Lana Stern

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Lana Stern est un recueil de quatre nouvelles. Il est question de femmes énigmatiques et silencieuses, de rencontres faites dans le Paris de l'Occupation, de Mai 1968 ou des années 2000. Dans une langue fluide et classique, Jean Palliano développe une atmosphère et un climat intimes et troubles. Jean Palliano vit à Paris. Lana Stern est son premier recueil de nouvelles.
Publié le : mardi 2 décembre 2014
Lecture(s) : 13
EAN13 : 9782336362755
Nombre de pages : 158
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Jean PallianoLana Stern
« J’entendis le bruit de ses talons s’éloigner et je voulus
suivre des yeux cette silhouette que j’avais observée il
y a des années sur la piste de danse de l’appartement
du boulevard de La Tour-Maubourg. A cette époque, elle
était habillée en jean et son tee-shirt laissait découvrir
des pans entiers de sa peau. A présent, elle portait un
pantalon strict, une veste, et ses talons donnaient à sa Lana Stern
démarche un rythme nerveux, une raideur qui semblait
correspondre à l’image de la femme d’affaires qu’elle
était devenue » Nouvelles
Dans ces quatre longues nouvelles, Jean Palliano fait la
rencontre de femmes énigmatiques et silencieuses.
Jean Palliano vit actuellement à Paris. Lana Stern est
son premier recueil de nouvelles.
ISBN : 978-2-343-04489-7
Prix : 15,50 €
Jean Palliano
Lana Stern©L’Harmattan,2014
57, ruedel’Ecolepolytechnique,75005Paris
http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN:9782343044897
EAN:978234304489711
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111Écritures
CollectionfondéeparMaguy Albet
Gutwirth(Pierre), L’éclat desténèbres,2014.
Rouet(Alain), Chacuneen sacouleur,2014.
Cuenot(Patrick), Dieu au Brésil,2014.
Maurel Khonsou et lepapillon,2014.
D’Aloise(Umberto), Mélodies,2014.
JeanMarc deCacqueray, Lavieassassinée,2014.
Muselier(Julien), Leslunaisonsnaïves,2014.
Delvaux(Thierry), L’orphelindeCoimbra,2014.
Brai(Catherine), UneenfanceàSaigon,2014.
Bosc(Michel),MarieLouise. L’Or etla Ressource,2014.
Hériche(MarieClaire), LaVilla,2014.
Musso(Frédéric),Lepetit Bouddhadebronze,2014.
Guillard(Noël), Entreleslignes,2014.
Paulet(Marion), Lapetitefileusede soie,2014.
Louarn(Myriam),Latendressedeséléphants,2014.
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Ces quinzederniers titresde lacollectionsont classéspar ordre
chronologiqueen commençantpar leplus récent. Lalistecomplètedes
parutions,avecunecourteprésentationducontenudesouvrages,
peut être consultéesurle sitewww.harmattan.fr
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LanaStern
nouvelles
L’Harmattan
111111111111111111111111111«Leprésentestfantomatique»
FranzKafka
11111111LanaStern
Aprèsl’enregistrement,nousavionsquittélestudioettra
versélescouloirsdeRadioFrance.Lesondenospasavait
résonnélongtempssurledallageetpourmeublerlesilence
nousavionscommencéàéchangerdespropossurleslivres
dont j’allais devoir parler dans les prochaines semaines.
C’était l’été et j’avais réussi à décrocher ce contrat à durée
déterminée jusqu’aux premiers jours de la rentrée. Je ve
nais en fin d’émission et je lisais ma chronique pendant
quelquesminutes.Unexercicequim’avaitsembléassezfa
cile et accessible. J’étais parvenu peu à peu à me couler
dans cette diction ralentie et acidulée qui caractérise les
voixderadio.NousétionssortisparlarueBoulainvilliers.
Je me répétais que cette personne dont je venais de parler
dans ma chronique ne m’étais pas tout à fait inconnue et
que je n’avais pas prévu de quitter les couloirs de Radio
Franceensacompagnie.
Contrairementàsonhabitudeleprésentateurdel’émis
sion, Jean Chausse, était resté quelques minutes avec les
techniciens derrière les vitres du studio et il m’avait laissé
seulavecLanaStern.J’avaisglisséletextedemachronique
dans la chemise cartonnée qui me servait de porte
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gistrement.
Jen’avaisposéaucunequestionàLanaSterndurantles
quelques minutes que j’avais passées en sa compagnie
après avoir lu ma chronique et nous n’avions échangé au
cunproposdanslestudiocarcelan’étaitpasdansmonha
bitude, ni mon rôle d’intervenir pendant l’émission. Jean
Chausse l’avait reçue pendant près d’une heure et je me
devaisdeporteruneappréciationlittérairesurletextequi
m’avait été soumis. Elle venait d’écrire ce que j’estimais
être des mémoires ou un récit autobiographique et que
l’éditeur avait intitulées roman pour être à même de
concourir aux prix littéraires. Nous étions à la fin du mois
d’août et j’avais lu ce texte en repensant à ce que je savais
de cette personne. Je l’avais observée au moment où je
m’étaisglisséàl’intérieurdustudiounedemi heureavant
la fin de l’émission et je m’étais convaincu qu’elle ne
m’avait pas reconnu. Je dois avouer que j’avais assez
changé depuis l’époque où nous nous étions fréquentés.
J’avais abandonné mes lunettes métalliques et mes verres
de myope au profit de lentilles de contact et je portais da
vantagedesoinàaffinermasilhouette,àmevêtirdevestes
etdechemisessoignéesquimedonnaientuneallurejeune
etélégante.Cetemploidechroniqueuràduréedéterminée
étaitcommeuneconsécrationpourmoi,mêmesijedevais
admettrequej’avaisétéappuyéetaidépourl’obtenir.Une
sorte de piston obtenu grâce à mes relations récentes avec
JeanChaussequiprésentaitetproduisaitl’émissiondepuis
plusieursannéesdéjà.
Jel’avaisabordéalorsqu’ilvenaitdequitterlesstudios
de Radio France, un soir il y a quelques mois. Je rentrais
d’une leçon que je venais de donner à un lycéen qui habi
taitdanslesudduseizièmearrondissement.Jedonnaisdes
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11leçonsdescienceséconomiquesetsocialesetjefaisaissou
vent l’aller retour à pied entre mon domicile et les appar
tements parisiens de mes élèves. Je m’épargnais de cette
façon l’utilisation répétée de tickets de métro. Mes res
sources étaient limitées et j’éprouvais des difficultés à ga
gnermavie.Jeportaissouslebrascettemêmeservietteen
carton de couleur vert bouteille qui contenait les notes de
mescoursetlesmanuelsd’économiequej’utilisais.J’avais
expliqué à Jean Chausse sur le trottoir de la rue
Boulainvilliers que j’admirais depuis longtemps ses émis
sions et surtout sa voix que je trouvais grave et modulée,
quimeberçaitquandjel’écoutaisenvoiturelesoir.Ilavait
commencé par présenter des émissions de jazz et je lui
avais parlé des ouvrages qu’il avait consacrés à cette mu
sique. Je lui avais fait des compliments auxquels je ne
croyaisqu’àmoitiémaisl’importantpourmoiétaitdepar
lerpourlapremièrefoisàunvéritableécrivain,c’est à dire
quelqu’un capable de composer sur la durée des œuvres
de fiction. Jean Chausse s’était spécialisé dans les biogra
phiesdemusiciensdejazzetsestalentsderomanciercom
mençaientàêtreoubliés.Lapluietombaitetj’étaisheureux
d’avoir pu échanger quelques mots avec cet homme qui
m’avait écouté avecattention et bienveillance et dontj’ad
miraislavoixbiendavantagequeletalentd’écrivain.Dans
sesémissionsconsacréesauxmusiciensdejazzaméricains,
ilparvenaitàexprimeretfaireressentirlepoidstroublede
leur quotidien et se glisser dans leurs questionnements et
leurs désarrois intimes. Au cours de l’existence instable et
déséquilibrée qu’ils menaient à peuprès tous, ballottée de
villeenville,ilscôtoyaientlesabîmes.JeanChausse,desa
voixgraveetmoduléedéposaitsesnotesmélancoliqueset
distanciées. Quelques semaines plus tard, je lui avais
adresséunmanuscritdontj’étaisl’auteuretquinetrouvait
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n’avait pas lu le roman mais avait fait le nécessaire pour
qu’il le soit. Nous nous voyions autour d’un verre, en dé
but d’après midi, avant qu’il ne pénètre dans le studio
d’enregistrement de la Maison de la Radio et que je ne
l’écoute présenter le texte de son émission quotidienne. Je
préparais à cette époque le CAPES de Sciences Econo
miques et Sociales et ces minutes passées en début de se
maine avec un homme de lettres et de radio me sortaient
de la lecture répétitive et mécanique des grandes théories
matérielles.Aumoisdemai,j’avaiséchouéauCAPESetje
medemandaiscequej’allaisfairedanslesannéesquis’an
nonçaient.Jecommençaisavoirunâgeoùmonavenirpou
vaits’annoncerincertainetoùiln’existaitplusdeseconde
chance pour devenir quelqu’un. Je souhaitais être ensei
gnantpouravoirletempsd’écrirechezmoi,lesoir.C’était
ma motivation principale à exercer ce métier que je
connaissaismal.Jevenaisd’échoueràceconcourset,pour
vivre, je continuais à donner des leçons d’économie à des
élèves du seizième arrondissement de Paris. Je constatais
qu’ils cherchaient à peu près tous à entrer dans une école
decommerceetjepensaisàl’existencequilesattendait.Je
medisaisques’ilsétaientnésavantlasecondeguerremon
diale, ils auraient cherché à devenir diplomates ou cher
cheurs,missionnairesenAfrique,artistestraînantuneexis
tence bohème. En devenant professeur de Sciences
EconomiquesetSociales,jetentaisd’échapperaumondeet
àl’universmarchandsmaisjesouhaitaismettreenlumière
leursressortsetleursmécanismesdefonctionnement.Mon
échecàceconcoursposaitlaquestiondemapropresurvie
et ce n’étaient pas les quelques centaines d’euros supplé
mentaires que j’allais gagner en chroniquant au cours de
l’été les ouvrages que me proposait Jean Chausse qui
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m’avait donné à lire le roman de Lana Stern qu’il allait re
cevoir le dimanche suivant à la Maison de la Radio, je
m’étais dit que j’allais revenir à une partie de mon passé
alors que pourtant mon chemin n’avait fait que croiser le
sien et que nous nous étions à peine connus quand nous
fréquentionslamêmeécoleàParis.
Nous avions quitté les studios de Radio France et ses
couloirs tournants, recouverts de linoléum et nous avions
descenduensemblel’escalierquidonnesurlapartiedroite
de la rue Boulainvilliers. Je me demandais si nous allions
nous séparer sur ce trottoir ou bien prendre un verre de
l’autre côté de la rue, à la terrasse des Ondes ou du Zébra
Square. Au cours de l’émission, je n’avais pas ouvert la
bouche et peut être fallait il que je m’explique davantage
surlejugementquej’avaisportésurl’ouvragequim’avait
étésoumis.Jem’interrogeaissurlanotionderoman,surla
pratique, de plus en plus courante, de nommer tel des ré
cits autobiographiques. J’expliquais, que le roman s’était
longtemps défini comme la mise en scène d’un ou de plu
sieurs personnages le plus souvent fictifs et que lorsque
ceux cinel’étaientpasouconservaientleursnomsetleurs
identitésréels,lesscènesdécritesdevaientresterinventées
oureconstituéesparunregardintérieur.Ilm’avaitsemblé
que le texte qui m’était soumis prenait assez peu de dis
tance avec les faits et les personnages qu’il décrivait. La
mise en scène était inexistante ou réduite à un strict mini
mum.Leseulreculvisibleétaitceluidelaperspectivecréée
parlerappeldusouvenir.J’étaismoi mêmesansdouteca
pable d’écrire un tel livre et si je ne l’avais pas fait, c’était
parce que l’existence que je menais n’était pas racontable
en l’état. Jen’étaispasnon plus l’héritieroule descendant
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11direct d’un des ministres les plus célèbres du général de
Gaulleetcequejepouvaisexposerdemavien’intéressait
pas les éditeurs ni le public. Il me fallait passer par le tru
chementduromanoudelanouvelleetcetexercicemepa
raissait bien plus intéressant à mener. Grâce à lui, j’allais
pouvoirdévelopperununiversquim’étaitàlafoisperson
neletvraisemblable.11
Je ne m’étais pas exprimé après la lecture de mon billet
aucoursdel’émissionmaisj’avaislesentimentquej’allais
pouvoir le faire à présent avec cette personne qui se trou
vait à mes côtés. Je n’avais pas évoqué la qualité littéraire
du texte qui m’avait été soumis et peut être allait elle me
poser des questions à ce sujet après que nous ayons des
cenduensemblelesmarchesdel’escalierdelarueBoulain
villiers. Je n’étais pas un critique littéraire reconnu, Jean
Chausse m’avait présenté comme un chroniqueur de son
émission. J’avais le sentiment d’être à même de tenir tête
néanmoinsàlapersonnequisetrouvaitàmescôtés,dene
plus me taire et me soumettre comme par le passé. J’étais
toujourscequ’onappellequelqu’undetimide,c’est à dire
qu’ilmefallaitlutter,continueràsubirunvieuxcomplexe
d’inférioritémaislessituationsquej’avaispuvivrecesder
nièresannéesm’avaientinculquéuncertainnombrederé
flexes. Les connaissances théoriques et pratiques qui
étaientlesmiennesàprésent,lecontenuprécisdemonex
périence, et mes propres lectures, m’avaient conduit à fré
quenteràpeuprèstouslesmilieuxsociaux.Jesavaisquelle
tonalitéetquelsmotsprécis,ilmefallaitchoisirpourentrer
en contact avectelhomme d’affaires français et je pouvais
donner à mon regard et à mes gestes tout le sérieux et la
rigueur qu’il fallait. Lana Stern était devenue une finan
cièrereconnuemaisjesavaisquecen’étaitpasenutilisant
les termes employés dans son métier ni en évoquant les
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