Le glossaire d'un observateur des temps présents

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Un glossaire fournit au lecteur un complément d'informations sur certains termes utilisés dans le texte d'un ouvrage. La vie de chacun n'est-elle pas un ouvrage spécialisé qui justifie quelques explications ? L'auteur a choisi d'éparpiller en « fragments » ses pensées forgées au fil des années. Des questions de toujours et d'actualité que chacun se pose.
Publié le : lundi 8 décembre 2014
Lecture(s) : 15
EAN13 : 9782336364643
Nombre de pages : 260
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Un glossaire fournit au lecteur un complément d’informations Jean-Yves de la Caffinière
sur certains termes utilisés dans le texte d’un ouvrage.
La vie de chacun n’est-elle pas un ouvrage spécialisé qui
justifi e quelques explications ?
L’auteur a choisi d’éparpiller en « fragments » ses pensées
forgées au fi l des années. Des questions de toujours et
d’actualité que chacun se pose. Les termes-clés suivent un
ordre alphabétique, ce qui fait également de cet ouvrage un
abécédaire. Ce recueil ainsi agencé permet au lecteur de Le Glossaire d’un observateur passer du coq à l’âne, de changer de rubrique à l’envi, de
sauter des pages et d’y revenir. Souhaitons que ce lecteur des temps présents trouvera ici une occasion d’ouvrir un débat entre soi et
soimême au fi l de ces quelques pensées livrées en désordre,
mais reliées par un fi l d’Ariane qui ne demande qu’à être
Essai fragmentédécouvert.
Jean-Yves de la Caffi nière est né en 1938. Il a
pratiqué et enseigné la chirurgie pendant
plusieurs dizaines d’années. Ses réflexions
et son écriture s’inspirent de cette longue et
particulière observation de la nature humaine.
www.jean-yves-delacaffi niere.com
Illustration de couverture : La Madeleine à la veilleuse
(détail), Paris, musée du Louvre. Photo © RMN-Grand Palais
(musée du Louvre) / Hervé Lewandowski.
Les impliquésISBN : 978-2-343-04707-2
25 € Éditeur
Le Glossaire d’un observateur
Jean-Yves de la Caffinière
Les impliqués
des temps présents
É di teu rLes Impliqués Éditeur
Structure éditoriale récente fondée par L’Harmattan, Les
Impliqués Éditeur a pour ambition de proposer au public des
ouvrages de tous horizons, essentiellement dans les domaines
des sciences humaines et de la création littéraire.
Déjà parus
Nduwayo (Léonard), Une nouvelle page de la nouvelle université rwandaise,
témoignage, 2014.
Heckly (Christophe et Serge), Une famille vosgienne à travers les deux
guerres, récit, 2014.
Arnould (Philippe), Pichegru, général en chef de la République : imposture
et trahison, essai, 2014.
Damus (Obrillant), Le regard d’un loup-garou haïtien, roman, 2014.
Boulbès (Denis), Petites aventures drolatiques et vagabondes, récit, 2014.
Chaudenson (Robert), Chronique de la présidence très horrifique du petit
Nicolas, essai, 2014.
Pardini (Gérard), Dernier bordel, chroniques, 2014.
Simonot (Constant), Passer la frontière, nouvelles, 2014.
Fabiol (François de), Inconcevables destins, roman, 2014.
Veret (Gérald), Dictionnaire introspectif, essai, 2014.
Ces dix derniers titres de ce secteur sont classés par ordre
chronologique en commençant par le plus récent.
La liste complète des parutions, avec une courte présentation
du contenu des ouvrages, peut être consultée sur le site :
www.lesimpliques.fr





LE GLOSSAIRE D’UN OBSERVATEUR
DES TEMPS PRESENTS


















© Les impliqués Éditeur, 2014
21 bis, rue des écoles, 75005 Paris
www.lesimpliques.fr
contact@lesimpliques.fr
ISBN : 978-2-343-04707-2
EAN : 9782343047072 Jean-Yves de la Caffinière





Le Glossaire d’un observateur
des temps présents

*

Essai fragmenté



















Les impliqués Éditeur DU MEME AUTEUR
Chirurgie, l’envers du décor, essai, L’Harmattan, 2002.
Dialogues Fictifs, théâtre, éditions du Panthéon, 2013. , nouvelle édition, L’Harmattan,
2014.
Un Patronyme français, Bergame, 2014. A Christine, pour les souffrances endurées.
Une mère dominatrice, des liaisons conjugales
hasardeuses, des enfants ingrats, une maladie incurable.

AVANT-PROPOS
Un glossaire est adjoint à la fin d’un ouvrage
spécialisé quand des termes utilisés dans le texte
méritent explication.
La vie de chacun n’est-elle pas un ouvrage
spécialisé ?
On trouvera ici un recueil de pensées livrées en
« fragments » classés par ordre alphabétique et non
pas pêle-mêle. C’est donc aussi un abécédaire, mais
le contraire d’un dictionnaire. Il n’en a ni la fonction,
ni l’exhaustivité, ni le caractère aseptisé. Chacun est à
même de s’adonner à ce genre d’écriture. On
imagine la richesse de la moisson, si cette liste de
rubriques était soumise à d’autres auteurs. Pensées
d’aujourd’hui, demain elles seront sans aucun doute
bien différentes. Synthèse de réflexions forgées au fil
du temps. Pensées saisies selon les petits événements
de la vie, les lectures, ou encore mots interceptés au
cours d’une conversation. Ils réveillent une idée, en
suppriment une autre. Quel plaisir de pétrir, de
peaufiner une phrase, d’y revenir plus tard avec plus
de netteté et donc de concision. Rien de mieux que
l’écriture pour mettre de l’ordre dans ses idées.
Naturellement, toutes les rubriques ont été
largement traitées par d’autres dans le passé. Elles
9
continuent et continueront à susciter des
commentaires, d’où peut-être l’impression d’une banalité
élémentaire que ce texte pourrait inspirer. Tels
certains de ces « Compagnons du devoir » qui ont eu
l’audace de prendre la plume, écrivains naïfs, ils ont
fait connaître leur point de vue d’acteurs de la vie
réelle à ceux, qui de loin, ont une idée sur tout. C’est
en quelque sorte la posture de l’auteur, adossé lui
aussi à une expérience particulière. Cet essai se veut
donc être un témoignage des temps présents
transmis avec une écriture particulière. Cette double
particularité peut en faire un intérêt à un moment où
l’Occident traverse une évidente crise spirituelle. Il y
a comme un relent de ces moments de transition
civilisationnelle : fin de l’Empire romain- transition
médiévale-Renaissance, effondrement de la
monarchie, ou encore, plus près de nous, autodestruction
des utopies collectivistes. Ce mode littéraire repose
en effet sur la sélection de termes simples
susceptibles d’accrocher l’attention, puis d’y consigner des
pensées d’ordre général, ou ayant un lien avec
l’actualité. Il y a là, étalées, de modestes pensées
philosophiques, d’audacieuses saillies sur le champ
politique, mais aussi quelques brèves scènes de la vie
courante. Enfin, par endroits, on trouvera de
discrètes notes intimes. C’est donc le récit fragmenté
d’une expérience qui peut servir à d’autres. L’auteur
n’est pas historien, il n’est pas non plus un distingué
philosophe, il est loin d’être un brillant économiste,
encore moins un professionnel de la politique. Il se
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définit comme un praticien qui tente de comprendre
le monde où nous vivons et son histoire : « Comment
vivre le temps que nous avons à vivre afin que notre
vie soit la meilleure possible ? » disait Socrate.
Certes, mais en veillant à ne pas se laisser enfermer
dans une activité dévorante propre à rendre sourd et
aveugle à son environnement. Observer son temps,
s’y inscrire sans jamais perdre de vue sa généalogie
d’homme occidental. A ce passé « monumental »,
outil de comparaison, s’ajoute une expérience
acquise au contact de l’humanité souffrante. L’auteur
a eu également le privilège de recevoir un
savoirfaire qu’il a dûment tenté de transmettre. Il estime
utile (à tort ou à raison) de communiquer la synthèse
de ses pensées en termes simples, ceux du langage et
de l’écriture usuels qu’il s’est toujours acharné à
préserver, pour être compris de tous. A quoi bon
user d’un jargon obscur, s’il n’est compris que par
une extrême minorité ? Le genre choisi est à la
littérature ce que la chanson est à la symphonie ou
au concerto. L’obligation de brièveté s’impose.
Chaque pensée a mûri, s’est construite, puis affinée
au fil du temps. Il faut avoir le goût du raccourci. La
langue française se prête à merveille à cet exercice
par la diversité de son vocabulaire et les fines
nuances qui séparent certains termes entre eux.
Choisir au mieux chaque mot, chaque phrase. Une
écriture précise, décantée, qui ne doit pas perdre le
fil de la pensée. L’une et l’autre sont indivisibles.
C’est un travail d’orfèvre. C’est en même temps un
11
message de civilité et de politesse, par l’effort
contraignant fait sur soi-même, en respect pour le
lecteur.
Derrière deux mots-clés différents, séparés par le
choix de l’ordre alphabétique, le lecteur découvrira
une même idée traitée sous un jour différent. Mais
on ne trouvera ici aucun renvoi. Chaque rubrique est
unique même si le lecteur y décèle des analogies.
Chaque pensée a été produite dans un contexte
distinct. Elles sont donc chacune une sorte d’« îlot
autonome » pour reprendre une expression
consacrée. C’est délibérément que certains sujets ont été
écartés de l’épure. Le propos était de rester dans le
champ de l’aimable dialectique hormis quelques
sarcasmes qui se sont imposés d’eux-mêmes… Pour
cet éventuel lecteur, quel confort de passer d’une
rubrique à l’autre sans obligatoirement suivre la
chronologie alphabétique imposée par l’édition.
Passer du coq à l’âne, s’arrêter en chemin, déposer
l’ouvrage, le reprendre, chercher à percer le sens des
propos. Nul doute que le lecteur saura trouver le fil
d’Ariane tendu par l’auteur. Le lecteur n’aura pas de
mal à reconnaître sous cet écrit des rivières
souterraines qui, entre autres, ont pour noms : Thalès,
Démocrite, Socrate, Platon et Aristote, Epictète,
Sénèque, ou encore Descartes, Montaigne, Diderot et
aussi Kant, Schopenhauer, Nietzsche et Heidegger,
mais bien d’autres encore. Ils sont une part majeure
de la généalogie de l’auteur. Cet ouvrage est une
invitation à ouvrir un débat « socratique » de soi à
12
soi-même. Ce peut être aussi le point de départ d’un
débat de groupe. Je n’exclus pas de fournir à un
professeur de lycée un outil de stimulation
pédagogique pour ses élèves. Ainsi, les lecteurs qui se
saisiront de cet ouvrage y trouveront peut-être une
occasion de laisser vagabonder leur pensée, ou
mieux, d’apporter leurs idées contraires sur la
matière des questions que les événements des temps
présents nous proposent. Certaines lettres de
l’alphabet sont moins occupées que d’autres. Ainsi le
veulent la langue française et le chemin suivi au
hasard par l’auteur.

13

A
Abscons
Pourquoi donc ces philosophes distingués
s’obstinent-ils à se rendre incompréhensibles ? Qu’il
s’agisse du langage utilisé ou du sens même des
propos. Inutile d’être exhaustif. Faire court,
conjuguer affirmations bien senties et suggestions suffit
pour se faire comprendre. Quelques mots simples
sont assez pour formuler une idée neuve. Combien
de fois, de Kant en passant par Bergson et Foucault,
me suis-je arrêté après plusieurs pages me
demandant ce qu’ils avaient bien voulu dire ! Est-ce du
snobisme héraclitéen ? Est-ce à force de manier des
concepts abstraits ? Est-ce par facilité ? Quelquefois
même, me revient cette phrase cinglante de
SainteBeuve : « … Il a commencé à penser avant d’avoir rien
appris […] ce qui fait qu’il a quelquefois pensé creux. »
L’exercice d’écriture consiste à utiliser des termes et
des formules choisies dans le seul but de se faire
comprendre par le plus grand nombre. La prévalence
de l’écriture sur le verbe tient dans le fait d’avoir le
15
temps de sélectionner l’expression la plus claire, la
plus concise possible. Faut-il donc, pour être sacré
philosophe, posséder un brevet d’opacité ? Il est vrai
qu’herméneutique et hermétique ont la même racine.
Je n’ose imaginer que cette logomachie pourrait être
le masque de l’imposture. Moi qui ai passé beaucoup
de temps à traduire en langage simple terminologie
et démarche médicales, voir ces experts de la pensée
ne pas en faire autant, m’exaspère.
Académie
Invité par l’un de mes amis, alors président de
l’académie de chirurgie, à venir rejoindre cette
prestigieuse assemblée, je me suis plié au rite
initiatique de sortir de mes cartons deux ou trois de
mes sujets de communication préférés. L’aréopage
était composé de membres de l’ex-élite de la
chirurgie française devenus « chirurgiens à la
retraite », assidus aux séances du mercredi par
désœuvrement, venus se replonger fictivement dans
un « théâtre » quitté avec regret. Assemblée
hétéroclite composée de chirurgiens venant de toutes
spécialités. Atmosphère généraliste et figée,
questions décalées posées par des rhéteurs soucieux
de montrer leur degré de culture. Face à la
perspective d’adhérer à une telle fiction, j’ai été pris de
malaise. Est-il si difficile de se taire quand on n’a rien
à dire de concret, apprendre à simplement s’effacer
sans bruit ? J’ai fui devant cette maladie bien de chez
nous qui confond verbe et action. Comme je
comprends Socrate face aux incorrigibles sophistes.
16
Mais ce mal bien français est-il seulement pratiqué
dans nos assemblées vieillissantes ? Le temps des
sophistes est revenu en politique. Chacun y va de
son discours contradictoire sans lendemain. Chez
nous, les actes ne se manifestent qu’en temps de
crise, quand il s’agit de sauvetage. C’est bien là que
réside notre différence avec nos voisins
anglosaxons.
Administration
Deux heures du matin, je suis de garde, il fait son
tour de visite, lui, le serviteur de la république,
directeur de l’établissement qui pourrait déléguer
cette tâche. Quel exemple, je l’ai toujours eu en tête.
Pas de négligence sur l’essentiel, aller soi-même à
l’endroit fragile. Depuis cette rencontre il y a
quarante ans dans un couloir sombre d’un hôpital
public, je n’ai plus rencontré que l’envers du décor.
Administration coupant les cheveux en quatre,
délégations de responsabilités, personnel en
surnombre, organisation soviétique, atmosphère
florentine. Je me suis résolu à « rendre mon tablier »
pour une pratique plus personnelle, proche du
patient et directement responsable. Le secteur public
si indispensable ne sera sauvé que par la
balkanisation de son administration et non pas par son
tropisme concentrationnaire dont il souffre encore
aujourd’hui.
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Adversité
J’en connais qui ont eu un chemin sans embûches.
On les rencontre à un quelconque moment de la vie,
ils ne changent pas, ils ressemblent à eux-mêmes tout
au long de leur parcours. Sortis d’un moule dont ils
conservent la forme, ils irradient de cette sérénité qui
sent la stabilité. Puis un jour, vous apprenez qu’un
malheur est arrivé.
Vous les appelez, ils sont désespérés, disloqués,
méconnaissables. Ils ne savent pas le privilège qu’est
celui d’avoir été confronté à l’adversité. Avoir été
mithridatisé aux malheurs c’est accroître son capital
de résilience, donc s’ouvrir les portes de la sagesse.
Aimer
Est-ce cette irrépressible attirance physique ?
Estce donner sans compter ? Se mettre au service
d’autrui ? Faire son devoir jusqu’au sacrifice ? Ne
serait-ce pas l’esquive face au vide de la solitude,
d’une mort annoncée ? L’aveuglement face à une
illusion, une utopie ? N’est-ce pas tout simplement le
reflet rassurant de ma propre image ?
Alliance
Si je veux rester rigoureux, calé dans l’objectivité
la plus stricte. Si je m’en tiens aux seules données
scientifiques. Si pour moi les croyances et leurs
annexes ne sont que des balivernes, des spéculations
anxiolytiques, alors je dois m’interroger sur le plaisir
ressenti en regardant les œuvres d’art spirituelles
accrochées aux murs de nos musées. Je dois éviter
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d’entrer dans une cathédrale, il me faut renoncer aux
superbes cantates de Bach, aux Stabat mater, aux
Ave Maria. Je dois enfin me priver de cet
émerveillement renouvelé à lire et relire l’Iliade et l’Odyssée.
Force est donc de convenir que le mystère divin a
largement contribué à la progression du genre
humain. Spiritualité divine et objectivité ont scellé
une alliance secrète. Spirituel et temporel sont des
amis inséparables. Remercions la providence d’avoir
entretenu l’angoisse de l’éphémère, il en restera
toujours quelque chose.
Âme
Imaginons avoir perdu toute stimulation
extérieure : Aveugle, sourd, sans activité motrice ni
sensibilité. Privé de toute sensation, le cerveau
continue pourtant à fonctionner si l’appoint végétatif
se poursuit grâce au cœur qui assure
l’hémodynamique. Si les poumons filtrent l’air, si le
foie continue sa fonction métabolique, si les reins
évacuent les déchets, le monde de l’esprit peut
perdurer puisque le cerveau est normalement
irrigué.
L’individu conserve ses propriétés conscientes et
inconscientes, son cycle de veille et de sommeil. Mais
si celles-ci disparaissent, le cerveau passe à l’état
d’organe indifférent, il fonctionne comme le foie ou
les reins, hors du monde de l’esprit. Perdues la
mémoire, l’imagination et l’aptitude à l’abstraction.
Inversement, quand les fonctions périphériques
restent présentes, mais que les fonctions cérébrales
19 ont disparu par atrophie comme cela arrive dans la
maladie d’Alzheimer. Les stimuli externes arrivent
au cerveau mais n’y pénètrent pas, ils n’y laissent
aucune trace. Le corps est toujours là bien vivant,
mais l’esprit s’est évaporé. Détaché de son corps
d’origine, vogue-t-il sans but dans le cosmos ? Ou
at-il déjà gagné le royaume des cieux, contemplant
depuis en haut son propre corps abandonné sur
terre ? Ou encore est-il affecté à un autre corps par le
service « Pôle emploi divin » tandis que le précèdent,
toujours en vie, continue à déambuler en attendant
sa fin physique ? Allons donc, cela ne tient pas
debout. La seule hypothèse crédible est celle
d’Héraclite. L’âme de chacun s’évapore avec
l’extinction du corps. C’est la reproduction qui
assure la continuité du monde de l’esprit. Il
disparaîtra avec l’humanité.
Amis
Accéder à une constitution cosmopolite, est-ce un
rêve ou la finalité que la nature impose à
l’humanité ? La difficulté de construire une Europe
harmonieuse vient du démon de l’hégémonie qu’un
gouvernement supranational sourd aux différences
de ses membres pourrait imposer. Pour que la raison
et la sécurité prévalent sur le chaos, il faut de la
stabilité et donc un droit appliqué par tous. Ce droit
signifie un accord partagé, sinon ce serait le risque de
provoquer des convulsions, ce qui ramènerait au
chaos. La collectivité humaine dispose d’un modèle
de coexistence. C’est celui des relations sincères entre
20 amis auxquels on pardonne, mais pas tout et pas
toujours. Entre amis, pas de compétition malsaine,
pas de mauvais coups, pas d’intrusions
dérangeantes. Toute entreprise commune est alors
possible : solidarité sans faille, mise en commun de
tous moyens disponibles pour entreprendre et
obtenir un juste bénéfice.
Mais l’amitié n’est pas une relation automatique,
on choisit ses amis, être voisins ne suffit pas.
Défiance à l’égard de celui qui est ami avec tout le
monde, en général, ce qui l’intéresse, c’est son fonds
de commerce. Un principe de base : chacun chez soi,
le périmètre de l’intimité ne saurait être franchi au
risque de tout compromettre. Chacun s’occupe de ses
affaires sans chercher à imposer son point de vue à
ses amis. Cette mesure n’exclut ni la fidélité, ni la
confiance. Une gouvernance cosmopolite établie sur
ces quelques principes élémentaires aurait toute
chance de voir le jour et de perdurer.
Anachronique
Je revendique ce statut décalé. Non pas que je
n’aie pas les deux pieds bien ancrés dans cette
époque. Je souffre, je l’admets volontiers, d’une
allergie à la détérioration du langage, à l’ignorance
des codes qui président aux bonnes relations
humaines. Que l’on se rassure, je ne parle pas en
vieux français. Mes discours ne sont pas ponctués de
formules latines ostentatoires. Je n’entretiens pas non
plus un langage enrobé de formules prétentieuses.
Par contre, je regrette que soient jetés aux orties les
21 manuels des bonnes manières qu’on lisait au coin du
feu. Je désespère que cette langue, notre précieux
héritage, soit massacrée de toute part. Je rejette ces
anglicismes faciles, ce dialecte qui nous vient des
banlieues, ces supports électroniques vecteurs de
raccourcis incompréhensibles. Je n’aime pas non plus
ces tenues vestimentaires négligées ou provocatrices.
Elles offensent mon regard, et à mon corps
défendant, je l’admets, je porte trop vite un jugement
péjoratif sur l’impétrant. A ménager les formes, on
gagne toutefois en concentration sur l’essentiel.
Anticipation
Voilà, le grand mot est lâché. La base de
l’éducation, la première prescription pour évaluer le
risque, c’est le modèle du joueur d’échecs qui
procède par élimination. Certes, la jeunesse peut s’y
employer avec sa perspicacité et les conseils de toute
nature. Mais est-ce suffisant ? En un mot : comment
éviter les erreurs de jeunesse ?
Comment construire de jeunes adultes prêts à
affronter les crises ? Comment évaluer la part de ce
qui dépend de soi-même par rapport à celle qui
dépend des autres ? Rien à faire, la leçon par l’échec
personnel est irremplaçable. Le maître ne peut
qu’informer, donner quelques indications, mais pas
plus. Tel l’oisillon qui se jette du nid, il faut s’y
résoudre, se lancer sans hésitation vers les obstacles.
22 Aristocratie
Le « connais-toi toi-même » bien connu est une
prescription avec laquelle on a vite fait connaissance.
Quels sont ma nature, mon degré de savoir, mon
niveau d’intelligence, quelles sont mes vertus
morales ? Conseil judicieux visant à appréhender la
vie de tous les jours avec lucidité et sagesse. Cet
aphorisme inscrit au fronton du temple d’Apollon à
Delphes n’est pas seulement une prescription
philosophique. Il rappelle les limites du milieu dont
on est issu, la circonscription sociale imposée par
notre naissance. Ne pas chercher à sortir de cette
place qui vous a été assignée et l’accepter. Cette
obligation est la signature des sociétés
aristocratiques. Chacun aujourd’hui doit avoir en tête cet état
imposé à des générations d’hommes et de femmes
pour comprendre le miracle de la démocratie
retrouvée. Trois personnages qui ont marqué notre
histoire culturelle ont fait la charnière entre ces deux
mondes ; tous trois ont été voir de près la société
américaine au moment des doutes : Un soldat :
Lafayette ; un écrivain : Chateaubriand ; un juriste :
Tocqueville. La liberté individuelle, le droit au
savoir, le droit au travail pour tous, l’égalité entre
hommes et femmes, bref l’éclatement de toute
barrière sociale. Encore faut-il rappeler que tout nous
ramène à une évidence qu’il faut rappeler « à coups
de marteau » : Tout dépend de ce que chacun fait de
cette liberté.
23
Assembleur
Ce mot évoque le monde industriel qui, ayant
abandonné la fabrication de bout en bout d’un
produit, assemble les éléments constitutifs de celui-ci
en provenance de régions ou de pays où le coût du
travail est une source de profit. Cette pratique existe
également dans le monde de la littérature générale
ou scientifique.
Les vrais créateurs sont ceux qui transforment
leurs idées en publications originales. Ce sont eux
qui font avancer l’état des connaissances. Il faut les
distinguer de ceux qui « assemblent » les
connaissances des autres. Ce ne sont pas des plagiaires, mais
ils vivent du travail et de la recherche des premiers.
Ils sont des commentateurs parfois éclairés. Sont-ils
inutiles ? Justement non, ils sont des distributeurs de
connaissance et font donc œuvre de pédagogie.
Parfois, la frontière est mince entre les deux, un
travail de synthèse peut générer une innovation. Ne
jetons donc pas trop vite la pierre, mais soyons
quand même vigilants.
Autrui
Autrui me va beaucoup mieux que mon prochain.
Comme moi, il est une créature humaine, nous
partageons la même culture. Vivant dans la même
collectivité nationale, nous avons suivi le même
cursus et appliquons les mêmes règles. Nous
pouvons même être plus proches pour avoir partagé
des souvenirs d’enfance ou professionnels. J’ai pour
autrui la même considération qu’il en manifeste pour
24
moi. S’il m’appelle, je vole à son secours, je mets tout
en œuvre pour que cette aide soit accomplie sans
délai et sans bénéfice en retour. Autrui me va bien si
chacun est respectueux de l’opinion et de l’intimité
de l’autre.


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