L'Enfant sablier

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Hassan, jeune palestinien de douze ans, est laissé par Youssef sur une place de Tel-Aviv, capitale d’Israël. Sa mission : se faire exploser. Il n’a plus qu’à actionner la machinerie à l’heure dite. Une cause, aussi juste soit elle, mérite-t-elle tous les sacrifices ?

Ce roman nous mène jusqu’au bout du suspens, et nous montre que, derrière ce conflit, se cache des âmes en peine dans chaque camp. Et si l’amour était la seule, l’unique solution ?


Publié le : mardi 3 mars 2015
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782365922036
Nombre de pages : 74
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Joël Carrasco

 

 

 

L’Enfant
sablier

 

 

Roman

 

 

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Éditions Grrr…ART

3, Résidence Saint-Paul, 78660 Allainville aux Bois

Tél. / Fax : 01 30 41 89 50

Sites Internet : http://grrrart.free.fr

http://leoetlu.free.fr

 

 

ISBN : 978-2-36592-203-6

Tous droits de reproduction, d’adaptation ou de traduction
strictement réservés pour tous pays.

© Éditions Grrr…ART

Couverture : Julie Petit

 

 

Chapitre 1

 

Hassan ne savait pas qu’il était aussi facile de mourir. Une simple pression de sa main sur son ventre et puis plus rien. Son corps éparpillé. On lui avait promis quarante vierges pour son sacrifice. Quarante ! Alors qu’il n’avait jamais connu l’amour. A douze ans, il n’avait pas encore goûté à la peau sucrée de ces filles qu’il apercevait dans le camp. Leurs yeux brillaient de mille feux et les garçons faisaient tout pour attirer leur attention. Il se souvenait. Avec pas grand-chose, il leur inventait des palais immenses, parés d’or et de diamants, à l’ombre desquels la vie était douce. C’était à mille lieues de ce qu’ils vivaient, lui et ses centaines de compagnons d’infortune, vulgaires pantins desséchés sous le soleil de Palestine.

Le jeune garçon regardait autour de lui. Il se trouvait sur une petite place coincée entre des immeubles de haute stature, bordée d’arbres aux feuilles naissantes annonçant le printemps. Au centre, trônait une fontaine à la pierre blanche. C’était un petit îlot de quiétude, une bulle de tranquillité perdue dans la frénésie de la capitale de l’état hébreu, Tel-Aviv. Son petit chemin de vie devait s’arrêter là, sur ce morceau de terre israélienne, parce que tel était son destin.

Il fallait rester concentré sur la mission. Il regarda sa montre : quinze heures quinze. Tenir encore un peu plus d’une heure. Ne pas se faire remarquer par un policier, ne pas éveiller l’attention d’un passant méfiant. Pour cela, on l’avait grimé comme un vrai petit israélien. Un élève modèle des établissements chics de Tel-Aviv. Hassan n’avait jamais vu des habits aussi beaux. Une fois vêtu, il s’était regardé dans une glace. Il en avait eu un haut le cœur. Le garçon qu’il voyait dans le reflet était un ennemi. Un des enfants du peuple juif qui asservissait les siens depuis des décennies. Comment pouvait-on autant ressembler à son pire ennemi ? Ici, assis sur un banc, un sac en bandoulière rempli de livres écrits en hébreu, il était accepté par tous ces êtres honnis comme étant un des leurs. Hassan s’interrogeait. Comment avoir l’air le plus naturel possible ? Il repensait aux conseils de Youssef.

Youssef était son « coach ». C’est lui qui depuis quelques mois, l’accompagnait dans sa vie pour le préparer à sa mission. Son sacrifice n’allait pas de soi au départ. Youssef lui avait ouvert les yeux sur la superficialité de la vie matérielle. Elle n’était qu’une parenthèse. Il avait été choisi pour réaliser ce qu’il y a de plus grand, il était l’élu, celui qui par son martyr s’emploierait à la gloire et au salut de son peuple. Hassan ferma les yeux. Il essayait d’imaginer son entrée au paradis. Aucune image ne lui venait à l’esprit. Pourtant Youssef le lui avait décrit maintes et maintes fois. Les séances de prières l’avaient toujours ennuyé. Il se souvenait de ces interminables litanies qui étaient censées donner de la force à son bras. Aucune de ces séances ne lui avait permis d’entrevoir une quelconque lumière divine. La répétition des versets n’arrivait qu’à lui donner la migraine. Un bien mauvais élève Hassan ! Heureusement que Youssef était là. Ce n’était pas un religieux. C’était un combattant, un de ces hommes au regard d’acier qui avait plus d’une fois vu la mort de près. Hassan l’adorait car il était le seul à lui avoir témoigné un peu d’affection et d’attention. C’était lui qui l’avait amené jusqu’ici, parmi les ennemis. Il l’avait laissé à deux pâtés de maisons de cette place, lieu de son futur sacrifice.

Il ne fallait pas le décevoir.

 

 

Chapitre 2

 

Youssef regardait sa montre : quatorze heures et trente minutes. Il poussa un long soupir. Voilà près d’une heure qu’Hassan avait quitté la voiture. Une heure qu’il était là à attendre que la mission qui lui avait été assignée soit remplie. Amener l’enfant jusqu’à la cible et s’assurer qu’il fasse ce que l’on attendait de lui : se faire exploser au milieu de la foule lorsque la place serait noire de monde, à seize heures trente.

Tout avait été étudié. Le cortège présidentiel devait passer à cet instant précis à moins de cinquante mètres de là. Une telle action ferait le tour du monde et serait relayée par tous les médias étrangers. La notoriété du groupe serait assurée. Youssef hocha la tête. Tout cela pour que le mouvement de combattants auquel il appartenait se fasse connaître. Entre le Hamas et le Fatah, il était difficile d’exister. Les chefs avaient trouvé cette idée lumineuse qui devait leur assurer une entrée fracassante parmi les résistants à l’Etat d’Israël. Un attentat lors de la visite du plus puissant personnage de la Terre, l’ennemi d’entre les ennemis, le Président des Etats-Unis. Youssef caressa son menton imberbe. Il s’était violemment opposé à cette action. Tuer un enfant ! Il s’était lui-même proposé pour effectuer la mission. On lui avait opposé un refus poli mais ferme. Aucune chance pour un adulte, avec la sécurité qui entourait la visite du président américain, de pouvoir approcher le cortège sans éveiller de soupçons. Tout homme jeune, était par définition suspect aux yeux de la police et des services de sécurité israéliens. Seul un enfant pouvait réussir.

Hassan avait été choisi. Il avait été recruté voilà un an maintenant. C’était un orphelin perdu dans le camp où le groupe avait élu domicile. Youssef l’avait pris sous son aile. Ce petit être tombé trop tôt du nid l’avait ému. Ce n’était pas dans ses habitudes de jouer à la maman poule, sa propre expérience des relations familiales étant restreinte.

Ses parents l’avaient abandonné à la naissance, dans une rue sombre du Caire, sans doute poussés par la misère. Il fut recueilli par un imam qui lui tint lieu de père jusqu’à l’âge de ses seize ans. Le bâton et la prière furent ses compagnons durant toutes ces années. Un jour, il décida de devenir soldat de Dieu. Une vie courte et héroïque lui semblait plus attrayante qu’une longue et miséreuse existence à croupir dans les bas-fonds du Caire. Il partit sans prévenir sa famille d’adoption, pour un de ces camps d’entraînement à la guérilla qui fleurissaient alors en Afghanistan sous le régime des talibans. Il se fit tout de suite remarquer par sa hargne et son habileté à manier les armes. Très vite, on l’envoya en mission en Algérie où il fit ses premières armes contre les forces gouvernementales. C’est là-bas qu’il rencontra Yasser le palestinien. Ils devinrent très vite de « véritables frères ».

Leur amitié débuta par une belle nuit du mois d’août. Il était rare de se prendre d’affection pour quelqu’un dans le camp. Cela était même déconseillé car les sentiments entravaient l’action et la détermination des combattants. Compagnons d’armes depuis quelques jours, les deux hommes avaient pour mission de surprendre une patrouille de policiers algériens en lançant quelques grenades à leur passage. L’attaque ne se déroula pas selon le plan prévu. Yasser fut touché par une balle en plein mollet. Son corps s’abattit parmi les broussailles séchées par le soleil. Il fallait le laisser là, les ordres étaient formels. Ne jamais aider un blessé pour éviter le risque de se faire tuer soi-même. Youssef ne pouvait s’y résoudre. Il rebroussa chemin pour aider le malheureux et se retrouva nez à nez avec un des policiers. Il avait déjà son arme pointée sur Yasser. Ses yeux lançaient des éclairs de haine et de peur. Il ne comptait pas faire de prisonnier. Youssef se jeta sur lui l’arme à la main : la lame du couteau transperça le corps du policier de part en part. L’algérien se raidit et dans un réflexe ultime crispa son doigt sur la gâchette. La balle se perdit parmi les herbes grises de la nuit. Une fois arrivés au camp, Yasser regarda Youssef droit dans les yeux en lui adressant un sourire.

« Je te dois une vie… »

« Moi, c’est Youssef et toi ? »

« Yasser. Un jour je te paierai ma dette. »

« Oublie cela. Je ne demande rien en retour. Je n’ai fait que ce que je devais faire. »

« Au détriment des ordres de nos chefs ? C’est très courageux de ta part. »

« Tu aurais fait la même chose. »

« Non ! », lança sèchement Yasser. Ses grands yeux verts reflétaient l’honnêteté de ses paroles. C’était ce qui avait plu à Youssef. Cette franchise qui lui faisait dire ce qu’il pensait et qui permettait de lire dans son esprit comme dans un livre ouvert.

 

Au beau milieu de l’année 1998, ils décidèrent de partir pour la Palestine, afin de rejoindre les rangs de la résistance palestinienne. Ils s’aperçurent très rapidement que tous les groupes étaient gangrenés par les luttes d’influence entre leurs divers dirigeants. Désenchantés et désabusés, ils fondèrent leur propre mouvement regroupant à la fois des laïcs et des islamistes. Yasser prit la tête du groupe, Youssef préférant s’occuper du recrutement et de la formation des combattants.

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