Alain Meyer, Tome Loïc

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Alain Meyer, Tome Loïc

L’intégrale d'Alain Meyer en trois tomes
910 000 caractères, 156 000 mots
Les 2 romans emblématiques de l’œuvre d’Alain Meyer
La mémoire des pierres
Hélénos, jeune prince de Troie, fait ses premières armes pour combattre les Grecs venus envahir l’Iliade.
Loïc, sur le chemin de la gloire et de l’amour
1755. Loïc, fils de pêcheur malouin a quinze ans. Son destin va l'emporter aux Amériques où il va trouver l'amour et conquérir la gloire.

Alain Meyer est l’un des plus grands auteurs de textes homoérotiques.
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Publié le : vendredi 20 novembre 2015
Lecture(s) : 4
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9791029400964
Nombre de pages : non-communiqué
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Tome Loïc

 

 

 

 

Alain Meyer

 

 

 

Hommage à Sven de Rennes

La mémoire des pierres

Préambule

Chapitre 1 : Vertige

Chapitre 2 : Les remparts d’Ilion

Chapitre 3 : Prédictions

Chapitre 4 : Cassandre

Chapitre 5 : Le camp des Achéens

Chapitre 6 : Les flèches d’Éros

Chapitre 7 : Larmes de joie, Larmes de sang

Chapitre 8 : Ainsi meurent les héros – Première partie

Chapitre 9 : Ainsi meurent les héros – Seconde partie

Chapitre 10 : Un cheval haut comme une montagne

Chapitre 11 : Dieux, soyez maudits pour cette funeste nuit !

Chapitre 12 : J’ai perdu bien plus que Troie

Chapitre 13 : Lequel des deux est donc l’esclave ?

Épilogue

Addenda

Loïc,

sur le chemin de la gloire

et de l’amour

Avertissement

Introduction

Chapitre 1 : Fils de Malouin

Chapitre 2 : Orphelin

Chapitre 3 : Une page se tourne

Chapitre 4 : Vaste est l’océan

Chapitre 5 : La belle province – Première partie

Chapitre 6 : La belle province – Seconde partie

Chapitre 7 : Les plaines d’Abraham

Chapitre 8 : Ce fleuve qui n’en finit pas

Chapitre 9 : Les parquets de Versailles

Chapitre 10 : Même le ciel peut attendre

Épilogue

 

 

Hommage à Sven de Rennes

 

Voici le tout dernier dessin de Sven de Rennes, il reprend en version coloris la couverture de ce roman. Sven, nous t’aimons.

 

SvendeRennes.jpg

 

 

 

2 romans historiques

• La mémoire des pierres

• Loïc, sur le chemin de la gloire et de l’amour

 

 

 

La mémoire des pierres

 

 

 

Préambule

 

 

Peut-être, ami lecteur, as-tu entendu parler de la curieuse aventure survenue, dans les années cinquante, à deux honorables dames anglaises, peu susceptibles de canular, alors qu’elles visitaient le parc du château de Versailles ?

Fatiguées d’avoir marché pendant plusieurs heures sous les augustes ombrages et d’avoir admiré les bassins et les Trianon, elles étaient assises à se reposer sur un banc, tout en commentant le spectacle du hameau de la Reine qui leur offrait sa perspective.

Il se fit, tout à coup, autour d’elles, une espèce de silence auquel elles ne prêtèrent, d’abord, pas attention. Puis des personnages, vêtus à la mode du dix-huitième siècle finissant, apparurent dans leur champ de vision, déambulant dans les allées. À quelques dizaines de mètres, assise sur l’herbe, une jeune femme, belle et altière, portant une ample robe de mousseline légère, entourée d’hommes et de femmes empressés, renversa sa tête en arrière pour un rire de gorge, probablement en réponse à une réflexion faite par un jeune militaire habillé d’un uniforme d’un blanc éclatant. Le rire cristallin tinta longuement aux oreilles de nos observatrices fascinées par la scène champêtre qui se déroulait sous leurs yeux.

Le phénomène durait depuis de longues minutes et nos deux ladies, croyant au tournage d’un film historique, n’osaient ni bouger ni parler. Soudain, comme il avait commencé, le tableau animé s’estompa et disparut dans une sorte de brume tremblotante. Une brusque rafale de vent fit frissonner nos deux amies britanniques tandis, qu’alentours, le chant familier des oiseaux se faisait entendre à nouveau.

Interloquées, nos deux Anglaises s’empressèrent de relater leur aventure au premier employé, chargé de l’entretien du parc, qu’elles rencontrèrent. Ce dernier leur assura qu’il n’y avait aucun tournage en cours, ni au château ni dans les jardins. Il s’empressa d’ajouter, un peu moqueur, que le mois d’août n’était pas une époque de carnaval et fit quelques allusions, peu appréciées des touristes, sur une hallucination résultant d’un léger abus d’alcool français.

En raison de leur insistance à relater la scène dont elles avaient été témoins, l’affaire finit par s’ébruiter. Nos dames furent interrogées par des scientifiques et des historiens. La description précise qu’elles firent des personnages, de leur habillement suscita bien des étonnements. Un échantillon du tissu de la robe portée par la jeune femme assise dans l’herbe figurait dans les cartons de mode de la reine Marie-Antoinette, conservés aux Archives nationales. Ce coupon avait été livré, à la reine, en 1785 par sa couturière, Rose Bertin. Des recoupements permirent d’établir que le militaire, tout de blanc vêtu, ressemblait fort au vicomte suédois, Axel de Fersen.

On constata le phénomène. Personne ne put, et ne peut aujourd’hui encore, lui donner une explication rationnelle. Toujours est-il qu’il semble bien que nos deux honorables ladies aient été prises dans une distorsion temporelle et se soient trouvées transportées, un court instant, à la cour de Louis XVI, quatre années avant la Révolution.

À ma connaissance, le cas est unique. Pourtant, une telle invraisemblable aventure pourrait-elle advenir à n’importe lequel d’entre nous ? Quelles conditions doivent-elles être réunies pour que le formidable voyage se produise ? Évidemment, nul ne peut répondre. Cependant, on ne peut exclure qu’il puisse se réaliser à n’importe quel moment et notamment, à celui où vous vous y attendez le moins…

 

 

 

Chapitre 1 : Vertige

 

 

Le temps est au gris. À diverses reprises, une bruine collante a brouillé mon pare-brise. Je suis un peu déçu. Ce paysage que je n’avais imaginé autrement qu’enchanteur sous le soleil se pare de tristesse tout au long de la route. La végétation est rare et la rocaille, partout présente, s’habille de teintes mouillées. Nous sommes pourtant en avril. Le printemps n’est pas au rendez-vous sur la côte anatolienne. De temps à autre, une percée entre les collines me livre une vue sur une Méditerranée qui a oublié d’être bleue et préfère prendre des couleurs d’océan.

J’ai quitté Çanakkale assez tôt ce matin, après une nuit d’étape à l’hôtel. J’avais rempli ma fiche au nom d’Allen Carvenier, ressortissant français, né le 25 août 1970 à Paris, y demeurant, 16 rue Brochant. Allen ! Pourquoi donc, mes parents m’avaient-ils affublé d’un prénom pareil ? Il avait une connotation étrangère et jamais, en vingt-six ans d’existence, je n’avais rencontré mon homonyme. La seule explication qu’il m’avait donnée était qu’ils avaient souhaité avoir une petite fille du nom d’Hélène et que, pour le garçon qui était né, ce qui s’en rapprochait le plus était Allen, choix de leur imagination.

Fatigué par les quatre cents kilomètres parcourus depuis Istanbul, j’ai sombré rapidement dans le sommeil. Au matin, ragaillardi après toilette et petit déjeuner, je suis allé une dernière fois sur le balcon de ma chambre. Il fallait que je m’emplisse encore le regard de ce panorama inoubliable. Face à moi, les Dardanelles, étroit bras de mer, gigantesque coup d’épée dans la croûte terrestre qui sépare, de quelques kilomètres à peine, l’Asie de l’Europe. L’Europe, justement, c’était cette mince ligne mauve, servant d’horizon, à l’autre bout du détroit et moi, sur cette rive, j’étais sur un autre continent : l’Asie ! Je me suis attardé de longues minutes, dans l’air frais et triste du matin, pour tenter de graver dans ma mémoire ce paysage unique au monde.

En dépit de cette majestueuse beauté, mes pensées ont dérivé sur celui qui, depuis des mois, était devenu ma seule préoccupation. Pierre ! Pierre que j’aimais et dont je ne pouvais supporter la présence à mes côtés. C’était incompréhensible. Pourquoi une telle attirance et, dans le même temps, une telle répulsion ? Voilà près d’un an que je le connaissais. L’attrait physique avait été immédiat. Mais, après l’amour, je ne supportais plus sa présence. Il en souffrait, je le voyais, il me le disait. Combien de fois avais-je refusé ses propositions de vivre définitivement ensemble ? J’avais toujours refusé, invoquant des prétextes tous plus futiles les uns que les autres. Alors, incapable de choisir entre rupture et vie commune, j’avais pris la décision de m’éloigner quelque temps, d’effectuer cette escapade en Anatolie. Passionné d’histoire et d’archéologie, j’avais toujours rêvé de ce voyage dans cette Turquie si riche en vestiges antiques. Ce séjour m’offrait, en plus, l’occasion de faire le point sur la confusion de mes sentiments. De retour à Paris, j’y verrai plus clair et prendrai ma décision.

Revenu à l’instant présent, j’ai embrassé du regard, une dernière fois, ce paysage unique au monde. À regret, je suis rentré finir mon bagage, je suis descendu payer ma nuitée. Le réceptionniste, avec un grand sourire, m’a souhaité bon voyage. Quelques minutes plus tard, je prenais la route pour un des sites les plus mythiques de notre civilisation.

 

*

* *

 

Moins d’une centaine de kilomètres plus loin, je touche au but. Un panneau indicateur, un peu rouillé, trempé de bruine, indique :

TRUVA > 1 km.

TRUVA ? J’ai du mal à comprendre. Ah ! Oui, il faut prononcer selon la phonétique turque. U égale OU… TROU… V égal W… TROUWA. TROUWA, c’est TROIE ! La ville légendaire chantée par Homère, Troie ou Ilion, la cité de Priam, le lieu des exploits d’Achille, d’Hector, d’Énée… Je ne peux empêcher mon cœur de battre un peu plus vite, à l’idée que, dans quelques minutes, en visitant ces ruines, je vais retrouver le cadre de cette épopée qui a fait rêver tant de générations.

Une petite route, sur la droite, me donne la direction à suivre. Sans hésitation, je m’y engage. Je traverse une petite ville : Hissarlik, banale et sans âme. Sitôt après, une colline tourmentée obstrue le paysage. Un parking invite à un stationnement obligatoire. Je suis arrivé.

J’ai laissé mon véhicule. Une petite centaine de mètres à pied, d’un mauvais chemin, avant qu’une esplanade m’offre le spectacle de l’horreur absolue, du piège pour touriste naïf. Le cheval de Troie dresse son immense silhouette de bois au milieu du terrain. C’est moche, c’est laid, c’est noir. Triste reproduction d’un modèle dont on n’a jamais vu l’original. Je murmure en ricanant :

— Je suis certain que plus d’un touriste doit être persuadé qu’il s’agit du cheval conçu, il y a 3.300 ans, par le cerveau d’Ulysse pour prendre et détruire la ville.

Je détourne mon regard. Un peu plus loin, une cabane, espèce de guérite, sert d’abri, à n’en pas douter, au gardien qui délivre les tickets donnant droit à la visite des lieux. Je m’approche. Derrière un guichet, à l’abri du crachin qui s’est remis à tomber, un Turc sans âge, portant un semblant d’uniforme, m’adresse quelques paroles dont je ne comprends pas un traître mot. Je n’ai pas besoin d’un traducteur pour deviner qu’il me demande si je souhaite acheter un billet. D’un geste significatif de la main, je m’enquiers du montant. Cinq doigts me répondent. Cinq mille turkish lira. Je débourse la somme requise et reçois en échange un coupon numéroté, illustré du fameux cheval qui décore l’entrée du site. Le précieux viatique m’ouvre la visite.

 

*

* *

 

J’ai laissé le Turc et sa guérite derrière moi. Les ruines de Troie se dressent face à moi. Oh ! C’est la première déception. Se dressent est un euphémisme, c’est plutôt au ras de terre qu’il faut regarder plutôt qu’à hauteur d’homme. Partout, des traces de murs de pierres qui n’excèdent pas vingt centimètres forment des quadrillages tourmentés. Il faudrait être un archéologue qualifié pour lire ce labyrinthe et arriver à reconstituer les splendeurs anciennes. Des herbes folles, envahissant les ruines, rajoutent à la confusion des lieux. Pourtant, pour aider le visiteur, des petits panneaux écrits en turc et en anglais donnent quelques indications. J’arrive à deviner que ce qui s’étale sous mes yeux représente les restes de la Troie de l’époque romaine, la Troie la plus récente. Ma mémoire me restitue mes lectures anciennes. Neuf villes, au cours des siècles, se sont situées au même emplacement. Elles se sont bâties, successivement, sur les ruines de la précédente. La Troie d’Homère, si mes souvenirs sont bons, selon les archéologues, serait la Troie numéro sept qui vit sa perte entre 1300 et 1250 av. J.C. ainsi donc, la colline sur laquelle je me trouve est comme un gigantesque gâteau dont chaque couche de crème représente une cité différente emportée, à chaque fois, par le vent de l’Histoire.

Et c’est là ma deuxième désillusion. J’imaginais la ville de Priam comme une vaste cité, étincelante de temples et de palais, ceinte de murailles hautes et épaisses. Or, le site est ridiculement petit, un ou deux hectares, pas plus. Ilion devait être une bourgade, ou alors, au fil des millénaires, la topographie des lieux s’est trouvée totalement bouleversée. C’est le cas, je vais vite en avoir la confirmation.

À côté des vestiges d’un théâtre romain dont il ne demeure que quelques gradins de pierre, un sentier de terre et de rocailles en pente douce, m’invite à poursuivre ma visite. C’est partout la même désolation qui semble encore plus sinistre sous le ciel bas et gris. Je longe, sur ma gauche, les restes d’un mur fait de blocs bien ajustés. S’agit-il des soubassements d’un édifice, des reliefs d’un rempart ? Je serais bien incapable de le dire. Tout à coup, ma vue s’ouvre sur l’infini. Je suis arrivé sur le bord de la colline. Quelques dizaines de mètres plus bas commence la plaine immense. Un petit fleuve coule paisiblement. Un nom me revient à l’esprit : le Scamandre qui pour les Troyens était un dieu. Mais, c’est vainement que je cherche la mer. Je devrais pourtant la voir, pas très loin puisque, selon l’épopée, elle était visible des remparts de la ville. Les siècles ont radicalement transformé le paysage. Les alluvions du fleuve ont fait avancer le rivage de plus d’une dizaine de kilomètres et la mer est, aujourd’hui, derrière la ligne d’horizon. Oh ! Je donnerais cher pour voir les lieux tels qu’ils s’offraient aux yeux d’Hector ou d’Énée.

Sur ma droite, comme sur ma gauche, des restes de fondations marquent l’emplacement de bâtiments oubliés par la mémoire des hommes. Un petit panneau, scellé entre deux pierres, indique laconiquement : Troie VII. Ainsi, ce serait donc tout ce qui demeure des vestiges de l’illustre cité qui tint tête pendant dix ans à la Grèce tout entière ?

Une brusque rafale de vent, qui renforce la sensation de fraîcheur, me fait frissonner. Il monte de la plaine, saturée d’humidité, un brouillard dont l’épaisseur soudaine gomme le paysage. Le sale temps a découragé tous les touristes, je suis seul, tout m’apparaît sinistre. Je pense qu’il est temps de faire demi-tour. J’aurai tout le temps, dans la voiture, de remâcher ma déception.

Un léger bruit, à proximité, me fait sursauter. Je me retourne, pour voir si quelqu’un est aussi fou que moi pour visiter ces lieux sous une pluie aussi désagréable. Il n’y a personne. Il n’y a que ces pierres désolées que la brume commence à estomper.

Je dois me secouer et retourner vers le parking. Je vais pour avancer d’un pas lorsqu’une douleur violente me vrille le crâne. Sous le choc, je titube. Mes oreilles bourdonnent et je lutte désespérément contre le vertige qui m’emporte…

 

 

 

Chapitre 2 : Les remparts d’Ilion

 

 

Une poigne de fer saisit mon bras et me fait grimacer de douleur.

— Prends garde, Hélénos ! À trop te pencher, tu risques de tomber et de t’écraser aux pieds des murs d’Ilion. Tu sais combien je tiens à toi. Il me serait insupportable que Hadès, dieu des enfers, t’arrache à mes bras.

J’ai un hoquet de surprise. Dans le même temps, la pierre sur laquelle je m’appuie, brûlante des rayons du soleil qui brille haut dans le ciel, est insupportable à la paume de mes mains.

J’ai le vague souvenir d’un temps triste et pluvieux, d’un champ de ruines désolées et d’un étrange véhicule qui m’a conduit jusqu’ici. C’est fugace et les images s’effacent aussitôt de ma mémoire. Je me retourne vers celui qui vient de m’apostropher et qui tient toujours mon bras. Je réponds sans hésitation en retirant mes mains du bord de la muraille.

— N’aie crainte, Énée. Je viens d’avoir un léger vertige passager, mais ce n’est pas cela qui provoquera ma chute du haut de ces remparts. J’y viens tous les jours et j’ai l’habitude de les parcourir.

Les doigts desserrent leur emprise, dessinent une légère caresse sur ma peau avant de se retirer. J’ai un petit frisson de plaisir et j’esquisse un sourire à l’intention de mon compagnon. Lui a déjà reporté son attention vers la plaine qui s’étale au pied des hauts murs qui ceinturent la ville. À mon tour, je regarde le panorama qui s’offre à ma vue. Je connais le spectacle par cœur. Le Scamandre déroule paresseusement ses méandres et fertilise les terres. À deux stades à peine de nos remparts, le fleuve dieu va se jeter dans une mer dont le bleu intense blesse la vue. Lorsque le vent souffle du large, le royaume liquide de Poséidon nous imprègne d’une généreuse odeur d’iode et de sel.

Comme à chaque fois que, depuis dix ans, je contemple le paysage familier, j’ai un pincement au cœur. Sur le rivage, alignés par dizaines, les lourds navires grecs souillent nos côtes de leur présence. Ô ! Arès, dieu de la guerre, toi qui veilles sur la ville de Priam, pourquoi ne déchaînes-tu pas ta colère contre ces barbares avides d’or et de conquêtes ?

Du haut de mon poste d’observation, je vois aussi le camp des Achéens maudits. Il occupe les rives du Scamandre et nous défie derrière son épaisse ceinture de hauts pieux effilés. Des tentes, innombrables, abritent les soldats hellènes et des bannières, flottant au vent, distinguent les emplacements occupés par chaque contingent grec. Je reconnais celle d’Achille venu à la tête de ses guerriers myrmidons. Il y a celle d’Ulysse, roi d’Ithaque. Pas très loin, j’aperçois celles d’Agamemnon, souverain d’Argos et de Mycènes, et de Ménélas, son frère, tyran de Sparte, époux de cette Hélène qui a servi de prétexte à leur invasion. Il y a aussi les couleurs de Nestor, roi de Pylos, qui voisinent avec celles des deux Ajax… Que sais-je encore ? Oui, c’est bien toute la Grèce qui est là, à nos pieds, venue pour piller nos trésors et détruire la puissance de Troie.

D’où je suis, je peux entendre leurs cris et leurs rires… leurs insultes aussi, car ils me voient aussi bien que je les vois. Plusieurs tendent leurs bras vers moi et hurlent pour se faire entendre :

— Toi, le mignon aux boucles d’or, viens ici nous rejoindre, nos membres sont prêts à bander pour toi ! Viens, nous saurons te faire crier de plaisir et nous passerons tous sur ton joli petit corps d’éphèbe. Viens goûter à la virilité des Achéens !

Je ne peux m’empêcher de rougir quand, parés de leur seule nudité, à la parole, ils joignent l’obscénité des gestes en saisissant leurs sexes à pleines mains pour une invite sans équivoque.

— Ne prête pas attention à ces animaux, Hélénos. Tant que je serai vivant, aucun, jamais, ne te touchera. Ce sont des couards. Ils se savent à l’abri de mon glaive et de mes flèches.

Je jette à Énée un regard de reconnaissance.

— Prince des Dardaniens, je n’ai pas peur. J’arrive bientôt à l’âge d’être un guerrier et, dès que je le pourrai, je ferai mordre la poussière à plus d’un de ces vantards.

— Ne sois donc pas si pressé d’aller au combat, fils de Priam. Tu es à l’âge d’autres jeux… Je comprends l’excitation des Grecs quand ils t’aperçoivent. Tu es jeune, beau et désirable. Il me plairait, cette nuit, de déserter la couche de mon épouse, Créüse, pour venir te retrouver dans ta chambre, si tu souhaites ma compagnie.

Si je souhaite sa compagnie ? Comment pourrais-je lui refuser ce que je lui ai déjà octroyé bien des fois ? Énée est beau comme un dieu. N’est-il pas le fils d’Aphrodite, déesse de la beauté et de l’amour ? Sa mère lui a fait don d’un visage noble et fier éclairé par des yeux d’un bleu si pur que le ciel lui-même semble fade en comparaison. Ses cheveux sont une masse abondante de boucles folles dont la couleur est celle de la nuit sans lune et sans étoiles. Le dessin de la bouche reflète la divinité et je suis bien placé pour savoir qu’il s’en sert à merveille pour les ébats de l’amour. Son corps est à faire pâlir le plus grand des sculpteurs et son sexe… Ah ! Son sexe…

Son sexe… Le court vêtement qui ceint ses reins ne cache rien du désir qu’il a de moi. Je sens une onde de chaleur courir dans mon corps. J’aimerais qu’il me couche sur le sol rugueux du chemin de ronde et me prenne là, sans plus attendre. Folie ! Il y a, à proximité immédiate, des gardes qui veillent sur les remparts dont le sourire entendu indique qu’ils n’ont rien perdu de l’invitation que vient de me lancer Énée. Je réponds :

— Ma porte t’est ouverte, mon prince. Il me tarde que le char d’Apollon ait disparu derrière l’horizon…

 

*

* *

 

Je suis Hélénos, fils de Priam, roi de Troie. Ma mère, Hécube, est de tout aussi noble race. À seize ans, j’ai déjà la réputation d’être parmi les plus beaux des Troyens. Je n’en tire aucune vanité et, le plus souvent, j’ignore les regards flatteurs ou les invites amoureuses. Je n’ai succombé qu’aux seules avances d’Énée et à celles de mon frère, Hector.

Il me faut préciser que j’ai de nombreux frères et sœurs, dix-neuf, au total. Hector, le plus vaillant des guerriers de Troie, Pâris, qui par sa beauté a séduit Hélène, épouse de Ménélas, l’a enlevée à ce dernier et est, par-là même, le principal responsable de cette interminable guerre dont nous souffrons tous. Il y a aussi Cassandre, ma sœur jumelle qui est aussi brune que je suis blond, qui prétend pouvoir lire l’avenir. Polydore, Créüse, épouse d’Énée, Polyxène, Troïlos… Nul doute, les reins de mon père ont été infatigables ! Car, je ne compte pas les vingt autres demi-frères et sœurs, des lits de ses concubines.

Je me souviens de ce jour fatal, il y a dix ans, où Pâris nous est revenu de Grèce, ramenant dans ses bagages, la belle Hélène de Sparte dont on dit qu’elle est née d’un œuf, fruit des amours de Zeus, transformé en cygne, avec sa mère Léda. Mon père, Priam, a accueilli la jeune femme à la beauté incomparable avec affection en lui promettant sa protection. Seule Cassandre, dans une de ses transes dont elle est coutumière, a prédit qu’Hélène serait la cause de la ruine d’Ilion. Bien entendu, comme d’habitude, personne n’a cru à ce mauvais présage. Ma sœur prétend qu’elle est victime d’un sort jeté par Apollon, le jour où elle aurait refusé les faveurs du dieu du soleil. C’est ainsi, affirme-t-elle, qu’elle est condamnée à ce qu’aucune de ses visions ne soit tenue pour vraie. Mouais ! C’est facile de faire intervenir un dieu dans ce genre d’affaires et, entre nous, je dois avouer que les prédictions de ma sœur sont si sinistres, qu’elles finissent par paraître farfelues, à tel point que nul n’y prête attention.

Il n’empêche que la suite des événements fait que je commence à me poser des questions sur la justesse des augures de Cassandre. Quelques mois après le retour de Pâris et d’Hélène, la flotte grecque est apparue de derrière l’île de Ténédos, pour venir aborder nos rivages. Nous avons à peine eu le temps de revenir de notre surprise et de fermer les portes de la ville que, déjà, les Achéens étaient sous nos remparts. Ils y sont toujours, dix ans plus tard.

Heureusement, les murailles de Troie sont indestructibles. Hautes de dix fois la taille d’un homme, larges de dix pas, elles rendent la ville imprenable. Le siège peut bien durer dix autres années, les Grecs n’y entreront pas. Ils finiront bien par se lasser et tourner les talons pour regagner leur foutu pays !

Depuis donc l’âge de six ans, j’ai vécu enfermé dans une ville en état de siège. Siège, il ne faut rien exagérer. Les Achéens, en dépit de leur nombre, ne peuvent prétendre nous étouffer totalement. Six portes percent les murailles de Troie. Il en est toujours une ou deux qui échappent à leur surveillance. Nous en profitons pour faire des sorties destinées à nous approvisionner. La Troade, dans son ensemble, nous est restée fidèle et les vivres affluent vers Ilion encerclée. De plus, dans la cité, de nombreux jardins pourvoient à la subsistance de la population. Je ne parle pas des puits qui nous mettent à l’abri de tout manque d’eau. Seul, le vin, si goûteux dans notre pays, fait défaut de temps en temps.

Les Achéens ont pris conscience de l’importance vitale pour Troie de l’aide apportée par les pays vassaux. Entre deux vaines attaques contre nos remparts, ils multiplient les raids à l’intérieur des terres, pratiquant la politique de la terre brûlée. Ils trouvent dans ces incursions violentes un intérêt immédiat : la prise d’esclaves dont ils usent selon leur bon gré. À notre connaissance, des centaines d’entre eux sont partis pour l’Hellade, remplacer, dans les champs, les combattants qui campent sous nos murs. Seules, les plus belles de nos filles et les plus désirables de nos garçons restent à leur disposition pour ce que l’on appelle pudiquement, le repos du guerrier.

De ce fait, ces derniers mois, notre situation, sans être critique, est devenue plus délicate. Nous sommes dans l’obligation d’aller chercher de plus en plus loin, ce qui reste indispensable à notre survie comme à notre résistance. Il m’arrive, de plus en plus souvent, de sortir de la ville pour participer à son approvisionnement.

J’apprécie ces expéditions dans la campagne environnante. Elles me sont salutaires. Elles m’apportent la satisfaction de ce besoin des grands espaces indispensable à tout être humain. Rester terré, des mois durant, des années durant, à l’abri des murailles protectrices, a de quoi rendre fou. J’en reviens les bras chargés de fruits et de végétaux comestibles, du petit bétail, en troupeaux désordonnés, dans mon sillage et sous ma surveillance et celle des compagnons qui m’accompagnent.

N’allez surtout pas croire que ces équipées ne représentent aucun risque. Il y a toujours, au détour d’un bois ou d’un chemin, la possibilité de tomber sur une escouade de combattants grecs. Cela est arrivé plusieurs fois à des groupes sortis pour nous ravitailler. Nous avons dû pleurer, alors, encore un peu plus de morts ou, dans le meilleur des cas, de prisonniers. Par la grâce des Dieux, jusqu’à présent, cette infortune m’a été épargnée.

Je ne passe pas mon temps entre une vie oisive dans le palais de mon père et des escapades bucoliques et dangereuses à l’extérieur. Je me prépare également à combattre, bientôt, pour la survie et la gloire de Troie. C’est Hector, mon frère qui, entre deux combats, a pris en charge mon entraînement. Cela fait maintenant six ans que je m’épuise quotidiennement au maniement de l’arc et de la lourde épée de bronze, à l’art équestre également. Aux dires de mon professeur bien aimé, je progresse rapidement et, d’ici peu, je serai apte à participer à la défense d’Ilion. Pas une de mes flèches ne rate sa cible, mon glaive se joue des feintes de l’épée adverse et, sur un coursier, je file à la vitesse de l’éclair. D’ici peu, je serai prêt à affronter l’ennemi. Il me tarde d’en découdre.

Inutile de préciser que ces exercices intensifs ont façonné mon corps d’adolescent. Que reste-t-il aujourd’hui de l’enfant malingre qui, il y a bien peu d’années, n’arrivait pas à bander un arc ? Ma musculature s’est développée harmonieusement, tout en conservant à ma silhouette un caractère élancé qui rajoute à ma séduction.

C’est il y a moins d’un an que j’ai pris conscience de ce pouvoir que j’ai d’exciter l’instinct amoureux des hommes et, accessoirement, des femmes. C’était sur le champ clos où je m’entraîne, habituellement au tir à l’arc. Je visais soigneusement la cible que je me proposais de transpercer. Hector, mon frère, derrière moi, m’aidait de ses conseils éclairés.

— Hélénos, projette ta pensée sur ton objectif. Ne pense qu’à lui. Ton bras tendu est le prolongement de la flèche que tu vas tirer. Non, pas ainsi, ta main tremble légèrement. Tu n’es pas assez concentré. Attends ! Ne tire pas encore, je vais te montrer l’angle de visée.

Hector s’est approché jusqu’à venir contre mon dos, m’envelopper de ses deux bras. Il a posé sa main sur la mienne pour rectifier ma position. J’ai nettement senti son cœur se mettre à battre plus fort à la hauteur de mon épaule. Plus bas, contre mes fesses, j’ai eu la sensation troublante de quelque chose de dur et chaud qui s’écrasait sur ma chair.

— Regarde, Hélénos, tu redresses légèrement ton arc afin qu’il soit parfaitement vertical… et tu… Hélénos, je te presse contre moi… je suis ton frère et j’ai délicieusement envie de toi… Sens le désir que tu m’inspires… Peux-tu rester insensible à mon appel ?

Je n’ai pas reconnu sa voix, tant elle était devenue rauque. Ma flèche avait oublié sa cible et je ne pensais plus qu’à la divine sensation de cette virilité qui se frottait contre mes reins. Pour la première fois, un besoin trouble et confus d’être écrasé par son corps, d’être le jouet de ses caprices amoureux, venait de naître au plus profond de moi-même. Mes bras, tremblants, ont renoncé à soutenir l’arc que j’ai laissé tomber sur le sol. Les yeux fermés, savourant la chaleur animale qu’Hector me communiquait, j’ai su que j’allais succomber. Me pressant davantage contre mon frère, j’ai bredouillé :

— Hector, je suis ton frère et malgré cela, j’ai envie de te céder. Mais…, mais, il y a Andromaque, ton épouse, Astyanax, ton fils bien-aimé. Songes-tu qu’en m’aimant tu vas leur être infidèle ? Les dieux verront-ils notre communion d’un œil favorable ?

— Depuis des mois, je vois ton jeune corps s’épanouir et embellir de jour en jour, les traits de ton visage ont affirmé la beauté qu’ils laissaient présager lorsque tu n’étais encore qu’un enfant. Comment veux-tu que je reste insensible devant tant de merveilles ? Je suis peut-être ton frère, je suis peut-être marié, pourtant, je ne suis qu’un homme. L’homme que je suis ne peut résister au désir de te faire l’amour. J’aime Andromaque, j’aime Astyanax. Les sentiments que je te porte n’ont rien à voir avec la tendresse que je leur offre. Toi, c’est un besoin impérieux, charnel, presque animal qui fait, chaque fois que je te vois, chaque fois que je t’approche, durcir mon membre entre mes cuisses, jusqu’à la douleur, à force d’insatisfaction.

Sans l’ombre d’une hésitation, la voix presque dure, sur un ton de commandement qui ne souffrait pas de contradiction, Hector a ajouté :

— Laisse là tes exercices, viens avec moi au Palais, ta couche nous attend. Dans ta chambre nous serons à l’abri des regards indiscrets. Je t’y ferai découvrir des plaisirs que tu ne soupçonnes même pas et, en contrepartie, tu m’offriras toutes les joies que ton corps peut me donner. Allons, viens, suis-moi, il y a trop longtemps que j’attends ce moment !

Presque à regret, je me suis détaché de lui et du contact de son sexe si dur. Je me suis retourné pour planter mon regard dans le sien.

— Qu’il en soit fait selon ta volonté, mon frère. Moi aussi, il y a trop longtemps que j’attends de découvrir les voluptés qu’Aphrodite a fait don aux humains. L’heure est venue puisque tu me le demandes. En toute chose, tu commandes, je ne peux que t’obéir. Je suis prêt à subir ton joug et les extases qui l’accompagnent. Je suis heureux que ce soit toi, le plus vaillant, le plus viril de nos guerriers, qui m’ouvre les portes de ces félicités…

— Alors, viens !

Hector a saisi ma main et, d’autorité, a pris la direction de l’acropole de la ville. Nous avons parcouru presque en courant les quelques centaines de pas qui nous séparaient du palais royal. Dans les rues, des passants se retournaient sur notre passage, se demandant quelle était la raison de cette hâte qui agitait deux des princes de Troie qu’ils reconnaissaient. Comment auraient-ils pu se douter que seule la passion amoureuse nous poussait à tant de précipitation ?

Ma chambre est sommairement meublée. Un solide lit de bois de cèdre en constitue l’ornement principal. Dans un angle de la pièce, un grand coffre du même bois, admirablement travaillé, contient les quelques tuniques et manteaux qui constituent ma garde-robe. Parmi mes vêtements, il est une chlamyde que j’affectionne tout particulièrement. Elle est faite d’un tissu si doux, si chatoyant, qu’il semble avoir été fabriqué pour le seul usage des dieux. Je sais qu’il faut plus d’une année à des marchands, voyageant en caravanes au prix de mille périls, pour nous ramener cette merveille d’un pays situé très loin vers l’Orient. Ils rapportent que, là-bas, les hommes sont jaunes et ont les yeux bridés. J’ai du mal à croire une telle invraisemblance.

Deux sièges, en forme de tabourets, dont les pieds représentent des pattes de lions, me servent à recevoir d’éventuels visiteurs. Une table supporte deux lampes à huile en argile décorée. Elles éclairent mes nuits. Dans un coffret se trouvent mes bijoux et divers objets qui me sont précieux. J’ai, don de mon père, un superbe pectoral fait d’or et de turquoise. Je ne le mets que dans les grandes occasions. Quelques bagues et bracelets d’argent ou d’or voisinent avec des statuettes de bronze à l’image de mes dieux préférés : Aphrodite, Apollon, Zeus et Arès. Une large ouverture donne la lumière à mon univers et m’offre une vue dominante sur la ville.

Hector a refermé avec violence la porte derrière nous. Avant que j’aie eu le temps de réagir, je me suis retrouvé dans ses bras, sa bouche écrasant la mienne. Docile, j’ai ouvert les lèvres pour découvrir le goût de mon premier baiser d’amour. La langue d’Hector, cherchant et trouvant la mienne, m’a arraché un gémissement de plaisir. C’était, à la fois, merveilleux et excitant. Ce baiser, avide, profond, a fait naître une douce chaleur au bas de mon ventre. J’ai pris conscience qu’il avait suffi que cette langue force ma bouche pour que j’aie la plus magistrale érection de ma jeune existence. Fébriles, les mains d’Hector ne restaient pas inactives. Elles couraient sur mon corps, à la fois pressantes et caressantes, me procurant toujours des sensations inouïes qui me laissaient frémissant et pantelant d’insatisfaction amoureuse. À mon tour, j’ai laissé courir mes doigts sur sa peau.

J’ai cru devenir fou. Toucher son corps me donnait la fièvre. C’était doux, chaud. J’ai de nouveau gémi entre ses lèvres lorsque mes mains se sont attardées à savourer le contact dur des muscles de sa poitrine. Rajoutant à mon excitation, est venue se superposer, dans mon esprit, l’image de mon frère, tout de guerre vêtu, splendide dans son armure de cuir dessinant la musculature de son ventre tandis que son casque, rehaussé d’une crinière blanche, lui donnait la prestance d’un dieu.

— Sur ta couche… Je veux te prendre… tout de suite !

Mon fantasme s’est dissipé au son de la voix cassée par le désir. Je n’ai pas résisté à sa pression qui me poussait vers le lit. Le matelas, rempli de paille odorante, a reçu nos deux corps enlacés. J’ai fermé les yeux quand j’ai senti sa main qui défaisait fébrilement les légères bandes de linge destiné à protéger le plus intime de ma personne des brûlures du soleil. Je ne sais pourquoi, à cet instant précis, j’ai pensé à ce frère qui, jusqu’à il y a quelques jours seulement, me rendait souvent visite dans cette chambre dans le seul but de discuter de mes entraînements. Pas une seule fois, l’idée de partager avec lui les joies du sexe n’avait visité mes pensées. Pourtant, aujourd’hui, dans les affres du délire amoureux, j’allais perdre ma virginité en me donnant à lui.

Écrasé par son corps, j’étais nu. Sa main a pris possession de mes fesses et j’ai poussé un léger cri quand un de ses doigts a violé, sans ménagement, mon intimité la plus secrète. Sous l’affolante caresse, j’ai perdu toute retenue. Je suis parti à la découverte de ce membre que je sentais tendu contre mon ventre. À travers le tissu qui le recouvrait encore, je m’en suis emparé et j’ai refermé mes doigts.

— Oh ! Oui, Hélénos, je t’en prie… serre plus fort… c’est si bon…

J’ai eu un hoquet de surprise. Je ne pensais pas le membre de mon frère si gros, si rigide. Un vague sentiment de crainte a vite été balayé par l’onde de plaisir tactile qui m’est parvenue du bout de mes doigts. Lui, les sens fouettés par ma caresse, s’est fait plus inquisiteur, pénétrant au plus profond de ma personne. Puis, comme s’il se parlait à lui-même…

— Maintenant… tout de suite… Je ne peux plus attendre.

Hector s’est arraché de moi. J’ai eu la brutale sensation d’un vide douloureux. Il s’est redressé. Moins d’une seconde plus tard, il était totalement nu...

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