le goût des livres et leur amour de
l’île Maurice, ma sœur aînée Nathalie et en particulier ma sœur
jumelle Nicole dont l’écoute, les conseils et la confiance me sont
précieux. Merci également à Nelly pour sa bienveillance et sa
clairvoyance.
Enfin, ce volume I Maurice me fait penser à mes séjours dans
l’Ile-Soeur, à l’accueil chaleureux que les Mauriciens m’ont, à
chaque fois réservé. Je garde pour finir le souvenir des heures
délicieuses passées auparavant, à la fraîche terrasse de Port-Louis
La Flore Mauricienne, à l’ombre de laquelle je voyais Maurice au
travail, où je pouvais sentir son dynamisme et prendre son pouls. A Ma Famille,
Aux Réunionnais et aux Mauriciens. AVERTISSEMENTS
Les poèmes et feuilletons proposés et annotés dans cet ouvrage
sont presque tous inédits. Ils étaient initialement présentés dans nos
deux annexes littéraires de notre thèse d’Histoire Contemporaine :
« Feuilletons et Histoire.
Idées et opinions des élites de Bourbon et de Maurice
1dans la presse de 1817 à 1848 . »
Cette thèse a pour but de valoriser une source inexploitée voire
très peu étudiée : les poèmes puis les feuilletons des journaux de
Bourbon et de Maurice. En effet, l’idée de dépouiller la presse, de
dénicher ces poèmes et textes, d’exploiter les « feuilletons » naît
d’une intuition et de l’envie de marier les deux disciplines Histoire
et Littérature ainsi que les deux îles chères à mon cœur : mon île
natale, La Réunion et l’île Maurice, la terre des vacances familiales
et de bonheur. Mon hypothèse de départ a été largement vérifiée.
La presse mauricienne, qui comme la presse bourbonnaise est à ses
débuts en 1817 à 1848, est davantage une presse d’opinion qu’une
presse d’information ; elle fournit grand nombre d’écrits littéraires.
Une première sélection retient pour mon mémoire de doctorat 54
productions mauriciennes, et de ces 54 écrits, seuls 35 des écrits les
plus marquants sont répertoriés dans cette présente édition.
Les textes sont classés d’abord par périodiques puis selon un
ordre chronologique. Ce double listage fait ressortir la prééminence
des journaux Le Cernéen et Le Mauricien. Les poèmes retranscrits
sont numérotés tous les cinq vers. Un tableau comparatif des
journaux des Iles-Sœurs, des notices biographiques tracées pour
quelques feuilletonistes, une chronologie des faits marquants
clôturent ce volume ; ces annexes doivent préciser les contextes
dans lesquelles ces œuvres s’inscrivent.
En outre, des photocopies ou fac-similés sont reproduits dans
ce volume pour permettre au lecteur de toucher du doigt les
1 Notre thèse, placée sous la direction de Monsieur le Professeur Prosper EVE a
été soutenue à l’Université de La Réunion, le 22 avril 2010. Nous remercions
Monsieur le Professeur Eve pour ses conseils apportés durant nos années d’études
universitaires, de la maîtrise au doctorat.
9
feuilletons d’origine. Les notes précèdent alors les fac-similés.
Enfin, il est recommandé de feuilleter et de lire ces écrits
mauriciens des années 1820-1840, en ayant à portée de main le
volume II Bourbon, tant les textes et les thèmes abordés par les
feuilletonistes de chaque colonie se répondent : Bourbon et
Maurice, les Iles-Sœurs sont, en ces décennies 1817-1848,
solidaires. L’édition de ces poèmes est nécessaire car leur support
d’origine -les journaux- n’est pas si accessible. Effectivement, ces
périodiques sont dispersés dans deux archives (la National Library
et les archives d’Aix-en-Provence). De plus, ces journaux
s’abîment avec le temps et certains ne sont plus communicables.
Or, ces poèmes doivent être diffusés puisqu’ils ne peuvent que
plaire, surprendre, attiser la curiosité du lecteur. Celui-ci pourrait
être agréablement surpris par l’écriture de ces colons de Maurice,
impressionné par leur imagination, leur sagacité, la longueur de
certaines compositions et la pertinence de quelques octosyllabes et
alexandrins. Il peut être aussi curieux de la langue utilisée. Les
poètes amateurs et anonymes ont recours au français la plupart des
cas mais aussi à l’anglais, de façon plus occasionnelle au latin
voire, plus intéressant et plus rare encore, au créole : les feuilletons
accueillent l’une des premières transcriptions en créole mauricien.
Ces textes révèlent alors le Franco-Mauricien : un homme fin et
critique, à la fois amoureux et déçu de la France, nostalgique
souvent et toujours la plume à la main.

Avant de laisser le lecteur être happé par ces feuilletons,
précisons pour ces abréviations :
A.C est mis pour Archives de Coromandel. (à Maurice).
N.L est mis pour la National Library (à Port-Louis)
ANOM est mis pour les Archives Nationales d’Outre-Mer (à
Aixen-Provence).


Illustration de couverture : A.C, Gazette de Maurice, novembre 1817. Ce
dessin très fréquemment utilisé dans les éditions de la Gazette de Maurice de
1817 à 1818 introduit le supplément du journal ou page supplémentaire plus
légère et propice à la poésie.



10 SOMMAIRE
AVERTISSEMENTS .................................................................... 9
INTRODUCTION ....................................................................... 15
I. POEMES ET FEUILLETONS DE LA GAZETTE
DE MAURICE [1817-1848] ....... 21
1. « Optime ac honoratissimo viro Roberto.T Farquhar… »
8 novembre 1817 ......................................................................... 23
2. Traduction
de « Md. Créole de l’Ile Maurice » ............................................... 25
3. « The Arrival », suivie de sa traduction
15 juillet 1820 ............................................................................... 28
4. ANOM. « Le Chant du Départ », H.G.Y,
10 sept. 1831 ................................................31
II. POEMES ET FEUILLETONS DU CERNEEN
[1832-1848] ................................................................................... 35
1. « L’Avenir »,
24 février 1832 .............................................................................. 37
2. « Un Employé du gouvernement et un colon »,
19 juin 1832 .................................................................................. 38
3. Le conte d’un abonné
17 janvier 1834 ............................... 43
4. « Un coin de feu à la campagne ou Fonclair et Pierrot »,
Le Bobre Africain, avril 1839 ....................................................... 45
5. « Histoire abrégée d’un voyage à Bourbon », écrite par le
voyageur lui-même »,
16 mai 1839 ................................................................................... 48
6. « Au Voyageur qui a écrit son voyage soi-même »,
18 mai 1839 50
7. « Rendez-moi mes fers », A.Bettand,
9 août 1839 ................................. 52
8. « Original Poetry. The Exile’s Song”, B, suivie de sa traduction.
26 février 1842 .............................................................................. 54
11
9. Lines adressed to B, Xenos, suivie de sa traduction,
10 mars 1842 ................................................................................. 57
10. « Discours d’un propriétaire à ses employés », « Einne
Z’habitant, Criole de Maurice
15 décembre 1842 ......................................................................... 59
11. « Promenade autour de L’Ile », XX,
juin-juillet1844 ................................ 66
12. « Feuilletons sur Whist et Toast »
du 27 juillet au 14 août 1837 ....................................................... 124
13. « Les habitants malades de l’Usure », issue de La Lanterne
magique, 26 octobre 1848 ............................................................. 68


III. POEMES ET FEUILLETONS DE LA BALANCE
[1832-1834 .................................................................................. 141
1. « La vie d’un Gentleman »,
4 juin 1832 .................................................................................. 143
2. « Dialogue autour de la couleur du journal, B,
3 sept. 1832 ..................................................143
3. « Aux Créoles de Bourbon », Le Bobre Africain
6 sept. 1832 ............................... 146
4. « A Lady Colville », Le Bobre Africain
5 nov.1832 ....................................................149
5. « Acrostiche », JEREMIE PROCUREUR GENERAL
A MAURICE. 20 février 1834 .................................................... 151
6. « Macédoine »,
20 mars 1834 ............................................................................... 153


IV. POEMES ET FEUILLETONS DU MAURICIEN
[1833-1848] ................................................................................. 155
1. « L’Emancipation »,
16 et 24 août 1834 ....................................................................... 157
2. « A. M.M. Les Membres du Club Mauricien… »,
Le Bobre Africain, 24 février 1840 ............................................. 171
3. « Au Bobre Africain. En réponse à des vers …… », E.C
26 février 1840 ............................................................................ 174
4. « La Mauriciade », M. Dupin,
5 août 1840 .................................................................................. 175
12 5. « L’Irlande », Hyacinthe Husson,
10 avril 1844 ............................................................................... 184
6. « Le Tombeau Malartic », C.P.
2 juin 1845 .................................................................................. 186
7. « Impressions de théâtre », ***,
16 mars 1846 ............................................................................... 193
8. « Le Chant des Ovas », A.C.,
29 mai 1846 .............................. 201
9. « Les Deux Langues », Z.A,
22 mars 1847 ............................. 203
10. « Liberté », Volsy Delafaye,
19 juin 1848 ................................................................................ 218
11. « Les Orphelins », C.P.,
14 juillet 1848 ...............................................221
13. « Le Poulain Créole », C.P.,
6 octobre 1848 ............................................................................. 224
Annexes ...................................................................................... 227
Annexe 1. Tableau de comparaison des journaux bourbonnais et
mauriciens ....................................................229
Annexes 2. Biographie des auteurs ............................................. 236
Annexe 3. Chronologie mauricienne .............. 245
Bibliographie ............................................................................. 255
13INTRODUCTION
« Enfin le fantôme finit par s’évanouir ; mais il fut
bientôt remplacé par un beau cygne noir dont les ailes
ressemblaient aux deux pages ouvertes d’un journal
fraîchement imprimées : il me regardait avec des yeux
flamboyants dont je ne pus supporter l’éclat […] je
2tremblais […] . »
Ce feuilleton qui critique les personnages Whist et Toast,
personnages de fonctionnaires britanniques, met en scène le
premier journal de Maurice, Le Cerneén dont le logo est un cygne
blanc. Le feuilleton, rubrique littéraire du journal, évoque assez
légitimement -comme dans une projection en abyme- la presse, son
support, invitant par là même, à faire l’historique de la jeune presse
de Maurice. La Gazette de Maurice réimprimée en 1817 est la
feuille du gouvernement, chargée de publier des avis et
ordonnances et parfois égayée par quelques poèmes. Cette gazette
gouvernementale est durement censurée jusqu’en 1832, date de la
suppression de la censure à Maurice. Effectivement, la liberté de la
presse demandée par les Mauriciens et leur ambassadeur Adrien
d’Epinay est concédée par les Anglais. Cette libre expression de
1832 engendre ainsi plusieurs gazettes : le journal des planteurs et
de d’Epinay, Le Cernéen (1832), La Balance (1832) qui est un
journal des hommes de couleur et des pro-anglais et Le Mauricien
(1833), périodique qui se veut plus modéré. Plus tard en 1843,
paraît la Sentinelle de Maurice, journal du métis Rémy Ollier,
3défenseur des hommes de couleur . En cette première moitié du
eXIX siècle, naissent puis évoluent les journaux emblématiques de
2 Cf. Feuilletons des Colonies. Volume II. Maurice. « Feuilletons sur Whist et
Toast ». Le Cernéen. 27 juillet 1847.
3 La Sentinelle de Maurice est un journal aujourd’hui très abîmé et dont les
exemplaires ne sont plus communicables à la National Library. Nous n’avons pas
retenu dans cette présente édition les trois poèmes de cette gazette commentés
dans notre thèse. Un poème du Cernéen « au MAURITIUS TIMES. NEMESIS
MAURICIENNES », présente un journal dont aucune archive de Maurice ne
dispose d’exemplaires mais qui figure dans le répertoire d’Auguste Toussaint. Cf
Auguste Toussaint, Bibliography of Mauritius [1504-1954], Esclapon, 1956, 884
p, p. 182.
15
Maurice. Ces journaux mauriciens se distinguent non seulement
par une certaine liberté d’expression, mais surtout par un grand
dynamisme. A part le journal La Balance dont les numéros ne sont
diffusés que durant deux ans (de 1832 à 1843), les trois autres
périodiques -la Gazette de Maurice, le Cernéen et Le Mauricien-
font montre d’une intéressante longévité et d’une fréquence de
publication qui va crescendo. Hebdomadaire à leurs débuts, Le
Cernéen devient après une courte période de parution
bihebdomadaire, trihebdomadaire dès 1835 tandis que Le
4Mauricien propose des parutions trihebdomadaires en 1837 . Les
colonnes des périodiques et la rubrique « feuilleton » en particulier
deviennent alors la chasse gardée de ces Franco-mauriciens en
terre anglaise. Aussi leurs poèmes et feuilletons traduisent-ils leurs
sentiments et leurs ressentiments : leurs visions de la vie politique
ou des gouverneurs britanniques, leur aversion pour les lois
anglaises et en premier lieu leur rejet du Bill d’Emancipation ou
encore leur exaspération à l’égard du colonisateur britannique et
5leur nostalgie de la France . Ces textes sont ainsi des réactions
littéraires à des ordonnances royales ou gouvernementales ou
encore à des faits-divers, des incidents survenus à Port-Louis et
dans les autres quartiers. Par conséquent, ces feuilletons peuvent
être considérés comme des documents d’Histoire. Cette littérature
qui paraît dans les colonnes des journaux se nourrit de la presse,
des faits de moindre importance et des évènements marquants qui
ponctuent l’Histoire de Maurice.

L’Ile de France devient anglaise après la conquête de décembre
1810. Le dernier gouverneur français, le général Decaen, préfère
capituler plutôt que de sacrifier des combattants créoles, des
habitants valeureux prêts à affronter une armée anglaise imposante
6et préparée . L’Ile Bourbon était déjà tombée en juillet 1810 et
servait de bases aux assaillants britanniques. Les guerres maritimes
qui se déroulent dans l’océan Indien préfigurent déjà les ambitions

4 A. Toussaint, Bibliographie of Mauritius [1504-1954], op.cit, p. 177-178 et p.
181.
5 Bill signifie « Loi ».
6 Sur le thème de la conquête de 1810 lire R. Lepelley, La fin d’un empire : les
derniers jours de l’isle de France et de l’isle Bonaparte, 1809-1810, Paris,
Economica, 2000, 210 p.
16 de l’Angleterre : dominer les mers, détenir la route des Indes
notamment et faire cesser la domination européenne de l’empereur
Napoléon. Après la conquête, l’Ile de France retrouve son nom
initial, l’île Maurice ou Mauritius, du nom du Stadhouder Maurice
7de Nassau tandis que l’Ile Bonaparte est renommée l’Ile Bourbon .
Mais les Britanniques qui considèrent Maurice comme un point
pour gagner les Indes portent davantage leur intérêt sur l’Afrique
du Sud, l’Inde ou encore l’Australie : ils ne font pas de Maurice
une colonie de peuplement mais une colonie d’exploitation.
D’ailleurs peu d’Anglais s’installent à Maurice…
Dans un premier temps, les Franco-Mauriciens et leurs
« frères » de Bourbon espèrent une victoire napoléonienne pour les
8délivrer du joug britannique . Mais la prise de Paris (juin 1814)
met fin à leurs espérances : les traités européens scellent le destin
des Iles-Sœurs. A la suite du traité de Paris confirmé par le
Congrès de Vienne, l’Angleterre garde Maurice, forte de ces deux
ports, et laisse Bourbon, sans port et sans intérêt, à la France. La
nouvelle est un choc pour les Créoles et donne à la conquête de
7 Les Hollandais sont les premiers à prendre possession de cette île. Les
protestants hollandais tentent même une colonisation. Après quelques années de
survie sur l’île, ils l’abandonnent en 1710. La place étant vacante, la France
s’empare de cette île ; les colons de Bourbon, avec des renforts de métropole, se
pressent d’y planter le drapeau blanc du roi de France. De là, naît ce lien ombilical
et fraternel entre l’île Bourbon et l’Ile de France. Tant qu’elles sont sous le giron
français et depuis le système de Mahé de Labourdonnais (1738) visant à valoriser
l’Ile de France, les Iles-Sœurs sont rivales. Mais face à l’adversaire britannique et
sous le coup de la séparation de 1815, leur fraternité ressort. Ajoutons enfin, une
remarque subtile faite par un de nos derniers étudiants : dès la conquête, on
pourrait voir qu’en leur restituant leur nom royal ou princier sans chercher à leur
donner un nom britannique, les Anglais marquent d’emblée un certain
détachement à l’égard de ces colonies, nouvellement assujetties. Par la suite,
Maurice devient une colonie d’exploitation.
8 Le mot « frère » apparaît dans divers poèmes dont « Aux Créoles de Bourbon »
du Bobre Africain. Le terme employé aussi dans divers autres articles, témoigne
bien de la fraternité d’alors qui liait les colons de Bourbon aux colons de Maurice.
Ajoutons que depuis les années 1980 et jusque dans les années 2010, on parle plus
de « cousins », un terme qui marque l’évolution des relations entre les Mauriciens
et les Réunionnais, après la départementalisation de La Réunion (1946),
l’indépendance de Maurice (mars 1978), l’entrée du département de La Réunion
dans la CEE et dans l’Union Européenne…
17
décembre 1810 son caractère décisif et définitif. André Maure, un
Franco-Mauricien témoigne :

« Toutefois, nous étions de cœur à la France, sans nous
montrer ingrats envers le gouvernement anglais, et l’acte
suprême qui nous détacha de notre ancienne patrie, fut
pour nous un acte de rigueur qui porta la consternation et
9les regrets dans toutes les familles . »

Le premier poème que nous ayons trouvé est daté du 8
novembre 1817, publié dans la Gazette de Maurice, gazette
officielle. Il est consacré au gouverneur Sir Robert Farquhar sur le
départ : les Franco-Mauriciens regrettent ce premier administrateur
britannique dont la bienveillance rend la séparation d’avec la
France sinon acceptable du moins, un peu moins amère. Si ce
premier poème est élogieux, les autres écrits deviennent plus
critiques voire moqueurs à l’instar des feuilletons sur Whist et
Toast, ayant pour thèmes les fonctionnaires britanniques
(feuilletons de 1847) et empreints d’anglophobie. A cette évolution
de ton, s’ajoutent de nouvelles mise en page et mise en valeur des
textes littéraires des poètes amateurs. Avant 1842, les poèmes sont
insérés dans les colonnes des journaux entre deux articles. A partir
des années 1840, ils intègrent la rubrique feuilleton que les auteurs
remplissent également de récits.


Le feuilleton est une rubrique littéraire du journal, le bas de
page de la gazette appelé encore « rez-de-chaussée ». Ce dernier se
distingue des colonnes du périodique contenant des articles
sérieux, par sa bande horizontale et son caractère littéraire et léger.
Cette rubrique est créée en 1836 par Emile de Girardin, rédacteur
en chef du journal parisien La Presse ; elle connaît un grand succès
10et fidélise les abonnés . La rubrique feuilleton fait son apparition

9 Souvenirs d’un vieux colons de l’Ile Maurice, renfermant tous les évènements
qui lui sont arrivés depuis 1790, époque du Bill d’Emancipation, ce qui renferme
une période de 46 ans, La Rochelle, Typographie, de Frédéric Boutet, 1840, p.
271-272.
10 Pour plus d’informations sur le feuilleton et le roman-feuilleton, lire :
18 dans les gazettes des Mascareignes à partir des années 1840 et elle
se généralise vers 1842. En outre, les feuilletons de Maurice et
ceux de Bourbon ne sont en rien comparables aux feuilletons de
Paris. Quand les feuilletons parisiens mettent en valeur un genre
littéraire nouveau -le roman-feuilleton-, les feuilletons des
Mascareignes valorisent, eux, la poésie. Les Créoles aiment
versifier ; ils sont formés au Collège Royal de Port-Louis
(Maurice) ou Collège Royal de Saint-Denis (Bourbon), puis dans
les lycées et les établissements parisiens et de la métropole
française ou anglaise, établissements où les enseignants leur
transmettent une certaine culture classique. Contrairement aux
feuilletons parisiens destinés au lectorat ouvrier et méprisés des
lettrés, les feuilletons des Iles-Sœurs sont destinés aux élites
créoles : élites composées de négociants, d’avocats, de professeurs,
de riches propriétaires ou de planteurs moins aisés. Le feuilleton
est lu avec avidité et n’est pas dédaigné : le lectorat qui attend des
textes subtiles critiquent vivement les écrits qui ne le sont pas.
Quand le feuilleton parisien met en vedette un romancier - Honoré
de Balzac, Alexandre Dumas Père et Eugène Sue -, le feuilleton
des Mascareignes est majoritairement, anonyme ou seulement
marqué d’initiales, à partir desquelles il nous est difficile de
retrouver l’intégralité du nom et en somme l’identité de l’auteur.
Les feuilletons des Mascareignes ne s’étendent pas non plus sur
plusieurs numéros. Ce sont des réactions ponctuelles et précises à
un fait, à une réforme, à une loi. Ces feuilletons des Iles-Sœurs
sont donc originaux à plus d’un titre d’où l’intérêt de les découvrir
et de les lire…
N. Prévot-Bombled, « Feuilletons, romans-feuilletons et pouvoirs sous la
monarchie de Juillet entre La Presse et Le Siècle (1836-1838), thèse de lettres
sous la direction de Monsieur le Professeur Jean-Yves Tadié, Université Paris
IVSorbonne, 2003, tome 1, 403 p, tome 2, 424 p.
M-E Therenthy, A. Vaillant, 1836, l’An I de l’ère médiatique. Etude littéraire et
historique du journal LA PRESSE d’Emile de Girardin, Paris, Nouveau Monde
Editions, 2001, 293 p.
M-E Therenty, Mosaïques. Etre écrivain entre presse et roman (1829-1836), Paris
Honoré Champion, 2003, 606 p.
19
Car feuilleter ces feuilletons, c’est assurément lire un pan de
11l’Histoire des Iles-Sœurs . Ces textes nous ramènent à ces
décennies qui préparent l’émancipation anglaise, qui voient aussi
les lendemains et les conséquences de l’abolition mauricienne
(puisque le corpus s’arrête en 1848, date de l’émancipation dans
les colonies françaises, soit presque 9 ans après l’abolition
définitive à Maurice). L’Angleterre qui dès 1807 abolit la traite
condamne le système esclavagiste. Pionnière en tout domaine, elle
engage ses colonies dans une abolition progressive faite en deux
temps. Après la promulgation du Bill de l’abolition en 1833,
l’année 1835 marque la fin de l’esclavage et le début de
l’apprentissage puis l’année 1839, la date de l’abolition définitive.
D’autres réformes suivent comme le Bill de la Loi anglaise,
décidée dès 1840 et mise en vigueur en 1847. Les bills sur
l’immigration des Indiens sont critiqués par les Mauriciens de
souche française et les planteurs en particulier : l’introduction des
Convicts est suivie de l’arrêt de l’immigration indienne en 1838,
laquelle migration est reprise en 1842. En effet, les Anglais
convertissent l’ancienne Ile de France, plaque commerciale et
portuaire du temps des Français, en Ile à sucre. La fin de
l’esclavage étant promulguée, il faut faire appel à d’autres
travailleurs, le sucre exigeant de nombreux bras. Plusieurs textes et
feuilletons reprennent ces problématiques. C’est pourquoi, des
notes de pages enrichies de témoignages viennent éclairer les
circonstances de compositions des poèmes, les allusions
historiques.

Ces feuilletons sont donc des pages d’Histoire dont la liberté de
ton, la richesse linguistique, la sensibilité ou l’ironie des auteurs en
renforcent la saveur.

11 Nous écrivons ainsi la locution déjà précédemment employée « Iles-Sœurs »,
avec une majuscule et un trait d’union faisant une entorse volontaire à
l’orthographe. Le trait d’union doit traduire la grande solidarité et la réelle
fraternisation des colonies Maurice et Bourbon durant les décennies 1817-1848,
alors qu’elles évoluent sous des pavillons différents et que leur passé commun
n’est pas encore trop éloigné pour effacer les origines communes de ces Créoles
des deux rives. Par ailleurs, nous restons fidèle à l’orthographe d’Auguste
Toussaint « Iles-Sœurs », lequel historien a si bien parlé de ces deux îles. Cf A.
Toussaint, Histoire des Iles Mascareignes, op.cit, p. 158 et p. 350.
20 I.
POEMES
DE
LA
GAZETTE DE MAURICE
[1817-1848] 1. « Optime ac honoratissimo viro Roberto. T Farquhar
ANOM Mauritius Gazette, Gazette de Maurice, samedi 8
novembre 1817. N. 136. p.6.
Le poème est prononcé par un élève lors de la distribution des
prix.Voici une seconde publication du poème.
12« Au Rédacteur de la Gazette de l’Isle Maurice
Monsieur,
Vous avez inséré dans votre dernière gazette, une pièce de vers
latins, adressée à son Excellence Mr. Farquhar, par un Elève du
13 14Collège , lors de la distribution des prix . L’auteur se trouvant
absent à l’époque de l’insertion, vous n’avez eu qu’une copie très
infidèle de cette pièce, et il s’est glissé dans l’impression, un grand
12 Les poèmes sont généralement adressés au Rédacteur en chef ou à l’éditeur du
journal et précédés d’une demande polie. Car le rédacteur en chef procède à une
sélection.
13 Il s’agit du Collège Royal de Port-Louis. Ce collège est rouvert en 1815 et
Farquhar en fait en 1817 un collège royal. Avec le statut de collège royal, les
lauréats et meilleurs des promotions peuvent recevoir une bourse et aller étudier à
Londres. Le grec et le latin sont deux matières enseignées au Collège Royal.
Notons que c’est à partir de 1819 que les cours de mathématiques sont les
premiers cours dispensés en anglais et en français. Ce double enseignement
permet d’introduire en douceur la langue du Conquérant auprès de l’élite
francomauricienne.
14 La distribution des prix est une fête solennelle aussi bien à Maurice qu’à
Bourbon. Elle réunit les familles ainsi que l’administration, le gouverneur et ses
collaborateurs. On fête les diplômés, qui constituent une jeunesse éclairée appelée
plus tard à diriger la colonie. Les noms des lauréats sont affichés dans les
journaux des colonies. Cette fête inspire élèves et professeurs. Le professeur de
Bourbon Dejean de La Bâtie compose à l’occasion de la distribution des prix de
novembre 1819 au Collège Royal, un poème en latin, « Ad laureatos discipulos »
paru dans la gazette, la Feuille Hebdomadaire de l’Ile Bourbon du mercredi 6
novembre 1819. Le brillant collégien Hermann Geoffroy voit sa composition
poétique « Discours », vers dans lesquels il cite ses auteurs préférés, publier dans
la Gazette de Maurice du samedi 26 avril 1823. Cf ADR. 4MI8. « Ad laureatos
discipulos », signé Dejan de La Bâtie, Feuille Hebdomadaire de l’Ile Bourbon,
mercredi 6 novembre 1819.
ANOM. Pom/d/e/523 « Discours », signé Hermann Geoffroy, Gazette de
Maurice, samedi 26 avril 1823, p. 7.
23
nombre de fautes graves. En voici une copie plus exacte, que je
vous prie de vouloir bien insérer dans votre prochain No.
J’ai l’honneur d’être, etc.

15 J. COUDRAY .

Otptime ac honoratissimo Viro
Roberto T.FARQUHAR
In solimni, proemiorum di tribu ione
Collegii Coloni i insulae Mauritii,
Decio quarto Octobria die
Anno Domini 1817,
Desideria a vota,
Unanimi discipulorum concentu,
Expressa.



Exoptata diu quamvis arrideat hora, 1
Hora juventuti vulgo festiva jocose,
Mentibus attonitis cur tam grave pondus
inhoeret?
Quidve voluptati potuit miscere dolorem?
Cum sociis nugabar hori dulcedine captis 5
Qua lux alma solet pueros agitare facetos :
Ecce jocos risusque simul vox dispulit ana (ou
ara)
Heu fugit ! aiebat quidam, spes nulla relicta…
Heu fugit, atque alias mox abripietur ad oras
Vir solitus nostram donis cumulare juventam, 10
Vir, pest flammi feram noctem patrioque
ruinam
Eniseus mala feralis dispellere pestis,
Omnibus ex oculis tristes abstergere fletus,
Quique futurus erat mox alter conditor urbis.
Hi dictis, moesta subito 15

15 J. Coudray est le principal du Collège Royal de Port-Louis. Son nom paraît dans
les articles consacrés aux distributions de prix de 1919 et 1921.
24
Vidisses hilarem modo salantemque catervam
Eia agite, o secii, promeremus adire patronum,
Et pruis affari quam nobis perfidus Eurus ;
Afflans, heu citius ! velis, procul evebat
illum !
Sentiat extremium quam sit dilectus amicis ; 20
Sentiat extremium gratos se linquere
alumnos ;
Adstantes videat sibi quos jubet esse beatos,
Qui que forent illo semper praesente beati.
O Virtutis amans, juvenum pater optime,
semper.
Semper honos nomenque tuum laudesque 25
manebunt
Pectore gestabit te Mauritiana juventus,
Et teneris annis, et cum maturior octas
Escultae pretium mentis dignoscere discet :
Oblitis nunquam donum pretiosius auro.
Absentem Jam nunc omnes lugemus amicus ; 30
At liceat saltem re olim spectare revectum !
Quo te cumque vocet fatum, subrideat usque !
Te mentes nostroe, te oculi, te vota Sequentur. » 33



2. Traduction de « Md. Créole de l’Ile Maurice »


Port Louis
TRADUCTION de l’Ode Latine, à
Mr FARQUHAR, insérée dans la gazette
n. 135.


Quand elle luit enfin cette heureuse journée 1
Que nos désirs, nos vœux appellent chaque année,
Quoi ! De sombres soucis attristent notre cœur !
Comment donc au plaisir peut s’unir la douceur !

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