Les lunaisons naïves

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Les lunaisons naïves est une représentation sincère de la venue du texte, de l'émergence des couleurs, de même qu'un moment intérieur de grâce, où jaillissent les premières formes solennelles d'une poésie chantée, d'un retour finalement à l'intimité la plus pure de l'écrit. Les emblèmes, la Nuit, ces constellations qu'il élucide comme une fuite nocturne, arment le texte d'une dignité troublante, celle où la couleur a pu naître enfin comme un personnage invisible et amical.
Publié le : mercredi 1 octobre 2014
Lecture(s) : 13
EAN13 : 9782336358512
Nombre de pages : 199
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Julien MuselierLes lunaisons naïves
Né d’un désir de profondeur textuelle, dans un moment
de forte prolixité poétique, Les lunaisons naïves est le
récit d’un conte de poésie romancée, que Julien Muselier
signe, chez L’Harmattan. Les lunaisons L’évocation des couleurs les plus vives, précède une
réexion sur une nuit imaginaire et saisissante.
Au cœur du texte, sous une lunaison étrange, le narrateur naïves
récite un chant nocturne et crépusculaire, à l’image de
ses couleurs, tantôt claires, tantôt sombres, à l’image de
cette divagation de noctambule qui le hante, en refrain
Romanmurmuré.
Les lunaisons naïves est une représentation sincère de
la venue au texte, de l’émergence des couleurs, de
même qu’un moment intérieur de grâce, où jaillissent
les premières formes solennelles d’une poésie chantée,
d’un retour nalement à l’intimité la plus pure de l’écrit.
Les emblèmes, la Nuit, ces constellations qu’il élucide
comme dans une fuite nocturne, arment le texte d’une
dignité troublante, celle où la couleur a pu naître enn
comme un personnage invisible et amical. Et la prose
et le chant, toujours reviennent en échos, derrière son
ombre qui se dessine entre ses lignes, prononçant leur
élaboration complexe, et leur effet de caractère…
Julien Muselier publie Les lunaisons naïves, dans la
collection Ecritures, qui fait suite au roman Les effacés,
paru dans la même collection, en décembre 2010.
ISBN : 978-2-343-03870-4
Prix : 18,50 €
fff
Les lunaisons naïves Julien Muselier11©L’Harmattan,2014
5 7,ruedel’Ecolepolytechnique,75005Paris
http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN:978 2 343 03870 4
EAN:9782343038704
111111111111,111111111,,111111111111111111111111,1,11111111Leslunaisonsnaïves
11111111111Écritures 
Collection fondée par Maguy Albet 
 

Brai (Catherine), Une enfance à Saigon, 2014. 
Bosc (Michel), Marie‐Louise. L’Or et la Ressource, 2014. 
Hériche (Marie‐Claire), La Villa, 2014. 
Musso (Frédéric), Le petit Bouddha de bronze, 2014. 
Guillard (Noël), Entre les lignes, 2014. 
Paulet (Marion), La petite fileuse de soie, 2014. 
Louarn (Myriam), La tendresse des éléphants, 2014. 
Redon (Michel), L’heure exacte, 2014. 
Plaisance (Daniel), Un papillon à l’âme, 2014. 
Baldes (Myriam), Où tu vas, Eva ?, 2014. 
Paul (Maela), L’homme à la peau de soie, 2014. 
Couture (Josiane), Courtes éternités, 2014. 
Lecocq (Jean‐Michel), Rejoins la meute !, 2014. 
Bastien (Danielle), La vie, ça commence demain, 2014. 
Bosc (Michel), L’amour ou son ombre, 2014. 
 

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Ces quinze derniers titres de la collection sont classés par ordre 
chronologique en commençant par le plus récent. La liste complète des 
parutions, avec une courte présentation du contenu des ouvrages, 
peut être consultée sur le site www.harmattan.fr 
  
 JulienMuselier
Leslunaisonsnaïves
roman
L’Harmattan
1111111111111111111111111111I
Endorphines
11111.
Le temps a passé déjà. Les rues ont leur vide troublant.
Lumières pointées, rondes ou droites. Eclat ivoire sur un
pavénoircommeilluit.Tuerresunpeu.Unpas.Unepan
cartedessinéedanslesairspointesonmotfluo.Uneheure
dixdusoir.Leslampadairesau dessousdesquelstudéfiles
depuisquelquesminutesavaientlafroideurélevéeetpâle
d’uneligne,d’uneseconde,d’undéfilementcomptéetmé
canique.On diraitquelesseulsélectronss’agitent,vivent.
Ilsdoiventcouririci,là haut,sousterre,danslescontinui
tés électriques, plastiquées, figées comme sans espace, as
phyxiées,sanscourbes.Onsentiraitdesveinesquibattent
etcrient. 11
Qu’as tu Toi, course métallique et froide, cou de ville
qui s’étend et se serre ? Il n’est qu’un macadam immense,
jetéetaplatiaurouleaudeboisdelanuit,auxsemelleslen
tement claquées, giflées comme transpirantes. Leur cuir a
comme glissé sur lui, sur son pan gigantesque, guimauve
de pierre, sale presque, mais son odeurgrésille de fumées
acresetfrottéescommesoufflées.Lelentetlongrâled’une
mécanique souterraine, son flux d’égouts, de circulations
microscopiques, macro phoniques. Hémoglobine jetée
dans les sous sols de ton sentier, des trottoirs craqués, ge
lés, entassés. La liqueur gigantesque de cette ville, son al
lurecitadineetlongue.Tumarchesunpeu.
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1111111111111111111111,111111111,1111111,1111111111111111,1111111111111111111111111111111,1111,111111111,111111,1,111111111111111111111111111111111111111111,11111111,111111111111111111111111111111111111111111111111111111111,1Hier, je m’endormais amorphe sur les dernières pages
de Paul. Il ressent dans son dernier clin d’œil le froid de
Londres, son poing osseux dans lequel il souffle enfin, les
arbreschuintentenlui,ilschantent,immensefoutoird’une
ville aux visages rouges, pourpres, sanglants, quand un
buveur de thé pensait à Londres dans un regard bleuté,
sucredecannerousse,suruneimaged’Epinalgravée,jon
chéedesesplis,desonusuredetiroir.Paulentendl’animal
monstrueux, ses crachats, sa respiration, il voit le son lu
gubre et délirant des rues, de leur motion. Le corps d’une
avenuedroite,dressée,décorumgigantesquevictorien:en
bas de sesmurs, un errant de plus a avalé le rouge de son
vin,desesjouesendormies.Peaugonflée,ellesetenddans
unbar,unpub,uncabaretexcentriqueauxpostesvibrants,
écoutilles,cœurs,oreillettes,veines,jetsdesangmusicaux
etsoufflés.Poumons,organes,liqueursagitéesdesons,de
couleurs. L’ivrogne observe bêtement les gosses qui pas
sent ici, sur le sol comme rampant. Il rit de l’herbe grasse
qui pousse dans leurs cils bruns, l’habit de nuit s’incruste
en lui, se dépose comme une toile, voile ergonomique de
terre–échodeventsurmurdebriques.Unautrepasse,un
troisième,unefemmeâgéeàlapeaubrune.Illèveunpeu
lesyeuxau delàdestoits,dessouriresdepierredesLords:
le firmament douceâtre qu’il ne voit pas – il est voilé
comme traître, nappe de nuages gris phosphorescents –
doitvirevoltersurlafolied’unnobledéluré.Ildoitpointer
dudoigt, tendre une main, délirer,s’affoler, dieu patholo
gique, autodidacte en désordre, lancer ses couleurs
chaudes de nuit. Il déleste sur les errants les pincées im
mortellesd’uncirquedeville,rocambolesqueaventurear
chitecturale et touristique se dit on, non, celui ci ne voit
quelesplisdesamaincreusée,givrée,ilsseplientsousles
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111,11111111111111111111111111111111111111111111,111111111111111,1111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111,11111111111111111111,11111111111111111111111111111111,111111111,11111,1111111111111111,11111111111111111lumières d’un ultime néon, d’un trait de jour qui enchan
terademainsonrêve.
Quandtouss’endorment,onentendtouslesdéliresma
cabres, une sirène, une branche cassée qui voile un éclat
blancdelune,drôle,coincéesurlafiled’attentedenosre
gardsd’artistes,elleposeidiote,surlesrampesd’ungrand
foggénéralisé.Paullui,adormitoutlejour.Undraplisse,
duchauffage,lesbouclesdesescheveux. 11
Note d’électricité : cinq livres cinquante… de pub : 1
livretrente.Fenêtrefermée.Voituresgarées.
Christine a les yeux ensuqués. Le teint rose et repu. Sa
mainestécraséesurl’oreiller,ellejouissaithier,sansbruit,
troublée,émue.Unelarmeminusculequiluicoulaitsurle
bord des yeux, un drap serré, le poing écrasé comme en
fantin,leshanchescambrées.11
Paulrêvaitlonguement.
2.
J’écoute Otis Redding pendant l’après midi. Le son feutré
quisortdesesmélodiessemblecommedétaché,transporté
dansunecaseextérieure,éloignée.
L’après midiacequelquechosedefroidetdedistancié.
Il me semble entendre les sons et les événements comme
placés dans des compartiments distincts. Mes idées adop
tentlemêmeprocessus.Ilestlongetcontinu:Tristanavait
ses airs soignés, perfectionnistes. Pourtant les distorsions
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1111111111111111111111111111111111111111,1111111111111111111,11111111111111111111111111,1111111111111111111111,11111111111111111111111111111111,111111111111111111111111,1111111111111111111,11111111111111111111
11demeurent. La musique qui se déroule dans ses espaces
fermés, localisés, peut facilement s’étendre dans les diffé
rences qu’elle présente. Avec un mur. Une couleur. Une
durée. Déjà pourtant, elle devient vase communiquant.
Ellesemêleàsonopposé,sonreflet,sonsouvenir.Uneré
sonance apparaît. Son écho, négatif refait et démontable.
Interchangeable.
Dans ces saccades de pensées qui surviennent, classées
ainsi,etdébordantesparfois,lorsqueleurfluxabonde,puis
s’éteint, j’entends les retours possibles de visions, de jets
étranges.
La mélodie ivre de Noir de jour a recommencé l’expo
sition de sesreflets. L’humeur revient, ombre sur un mur,
éclat momentané et renouvelé, elle s’étend dans la simpli
cité d’un songe diurne, d’une soirée dont la durée s’est
éclipsée en un instant troublant, sans temps. Sans texture.
Tu n’y entends qu’une infime chose : ce long sentiment
suaveetrépété,reconnucommeuneodeur,unepenséequi
s’oublie,disparaît. 11
Sonfroid.Sontissudecotonsec,frottécommeducrin.
Lapeausèche,lesonglesrongésetplats.
Je recommence un temps. J’étale cette déambulation.
L’hiveretcetteodeurnechangerontrien.Uneseulechose:
le trait de l’asphalte qui s’étend sur dix mètres, tourne à
l’angle,l’obscuritétotaleaubout,unelumièrecachéeetmi
nuscule.Jefermelesyeux.
Hier, le restaurant portait sur lui l’étalage rouge et gé
néral des tables, des rideaux, du comptoir dont le plan
marrondégageaitsescouleursplusclairesetchaudes.Les
dispositionsmatesdesnappesétaientparfaitementnettes,
trop peut être. Trop ? Au mur, une fresque moderne
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11portaitsurelledesfautesdetrait,l’asymétried’unpinceau
inexact, ses touches trop vives, drôles. J’observais, debout
etcommemalmisdansmonécharpe,barbeinégale,toutes
les couleurs variées et folles des murs, de la lumière qui
pesaitsurtouteschoses.
Aumilieudurepas,jeregardeleverrequiscintillesous
les lampes. Il a une dimension étrange, remuée, ronde.
J’entends alors ces cases qui se sont appropriées chaque
terme.Dansunangle,leblancinondeunepierre. 11
Latabledegauchequiestjonchéedemiettes.Attend.
IcijepenseàNoir de jour.Aurélienquiestpresqueim
mobiledéploiedansl’airsaformeilluminée,peaucireuse,
brune. Chaque coin a sa vigueur, sa dimension tactile, vi
vante.Jeglissemamainsurmonvisage,mefrottelesjoues.
Unverredevinviteavalé,jemedéhancheunpeu.L’envie
d’écrirerevient.
3.
Une grande cité un peu tordue, ancienne. On ne sait pas
quelleépoque.Sonflotpourtant,remué,esticipluscalme
etplustranquille.Sursonbord:unemaisonnettepencheà
l’orée d’un champ dans les dernières dépendances des
lieux.Quelqueslignesélectriques,uncielroselesoir.
Axelquiavaitprèsdevingtansportaitunelignelongue
etfine.Maigre,beau,lecorpsenV,ilsetordaitparfoisdans
lesultimesretoursd’unquartier,d’unmondedebruitqui
voulaits’éclipser,s’enfoncercommesousterre.Ilrepartait
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111111111111111,11111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111,111111111111111111111,111,111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111
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11chaquesoir,filaitenville.IltraversaitlaruedesLysenson
second tiers et demi, presque toujours dans le même éclat
de soir, à la même heure, là où lumière brisée à l’angle de
la petite place Vendôme, le silence parlait. Il aimait bien
traverser à cet endroit exact : la lumière y dessinait le pan
droitettransversaldusoleiletdel’ombre.Jeudeclairobs
curnouveau,Axellefrôlait,unjourdansl’ombre,unjour
dans les rayons. Le trottoir n’était pas loin, carré. Il appa
raissait souvent dans l’once d’une dernière pluie, comme
unparterregondolé,painnoir,dentsdepavéscalcairesqui
souriaientsousleureau.11
Plus loin, il passait sous un porche. Le trottoir qui se
fondaitàlachaussée,redescendudéjà,plat,large,finissait.
Axel entrait alors dans les premiers commencements de
champs, les étendues d’arbres hauts, doucement dévêtus
etimparfaitsl’automne.Ilssedressaientdansl’air,comme
degrandspeupliersmurmurantsouimmobilessousleurs
sixheuresdusoir.
Une voiture ou un car passait, bruyant comme vide, et
legarçondisparaissaitdanslescheminsdeterrequilegui
daientjusqu’àsaporte.
Sur ce dernier moment de marche, Axel sentait en lui
millechoses,sensationsdesang,deforcesquiparcouraient
ses muscles. Il ressentait ces grappes juteuses d’endor
phines qui lui chatouillaient le cou. Elles éclataient dans
soncerveaucommebouillonnantesquanduntremblement
demain,froide,grisaitsonbrasàpeinecouvert–uneche
velure un peu battue par un dernier coup d’air et le jeune
hommeplissaitd’unœil,seresserrait,courbaitledos.Ilse
disait souvent que son corps, son corps glissait sur l’im
mensecorpsdumonde.Soncorpsfilaitdansl’air.Ilsetor
dait,ill’épousait. 11
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rait dans l’espace, sur une eau. Elle resterait coincée dans
unespacefermé.Soufflesimmensesdevent,jetd’airdans
ledos,frottementd’échine,laporteserefermait.
4.
Jeprendsunpeumontemps.
Le soleil a sur le mur de ma chambre un reflet plat et
blanc, presque parfait. J’observe son aspect immobile, son
mouvementimperceptible.
Axel a cet aspect d’elfe petit et blanc. Il est blond sans
doute. Sa marche est sûre, doucement portée par lui, par
l’espaceaussi.
Les sensations qui s’amassent dans son corps sont les
répercutions étranges, échos omniprésents de son monde,
desasurfacecontondanteetcomplète.Ilsentenluilesré
pétitions de son parcours. Son corps, son sang, vivent en
lui comme il vit dans la ville, son trottoir, son chemin de
terre qui se perd comme caché. Si Axel n’avait en lui ces
émotionsquirejaillissentcommeleséchosdesbruitsetdes
formesfoulées,ils’éteindrait.Ilveutplongerdanslecorps
profond, il veut plonger son corps profond dans le corps
gonflédelaville,decetraitdelumièreludiqueethabituel.
Horaire. Autour de lui, un univers flotte dont il est l’épi
centre.Ilveutsentirenluilesrésonancesdesrues,sonsang
comme un membre, son âme comme une toile tendue et
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1111111,11111111111111,111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111,11111111111111111111
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11plane. Elle reçoit les vibrations multiples du cercle qui
l’entoure.Ilestunesortedetambour,ouverture,ouïetoute
construite d’un corps. Il est le dernier instrument que la
poésie manipule, fait danser, joue, goûte. Axelest le drôle
de héros qui arpente, regarde, puis s’entend arpenter, re
garder.Soncorpss’agitesanscesse:ilrentrechezlui.Der
rière ses pas, l’univers qui s’efface en laisse un autre, un
second,membredupremierquijetteautourde lui,enlui,
toutes les musiques qui harcellent son corps, ses cheveux
flottants. Son corps jeté dans son espace, il sent son esprit
jouir,saveurdouced’unelumière,d’unbruitdefeuillages.
Unsonsansdoute,unmurmure.Quelquechosequiafran
chilemondeetvousperceraitlefoie.
Jereprendsunpeuletemps.Julienvarepasseràlamai
son. Nous irons peut être prendre un café, bouger nos
faces, tordre nos bouches sous un rayon ardentd’hiver. Je
frotterai doucement ma main dans une poche. Elle grelot
terapeut être.
5.
Margauxattenddanslesalondelamaisondebriques.Elle
entend la voix nasillarde de la chanteuse roumaine qui
pleure presque dans le poste. La musique, irrégulière, os
cille entre des tons joyeux et larmoyants. Elle entend la
porte qui s’ouvre, son souffle de vent au sol qui brûle de
froidleslattes.Refermée,silence.
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l’entrebâillementduhall.Ilss’observent.Axelsoupire.Un
regardéchangé.
Margauxquilisaitunlivret,sortedenouvellepeut être
ou recueil de poésie à dix sous, lève un instant les yeux.
Elleseblottit.Axellarejointsurlesofa,l’embrasse.
Lorsqu’il se relève, Margaux est prise dans une moue
étrange.Elleletoisedesyeux,s’embarrassed’unrictuslé
geretbizarre,sereplongedanssonlivre.
Axel qui s’est relevé déjà est resté dans une sorte de
gêne qui le tendait d’inquiétude. Il a vu le rictus de
Margaux qui semblait agiter son visage soudain retiré. Il
repenseàlasoiréed’hier.Lesdeuxamantsétaientcouchés.
Ilamarchétoutlejour,observélavillequidansaitsousses
pieds:ilaentendusesmillechahutsquil’enlaçaientd’une
douce mélancolie ; il était comme aveugle, harcelé de ses
jetsliquoreuxquiglissaientsoussapeau.Ilrevientàlasoi
rée de la veille : ils avaient fait l’amourlongtemps. Frotte
mentdepeauxsousdesdrapsfraîchementsouillésdeleur
sueur,letempsavaitdresséderrièreleursnuquesquelques
hérissementsd’humeur,detremblementsd’amantsbercés
commedeuxenfants.Ilss’étaientagitéssoudain,humeurs
et regards immobiles pourtant, dans leurs pupilles. Axel
avait parlé peu de temps. Ils s’étaient observés comme
deuxâmesdélestées,souriantes.Ildisaitlelongsanglotde
fragile, de faiblesse qui l’avait emporté déjà, dans les ber
cements de leurs corps mouvants. Le sel des larmes en
coin, les roulis de leurs bras, de leur main qui tanguaient
un instant, une durée, avaient tenu sur le dessus de leur
cœurunesortedelongueetrâlanterespiration:minuscule,
disait il. Etroit, fin. Le lit n’avait pas sa largeur accommo
dante, il était menu presque, rétréci et blanc. Il lui disait
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111111111111,111111111111111111111111111111111111111111111,11111111111111111111111111,11111111111111111111111111111111111111111111111,111111111111111111111111111111111111111111111,111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111,111111111111111111111111111111111,1111111111111111111111s’êtresentipresquefaible;ilentiraitunevertu,unétrange
etlongsentimentdepeine,d’amourtouttissédemélanco
lie.Unemainsoussonsein.
Margauxrestaitsurlesofa,ellelisaitcommeoccupéeet
éloignée,pourtantprocheetattendrieparsonretour.Axel
nesutpasàquois’entenir.Ildînasurlepouce,montador
mir.Pendantlanuit,Margauxs’éveilla.Ellevitsonamant
qui dormait près de ses bras, les poignets enlacés sous les
plis de l’oreiller, fins, agiles. Leurs phalanges ressortaient
comme des petites bosses d’artiste, des mains menues de
pianiste, d’artisan. Elle l’observait qui dormait là, silen
cieux,etellesetintlàsuruncoude,gênéemaisdoucement
embrumée de ses rêves. Elle regardait l’enfant aimé qui
s’envolait si loin, dans les nuages chevelus, hallucinés,
nuages mouillés de tous ses songes, des nuits roses et lé
gères. De la ville, au loin, derrière la rangée dénudée
d’arbres.Quiflottaitetchantait.
6.
Jepasseunaprès midiétrange.Ilacommeunealluresaou
lée.Lestraitsdejourontcequelquechosededésorganisé.
Lessonsontleurdistorsionhabituelle:elleestintensecette
fois.Auloin,j’entendslescrisd’écolequiontbrisél’appa
rence rectiligne des murs, de leur tension droite et directe
de rayons. Ils sont là en tous sens, ils éclatent comme
quelquechosedechaudfroiddansmonœil:untempsde
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1111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111,111111,1111111111111111,111111,1111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111,111111111111111111111111,111111,1111111111111111111111111111111111111

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