Amour, gloire ou quiétude

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Amour, gloire ou quiétude

Jean-Marie Brières
Pulp très long de 270 000 caractères, 45 000 mots
... Afin de se vider la tête, d'en revenir à une vie plus calme, plus sereine, Léonard envisage l'avenir. En effet, sa maison sera très bientôt achevée, tout comme le jardin. Arrive le moment de penser au second grand projet de sa vie : retrouver Valérien. Cet objectif ne doit, en aucun cas, lui sortir de la tête. Ne plus penser à Cédric s'avère indispensable. Certes, le garçon l'a révélé aux véritables plaisirs de la chair. Mais leur relation s'arrête à cela. D'ailleurs, le tennisman ne lui a pas caché être amoureux d'un autre homme...
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Publié le : mardi 15 décembre 2015
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EAN13 : 9791029401169
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Amour, gloire ou quiétude

 

 

Jean-Marc Brières

 

 

 

Chapitre premier : Léonard

Deuxième chapitre : Cédric

Troisième chapitre : Fragilités de corps

Quatrième chapitre : Consolation & prédictions

Cinquième chapitre : Faux semblants & retrouvailles

Sixième chapitre : Manigances et révélations

Septième chapitre : Solde des comptes et sauvetage

Épilogue : tout est bien…

 

 

 

 

Chapitre premier : Léonard

 

 

Fils aîné d'une famille très fortunée, promis aux plus hautes fonctions financières et industrielles, Léonard aima passer ses vacances scolaires dans une ferme appartenant à un sien oncle, homme de bon sens aux goûts très simples, mais à la joie de vivre indéfectible.

Valérien, suite au décès de ses parents, vécut sous le toit de son parrain et tuteur légal, homme de la ville, agent très connu de stars en divers domaines. Une gouvernante s'occupa du garçon. Elle le laissa mener sa vie sans aucune règle spéciale. L'enfant adora sa nounou qui le lui rendit au centuple. Inquiet de ce laxisme, ne pouvant renvoyer la dame sans créer de drame, soucieux de ce que son filleul devînt un homme sachant ce que travailler voulait dire, le parrain envoya le jeune garçon dans une ferme afin d'y savourer les douceurs du labeur, ceci durant les vacances scolaires d'été.

Un an après le certificat d'études, Valérien et Léonard se rencontrèrent chez l'oncle du second. Ils firent connaissance alors qu'ils aidaient à la moissonneuse-batteuse. Le rapprochement se fit tout naturellement, les autres personnes travaillant à la ferme dépassant toutes la quarantaine.

Les relations entre Valérien et Léonard prirent de suite une tournure très intime. Ils n'hésitèrent pas à se confier leurs problèmes d'adolescents dont les corps se révélèrent plus complexes qu'ils le croyaient. Simplement, sans aucune arrière-pensée de bien ou de mal, ils s'aimèrent, se le prouvèrent, ne le dirent pas, le devinèrent, jouant ensemble, ne se quittant jamais ou presque. Comme en temps normal ils habitaient dans la même ville, ils conspirèrent afin de se retrouver dans le même établissement à la rentrée des classes, le six octobre suivant. Ils obtinrent gain de cause.

Sur les bancs du lycée, malgré la présence des autres élèves, ils agirent comme à l'accoutumée, ne se séparant pas, que ce soit en cours où durant les récréations. Le matin, ils arrivaient côte à côte. Le soir, ils repartaient de même. À l'abri des regards indiscrets, dès que faire se pouvait, ils reprirent leurs jeux d'amoureux. Cette complicité ne passa pas inaperçue, malgré toutes les précautions prises afin d'en cacher les véritables tenants et aboutissants. Un costaud ne manqua pas de remarquer le manège de ce duo qu'il estima étrange, voire suspect, d'autant que les deux déjà coupables semblaient l'ignorer, lui le baraqué, celui auquel tous les autres lycéens obéissaient. Le malotru éprouva une animosité sans borne à l'égard de Léonard et Valérien, les qualifiant de sales tapettes et autres joyeusetés, lançant à tout propos les rumeurs les plus basses.

S'ensuivit, les semaines d'après, une sorte de chasse aux sorcières, sorcières représentées par le couple de tantouzes, ainsi surnommé dès que l'on parla d'eux. Le malabar de l'école regroupa une grande partie des secondes et des premières. La vie devint infernale pour les amants. Brimades, mauvaises plaisanteries, coups se succédèrent. Vint le racket. Léonard et Valérien résistèrent, se contentant de s'aimer. Simplement, ils se firent plus discrets, dans le domaine du possible. Cette épreuve les unit encore plus. L'un comme l'autre se gardèrent bien de révéler quoi que ce fut, une fois rentré au domicile, rusant ou mentant afin d'expliquer les disparitions de certains de leurs vêtements, ou chaussures, et autres objets de quelque valeur, quand il ne s'agissait pas de leur argent de poche voire même de leur goûter. Ils projetèrent divers plans de fuite, imaginant une vie faite de rires, de voyages, que l'amour et le sexe rendraient idyllique.

L'un promit de parler à ses parents sur leurs projets d'avenir, l'autre à son parrain.

Léonard eut la grande surprise d'être écouté, compris, conseillé. On lui dit qu'il devait s'attendre à une vie difficile. Il expliqua que cela avait commencé à l'école.

Valérien fut rabroué vertement, une paire de gifles à l'appui et menace d'enfermement dans quelque pensionnat aux règles les plus sévères.

Rien ne changea la résolution des jeunes amants.

Quelques jours avant les vacances de Pâques, alors que les esprits semblèrent se calmer au lycée, profitant de ce qu'ils se trouvèrent seuls dans les vestiaires, Léonard et Valérien ne résistèrent pas à l'envie de s'embrasser. Le caïd les surprit. Il appela ses copains, les invitant à venir "se régaler". Comprenant le danger, les amants s'enfuirent. Valérien dérapa, tomba. Ce fut la curée. Le caïd et sa clique se jetèrent sur le jeune à terre, le rouèrent de coups. Ne sachant trop que faire, paralysé par la peur, Léonard continua de courir jusqu'à un pion qu'il alerta. Le surveillant accourut, les malandrins devinrent fuyards. Valérien se releva, le visage ensanglanté, le corps meurtri. On l'emmena à l'hôpital où il reçut les soins appropriés, dont quinze points de suture à la joue gauche à ce que dirent certains. Immédiatement, le directeur de l'école prévint le parrain de la victime. Lors de l'entretien qu'ils eurent dans la soirée, on exigea que Valérien fut retiré de l'établissement parce qu'involontairement fauteur de troubles. L'enfant et son tuteur quittèrent la ville dès le lendemain, s'installèrent à Paris où le second demeurait habituellement. On ne les revit plus.

 

*

* *

 

Le vide laissé par le départ de Valérien ne tarda pas à tarauder un Léonard effondré. Il revint au lycée, épié par ses camarades qui le vouèrent aux gémonies pour n'être qu'une femmelette, selon eux. La peur, les remords aussi, envahirent la tête de Léonard. Isolé, détesté par une majorité, ignoré par les autres, il se retrancha dans ses souvenirs. Il se reprocha de n'avoir pas défendu plus efficacement son ami. L'eût-il fait que les résultats en eussent été pire. Sans cesse Léonard revécut ses moments de bonheur. Cependant, leurs relations charnelles ne dépassèrent jamais le stade des caresses, des baisers aussi longs et passionnés qu'ils furent, de la masturbation réciproque. Ils ignorèrent d'autres pratiques qu'on leur attribuait alors que jamais ils ne les commirent.

Peu à peu, Léonard se mit vraiment à espérer le retour de son aimé, même s'il le savait improbable. Un espoir vain, mais qui lui permit de retrouver une certaine sérénité. Puis un sentiment de vengeance envahit ses pensées. Dès qu'il eut conscience de cela, il chercha comment parvenir à son but. Il se devait de faire payer le salaud responsable du désastre de deux vies, d'un amour. Malheureusement, il n'en eut jamais la possibilité. Le directeur du lycée pria les parents du caïd d'envoyer leur fiston dans un autre établissement, leur conseillant un endroit pour enfants difficiles. Un peu plus tard, deux autres amis de ce meneur prirent un chemin identique.

Depuis cette époque, Léonard ne passe pas une journée sans penser à son Valérien. La manie de conserver les odeurs des branlettes venait de Valérien. Le nombre journalier de branlettes était également de lui. Depuis le départ de son amoureux, Léonard respecte ces rites, en quelque sorte, les renchérissant de caresses aux tétons, rêvant d'ébats imaginaires, mais ô combien sensuels avec l'absent ! Autre conséquence importante : Léonard se jura de se donner les moyens de riposter dans la perspective d'une nouvelle agression. Il se mit au sport, assidument, musclant son corps, apprenant la boxe et la lutte. On lui conseilla aussi le judo qu'il pratiqua quoique dans une moindre mesure. Il devint un excellent combattant, ne lésinant pas à recevoir des coups afin de mieux apprendre. Ce qui ne l'empêcha pas de continuer à travailler au lycée où ses notes furent des meilleures, auxquelles s'ajoutèrent maints compliments de la part des professeurs. En seconde, son travail fut récompensé par un premier prix d'excellence dans plusieurs matières et, par là même, pour ses notes en général. Ce changement chez Léonard provoqua celui de ses camarades de lycée. De chassé (ou presque) il devint celui avec qui il convenait obligatoirement de s'allier. Il repoussa toute tentative amicale, rappelant sans cesse les attitudes pour le moins ignobles, dans un passé récent. Tous finirent par le laisser en paix, craignant ses réactions, surtout depuis que le malingre Léonard était devenu un fier sportif aux muscles d'acier.

 

*

* *

 

Au lendemain de ses seize ans, Léonard obtint son baccalauréat avec mention très bien, exploit remarqué et remarquable. Ses parents ne manquèrent pas de le féliciter et de lui offrir le cadeau de son choix. Ils s'inquiétèrent également de l'avenir de leur fils : pour quelle carrière voulait-il opter ? Calmement, il rétorqua, un sourire aux lèvres :

— … Je ne veux pas d'une vie comme la vôtre, bien qu'elle soit exemplaire, riche en péripéties et apporte tout le confort possible, ce qui aide beaucoup à supporter les différents malheurs inévitables à tout être humain. Mais que de concessions pour en arriver là ! Mentir, même avec de bonnes raisons, ne me convient pas. Sourire à des personnes que je ne connais pas, ou peu, voire que je déteste provoque une sorte de répulsion envers moi-même pour cause de lâcheté que j'aurais commise dans ces cas-là. Je sais avoir tort, mais c'est plus fort que moi. Lorsque je me comporte de façon diplomatique, selon l'expression consacrée, j'éprouve ensuite un sentiment de malaise, une espèce de culpabilité qui me tenaille. Qui dit diplomatie, la plupart du temps, dit hypocrisie. Je ne suis pas fait pour vivre dans la société, encore moins pour diriger les affaires familiales. Aussi, je vous demande, maman et papa, de me tenir à l'écart de vos affaires. Je sais que Maximin tient de papa qu'il imite malgré son jeune âge. Une fois son instruction achevée, il se sentira très à l'aise dans vos bureaux où il apprendra avec délectation son futur métier de patron. Après tout, il n'est mon cadet que de dix-huit mois.

— Et que comptes-tu faire dans la vie ?

— D'abord continuer à étudier, papa. Ensuite, je verrais ce que mon instinct me montrera…

Un événement mondial le détourna de ce projet. Alors qu'il effectuait sa seconde année universitaire en vue d'une licence en biologie, Léonard comprit que le monde devenait fou. De toutes parts on ne parla que d'invasions, bruits de bottes de soldats belliqueux commandés par un fou sanguinaire, d'armements sous forme de nuages meurtriers. Le dictateur, à la tête de ces sauvages, éructa ses discours haineux qu'approuvèrent trois chefs d'État entraînant leur pays dans une spirale destructrice. Un instituteur devenu journaliste puis chef de gouvernement, un général réactionnaire grenouille de bénitier, un empereur chargé de "la paix éclairée", mais fou d'expansionnisme, prônèrent également la supériorité de leurs races comme de leurs mœurs ou de leur morale, entre autres.

Début septembre, deux états déclarèrent la guerre au dictateur maîtres des soldats belliqueux.

Dans les jours qui suivirent, Léonard, dont le pays venait juste d'être envahi par les troupes ennemies, s'engagea sous les drapeaux, avec l'assentiment paternel et malgré les pleurs maternels et fraternels. Il combattit sur le front, où il obtint la reconnaissance de ses camarades et de ses supérieurs.

La déroute étant totale et les autorités ayant quasiment capitulé, Léonard décida de se révolter contre cette débâcle, se promettant de tout faire pour que les siens retrouvent leur dignité. Il partit dans un pays ami où certain homme d'état, par ailleurs militaire de carrière, refusa l'avilissement de leur nation. Léonard fut chargé de missions auprès de certains responsables de la résistance qui se mit en place. Il fit la navette entre les QG et les partisans dans le maquis, portant messages, argents, directives, plans. Il participa également à plusieurs opérations de sabotage. Ses connaissances linguistiques firent de lui un excellent messager, sa jeunesse et sa candeur lui permirent de surmonter bien des difficultés et bien des barrages, tout comme son intelligence hors du commun. Ce qui lui valut, une nouvelle fois, l'admiration de tous.

 

*

* *

 

Lors d'une de ces opérations, Léonard, alors âgé de dix-neuf ans, fit la connaissance de Mokhtar, un jeune méditerranéen de seize ans. Aucune parole ne fut nécessaire. Les cœurs palpitèrent, les regards étincelèrent, les sourires éclairèrent les deux visages. Un coup de foudre s'abattit sur les deux jeunes gens qui, le soir même, se retrouvèrent par hasard, en tête-à-tête, à l'abri dans une cave, attendant que les bombardements cessent. Sans plus de formalité, Mokhtar se colla contre Léonard dont il abaissa le visage vers le sien afin que les lèvres se contactent dans un baiser qui emplit les sens d'émerveillements. Tout en savourant le mélange des salives, ils se dévêtirent dans une chorégraphie des plus sensuelles. Malgré la fraîcheur du lieu, ils admirèrent leurs nudités, mains posées sur les hanches l'un de l'autre. Lorsque les poitrines furent en contact, machinalement les bassins se rapprochèrent et permirent ainsi aux verges de se glisser côte à côte. Enfin, les doigts papillonnèrent sur les corps dorénavant allongés sur des couvertures laissées là en prévision de plus longs séjours. Ils roulèrent enlacés, riant, heureux, les yeux brillant de bonheur, oublieux du tonnerre artificiel qui ne cessait de gronder au-dehors. Mokhtar, la gorge nouée par l'émotion, demanda sur le ton le plus doux possible, presque suppliant :

— … Tu veux bien que je te nique ? J'ai envie…

Léonard ne répondit rien. Il se contenta de se coucher à plat ventre, jambes bien écartées. S'il n'avait jamais pratiqué, ou subi, la sodomie il n'en ignorait rien. Mokhtar suça son index qu'il introduisit délicatement dans l'anus offert, reconnaissant :

— … Tu sais, c'est la première fois que je nique. Mais je sais comment faire pour qu'on prenne du plaisir tous les deux.

— Moi aussi, c'est la première fois. Je te fais confiance.

— Moi, c'est Mokhtar.

— Léonard. Vas-y.

— Après, juré sur la tête de ma mère, c'est toi qui me niqueras…

Entre deux doigtés, Mokhtar se masturba afin de conserver une bandaison de bon aloi. Malheureusement, il s'attarda trop longtemps à ces deux activités. Lorsqu'il jugea être prêt pour la pénétration, il posa son gland contre la rosette de Léonard, s'enfonça de quelques millimètres. Le sodomisé ne broncha pas, décontracté au maximum qu'il était. N'hésitant plus, une fois remis quelques lampées de salive sur son sexe et sur l'anus, il plongea doucement dans ce corps qu'il chérit tout en pratiquant certains va-et-vient. Cela dura peu : l'excitation trop forte, l'attente durant la préparation, tout ceci causa une éjaculation précoce de la part de Mokhtar qui grogna son plaisir, mais également sa déception. Il s'excusa :

— Tu m'excites trop. J'ai pas pu retenir mon zguègue quand il a juté.

— Aucune importance puisque moi aussi j'ai joui…

Ils durent remettre à plus tard la continuation de leurs ébats. Une voix appela Mokhtar qui dût s'habiller précipitamment. Pas assez toutefois, puisqu'un homme pénétra dans la cave, excédé par l'attente de celui qui devait répondre et être obligatoirement disponible dans les dix secondes. L'arrivant ne fut pas dupe de ce qui venait de se dérouler, constatant la nudité comblée de Léonard et la remontée de pantalons qu'effectua un Mokhtar plus que confus. Gêné, outré peut-être, l'intrus se retira maugréant un lieu de rendez-vous à l'attention de Mokhtar. Ce dernier eut le temps de déclarer, avant de quitter les lieux :

— … Lui, c'est Fanfan, mon copain, enfin pour plus longtemps. Je préfère tes yeux aux siens, maintenant. Demain midi, on se retrouve au puits, à côté de la chapelle…

Léonard accepta d'un signe de tête, regardant partir ce merveilleux amant qui, espéra-t-il, deviendrait un merveilleux compagnon.

Le reste de la soirée, la nuit puis la matinée suivante se déroulèrent comme à l'accoutumée. Léonard ne pensa qu'à Mokhtar qui, lui, chercha un moyen d'esquiver les questions de Fanfan avec en mémoire les douceurs corporelles de son nouvel amant.

Ils se retrouvèrent comme convenu. Mokhtar conduisit Léonard parmi les décombres d'immeubles fracassés par les bombes. Ils pénétrèrent dans une pièce encore en bon état, emménagée de bric et de broc. Mokhtar, une main tendue, déclara :

— … Notre palace, à moi et Fanfan. Ce soir, il est parti pour une opération. Il ne rentrera que demain après-midi. On a tout notre temps…

Ils burent un peu de vin, mangèrent du jambon, du fromage et du pain. Ensuite, ils s'allongèrent, une fois nus, enlacés, lèvres contre lèvres. Les approches sensuelles fleurèrent la pudicité tant ils se caressèrent avec précaution, douceur. Enfin, Mokhtar se tourna, présenta son fessier dont Léonard empoigna les parties charnues qu'il malaxa avec envie. Machinalement, il approcha sa tête, glissa sa langue dans la raie qu'il lécha passionnément. Mokhtar soupira, émit des remerciements, ne cacha pas son étonnement de subir une telle approche charnelle pour laquelle il se déclara être totalement favorable. Ce qui encouragea Léonard à mieux s'appliquer, dardant le pointu de la langue vers la rosette comme pour la pénétrer. Le supplicié réclama une introduction plus virulente, estimant que ces gâteries, aussi merveilleuses fussent-elles, n'étaient qu'un préliminaire à de bien plus grandes envolées. Léonard obtempéra, se souvenant de la manière utilisée la veille par son partenaire. Il y alla d'un doigté où plusieurs phalanges se joignirent, augmentant leur nombre au fur et à mesure de l'assouplissement des chairs. Enfin, la verge tendue s'introduisit dans l'anus, par à-coups. Mokhtar ne broncha pas, encourageant son enfileur en cambrant encore plus ses reins, tendant des fesses fort appétissantes. Léonard se noya de plaisir, sanglotant presque lorsqu'il sentit ses tripes bouleversées par l'émission de sa semence dans le corps de celui dont il venait de s'assurer l'amour. Il râla :

— … Tu vois, moi aussi je suis parti trop vite à cause de l'excitation.

— Et moi j'ai tout lâché sous mon ventre sans me toucher la queue…

Ils s'endormirent, toujours enlacés et nus. La voix de Fanfan réveilla les amoureux :

— … C'est bien ce que je pensais. Je ne te satisfais plus, Mokhtar. Sale putain !

Les dormeurs, assis sur la couche précaire, se regardèrent, se sourirent, s'embrassèrent comme pour se dire bonjour. Enfin, Mokhtar décréta :

— … Pas bien de mentir pour surprendre ensuite. Maintenant que tu as vu, tu dois te douter que je change de rue. Léonard, tu veux bien de moi, là où tu vis ?

— Viens, Mokhtar. Allons nous aimer ailleurs…

Consterné, Fanfan ne dit plus mot, les yeux fixés sur les deux garçons qui se rhabillèrent. Il ne réagit que lorsqu'ils quittèrent la pièce :

— … C'est ça, va te faire enfiler, puisque c'est ton rêve, poufiasse ! Moi je ne suis pas un sodomite !

Léonard et Mokhtar furent affectés ailleurs, à leur demande. Ils s'installèrent dans le même abri, couchant sur deux paillasses séparées qu'ils plaçaient côte à côte quand ils se savaient seuls. Ils ne se séparèrent que lors des missions chacun de son côté. Nul ne sut jamais leurs véritables relations.

Lors d'un bref séjour dans la demeure de ses parents, Léonard présenta son amant. Père et mère tombèrent sous le charme du garçon, heureux du bonheur de leur fils. Le frère, Maximin, demanda quelques explications qu'on lui fournit volontiers. Lui aussi accepta le nouveau venu dans la famille.

L'idylle dura onze mois pendant lesquels aucun nuage ne vint ternir ce bel amour, si l'on excepte les longues attentes dues aux absences pour cause de mission ici ou là.

On commença à parler d'armistice, l'ennemi ayant subi de sérieuses déculottées, grâce à une coalition de plusieurs pays désireux de supprimer une bonne fois pour toutes les états sanguinaires.

Mokhtar dut se rendre dans son pays d'origine où se déroulaient d'importants événements favorables aux alliés. Il fut pris en charge par un bataillon portant ravitaillement jusqu'au port où un bateau l'emmènerait à destination. Un mitraillage aérien, soigneusement préparé par l'ennemi, décima la colonne armée dans laquelle se trouvait le jeune garçon. Il périt, serrant dans sa main la médaille que lui avait offert Léonard. Ce dernier, apprenant la nouvelle, crut devenir fou. Il refusa toute aide, se renferma n'écoutant personne. Ses supérieurs pensèrent le renvoyer dans sa famille. Il s'y opposa, arguant qu'il se devait de continuer l'ouvrage commencé, en mémoire de son cher disparu Mokhtar. Il passa donc les derniers mois de la guerre à courir après les envahisseurs devenus des fuyards. Il fit prisonnier quelques hautes pointures, ce dont on le complimenta une nouvelle fois.

 

*

* *

 

Le jour de la signature de l'armistice, un gradé vint informer Léonard qu'il était convoqué par l'état-major, pour une remise de médaille, sans plus d'information. Léonard se rendit au rendez-vous. Il fut reçu dès qu'arrivé. Un officier lui annonça, sans aucun ménagement :

— … Vos activités durant cette guerre, les services rendus, motivent largement certaines récompenses. Si jeune et tant d'actes héroïques ! Félicitations. Toutefois, il pourrait y avoir un empêchement majeur à vous rendre les honneurs de la patrie. Un rapport fait état de vos relations, de vos fredaines devrais-je dire. Rapport dans lequel vous êtes traité de fille à soldats ! On s'y étonne, également, de votre facilité à passer les surveillances ennemies, sans jamais aucune anicroche. De là à laisser entendre que vous avez payé en nature certaines aides ennemies… Ce qui pourrait être assimilé à de la collaboration.

— Et alors, si c'était le cas ? Donner mon cul ou ma queue aurait été profitable au pays non ?

— J'ai parlé au conditionnel. La limite est très mince entre la collaboration et aider la Patrie en fricotant avec l'ennemi. Avez-vous payé en nature certaines facilités, certains avantages, fournis par l'ennemi ? Est-ce vraiment le cas ?

— Non ! Jamais. Certes, je ne cache pas aimer les hommes. Je reconnais avoir eu une passion amoureuse pour Mokhtar qui me le rendait bien. Par contre ce fut le seul. Aucune autre personne, homme ou femme, n'a bénéficié de mes charmes, tant est que j'en ai. À fortiori un ennemi. J'ai toujours réussi à me débrouiller sans avoir besoin de m'avilir comme une fille de joie. S'agissant de mes mœurs sexuelles, personne n'en a jamais rien su. En dehors de Mokhtar, cela va de soi. Aucune provocation de ma part, écrit, parole ou geste venant de moi n'a pu révéler mes tendances.

— Cependant, un certain Fanfan dit le contraire.

— Je vois. Il se venge. Effectivement, il savait. Et pour cause : c'était le petit copain de Mokhtar avant que ce dernier me rencontre. Il nous a surpris au lit, si je puis dire.

— Il vous accuse également d'avoir sympathisé avec l'ennemi…

Suivirent certaines précisions quant à ces accusations. Heureusement, les dates données correspondirent à des périodes durant lesquelles Léonard était au QG, ou à l'étranger, dans le cadre de missions secrètes. Donc il ne pouvait pactiser avec l'ennemi dans les endroits décrits sur le rapport. Après deux heures de discussion, l'officier convint :

— … Nous savions que ces accusations étaient fausses, mais nous cherchions la confirmation de cette opinion ainsi que les raisons qui avaient poussé ce Fanfan à les formuler. Vous venez de nous éclairer. S'agissant de votre médaille…

— Pardon de vous interrompre : je ne veux aucune médaille, pas de distinction ou de récompense. Cette période de guerre m'a permis de rencontrer et d'aimer l'être le plus délicieux que j'ai connu et d'en être aimé. Par contre, lui mérite d'être mis à l'honneur de la Patrie, la nôtre qu'il a défendue et qui n'est pas la sienne, quoi qu'on en dise…

Durant les semaines qui suivirent, le monde connut les atrocités commises par le dictateur fou. Dans le même temps, Léonard assista à une brève cérémonie pendant laquelle fut inauguré un monument érigé pour commémorer les héros de la guerre, portant également le nom de Mokhtar.

Rentré dans sa famille, Léonard s'enferma afin de vivre son chagrin. Sa mère, inquiète, tenta de lui faire retrouver raison, comme elle disait tendrement. Il céda, reparut lors des grands dîners. Son jeune frère s'attacha encore plus à lui, le vénérant, écoutant ses avis. Curieux, ce dernier voulut connaître les hauts faits de son aîné par le détail. Mais Léonard resta évasif d'autant qu'il ne prisait guère revenir sur ces années, soucieux de garder pour lui seul le bonheur vécu avec son Mokhtar.

À vingt et un ans, le petit frère, Maximin, malgré un handicap dû à la poliomyélite, devenu un homme au retour de l'armée lui aussi (il s'était engagé trois ans plus tôt, comme intendant de certain corps d'armée), comprit que sa voie professionnelle était toute tracée : Léonard confirma lui céder la place sur le fauteuil de leur père, lorsque celui-ci se retirerait, et vouloir s'isoler du monde afin de retrouver la paix. Les parents cédèrent. On convint de verser une rente mensuelle importante à Léonard après lui avoir acheté une propriété où il s'installerait. Il accepta sous réserve de construire lui-même sa maison et d'agencer la propriété en général. Les documents notariés furent signés en bonne et due forme. On trouva le terrain à bâtir, là où, jadis, Léonard et Valérien s'aimèrent. Un architecte réalisa les plans de la future maison.

 

*

* *

 

Le nouveau propriétaire se mit immédiatement au travail sous la férule d'anciens entrepreneurs et artisans, heureux de reprendre du service afin de sortir de leur monotonie quotidienne. Léonard apprit certaines notions d'électricité, de plomberie, de toiture, de menuiserie, de vitrage et autres fermetures, la liste n'étant pas exhaustive.

En attendant de pouvoir emménager, il vécut dans une vieille roulotte cédée par des tsiganes, en remerciement d'un service rendu : Léonard avait accepté de les recevoir sur son terrain durant tout l'hiver précédent la construction de la maison. Il emménagea confortablement cet appartement roulant, une fois réparées les différentes anomalies.

Si le travail fut harassant, faute d'habitude, Léonard n'en oublia pas moins de se rendre en ville pour y faire quelques achats indispensables, mais également pour y courtiser certaines cuisses dites légères accompagnées de minois délicats ou patibulaires, selon l'humeur. Pour ce faire, il s'offrit une jeep, reliquat d'un surplus de l'armée alliée. Ainsi, chaque samedi, il fit deux aller-retour, l'un pour les commissions, l'autre pour se distraire et satisfaire sa libido. Il prit soin de ne jamais confondre ses amants d'une nuit avec ses deux vrais amours auxquels il ne cessait de penser.

Léonard se créa une drôle de vie entre ses travaux, ses souvenirs : deux amours brisés dont il ne cessait de ressasser les moindres détails de chaque jour passé avec Valérien puis aux côtés de Mokhtar. Certains de ses gestes s'effectuaient en fonction du premier, d'autres selon le second. Léonard vécut entre deux fantômes dont les visages s'estompèrent peu à peu. Ce qui l'inquiéta au premier abord puis il se fit une raison. C'est à partir de cette période qu'il prit la décision d'aller se divertir, comme déjà précisé, en ville chaque weekend.

La T.S.F. lui tint compagnie durant les heures de labeur. Il écouta une fois par jour les informations, regrettant les exagérations perpétuelles des journalistes afin de vendre du sensationnel. Finalement, il se fixa sur une station musicale et ne changea plus.

Après seulement...

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