À la recherche de la pipe sacrée !

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À la recherche de la pipe sacrée !

Marleine Kwekere
Conte de 158 000 caractères
Il y a bien longtemps bien avant la découverte du continent américain par Christophe Colomb, l'univers a été sauvé par cinq jeunes gens qui ont sacrifié leurs vies pour les générations suivantes. Voici leurs histoires. Yepa, est un jeune amérindien qui porte le nom d'une jeune fille. Son jeune compagnon Mahpee et lui doivent faire face à une terrible découverte : la Pipe Sacrée a disparu !

S'ils ne la retrouvent pas, l'équilibre du monde sera à jamais détruit, plongeant ainsi leur univers dans le chaos. Pour éviter cela, ils doivent retrouver les quatre Indices, les Premières Créatures du Grand Esprit, avant que l'Esprit maléfique du Corbeau ne les détruise.

C'est dans ce contexte peu réjouissant que l'amour jaillit entre les deux jeunes gens.
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Publié le : samedi 2 mai 2015
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EAN13 : 9791029400605
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À la recherche de la pipe sacrée !

 

 

 

Marleine Kwekere

 

 

 

 

 

 

 

~ La légende de la Ptesan Win, la Femme Bison Blanc ~

 

La lune brillait dans le ciel d'encre. Une brise légère rafraîchit cette chaude nuit d'été et fit frissonner les flammes. Tout le monde autour du feu était silencieux. Les papooses avaient compris depuis leur plus jeune âge que la patience apportait plus de fruits que l'impertinence. Howakhan, De la Voix Mystérieuse souffla doucement en prenant son temps pour se mettre à son aise. Les soirs de pleines lunes étaient les soirs idéaux pour raconter des histoires. L'ancien fumait depuis un moment, les yeux fermés. Ses cheveux blancs emmêlés de plume d'aigle tombaient paresseusement sur ses épaules et suivaient chacun de ses mouvements. Le silence s'éternisait et ce fut l'un des papooses, âgé seulement de quatre ans, qui le brisa :

— Oh, de la Voix Mystérieuse, raconte-nous, je t'en prie !

L'ancien ouvrit les yeux et dévisagea longuement le papoose qui venait de parler de sa voix chantante de petit garçon.

— Mahpee, la patience est la vertu la plus importante en toute chose. Apprends du loup qui se tient immobile et attend sa proie, apprends de l'aigle qui vole pendant des heures dans le ciel en observant le sol en quête de sa nourriture. L'impatience ne te conduira qu'à l'imprudence, mon enfant, déclara le vieil homme.

Le petit garçon ne put soutenir le regard perçant de Howakhan, baissa les yeux en bredouillant une excuse. Les adultes le regardèrent avec bienveillance ; il était encore si jeune. De la Voix Mystérieuse prit une profonde inspiration, d'une voix profonde et douce il conta la légende de la Ptesan Win, la Femme Bison Blanc :

« — Il y a très, très longtemps, les tribus lakotas se rassemblèrent pour leur grande fête d'été, comme elles le faisaient chaque année, quand la terre était couverte de verdure, que l'herbe était haute et que les plaines regorgeaient de gibier. Cette année-là, pourtant, le gibier restait introuvable et le peuple avait faim. Parmi les sept tribus rassemblées se trouvaient les Itazipchos, les "Sans-Arcs". Ils étaient affamés et ils cherchaient désespérément des bisons. Le chef Standing Hollow Horn, Corne-creuse-dressée, choisit parmi ses guerriers deux jeunes hommes qui furent chargés de partir en éclaireurs à la recherche de gibier. Ils poussèrent leur exploration bien loin, de tous côtés, mais en vain. Pourtant, au moment où le découragement s'était emparé d'eux et où ils se préparaient à renoncer et à rentrer au camp, l'un d'eux dit :

L'ancien marqua un temps d'arrêt et tira une bouffée de sa pipe en fermant les yeux avant de continuer :

— Mon frère, je vois un bison au loin qui vient vers nous.

Ils l'observèrent qui se rapprochait et l'autre jeune guerrier s'exclama :

— Ce n'est pas un bison qui vient là, mais une femme !

C'était une femme, d'une beauté que les mots sont bien pauvres pour décrire. Elle avait un visage radieux et elle semblait flotter plutôt que marcher. Elle était vêtue d'une peau de cerf blanche, bordée de franges, mais sans aucun ornement, qui l'enveloppait comme une robe longue. Ses cheveux, dénoués, flottaient doucement au vent. Au côté gauche était accrochée une touffe de poils de bison.

Quand cette étrange femme fut proche jusqu'à la toucher, un des deux éclaireurs déclara :

— Cette fille est toute seule. Sa beauté dépasse l'imagination. Je vais m'allonger avec elle.

— Mon frère, ne fais pas ça. Ce n'est pas une femme ordinaire. Tu ne vois donc pas qu'elle marche au-dessus du sol, sans que ses pieds touchent la Terre ?

Mais l'autre refusa de l'écouter et il tendit la main pour la toucher. Alors, un nuage s'abattit sur lui et quand il se dissipa, il ne restait du guerrier qu'un tas d'os.

Cette étrange femme s'adressa alors à l'autre éclaireur :

Ton ami avait des pensées impures et il a été puni de son manque d'humilité. Je suis envoyée par la nation du bison et j'apporte un message pour ton peuple, un message d'une extrême importance. Retourne dans ta tribu et raconte-leur ce qui s'est passé. Demain, au lever du soleil, je viendrai jusqu'à votre camp. Dis au peuple que tout doit être prêt pour ma visite. Dis-leur de dresser un teepee spécial, dont la porte soit orientée dans la direction où le soleil disparaît le soir. Que le sol en soit parsemé de sauge. Avec trois bâtons, deux dressés, un couché, que l'on fabrique un râtelier, devant lequel on posera un crâne de bison. Veillez aussi à préparer un carré de terre soigneusement aplani. Que tout soit sanctifié. À présent, repars vers ton camp sans te retourner.

Le jeune guerrier suivit ces instructions. Il rapporta au chef Standing Hollow Horn ce qui était arrivé à son ami et les exigences de cette étrange femme. Avec l'aide de l'ensemble du peuple, le chef fit tous les préparatifs pour cette visite. L'Eyapaha, le héraut, sillonna le camp pour demander à tous les hommes, femmes et enfants de se rassembler au lever du soleil pour souhaiter la bienvenue à cette femme wakan, sacrée. Aux premières lueurs de l'aube, la Jeune Femme Sacrée apparut, dans la même tenue que la veille. Elle tenait au creux des mains la Ptechinchala Hulu Chanunpa, la pipe sacrée entre toutes, taillée dans l'os du jarret d'un jeune bison. Cette pipe n'était pas de fabrication humaine, mais c'est Wakan Tanka, le créateur, qui l'avait façonnée. Ptesan Win, femme Bison Blanc, car tel fut son nom désormais, marcha sur les brins de sauge répandus sur le sol en chantant :

Niya taninyan

Mawani ye

Oyate le

Imawani,

Na

Hotaninyan

Mawani ye.

Niya taninyan

Mawani ye.

Maluta le,

Imawani ye

 

On voit mon souffle monter

Et je marche

Vers cette nation [du bison]

Je suis en marche,

Et

On entend ma voix.

Je marche.

On voit mon souffle monter

Et je marche.

Cette chose rouge, sacrée,

c'est pour elle que je marche.

 

Ptesan Win pénétra dans la hutte préparée à son intention, où elle s'assit à la place d'honneur. Puis elle entama un chant.

Mettez cette pipe sacrée au centre. Adressez vos prières à Wakan Tanka, le Créateur. Cette pipe, c'est lui qui vous l'a offerte.

Elle se tourna vers l'ouest, dont la couleur est le noir, et leva la Pipe :

Je fais cette offrande aux Wakinyans, les Grands Êtres Ailés. Je leur adresse mes prières.

Puis elle se tourna vers la droite, en direction du nord, dont la couleur est le rouge, et leva la Pipe :

Au tourbillon et à tout ce qui se déplace en cercle, au Vent et aux quatre directions sacrées, je fais offrande.

Elle se tourna vers l'est, dont la couleur est le jaune, pour présenter la Pipe :

Le soleil se lève, qui nous offre une nouvelle journée, qui rend grâce pour tout ce qui vit.

Elle se tourna vers le sud, dont la couleur est le blanc, en priant :

Je rends grâce au monde des Esprits, le monde qui se trouve au-delà.

Quand elle eut bouclé le cercle, elle leva la Pipe bien haut vers le ciel, pour prier et instruire le peuple :

Je suis vos cœurs. Nous ne formons qu'un, un peuple, un esprit. Nous sommes la nation du bison.

Puis elle chanta :

Je vous donne cette Terre,

Vous y marcherez d'un pas sacré.

Vous marcherez, en parfait équilibre avec Unchi,

Notre Grand-mère la Terre.

Je vous donne cette Pipe sacrée.

Avec elle vous prierez

Pour tout ce qui vit,

Pour les créatures qui marchent, qui volent,

qui nagent, et qui rampent.

S'adressant au peuple, elle ajouta :

Un jour, je reviendrai, et ce sera pour toujours. Alors commenceront une nouvelle vie, et une nouvelle intelligence.

Le Chef Standing Hollow Horn s'adressa à la Jeune Femme Bison :

Ma sœur, tu es venue pour nous consoler en temps de détresse. Nous avons coutume d'offrir à manger à nos hôtes, mais nous sommes pauvres, et nous ne pouvons t'offrir que de l'eau.

Sur ces paroles, il plongea une tresse de wachanga, de la glycérie odorante, dans une corne de bison remplie d'eau de pluie, qu'il offrit à la jeune femme. Elle le remercia :

Tu n'aurais pu m'offrir de festin plus agréable.

Puis elle lui apprit à bourrer la Pipe de tabac sacré, à l'allumer à l'aide d'un morceau de bouse de bison rougie au feu, et à la fumer de la manière appropriée à une cérémonie.

Au peuple Lakota, elle donna les 7 rituels sacrés :

l'inipi ou Purification dans la loge à sudation

la quête de vision

la danse du soleil

la garde de l'esprit

l'Ishnati Alonwanpi, ou rite de la puberté des jeunes filles

l'Apparentement

et le lancer-de-Balle.

Aux hommes elle déclara (l'ancien se tourna vers les hommes) :

Vous possédez la force. Vous devez protéger et agir avec bienveillance envers ceux qui sont sans défense, les femmes et les enfants. Vous devez partager votre nourriture avec ceux dont la faiblesse physique ou l'âge les empêche de subvenir à leurs besoins. Vous devez prier avec cette Pipe. Vous, les "Sans-arcs", vous avez été choisis pour recevoir ce présent, mais il appartient à toutes les nations rouges.

Aux femmes, Ptesan Win déclara ( il se tourna vers elles) :

Vous n'avez pas la force, mais vous êtes fortes. C'est votre force qui maintient l'unité de la famille. Vous qui donnez la vie, vous êtes le ventre de la nation. Vous aimez les enfants. Vous montrez de la bienveillance envers tout ce qui vit. Wakan Tanka vous aime.

Aux petits enfants, elle dit ( Howakhan caressa les papooses du regard) :

Vous êtes encore petits, mais vous allez grandir, pour devenir des hommes et des femmes, qui marcheront sur la voie de la Pipe, et transmettront cette étincelle à la génération suivante. Vous êtes bénis.

Quatre jours durant, Ptesan Win enseigna à tous à se comporter en êtres humains. Elle leur apprit tout ce qu'ils devaient savoir. Quand elle eut achevé sa tâche, elle dit au peuple :

Je dois vous quitter à présent, mais si vous me suivez jusqu'au sommet de cette colline, là-bas, vous n'aurez plus faim.

Et elle se mit en route vers l'est, suivie, à distance respectueuse, par l'ensemble du peuple, qui était à la fois très impressionné et reconnaissant envers cette sainte femme. Quand elle fut sur la colline, elle se changea en jeune bison blanc, avant de lentement disparaître. Alors, le peuple eut la certitude qu'elle était envoyée par Wakan Tanka. Quand ils atteignirent le sommet de la colline, ils virent, de l'autre côté, un troupeau de bisons prêts à offrir leur chair afin que la nation puisse vivre. »

 

Howakhan se tut enfin et regarda les jeunes gens assis autour de lui avec bienveillance. Son regard brun chaleureux les enveloppa tous affectueusement.

— La Femme Bison Blanc est le symbole du renouveau. Voilà pourquoi depuis des générations tous les Rouges de toutes les tribus, quelles qu'elles soient, ont juré de protéger le Calumet de Paix.

— C'est pour célébrer la vie et la paix que nous la fumons autour du feu avec nos alliés. Compléta le chef Taima, Le Fracas du Tonnerre. Lorsque toutes les tribus seront réunies, nous prions le Grand Esprit et le remercions de son présent à travers la Femme Bison Blanc.

Les enfants étaient fascinés comme à chaque fois par le monde des adultes. Ceux qui allaient bientôt entrer dans leur monde étaient admirés par les plus jeunes qui avaient hâte de grandir. Mahpee sourit et se blottit contre le corps de son oncle, Le Fracas du Tonnerre et déclara sérieusement :

— Un jour, je serais chef mon oncle ! Et je veux participer au rituel de la paix !

Le chef rit doucement, ôta sa coiffe de l'aigle et le posa sur la petite tête brune du petit garçon.

— Je te le souhaite, brave guerrier !

Mahpee se leva en poussant un cri de joie en sautillant autour du feu.

— Mère ! Grand-mère ! Je suis le Grand Aigle !

Les adultes le regardèrent courir autour du feu en imitant la danse du soleil que les grandes personnes exécutaient. Puis il remit la coiffe au chef de la tribu révérencieusement avant de sauter sur les genoux de sa mère et s'endormit aussitôt. Les autres membres de la tribu continuèrent à se raconter des histoires jusqu'à ce que la lune soit haute dans le ciel, puis ils allèrent tous dans leurs teepees pour le reste de la nuit. Une journée chargée en festivité les attendaient.

 

 

 

~ Yepa, Princesse de l'Hiver ~

 

 

Mahpee partit en courant sous les bras luxuriants des arbres. Il courut aussi vite que ses petites jambes le lui permettaient. Le parfum des feuilles, des fruits embaumaient l'air. Il traversa le ruisseau qui entourait le village sans ralentir. Il vit le groupe des femmes en train de cueillir des baies, mais ne s'arrêta pas. Il leur passa devant en coup de vent. Il bouscula Angeni qui en laissa tomber son panier de fruits :

— Pardon An ! lança-t-il en continuant son chemin.

— Petit chenapan ! Ce n'est pas Mahpee qu'on aurait dû t'appeler, mais Tadi ! s'indigna la jeune femme.

Mahpee lâcha un rire mélodieux sans s'arrêter. Sa grand-mère l'avait appelé « Mahpee », Ciel, car le jour de sa naissance le ciel était d'un bleu lumineux qu'elle lui répétait tout le temps. Tadi, Le Vent, ne lui irait pas, il en était sûr. Il se dirigea vers le lac sans arrêter sa course un seul instant.

— Yepa ! cria-t-il en arrivant au bord du lac.

Il regarda autour de lui englobant le magnifique paysage qui l'entourait d'un regard ébahi. Ici, on sentait le pouvoir de Terre Mère et du Grand Esprit. L'eau était d'une couleur merveilleuse et donnait envie de se baigner. Les arbres qui bordaient le lac étaient d'un vert fabuleux et les fleurs rivalisaient de couleurs et de senteurs pour attirer les insectes. Les petites filles se faisaient des colliers et des couronnes de fleurs tandis que les garçons plongeaient du haut d'un grand rocher dans l'eau. Il aurait aimé jouer avec eux, mais sa maman, Chumani, Goutte de Rosée, lui disait qu'il était trop petit encore. Il s'orienta vers la cascade, l'endroit le plus tranquille du lac et le vit enfin. Mahpee se cacha derrière le tronc d'un arbre et observa Yepa. Il était sous l'eau de la cascade… Ses cheveux noirs ébènes lui tombaient dans le dos et collaient à sa peau d'une jolie couleur sable chaud. Il était grand et svelte comme un élan et avait la grâce d'un étalon dans chacun de ses gestes. Il portait un pagne autour de la taille et les rayons du soleil jouaient entre les gouttes d'eau qui parsemaient sa peau. Le petit garçon poussa un soupir d'extase et se promit, une fois de plus, d'épouser Princesse de l'Hiver quand il serait grand.

— Je sais que tu es là, Mahpee. Sors de ta cachette, déclara Yepa sans se tourner vers lui.

Le petit garçon rougit et abandonna sa cachette et s'assit sur l'une des pierres qui délimitaient le lac.

— Comment tu as su que j'étais là ? demanda-t-il avec curiosité.

Yepa rit, un son doux et mélodieux puis lui répondit :

— Tu es aussi discret qu'un troupeau de bisons, Mah.

Puis Yepa lui fit face. Le petit garçon, du haut de ses quatre ans, savait reconnaître la beauté là où elle se trouvait. Il n'avait jamais vu quelqu'un, de sa courte de vie, aussi beau que Yepa. Il avait un joli visage en cœur, des lèvres pulpeuses qui avaient la forme d'un pétale de rose. Ses pommettes hautes soulignaient la perfection de son visage. Ses yeux étaient d'une couleur ambrée, pailletés d'or étaient extraordinaires.

— T'es si beau, Yepa ! Quand je serai grand et que je deviendrais chef ; je t'épouserai ! s'écria le petit garçon d'un ton plein d'ardeur.

Princesse de l'Hiver haussa un sourcil, amusé et sortit de l'eau pour rejoindre Mahpee sur la pierre.

— Vraiment ? lui demanda-t-il.

— Oui ! répondit Mahpee sur un ton déterminé.

— Mais on va se moquer de toi, dit doucement le jeune homme.

— Pas grave ! Je serai très fort pour nous protéger ! Et en plus, personne ne se moque du chef.

Il croisa les bras sur sa petite poitrine observant Yepa avec une lueur de défi dans le regard.

— Oh, c'est vrai, admit le jeune Lokata en glissant la main dans les cheveux de Mahpee. Mais, je serai plus vieux que toi. Beaucoup trop vieux ! ajouta-t-il après un silence.

— Pas grave ! répéta le garçonnet. Tu seras toujours le plus beau pour moi.

Yepa leva les yeux au ciel en se disant que pour un petit garçon, Mahpee avait de la suite dans les idées. Depuis qu'il était en âge de parler, il ne cessait de dire à qui voulait bien l'entendre qu'il épouserait Yepa lorsqu'il serait grand. Yepa soupira en voyant le papoose blottir sa tête dans la paume de sa main qui lui caressait les cheveux. Il se dit alors qu'en grandissant cette obsession allait lui passer. Tout passait avec l'âge. Tel un louveteau en quête de chaleur, Mahpee se roula en boule sur ses jambes et s'endormit comme seul un petit garçon savait faire.

— Matoskah.

Yepa se retourna doucement pour ne pas déranger le chaton sur ses jambes. Une seule personne l'appelait comme cela encore.

— Grand-mère, bonjour.

Elle se tenait derrière lui dans sa jolie robe de perle et s'appuyait lourdement sur sa canne. Migina, Lune Descendante, l'avait baptisé le jour de sa naissance Matoskah, Ours Blanc et c'était la seule personne, depuis la mort de sa mère à l'appeler encore de la sorte. La vieille femme vint s'asseoir à ses côtés et regarda droit devant elle en silence. Yepa se contenta d'attendre le moment où elle parlerait. La patience était la base de l'éducation dans les tribus des Peaux Rouges. C'était cette qualité qui faisait d'un homme un bon chasseur et d'une femme une bonne mère.

— Matoskah, lui dit-elle enfin. Tu dois te préparer. Le feu commence à brûler le fil de ta destinée. Sois fort mon fils, car elle ne sera pas facile.

— Déjà ? s'enquit le jeune homme en regardant sa grand-mère dans les yeux.

Elle lui fit un sourire énigmatique et se releva en grognant.

— Aah, je ne suis plus toute jeune. Mes os me font mal ! déclara-t-elle dans un rire rauque. Il viendra bientôt l'heure où le Wakan Tanka m’appellera à lui. Quand le soleil touchera la ligne entre la Terre et le Ciel, fixe le Capteur de Rêves que je t'ai fabriqué le jour de ton vingtième anniversaire et dors avec le petit Mahpee.

Elle n'attendit pas sa réponse et reprit le chemin de la forêt en grommelant contre ses articulations défaillantes. Yepa baissa les yeux sur le papoose sur ses genoux en fronçant les sourcils. Pourquoi devaient-ils dormir ensemble ? Le garçonnet avait-il un rôle à jouer dans sa destinée ? Il ne...

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