La poétique de l'histoire dans les littératures africaines

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Les différentes contributions regroupées dans cet ouvrage parcourent des sujets divers en rapport avec l'actualité littéraire africaine : la littérature à la frontière de l'imaginaire et du réel, le rapport à l'autre ou la littérature en zone d'intermédiation, l'écriture des tragédies de l'histoire, et enfin l'histoire et les littératures nationales.
Publié le : samedi 15 novembre 2014
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EAN13 : 9782336362335
Nombre de pages : 256
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Sous la direction de
Mamadou Kalidou BA,
LA POÉTIQUE DE L’HISTOIRE
Mbouh Séta DIAGANA DANS LES LITTÉRATURES
AFRICAINES et Mamadou OULD DAHMED
Cet ouvrage est publié par le Groupe de Recherches en Littératures
Africaines (GRELAF) de la Faculté des Lettres et Sciences Humaines
de l’Université de Nouakchott avec le soutien de la Coopération LA POÉTIQUE DE L’HISTOIRE Française en Mauritanie à travers le Projet AFRAM.
Il résulte du colloque international organisé du 05 au 07 mai 2014
qui a réuni une vingtaine d’enseignants-chercheurs venus de divers DANS LES LITTÉRATURES pays (Côte d’Ivoire, Cameroun, Sénégal, Tunisie, France, USA et
Mauritanie) autour de la problématique de « la poétique de l’histoire
dans les littératures africaines francophones ». AFRICAINES
Les différentes contributions regroupées ici, en quatre parties,
parcourent des sujets aussi divers que pertinents, en rapport
avec l’actualité littéraire africaine : la littérature à la frontière de
l’imaginaire et du Réel, le rapport à l’autre ou la littérature en zone
d’intermédiation, l’écriture des tragédies de l’histoire, et enfin
l’histoire et les littératures nationales. Les seize articles de cet
ouvrage ont le mérite d’être le produit d’une réflexion dynamique qui
instrumentalise les théories littéraires pour une analyse efficiente
du texte littéraire dans ses nombreuses expressions esthétiques :
roman, théâtre, poésie, saga...
Illustration de couverture : Collection « Mouvement » de l’artiste-peintre Titos KONTOU,
Toulouse, France
CULTURE
AFRICAINE
Cette collection regroupe des monographies et travaux d’études divers sur la vie
culturelle en Afrique. Organisée par thèmes, elle concerne l’ensemble du continent
africain du nord au sud.
CULTURE
AFRICAINE
ISBN : 978-2-343-04696-9
Série
26 € Études Littéraires
Sous la direction de
LA POÉTIQUE DE L’HISTOIRE
Mamadou Kalidou BA, Mbouh Séta DIAGANA
DANS LES LITTÉRATURES AFRICAINES
et Mamadou OULD DAHMED








La poétique de l’histoire
dans les littératures africaines



CULTURE AFRICAINE



Cette collection regroupe des monographies et travaux d’études divers sur la
vie culturelle en Afrique. Organisée par thèmes, elle concerne l’ensemble du
continent africain du nord au sud.



Déjà parus

Anicet Etou Nianga, Papa Wemba, La voix de la musique congolaise moderne, Contribution et
odyssée, 2014.
Ali Mhoumadi (Nassurdine), Réception de Léopold Sédar Senghor. Pour une approche
sociologique des littératures africaines, 2014.
























Ces derniers titres de la collection sont classés par ordre chronologique
en commençant par le plus récent.
La liste complète des parutions peut être consultée
sur le site www.harmattan.fr Sous la direction de
Mamadou Kalidou BA,
Mbouh Séta DIAGANA
et Mamadou OULD DAHMED



La poétique de l’histoire
dans les littératures africaines






























































© L'HARMATTAN, 2014
5-7, rue de l'École-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-04696-9
EAN : 9782343046969

Cette publication fait suite au colloque organisé par le Groupe de
Recherches en Littératures Africaines (GRELAF) de la Faculté des
Lettres et Sciences humaines de l’Université de Nouakchott
(Mauritanie) du 5 au 7 mai 2014, avec le soutien de la coopération
française à travers l’ambassade de France en Mauritanie et le projet
AFRAM. Nous leur exprimons ici toute notre gratitude.

C’est aussi l’occasion de remercier tous les participants avec une
mention spéciale pour nos partenaires que sont :

– Le Laboratoire LLA-CREATIS de l’Université de Toulouse 2-Le
Mirail (France)
– Le département de Lettres modernes de l’Université Cheikh Anta
Diop de Dakar (Sénégal)
– Le pôle Littérature africaine et comparée de l’Université Gaston
Berger de Saint-Louis (Sénégal)


SOMMAIRE
PRÉSENTATION GÉNÉRALE .................................................................. 11

PREMIÈRE PARTIE
LA LITTÉRATURE
À LA FRONTIÈRE DE L’IMAGINAIRE ET DU RÉEL

Peuls de Tierno Monénembo. Histoire et saga d’un peuple atypique ..... 23
Amadou LY

Les béquilles historiques ou la matrice génétique de Dossier Classé
(2002) et d’Une enfant de Poto-Poto (2012) d’Henri Lopes ............. 37
Babou DIENE

La subversion de l’histoire par les fantômes du mythe et les rites
dans Ces Fruits si doux de l’arbre à pain de Tchicaya U Tam’si ...... 51
Michel NAUMANN

Quand Amadou Hampâté BA écrit sur les marges
de l’empire colonial ............................................................................ 63
Falilou N’DIAYE

DEUXIÈME PARTIE
LE RAPPORT À L’AUTRE
OU LA LITTÉRATURE EN ZONE D’INTERMÉDIATION

Poétique et politiques-fictions : les relations nord-sud
dans Le Temps de Tamango de Boubacar Boris Diop
et Aux États-Unis d’Afrique d’Abdourahman A. Wabéri ................... 77
Mamadou Kalidou BA

Les représentations des couples franco-sénégalais
au cours des vingt et vingt-et-unième siècles ..................................... 89
Thérèse De Raedt

Barzakh de Moussa Ould Ebnou entre Réalisme mythique
et Réalisme social ............................................................................. 113
Mamadou OULD DAHMED

Renouvellement et paradoxes du roman historique :
le cas de Monnè, outrages et défis, d'Ahmadou Kourouma ................. 135
Pierre SOUBIAS

TROISIÈME PARTIE
ÉCRITURE DES TRAGÉDIES DE L’HISTOIRE

L’Afrique en procès : le portrait d’un continent automutilé
dans le roman d’Ahmadou Kourouma ............................................. 149
Alda Flora AMABIAMINA

Postcolonialisme et guerres « ethniques » dans Johnny chien méchant,
Inyenzi ou les cafards et Quand on refuse on dit non ...................... 165
Jean-Francis EKOUNGOUN

Le théâtre mauritanien : des histoires dramatiques
à la dramatisation de l’Histoire ........................................................ 185
M'bouh Séta DIAGANA

Histoire et mouvances théâtrales en Afrique noire francophone ..... 195
Dominique TRAORÉ

QUATRIÈME PARTIE
HISTOIRE ET LITTÉRATURES NATIONALES

Le roman de Tène Youssouf Gueye entre fiction et histoire ............ 213
Coudy KANE

La poétique de l’Histoire récente de la Côte d’Ivoire
dans Le rebelle et le camarade Président de Venance KONAN ..... 229
Fatoumata TOURE CISSE

Témoignage et histoire : cas de l’exode rwandais au Zaïre ................. 243
François LAGARDE
10 PRÉSENTATION GÉNÉRALE
Cet ouvrage résulte du colloque international organisé par le
Groupe de Recherche en Littératures Africaines (GRELAF) de la
Faculté des Lettres et Sciences humaines (FLSH) de l’Université de
Nouakchott (UN), du 05 au 07 mai 2014. Il a réuni une vingtaine
d’enseignants-chercheurs venus de divers pays (Côte d’Ivoire,
Cameroun, Sénégal, Tunisie, France, USA et Mauritanie) autour de la
problématique de « la poétique de l’histoire dans les littératures
africaines francophones ».
Avant d’en arriver à la présentation effective des textes réunis ici, il
importe de s’intéresser de près au concept clé du thème : la poétique.
Les premiers emplois de ce concept remontent à l’antiquité grecque
avec Platon et surtout son disciple devenu plus tard son rival
intellectuel, Aristote. Ce dernier serait le premier à s’intéresser
explicitement et massivement à l’épaisseur du « discours » de la
1fiction littéraire. Dans son œuvre du même nom (Poétique) , le savant
grec, à travers une méticulosité remarquable, entreprend de définir les
normes d’une œuvre poétique réussie. Sur au moins vingt-six
chapitres, il passe en crible le discours poétique, qui pouvait s’incarner
dans la tragédie, genre éminemment majeur à cette époque.
2Maître spirituel des Anciens , Aristote définit la poésie, dès son
premier chapitre, comme l’art d’imiter : « La poésie consiste dans
3l’imitation, écrit-il » . Annonçant le plan de ce chapitre, il ajoute :
4« Nous allons parler et de la poétique elle-même et de ses espèces ; dire
quel est le rôle de chacune d'elles et comment on doit constituer les fables

1
Aristote, Poétique, Paris, Edition de J. Delalain, 1874.
2 Nous pensons ici à la querelle qui, au XVIIème siècle, en France, opposa les
écrivains et autres intellectuels répartis entre « Anciens » et « Modernes ».
3 Aristote [384-322 avant J-Ch], Livre de la poétique (Traduction de Jules
Barthélemy-Saint-Hilaire), Paris, Ladrange, 1838, Œuvre numérisée par J. P. Murcia
http://remacle.org/Nouvelle édition numérique http://docteurangelique.free.fr, 2008,
p. 1.
(01) pour que la poésie soit bonne ; puis quel est le nombre, quelle est la
nature des parties qui la composent : nous traiterons pareillement des
autres questions qui se rattachent au même art, et cela, en commençant
5d'abord par les premières dans l'ordre naturel » .
A l’antiquité, « la poétique », dérivé adjectival du substantif
féminin « poésie », renvoyait donc à une volonté de normalisation
d’un discours littéraire utilisé dans presque tous les genres de l’époque
– selon notre dénomination contemporaine – qu’Aristote appelait
« moyens d’imitation ». Trois siècles plus tard, Horace aborde dans le
même sens en écrivant son essai intitulé : L’Art poétique ou Epître aux
Pisons. Il suffit pour s’en convaincre de se reporter aux intitulés des
trois parties qui composent son œuvre : « Les principes généraux de la
poésie, les règles de la poésie dramatique, les règles personnelles que
6le poète doit s’imposer » .
Cette conception normative de la poétique se poursuivra d’ailleurs
bien plus tard, notamment jusqu’au XVIIe siècle avec la querelle des
Anciens et des Modernes advenue à la suite de l’inépuisable question
de savoir si l’artiste doit privilégier l’invention ou l’imitation. L’Art
7poétique de Boileau qui est une sorte d’illustration du point de vue
des « Anciens », ressuscite et actualise les règles susceptibles de régir
toute « belle » œuvre de poésie.
Mais, à partir du XVIIIe siècle, la « victoire » des Modernes sur les
Anciens se traduisit par la remise en cause du sacro-saint bon goût
unique, la reconnaissance de l’individualité dans la création et
l’appréciation de toute œuvre artistique. Le courant romantique
paracheva cette mutation réceptive du texte en proclamant que toute
œuvre est une empreinte de sa conscience créatrice. En admettant cette
individualité du génie, la critique littéraire venait ainsi de libérer la
créativité littéraire qui ne connaîtra plus aucune limite. Tous les
genres, y compris et surtout le plus récent d’entre eux (le roman),
subirent dans le courant du XXe siècle d’énormes métamorphoses. La
tragédie et la comédie libérées par Corneille et Molière se passèrent
désormais de toutes règles, la métrique et la prosodie classique
cédèrent la place au vers libre ; la narration plus ou moins linéaire des

4 Nous soulignons les concepts clés.
5
Ibid, P.02.
6 Horace [65- 08 av. J-Ch], L’Art poétique ou épîtres aux pisons, Paris,
Villeneuve/Budé, 1961.
7 N. Boileau [1636-1711], L’Art poétique : épîtres - odes, poésies diverses et
épigrammes, Paris, Flammarion, 1998.
12 récits, à la naissance du genre romanesque, fut chamboulée par des
écrivains de plus en plus novateurs. Ce qui amena René M. Albérès à
8constater la Métamorphose du roman . Plus que toutes les époques
précédentes, la deuxième moitié du XXe siècle a été marquée par un
esprit de renouvellement et d’innovation jamais égalé dans la
littérature. Ce renouvellement du texte obligea d’une certaine manière
la critique à s’adapter. Elle qui hier imposait des règles en usant d’un
discours aristarque, s’astreignait à présent à proposer des explications
possibles en vue d’améliorer la réceptivité du texte, donnant ainsi
naissance à une multitude d’approches toutes aussi intéressantes les
unes que les autres.
C’est bien cette diversification des sources de lecture qui, au XXe
siècle entraîna la dilatation du concept de poétique. Arrêtons-nous
quelques instants sur la distinction de la prose et de la poésie, au
classicisme, faite par Roland Barthe dans Le Degré zéro de l’écriture :
« Si j’appelle prose un discours minimum, véhicule le plus économique
de la pensée, et si j’appelle a, b, c, des attributs particuliers du langage,
inutiles, mais décoratifs, tels que le mètre, la rime ou le rituel des images,
toute la surface des mots se logera dans la double équation de M.
9Jourdain : Poésie = Prose + a +b + c ; Prose = Poésie – a – b – c » .
La poésie serait donc une sorte de technique verbale, une inflexion
du discours qui convoque un lexique, des tournures syntaxiques et des
rapports grammaticaux non nécessaires à la perception première et
simple du message, mais qui l’épaississent en lui rajoutant des
couches de luisance et de beauté. Elle correspond donc à une sorte de
10« variation ornementale » de la prose susceptible de susciter une
certaine émotion engendrée en nous plus par l’effet d’enchâssement
des signifiants que par celui des signifiés. A ce sujet, Roman
11Jakobson spécifie d’ailleurs une fonction poétique parmi les six
fonctions du langage qu’il a déterminées comme résultante des
facteurs de la communication
Pour Gérard Genette, la poétique ne renvoie pas à la
« l’individualité » du texte, mais à la relation implicite ou explicite
qu’il peut entretenir avec d’autres textes du même genre ou d’un genre
différent. Il écrit à ce propos :

8 R. M. Albérès, Métamorphose du roman, Paris, A. Michel, 1972.
9
R. Barthe, Le Degré zéro de l’écriture, Paris, Seuil, 1953, p.61.
10 Ibid, p.62.
11
R. Jakobson, Essais de linguistique générale, Paris, Editions de minuit, 1963.
13 « L’objet de la poétique, disais-je à peu près, n’est pas le texte considéré
dans sa singularité (ceci est plutôt l’affaire de la critique), mais
l’architexte, ou si l’on préfère l’architextualité du texte, (comme on dit et
c’est un peu la même chose, ‘’ la littérarité de la littérature’’, c’est-à-dire
l’ensemble des catégories générales ou transcendantes – types de
discours, modes d’énonciation, genres littéraires, etc. – dont relève
12chaque texte singulier » .
La distinction faite par G. Genette entre le champ de la poétique et
celui de la critique n’est aujourd’hui plus d’actualité. La critique
littéraire étudie bien tous les aspects du texte littéraire et n’hésite pas à
emprunter aux domaines connexes, même les plus éloignés, de la
littérature– nous pensons ici à la sociolinguistique, à la sémiotique, à
l’analyse du discours... – des outils d’analyse du texte. Aussi, il y a
déjà bien longtemps que la poétique est devenue un des champs de
prédilection des critiques littéraires.
Dans les études littéraires actuelles, sous le titre de la poétique sont
explorés tant les aspects singuliers et caractéristiques de l’œuvre
(architextualité) que la relation que celle-ci entretient avec son
13environnement au sens le plus large : intertextualité , mais aussi tout
rapport à la réalité, à l’histoire. Ainsi, si le texte doit rester le seul
centre d’intérêt pour certains, pour d’autres il peut aussi servir à un
prétexte pour tenir sur l’extra texte un discours critique qui cache mal
une intention révolutionnaire, du moins de changement, en tout cas
d’influence positive sur le cours des événements. Ces approches du
texte sont, il faut bien le souligner, impulsées et encouragées par des
écrivains africains qui revendiquent de plus en plus leur droit
inaliénable de représenter l’Histoire y compris celle qui n’a même pas
encore fini de se réaliser (Kourouma, Konan, War, Dongala…) C’est
dans ce contexte littéraire que le sujet du colloque de Nouakchott
revêtait toute sa pertinence.
La complexité de la problématique nous a amené à ne retenir que
les propositions des universitaires (entre Assistants, Maîtres-assistants,
Maîtres de conférences, Maîtres de conférences HDR, et professeurs
des Universités), de sorte que – et le lecteur aura tout le loisir de
l’apprécier – les articles retenus ici sont tous d’un très bon niveau
d’analyse.

12
G. Genette, Palimpsestes. La littérature au second degré, Paris, Seuil, 1982, p.7.
13 Cf. Julia Kristeva, Sēmeiotikē : recherches pour une sémanalyse, Paris, Seuil,
1978.
14 Les textes ainsi réunis sont structurés en quatre parties. Très peu de
modifications ont été apportées au découpage initial des sessions lors
du colloque.
La première partie intitulée : « la littérature à la frontière de
l’imaginaire et du Réel » présente trois textes dont l’analyse porte
respectivement sur T.Moménembo, Henri Lopes et Tchicaya Utam’si
et Amadou Hampâté Ba.
Amadou Ly, auteur du premier article, étudie Peuls du Guinéen
Monénembo sous le prisme de l’histoire. En s’appuyant sur les
déclarations de l’écrivain (à l’occasion de conférences) d’une part et
sur une analyse textuelle particulièrement châtiée d’autre part, Ly
montre que cette œuvre met en évidence l’existence d’une « âme
nationale » peule qui s’est constituée au travers de l’histoire millénaire
de ce peuple atypique. L’intérêt de cet article se situe aussi dans son
effort de détermination du genre littéraire dans lequel Peuls de T.
Monénembo pourrait se définir (roman ? roman historique ? autres ?).
A la fin de son analyse, Amadou Ly est sans appel : Peuls est une
formidable compilation synergique du « littéraire » et du
« référentiel » pour engendre une « saga ».
Dans « les béquilles historiques ou la matrice génétique de Dossier
classé et d’Une enfant de Poto Poto d’Henri Lopes », Babou Diène
stipule que la pesanteur de l’histoire a été si déterminante chez
l’auteur congolais – également historien de formation – qu’elle a fini
par être caractéristique de son œuvre littéraire, particulièrement de
Dossier classé et d’Une enfant de Poto Poto. Diène commence par
étudier le processus de fictionnalisation de l’histoire par Lopes en
procédant par une approche sociocritique. Ensuite, par un formidable
retournement de l’interrogation, il convoque les outils de la
narratologie pour montrer comment dans les interstices de la diégèse,
se retrouve en filigrane cette histoire « matrice génétique » des deux
fictions étudiées.
Cette partie sera close par l’article de Michel Naumann intitulé
« La subversion de l’histoire par les fantômes du mythe et les rites
dans Ces fruits si doux de l’arbre à pain de Tchicaya U Tam’si. Dans
ce texte, Naumann revient sur cette lancinante question des acceptions
possibles de l’histoire. En effet, l’histoire est-elle à comprendre
comme cette dynamique qui précipite l’homme dans « une répétitivité,
une circularité irrémédiable, ou revisite-t-elle les forces de l’origine
afin de surmonter le « même » dans lequel elle s’est enfermée »? En
s’appuyant sur des références d’autorité et à travers une argumentation
15 rigoureuse, Michel Naumann analyse Ces fruits si doux de l’arbre à
pain, par une interrogation heureuse du style et de l’impact du destin
des personnages sur la fatalité des cycles.
« Quand Amadou Hampâté BA écrit sur les marges de l’empire
colonial » de Falilou N’diaye interroge l’écriture de l’histoire
coloniale à travers deux œuvres d’Amadou H. Ba : L’étrange destin de
Wangrin – consigné comme un roman – et Oui mon commandant –
œuvre posthume correspondant à la suite et fin de Amkoulel l’enfant
peul. A travers une lecture transversale de ces œuvres, F. N’diaye
souligne comment la déconstruction du discours de la fiction coloniale
émerge en filigrane dans ces œuvres avant de se traduire par une
réécriture de l’histoire coloniale telle que perçue par les Africains.
La deuxième partie présentée sous le titre : « le rapport à l’autre
ou la littérature en zone d’intermédiation » comporte également quatre
textes. Le premier, celui de Mamadou Kalidou Ba, est le seul de cet
ouvrage qui porte sur les œuvres de science-fiction, notamment de
politique-fiction. A travers deux romans (Le Temps de Tamango et
Aux Etats-Unis d’Afrique), l’auteur de cet article souligne comment
ces politiques-fictions sont investies et traitées au travers de la
poétique romanesque d’une part, mais aussi comment la dénonciation
du déséquilibre international, avec comme corollaires paradigmatiques
le néocolonialisme et autres préjugés raciaux, est enchâssée dans des
narrations particulièrement désarticulées et anachroniques, d’autre
part. Pour ce faire, il interroge les indices de temporalité et évalue leur
incidence sur la détermination du statut des narrateurs.
Thérèse De Raedt planche sur « les représentations des couples
franco-sénégalais au cours des vingt et vingt- et- unième siècle ». A
travers un corpus à la fois fourni et diversifié (Bakary Diallo,
Ousmane Socé Diop, Ousmane Sambène, Abdoulaye Sadji, Ibrahima
Signaté, Ibrahima Malick Dia, Mariama Ba, Ken Bugul, Fatou Diome,
Marie Ndiaye), Th. De Raedt analyse les couples mixtes
francosénégalais suivant un cheminement diachronique qui souligne trois
grandes étapes historiques : « la période coloniale, la quarantaine
d’années après la décolonisation [et] à partir des années 1990 ». Il
semble que l’enfant métis s’érige comme un paramètre susceptible
d’indiquer la nature circonstancielle des relations franco-sénégalaises,
mais surtout de leurs perspectives d’avenir.
Dans un autre régime, Mamadou Ould Dahmed propose, pour la
première fois à notre connaissance, une approche originale de
« Barzakh de Moussa Ould Ebnou [ballotté] entre réalisme mythique
16 et réalisme social. Convoquant la mythologie gréco-latine, les outils
de la psychanalyse et enfin les références allusives au saint Coran,
Dahmed appréhende son corpus comme un palimpseste. Aussi, chaque
étape de son analyse permet de découvrir une nouvelle dimension de
l’œuvre d’Ould Ebnou dont la profondeur de l’imagination
sousjacente et la dense réflexion philosophique s’exhibent toutes à la fois
réelles et fascinantes.
L’article de Pierre Soubias est un des trois de cet ouvrage dont
l’étude porte sur l’œuvre romanesque de l’écrivain ivoirien Ahmadou
Kourouma. Il choisit de limiter son analyse à Monnè, outrages et défis
à cause notamment de l’ancrage fortement historique de cette œuvre.
Aussi, tout en montrant le rapport très étroit que Monnè entretient
avec l’Histoire, P. Soubias réussit à mettre en relief toute la pertinence
d’une approche structurale pour élucider une telle problématique.
Notre troisième partie, « Ecriture des tragédies de l’Histoire », est
composée de trois articles qui, de par la nationalité des auteurs étudiés,
proposent une vue synoptique de l’écriture des drames de l’histoire en
Afrique francophone. En effet, y sont respectivement brossées les
guerres civiles, ivoiriennes, rwandaises, congolaises et
mauritaniennes.
Le texte d’Alda Flora Amabiamina, « l’Afrique en procès : le
portrait d’un continent automutilé dans le roman d’Ahmadou
Kourouma » se singularise, dans les études consacrées à Kourouma,
par l’ampleur de son corpus qui s’étend à toute l’œuvre du romancier
ivoirien. En allant du postulat que l’œuvre de Kourouma correspond à
une scénarisation de l’Afrique mise en procès, Alda F. Amabiamina
décrit les procédés énonciatifs et narratologiques par lesquels le
romancier instrumentalise l’histoire pour poser sur l’Afrique un index
accusateur.
Dans « Postcolonialisme, guerres et construction des altérités
migrantes dans Johnny chien méchant (E. Dongala), Inyenzi ou les
cafards (S. Mukasonga) et Quand on refuse on dit non (A.
Kourouma) », Jean-Francis Ekoungou commence d’abord par explorer
le concept de postcolonie qu’il dépeint comme le contexte social et
politique qui a suscité l’éclatement en Afrique des guerres civiles. La
manipulation des représentations et des imaginaires est indexée par
Ekoungou comme une des causes efficientes de l’instabilité africaine.
Situation dénoncée par les écrivains africains étudiés comme, certes
des tragédies de l’histoire, mais certainement pas comme des
malédictions inévitables.
17 L’article de Mbouh-Séta Diagana est, par ailleurs, l’un des deux
textes qui proposent une analyse portant sur des œuvres théâtrales. De
moins en moins visitée par les critiques, la dramaturgie s’impose
pourtant en Afrique comme un genre prisé par la masse populaire
surtout lorsque, grâce aux traductions, elle s’exprime dans les langues
locales. Comme l’indique le titre de son article « Le théâtre
mauritanien : des histoires dramatiques à la dramatisation de
l’Histoire », Diagana souligne la fécondation du théâtre mauritanien
par l’histoire. Après avoir souligné les trois principales sources
d’inspiration des pièces étudiées, il s’emploie à dépeindre les deux
« modes » de déploiement de la dramatisation de l’histoire
mauritanienne.
Si l’étude de Diagana est volontairement centrée sur un corpus
mauritanien, l’article de Dominique Traoré, « Histoire et mouvances
théâtrales en Afrique noire francophone », revient sur les grandes
étapes de l’évolution du théâtre africain. A travers une analyse
synoptique de six pièces de théâtre, il montre comment est née la
dramaturgie africaine francophone à l’école William Ponty,
caractérisée par une apologie du colonialisme. Après les
indépendances, certains pionniers (Aboubacar C. Touré, Dieudonné S.
N. Porquet, Zadi Zaourou…) n’hésitèrent pas à impulser un théâtre
endogène où le comédien africain est plus en phase avec son Moi et
son milieu. Enfin la troisième phase qui commence dans les années
1980, appelée « théâtre du déracinement » consiste à proposer la quête
de l’ailleurs comme une alternative crédible à la désillusion engendrée
par la post colonie.
La quatrième partie regroupe les textes axés sur le rapport direct
et quasi explicite que certaines œuvres entretiennent avec leur histoire
nationale ancienne ou très récente.
Coudy Kane, auteure du premier article, s’interroge, dans le même
sillage, sur la relation quasi intrinsèque entre « fait » et « histoire »
dans l’œuvre romanesque du Mauritanien Tène Youssouf Guèye.
C’est à partir de deux événements majeurs du récit qui se déploie dans
Rellâ ou les Voies de l’Honneur (la conscription et le traitement
réservé aux héros anticolonialistes) que Coudy Kane souligne
l’importance chez Guèye, de préserver les traditions séculaires de son
terroir. Une préservation qui passe nécessairement par la mise en récit
des valeurs cardinales qui ont constitué « l’âme nationale » du Fouta
tout entier.
18 Quant à Fatoumata Touré Cissé, dans son article intitulé « la
poétique de l’histoire récente de la Côte d’Ivoire dans Le rebelle et le
camarade Président de Venance Konan », elle choisit de mettre en
parallèle le récit décliné dans cette œuvre avec l’histoire
contemporaine tumultueuse de ce pays. L’analyse qui est faite de
l’onomastique, de certaines périphrases aux allures de slogans ainsi
que de la chronologie des événements appréhendés dans leur symétrie
permet à F. Touré Cissé d’affirmer que Venance Konan « s’inspire
évidemment de l’Histoire aussi bien officielle qu’officieuse de son
pays ».
Enfin, cette quatrième et dernière partie sera clôturée par le texte de
François Lagarde portant sur le « témoignage et [l’] histoire : le cas de
l’exode hutu au Zaïre ». Cette intéressante étude se situe à juste titre à
la lisière entre l’Histoire et la littérature en s’efforçant de montrer
comment, par une addition ou une soustraction de tel fait ou élément
de fictionnalisation, le témoignage passe de l’histoire à la littérarité et
vice versa. Aussi allons-nous, en guise de conclusion à cette
présentation, emprunter cette dernière phrase de Lagarde : « Si la
poétique est tout ce que la subjectivité ajoute ou retranche à
l’énonciation objective du réel, tout le déguisement que l’esthétisme et
la psychologie font porter à l’exact, au factuel, alors il faut l’extirper
des témoignages pour obtenir une histoire ».
19

PREMIÈRE PARTIE

LA LITTÉRATURE À LA FRONTIÈRE
DE L’IMAGINAIRE ET DU RÉEL
Peuls de Tierno Monénembo.
Histoire et saga d’un peuple atypique
Amadou LY,
Université cheikh Anta Diop de Dakar (Sénégal)
« Ceci est un roman. C’est une histoire et non de l’Histoire. L’auteur ne
présente donc pas d’excuses aux érudits s’il a choisi de télescoper
certains événements (…) »
Frank G. Slaughter, Bois d’Ebène (titre original : The Gold Isle), Paris,
Presses de la Cité, 1949.
« Dans cette pièce, la réalité côtoie la fiction (…) Les faits peuvent
différer de la relation que j’en donne. Qu’importe ? Une pièce historique
n’est pas une thèse d’histoire. Mon but est d’aider à la création de mythes
qui galvanisent le peuple et portent en avant. Dussé-je y parvenir en
rendant l’histoire plus ‘historique’ ».
Cheik Aliou Ndao, prologue de L’Exil d’Albouri
Introduction
Dans deux extraits de deux réponses à des questions du public, lors
de deux conférences-débats successives, les 22 et 23 mai 2010, l’une à
la librairie Clairafrique, l’autre dans un amphithéâtre de l’UCAD,
Tierno Monénembo se définit à deux niveaux. Dans le premier (« c’est
l’exil qui a fait de moi un écrivain »), il évoque en général les
1circonstances de sa vie qui l’ont amené à devenir un romancier . Dans
l’autre, il explique ce qui l’a amené à écrire Peuls :
1. « C’est l’exil qui a fait de moi un écrivain » ;
2. « On a besoin des épopées quand on est en crise. C’est une
thérapie, une solution au manque d’aujourd’hui (...) Qui suis-je ?

1 « Conférence-débat » à Clairafrique, sur le sujet « Littérature et politique », le 21
mai 2010 (à 18 h 30).
L’exil est une rupture, un manque, et la création supplée à ce manque.
La mémoire est indispensable (Peuls, Noirs du Brésil…). Mais ce
n’est pas du passéisme, c’est une fresque épique (…). Dans la crise
morale, identitaire, économique, politique, le passé nous permet de
2voir clair » .
« Qui suis-je ? » C’est, on se le rappelle, la même question qui a
taraudé l’esprit d’un Césaire, d’un Senghor, d’un Damas, et d’une
dizaine d’autres jeunes étudiants noirs et métis, dans les années 1930
et qui a donné naissance au formidable mouvement culturel, politique,
3esthétique et littéraire que fut la Négritude . Ce serait donc pour « voir
clair » en lui-même que Tierno Monénembo, l’exilé, par le biais de la
« thérapie » que constituerait l’écriture, pour répondre à l’existentielle
question « Qui suis-je ? » - car « la création [artistique] supplée [au]
manque » que constitue l’exil -, a entrepris cette vaste enquête
historico-mythico-fictionnelle qu’est son Peuls.
Comme l’écrit Michelet dans son Histoire de France (1833 –
1867), « L’œuvre n’est-elle pas colorée des sentiments, du temps, de
celui qui l’a faite ? »
Autre donnée, que l’on peut emprunter à cet historien français et
qui est perceptible chez Monénembo : la foi en l’existence d’une
« âme nationale », qui traverse les époques et constitue la base de
l’identité de l’ethnie peule, décelable dans tous les espaces où celle-ci
a pu se constituer en une entité étatique forte et momentanément
stable. Le symbole d’un objet, un hexagramme (ou sceau-de-Salomon)
de coralline, trace d’une possible origine moyen-orientale ou indienne,
qui passe d’un individu à un autre, d’un lieu à un autre, des origines au
XXe siècle, montre de façon métaphorique l’existence de cette âme
« nationale » peule. C’est donc essentiellement sous le prisme de
l’Histoire que l’on abordera Peuls de Tierno Monénembo, œuvre par
ailleurs éminemment littéraire.
Quelle place l’histoire occupe-t-elle dans l’œuvre de Tierno
Monénembo ? (I) ; Peuls est-il un roman, et un roman historique ?
(II) ; ne serait-ce pas une sorte de vaste saga d’un peuple très
particulier (III), racontée selon des procédés narratologiques
remarquables (IV) ? Voilà autant de questions qui interpellent tout

2
Conférence à l’UCAD II à l’intention des étudiants du département de Lettres
modernes, le 22 mai 2010 (à 11 h).
3
Cf. le discours de Césaire recevant Léopold Sédar Senghor à Fort-de-France, le 26
février 1976. Il est bon de rappeler que cette formule (« Qui sum ? Quae natura ? »),
Césaire l’emprunte à Saint-Augustin.
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Les commentaires (1)
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nabil.a.saab

livre très intéressant et tres utiles pour chercheurs et lecteurs merci

dimanche 4 janvier 2015 - 08:52