Le second fils de Dieu

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Le second fils de Dieu est un livre de réconciliation et d'espoir qui décrit, au fil de ses pages, l'union fatale de deux mondes opposés : Martha, une sorcière vaudou, et Julien, un jeune prédicateur protestant. Ce dernier, en côtoyant la jeune femme tombée enceinte après avoir conclu un pacte avec le diable, doit l'aider à surmonter les drames de sa vie. Il va découvrir l'authenticité de son monde, plus proche de la réalité haïtienne, et apprendre de ses bonnes moeurs.
Publié le : mercredi 5 novembre 2014
Lecture(s) : 7
EAN13 : 9782336361840
Nombre de pages : 146
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Le second ls de Dieu Riden-Son Arthur
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qui décrit, au fi l de ses pages, l’union fatale de deux mondeeeeees s s s s s
opposés: Martha, une sorcière vaudou, et Julien, un jeunne e
prédicateur protestant. Ce dernier, en côtoyant la jeune femme
tombée enceinte après avoir conclu un pacte avec le diable,
doit l’aider à surmonter les drames de sa vie. Il va découvrir
l’authenticité de son monde, plus proche de la réalité haïtienne, et
apprendre de ses bonnes mœurs. Malheureusement, les religions
implantées discréditent le vaudou et la société marginalise ses
adeptes. Julien se révolte alors contre son église, rassemble les Le second
sorciers et la population de la zone et change les croyances tout
en protégeant les héritages. fils de Dieu
L’histoire se déroule dans la vallée de l’Artibonite, en plein
cœur des rivalités d’intérêts, notamment entre Acacia et Brizard
et leurs alliés. La terre, seule ressource du milieu, a toujours été à
l’origine des discordes. Toutefois, l’eau devient subitement l’enjeu
Romancentral des confl its d’intérêts de la région. Le second fi ls de
Dieu étale la misère, les confl its terriens, les hostilités du temps
auxquelles doivent faire face les riverains de la région du fl euve,
mais fait aussi l’éloge des valeurs de la culture paysanne.
Riden-Son Arthur est né à Saint-Marc. Il a 23 ans.
Sa mère est morte quand il avait cinq ans et il n’a
pas connu son père. Son éducation est confi ée à son
grand-oncle, pasteur, et à sa femme, mais il a fait
ses études primaires chez les Frères de l’Instruction
chrétienne dans sa ville natale. Actuellement, il suit des cours en
République dominicaine.
Illustration de couverture de l’auteur. Lettres
desISBN : 978-2-343-04076-9
9 782343 040769
14 € Caraïbes
Riden-Son Arthur
Le second ls de Dieu













Le second fils de Dieu






























Lettres des Caraïbes

Fondée par Maguy Albet, cette collection regroupe des
œuvres littéraires issues des îles des Caraïbes (Grandes
Antilles et Petites Antilles essentiellement). La collection
accueille des œuvres directement rédigées en langue
française ou des traductions.

Derniers titres parus :

Juan DEL PUNTO Y COMA, Soirée mondaine, 2014.
Yvelise VETRAL, Racine ? Racines..., 2014.
Louise ADELSON, Tribulations d’une Négropolitaine, 2014.
Carmelle ST. GERARD-LOPEZ, Une lettre à ma mère, 2014.
Juan DEL PUNTO Y COMA, Un écho du tamtam. De
l’interculturalité de la banane plantain et du camembert, 2014.
Gabriella MANGAL, Je ne suis pas morte. Je l’ai cru.
Ce n’était pas vrai, 2014.
Martin MAURIOL, L’Enfant imaginé, 2014.
Fabian CHARLES, Les racines du présent, 2014.
Clarisse BAGOE DUBOSQ, Lucie Solitaire, 2014.
Roland TELL, Un homme d’esclavage, 2013.
Steve GADET, Un jour à la fois, 2013.





Ces dix derniers titres de la collection sont classés
par ordre chronologique en commençant par le plus récent.
La liste complète des parutions, avec une courte présentation
du contenu des ouvrages, peut être consultée


Riden-Son Arthur






Le second fils de Dieu

Roman




















































































































© L’Harmattan, 2014
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-04076-9
EAN : 9782343040769





À tous ceux qui m’ont reçu.

































CHAPITRE UN



1La nuit, c’était la fête. Les loups-garous , enflammés par le
feu de leur postérieur, traversaient le ciel comme des fusées. Et
postés dans les arbres ou attisant leur feu sur les toits, ils
guettaient les cris ou les odeurs sains. Le ouï-dire contait qu’ils
avaient le pouvoir de se métamorphoser même en de simples
insectes pour s’introduire dans ces maisons ou les franchir par
d’autres formules mystérieuses. Le lendemain, on retrouvait
leurs victimes mourantes.
2Sur la terre ferme, les sans-poils , revêtus de rouge ou de
blanc, occupèrent les chemins ou les carrefours, chantant,
dansant au rythme de quelques coups de tambour. Il est difficile
de les repérer malgré une bonne ouïe : plus ils sont près, moins
on les entend, dit-on. Les aînés ont interdit aux yeux curieux
des adolescents de s’y aventurer même à travers les fentes d’une
fenêtre, évitant leur coup d’air.
À cette heure, des poules et leurs poussins traînaient encore.
Dans les cimetières, on déménageait des morts de leur éternel
repos pour qu’ils deviennent finalement des zombis.
3Le jour, les combites prirent congé pour céder la place aux
regards incertains, aux têtes plongées dans les mains. Par
respect pour la mémoire, on jeta les trois gouttes du thé ou du
café avant de taper sa langue, mais avec beaucoup de reproches.
Les champs avaient été abandonnés au profit des réserves de
bois, et le commerce du charbon de bois était devenu la
principale source de survie. L’Artibonite, l’âme de toute la région,
se tarissait comme jamais. L’homme est condamné à vivre des
bonnes grâces de la terre, mais la bonne mère augmenta sa
peine à cause de sa brutalité.
Chez tonton Orel, on s’interrogeait sur le coût des sacrifices,
voués aux esprits, qui n’avaient rien changé jusque-là. Ceux-là

1 Sorcière qui se transforme en une bête volante la nuit.
2 Société secrète composée de sorciers qui se réjouissent la nuit.
3 Coopération. Manifestation bambocharde organisée pour le travail d’un
champ.
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furent énormes si l’on compte les années, et l’on dut répondre à
toutes les commandes, qu’elles fussent animales ou humaines.
En outre, les rapports entre Brizard et Acacia s’étaient
améliorés. La rivalité semblait éteinte.
— Maudits soient-ils, ces misérables ! Je vais bien régler
leur compte ! cracha Orel amèrement.
— Mais Orel, comment ? demanda Martha en étendant ces
mains.
— Toi, tu la fermes ! Ne te mêle pas de mes affaires.
Orel était bien connu dans les localités de
MarchandDessalines et de Petite-Rivière pour ses crimes perpétués depuis
une vingtaine d’années. Il demeura hostile envers les autres
convoiteurs des propriétés vacantes dans les environs, posa ses
droits sur des terres qui suscitaient de petits conflits familiaux
pour le partage, s’appropria des biens du domaine de l’Etat,
entre autres, d’où des morts suspectes ou de sanglants
affrontements qui se succédaient. Il vivait désormais avec Martha, une
jeune femme qu’il avait rencontrée quelques années après des
morts brutales dans sa famille : sa femme et quatre de ses neuf
enfants.
4Martha était la seule héritière d’une famille grand-don de la
localité de Brizard. Leur propriété s’étendait aux confins
d’Acacia. Elle avait fait la connaissance du madré à l’occasion
des funérailles de ses parents décédés lors d’un mystérieux
incendie. À l’époque, elle poursuivait ses études classiques dans
un lycée de la ville la plus proche, études que ce décès
interrompit un peu plus tard. En se frottant avec le sorcier, elle
s’est engagée et a exercé avec zèle le métier grâce à ses dons
obscurs. Très aisé pourtant, le couple demeura stérile : les
demandes de Martha restèrent sans réponse, la malédiction du
ciel.

***

La souffrance peut être un pont vers la solidarité des peuples
désunis dans leur passé. Mais pour contrer les idées nouvelles

4 Grand propriétaire terrien.
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qui émergèrent dans la région, le sorcier menaça de prendre
pour lui seul l’eau du drain qui longeait la localité d’Acacia et
de Brizard : témoignage une fois de plus de son égoïsme ou de
sa haine envers les habitants de Brizard ainsi que leurs alliés. Le
peu d’eau coulant dans le drain, constata-t-il, suffirait à
alimenter ses champs comme dans le temps où la vallée était
florissante. L’Artibonite était abondante toutes les saisons et
répondait généreusement aux commandes de ses demandeurs.
En maudissant la terre, ils ouvraient une porte à qui saurait
en profiter.
— Ce soir nous allons frapper, glissa-t-il à Martha d’un air
résolu.
Enfin, elle le vit alléger son tourment. Depuis la progression
des relations entre les deux habitations, Orel se rongeait les
ongles. Il n’était plus maître de soi.
— Mais pourquoi ? demanda Martha, étendant ses mains.
— Il nous faudra du bétail, du vrai sang, accentua-t-il. Je
vais me mettre au travail dès aujourd’hui. Je sais qui est à la
tête de tout ça. Ils croient que leur maudite manœuvre va
changer quelque chose. Ici on fait les choses à ma façon. Je vais
leur montrer de quel bois je me chauffe, monologua-t-il ensuite.
— Orel, tu penses vraiment que c’est la meilleure chose à
faire ? supplia Martha.
— Toi, tu es avec moi ou pas ? Je ne t’empêche pas de les
rejoindre si c’est ce que tu veux, reprocha-t-il et, poursuivant :
c’est une bonne occasion pour moi ; je tiens à ne pas rater ça.
Ce n’est que l’œuvre du grand génie des eaux. Il faudra que je
fasse la demande.
— Je vais voir ce que je pourrai faire, glissa Martha.
Orel ramassa quelques outils qu’il jeta dans son sac de
latanier, machette sous le bras à la renverse, son chapeau de
paille bien distingué sur la tête, il marqua un arrêt un instant et
mentionna :
— Ne m’attends pas ce soir. Tu as toutes les responsabilités.
Il connaissait les talents de sa femme. Martha était du genre
solide, même si elle n’avait pas une grande carrure. C’était tout
simplement une femme sur qui l’on pouvait compter, peu
importent les circonstances, une femme vaillante.
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Martha rassembla sa société secrète et organisa le réveillon
en l’honneur du grand génie des eaux. Les offrandes furent
déposées sur la rivière au nom de celui-ci.
Le lendemain matin, le sorcier prenait les comptes rendus,
naturellement.
— Maintenant nous avons sa permission, pas vrai ?
— Bien sûr, Orel, puisque l’on vient d’honorer notre partie !
Mais il m’a demandé d’attendre le passage de la saison des
pluies.
— Mais on n’est même pas encore là. Pourquoi faudrait-il
que j’attende ?
— De toute façon, tu dois obéir, Orel. Peut-être bien qu’il
présage des mauvais temps.
— Pas question ! Je ne risque rien. Je sais ce que je dois
faire en cas d’empêchement. Pour le moment, il n’y a qu’un mât
d’eau dans le drain. J’ai payé ! Alors, pourquoi faudrait-il
attendre qu’il me l’ordonne ? Dis-moi ce que tu as fait au juste,
Martha, fulmina-t-il.
Orel se fâcha tout rouge : toutes les contrariétés étaient
maintenant la faute de la sorcière.
— C’est lui le commandeur. On doit lui obéir, Orel,
suppliat-elle.

***

Deux mois après, Martha comptait les signes de grossesse.
Elle n’avait plus vu ses règles. Une semaine plus tard, elle
interpellait le grand maître pour s’assurer de son bonheur.
Heureusement, ses prières furent exaucées. En terminant le rituel, elle
avait failli pousser un cri, mais s’interrompit brusquement, se
couvrant la bouche de ses mains. C’est une histoire interdite
dans l’entourage du sorcier : ici les arbres ont des oreilles. La
bienheureuse alla s’installer sur le dos, un moment
d’immobilité, fixant la tôle, puis glissa : « Marie-Sainte. » Enfin elle
trouvait la bonne personne, celle avec qui elle partagerait son
bonheur en toute sûreté.
Marie-Sainte était une amie de longue date, mais aussi un
membre de sa société sans-poils. C’était la seule qui vivait à
Bérard, allié de Brizard. Lorsque ses affaires avaient eu du mal
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à tourner au marché après la mort de son mari, la sorcière
l’avait convaincue de se rallier au clan pour y mettre un peu de
chaleur. Mais Orel l’ignorait dans cette robe.
Un peu plus tard, le dur était à la maison et se reposait sous
l’amandier. Martha l’approcha.
— Orel, je vais rendre une petite visite à Désilia, glissa-t-elle
froidement.
— Ça ne doit pas tarder : moi, je sors dans un moment.
— Oui, je sais, dit-elle comme si elle avait déjà été avertie.
Il lui dit cela parce qu’il était indigné quand elle passait toute
une journée chez ses commères. En ouvrant la barrière, son
soupir exaspéré la ralentit, et elle se retourna.
— Moi, je me demande pour quelle raison il me fait perdre
mon temps, dit-il. Ce n’est pas du tout la règle du jeu. En
principe, on fait l’offrande et on agit sans qu’on ait à attendre sa
permission. Je n’ai jamais eu aucun problème, Martha ! C’est
très simple. Je ne comprends pas ce qui se passe, franchement.
— Moi non plus, Orel, je n’y comprends rien. Mais comme
je te l’ai dit : peut-être est-ce pour notre bien qu’il nous
demande de patienter.
— Faudrait-il que je m’en charge moi-même ?
— Non, Orel ! Non ! Je te déconseille, insista Martha en
s’avançant vers lui. C’est trop risqué. Tu ne peux pas le
détourner pour une affaire qu’il a déjà résolue.
Les gens du coin n’avaient pas toujours eu le privilège de
croiser Madan-Orel. À dos d’âne, elle fit la route. De part et
d’autre, portes et fenêtres se poussaient sur son passage, tandis
que les grands, un peu discrets, les plus jeunes, excités, faisaient
tout pour détourner le regard de la célèbre Martha et lui faire
part de leur politesse. Elle s’arrêta soudainement à un signe
lointain que ses yeux avaient du mal à discerner. Voilà ! C’était
Désilia qui faisait de son mieux afin d’éviter à son commandeur
trop de patience. En effet, Martha resta indifférente à sa
compagnie : elle n’avait pas souhaité rencontrer ces commères.
— Tiens ! Tiens ! Quel grand miracle ! Où vas-tu comme ça,
commère ?
— Ah ! je vais rencontrer quelqu’un là-bas. Il m’attend
depuis un bon moment. Alors, je dois y aller au plus vite pour
qu’il ne s’en aille pas. Je passe te voir à mon retour.
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