Ce que veulent les libertins

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Après une jeunesse dissolue, David Reece a acquis une scandaleuse réputation. Aspirant, à présent, à devenir un vrai gentleman, il accepte de s’occuper des intérêts du domaine familial en l’absence de son frère. Lors d’un voyage en diligence, des voleurs l’attaquent et lui dérobent sa chevalière sous le regard d’une veuve trop belle pour être honnête. David la retrouve et en fait sa prisonnière. Prise au piège, Vivian voit peu à peu sa haine se transformer en passion amoureuse... Les bonnes résolutions de David résisteront-elles à la tentation de séduire sa belle captive ?

« Un talentueux cocktail de sensualité torride et de tendresse qui renforce la passion... À ne pas rater ! » Eloisa James


Publié le : mercredi 10 février 2016
Lecture(s) : 19
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782820524928
Nombre de pages : 480
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Caroline Linden
Ce que veulent les libertins
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Fanny Adams
Milady Romance
À Judy, pour son sweat rose ; à David, pour me laisser emprunter son nom ; et à Eric qui m’a fait le grand honneur de m’accepter dans sa famille.
Chapitre premier
Il vient un temps dans la vie de tout libertin où celui-ci est confronté à la nécessité de renoncer à ses excès et d’amender son mode de vie débauché pour devenir un gentleman. C’est une vérité notoire que la carrière des séducteurs ne survit guère à la perte de leur beauté et de leurs attraits juvéniles, sans parler de la perte de leurs richesses. David Reece n’était pas sans le savoir, et il s’était fait une raison, se répétant à l’envi qu’il était prêt à changer de cap. Ne devait-il pas s’estimer heureux d’avoir tenu aussi longtemps ? Assurément, il était dans son intérêt de cesser de faire un pied de nez à la chance. Mais c’était compter sans l’esprit rancunier de Dame Fortune. — J’ai pris toutes les dispositions avec Adams, annonça Marcus. Il est prêt à t’apporter son assistance en cas de problème, ainsi que Mr Crabbet, mon banquier, et Mr Rathbone, mon notaire. — Parfait ! acquiesça David avant de dire « Ouf ! » dans sa barbe. Cela faisait une heure que son frère enchaînait les recommandations en prévision de son absence, mais c’était la première fois qu’il évoquait une aide quelconque. De toute évidence, Marcus pensait que David n’était pas encore mûr pour tenir les rênes tout seul. Était-il seulement disposé à les lui confier ? David avait tablé sur le peu de confiance que lui accorderait son frère lorsqu’il avait accepté de s’occuper des affaires du domaine. Marcus jeta un coup d’œil rapide à son cadet. — Oui, tout est en ordre ! Cependant… Il s’interrompit en rangeant les nombreux documents qui encombraient son bureau, avant de reprendre d’une voix enrouée : — Cependant, Adams est un secrétaire correct, tout au plus… Selon Marcus, Adams frise l’idiotie, traduisit mentalement David. — Il est jeune et manque d’expérience… Il est préférable que tu ne comptes pas trop sur lui, c’est un bon exécutant mais un piètre chef d’orchestre ! C’est le bouquet !songea David, car il s’était attendu à ce que le secrétaire de son frère connaisse tous les rouages et s’occupe de tout, ou presque. — Qu’en est-il de l’homme de confiance de père ? s’enquit-il, se souvenant soudain du fondé de pouvoir extrêmement efficace qui avait été au service de Mr Reece. Comment s’appelait-il déjà ? Holt, n’est-ce pas ? — Mr Cole a pris sa retraite pour raisons de santé, l’informa Marcus avec un soupir. Si tu parviens à lui rendre ses vingt ans et à le remettre au travail, tu auras ma gratitude éternelle. David se tassa quelque peu sur sa chaise.Zut ! C’est bien ma chance !pensa-t-il. — Mais il a bien transmis ses… euh, connaissances… à son confrère Adams, n’est-ce pas ? Le regard maussade que lui jeta Marcus anéantit tout espoir d’une quelconque transmission entre les deux hommes. — On aurait pu l’espérer, mais malheureusement il semblerait que cela ne soit pas le cas. Marcus se dressa sur ses jambes et ajouta : — C’est la raison pour laquelle j’ai besoin de toi, David. Tu es le seul à qui je puisse me fier. David hocha la tête, en partie en signe d’acquiescement et en partie dans le but de dissimuler son étonnement. La dernière marque de confiance que son frère lui avait témoignée remontait à leur
enfance, et il s’était alors agi d’une question infiniment moins importante. De plus, au vu des événements du printemps précédent, c’était déjà un miracle que son frère consente encore à lui adresser la parole. Quant à lui demander de veiller sur ses propres intérêts pendant trois mois… Ce n’était vraiment pas le moment de tout gâcher ! David se redressa à son tour d’un air décidé, tandis que Marcus entassait un nombre ahurissant de papiers et de livres de comptes dans un grand dossier de cuir qu’il referma à l’aide d’une sangle avant de le poser à la verticale, sur le rebord du bureau en vis-à-vis. — Ceux-ci concernent les affaires courantes, expliqua Marcus pour le plus grand chagrin de son frère. Tu trouveras le reste à mon bureau de Londres. Je te conseille de t’y installer pour travailler, ce sera plus confortable pour toi. David trouva encore la force de sourire.Encore d’autres documents ? songea-t-il. Combien y en a-t-il en tout ? — Très bien ! J’aime avoir mes aises. Marcus esquissa un sourire entendu, puis il fit le tour du bureau. — Je suis soulagé que tu prennes le relais, confia-t-il en donnant une tape à l’épaule de son frère. Sans toi, je n’aurais pas pu m’absenter si longtemps. Un mois plus tôt à peine, Marcus avait convolé en justes noces, et il partait à présent en lune de miel prolongée avec son épouse. Le couple passerait trois mois à sillonner le continent, profitant des distractions les plus raffinées que l’argent pouvait offrir, se complaisant dans leur amour et leur bonheur pendant que David, selon toute vraisemblance, serait enseveli sous une montagne de registres, avec pour tout conseiller un secrétaire incompétent. Cependant, l’arrangement était équitable ; et réprimant une forte envie de se dédire, le cadet signifia son approbation à son aîné d’un hochement de tête en posant la main sur le dossier de cuir. N’était-ce pas le moins qu’il puisse faire pour lui ? Lire des quittances assis derrière un bureau était un sort somme toute enviable, compte tenu de ses états de service. Il ferait donc de son mieux. Manquer de causer la mort d’un autre être humain n’était pas une paille dont on s’acquitte à bon compte. Un petit bruit se fit entendre en provenance de la porte, puis le battant s’entrouvrit lentement en grinçant sur ses gonds. — Regardez ! s’exclama la petite fille en entrant. Elle traînait un grand panier qui semblait beaucoup trop lourd pour ses petits bras. — Regardez mes petits chats ! Elle traversa la pièce en se dandinant et posa son panier aux pieds de Marcus ; puis elle souleva la couverture sous laquelle se trouvaient trois minuscules chatons à l’ascendance incontestablement hybride. David se contenta d’observer la scène tandis que son frère, un sourire attendri aux lèvres, caressait affectueusement les boucles blondes de sa belle-fille. — Ils sont charmants ! Mais où est leur mère, Molly ? — À l’écurie, répondit gaiement la fillette en soulevant un des chatons dans le creux de sa main. Celle-ci est ma préférée. Je l’ai appelée Moon. Elle adore se laisser promener dans mon panier. Pendant ce temps, la petite chatte se tortillait pour essayer d’échapper à l’étreinte de Molly. — Moon, sois sage ! ordonna la fillette en serrant l’animal qui gigotait contre sa poitrine. Sois sage ! David ne put s’empêcher de glousser, tandis que les deux autres petits chats profitaient de l’inattention de l’enfant pour se ruer hors du panier et gambader sur le plancher, l’un d’eux jouant avec les franges du tapis pendant que l’autre donnait la
chasse à des grains de poussière qui dansaient dans un rayon de lumière. — Ils filent à l’anglaise, fit remarquer le jeune homme. Molly fit volte-face et le foudroya de ses yeux noisette où se lisait de la suspicion. David inclina la tête et sourit de toutes ses dents. — Si nous les remettions dans le panier ? suggéra-t-il. Molly se retourna et, apercevant ses chatons qui s’éloignaient en trottinant, elle poussa un cri aigu. — Non, non ! Revenez ! s’exclama Molly en se lançant à leur poursuite avant d’attraper le chaton gris qui était trop occupé à jouer avec les franges pour songer à s’échapper. Butter, veux-tu revenir ici ! Butter, un petit chat roux, s’était lassé des grains de poussière et s’attaquait à présent à l’ascension des rideaux. — Butter ! s’égosilla la fillette, les bras chargés de chatons gigotant et miaulant. Puis, en désespoir de cause, elle se tourna vers Marcus. — Papa, s’il vous plaît, voulez-vous bien les attraper ? David haussa les sourcils d’étonnement lorsqu’il vit son frère, dont l’expression était d’ordinaire maussade et grave, récupérer le petit félin en décrochant avec une patience infinie les griffes minuscules de l’animal des délicates tentures en velours, avant de remiser la petite portée dans le panier et d’en fermer solidement le couvercle, le tout sous le regard approbateur de sa belle-fille, qui frappa dans ses mains. — Bien, nous pouvons continuer notre tour à présent ! s’exclama la fillette. Mais au même instant, la porte s’entrouvrit de nouveau. — Molly est-elle… Ah, Molly ! soupira la mère de l’enfant avec un mélange d’amusement et de lassitude dans la voix. Nous étions d’accord pour que les bébés chats restent à l’écurie avec leur maman. Que font-ils dans le bureau de ton père ? Molly baissa la tête et regarda sa mère par en dessous avec des yeux de chien battu. — Je voulais que mon nouveau papa les voie, expliqua-t-elle en faisant la moue. La mère de Molly n’en crut pas ses oreilles et chercha le regard de son mari. Celui-ci se contenta de hausser les épaules, mais le petit sourire qui se dessina à la commissure de ses lèvres suggéra à David l’idée qu’il ne déplaisait pas à son frère de s’entendre appeler « papa ». — Ce n’est pas une raison pour désobéir à Betty ! répliqua la mère un ton plus bas. À présent fais-moi le plaisir de les ramener où tu les as pris. — Oui, mère. Tête basse, l’enfant se dirigea vers la porte en traînant les pieds. Soudain, sa mère la souleva de terre et la serra dans ses bras pour la plus grande joie de la fillette. — Reposez-moi, mère, s’écria-t-elle enfin entre deux gloussements. Mes p’tits chats, mes p’tits chats ! — Allez, file ! s’esclaffa Hannah en lui rendant sa liberté. Molly sortit en se dandinant, et l’on entendit son adorable petite voix aiguë résonner dans le corridor lorsque sa gouvernante l’intercepta avant de refermer la porte. — « Papa » ? s’enquit David en s’adressant à son frère. Marcus le considéra sans ciller. — Elle m’a demandé la permission de m’appeler ainsi, expliqua-t-il. Je n’y ai vu aucun inconvénient. Puis il lança un coup d’œil interrogateur à son épouse, et son calme apparent s’évanouit. Leurs regards se croisèrent, et ce geste valait de longs discours. Enfin, Marcus desserra les dents et esquissa un petit sourire. Tout cela produisit sur David une impression inaccoutumée : jusque-là, Marcus ne s’était pas illustré par son souci des sentiments d’autrui, ni par la fréquence de ses sourires.
— J’imagine que vous êtes le prochain sur sa liste, David, intervint gaiement Hannah en traversant la pièce pour rejoindre les deux hommes. David poussa un gémissement. — Elle m’a déjà trouvé un sobriquet. « Menteur, menteur ! » m’a-t-elle dit le mois dernier. Depuis, elle ne m’adresse presque plus la parole. Au grand dam de David, les deux époux échangèrent derechef un regard. Il lui semblait que l’on parlait de lui en sa présence sans qu’il parvienne à entendre ce qui se disait. — Ce n’est qu’une enfant, rappela la mère de la fillette. — Une enfant observatrice, renchérit Marcus. Sa femme lui lança un regard en signe d’avertissement. — Elle aura bientôt oublié, prédit à juste titre Hannah d’un ton aimable. Que diriez-vous d’une tasse de thé, David ? Vous êtes enfermé dans ce bureau depuis des heures ! Ce n’est pas du thé qu’il me faut, ni même du whisky ,songea David,mais un bon mois de soûlerie ! — Merci, sans façon, déclina-t-il en pianotant sur le dossier de cuir qui était toujours posé sur le bureau et en s’efforçant de dissimuler son appréhension grandissante derrière un masque d’assurance et de bonne humeur. J’ai pas mal de devoirs à faire, aussi ferais-je mieux de me mettre en route pour Londres. — Vous déjeunerez d’abord avec nous ? s’inquiéta Hannah. David sembla hésiter pendant quelques secondes. Ainsley Park s’enorgueillissait de posséder un excellent chef. Finalement, il refusa d’un mouvement de tête. Plus il s’attarderait, plus il risquerait de se décourager et de revenir sur son engagement.Il est hors de question que je me dédise !pensa-t-il.Je tiendrai ma promesse. — Je préfère me mettre au travail sans tarder, répondit-il. Je n’ai pas l’intention de me couvrir de ridicule. — Aucun risque, répliqua Hannah d’un cœur sincère. De plus, Mr Adams sera là pour vous aider. — Avant que je n’oublie, intervint Marcus en retournant se placer derrière son bureau pour en ouvrir l’un des tiroirs. J’ai quelque chose pour toi, David. Cela te facilitera la tâche. Et Marcus tendit à son frère un écrin de joaillerie qui s’avéra contenir une réplique de la chevalière armoriée que l’héritier des Reece portait au doigt. David la glissa à son auriculaire gauche puis il plia et déplia successivement la main, non sans s’étonner secrètement du poids du bijou. Cette bague faisait de lui l’égal de son frère, le duc d’Exeter, et il en fut confusément effaré, car il n’avait jamais jalousé le titre de Marcus. S’étant tout à fait accommodé de sa position de cadet, il avait limité ses plus hautes ambitions à avoir fière allure. David était un dilettante par nature et se le répétait souvent. Ainsi était-il habitué à se laisser mener où le vent le portait, d’autant que Marcus veillait au grain et n’hésitait pas à rectifier le cap de temps à autre. Mais voici qu’à présent il portait le sceau du duc d’Exeter au doigt, et que ses épaules ployaient sur le poids énorme de ses nouvelles responsabilités. Il s’arma d’un sourire insouciant et pria rapidement pour que sa belle-sœur rentre de sa lune de miel enceinte du premier d’une multitude d’héritiers mâles qui le dispenseraient de recevoir lui-même le titre de duc au cas où Marcus viendrait à mourir. — Bon, je suis parti ! annonça David avec un enthousiasme en tout point factice. Faites un beau voyage et soyez prudents. Marcus lui serra la main, et Hannah l’embrassa sur la joue. Souriant toujours avec détermination, David prit le dossier de cuir et tira sa révérence avant que l’assistance
ne s’aperçoive qu’il était en sueur, ou que lui-même ne tente de se dérober par de belles paroles.Responsabilité et sérieux avant toute chose ! s’admonesta-t-il.Et montre-leur qu’ils peuvent compter sur toi ! Hannah regarda le géant qui lui servait de beau-frère sortir de la pièce à grandes enjambées, les épaules rejetées en arrière, le dos raide comme un piquet. On aurait dit un condamné en route pour l’échafaud. — Il s’en sortira très bien, augura Hannah. — Lui, sans doute, soupira Marcus. Mes intérêts, c’est moins sûr… La jeune femme fit volte-face et lui lança un regard réprobateur. — Voyons, vous aviez promis… Marcus sourit, et ses traits se détendirent de façon spectaculaire. — Oui, je sais : il ne trouvera jamais sa voie si je ne lui fais pas confiance et ne lui donne pas une chance de se racheter. Il ne fera jamais rien de ses dix doigts si je me substitue à lui en permanence. Vous voyez, je ne dormais pas et j’ai bien retenu la leçon. — Je n’ai jamais dit que vous deviez lui laisser les rênes, se récria Hannah. Un seul domaine aurait peut-être suffi pour commencer… Les yeux de Marcus se mirent à briller d’un authentique éclair de malice. Il lorgna du côté de la porte que son frère avait pris soin de refermer et prit sa femme dans ses bras. — Hélas…, commença-t-il en lui embrassant l’aile du nez, les événements se sont ligués contre moi. Puis il embrassa ses paupières tandis qu’elle rejetait la tête en arrière et passait ses bras autour du cou de son mari. — Je ne peux pas laisser Adams aux commandes pendant aussi longtemps. Il me ruinerait dans les quinze jours. Marcus profita de ce que Hannah riait à sa plaisanterie pour l’embrasser sur la tempe gauche. — Et puis, il faut quelqu’un pour surveiller Adams, poursuivit-il, ainsi que David. Ils se surveilleront donc mutuellement. Il embrassa la jeune femme sur le front. — Peut-être feront-ils en sorte, à eux deux, de nous laisser au moins de quoi nous vêtir à notre retour… Car j’entends veiller à ce que vous savouriez chaque seconde de cette lune de miel. Puis il conclut par un long baiser langoureux. Hannah esquissa un vague sourire. — Ah oui, vraiment ? De nouveau Marcus embrassa sa femme sur la tempe, s’interrompant seulement pour lui mordiller les lobes. — Je n’ai pas d’autre but dans la vie ! — David s’en sortira très bien, répéta-t-elle, tandis que son époux s’occupait de la zone érogène qui se trouvait derrière son oreille. — Le mieux possible, j’espère, marmonna Marcus. — Quant à vous… (Hannah s’interrompit en frissonnant sous les assauts incessants de son mari.) Oh ! Vous vous débrouillez déjà fort honorablement ! — Et nous n’avons pas encore quitté la maison ! répliqua-t-il. Ils poursuivirent ensuite un autre genre de conversation, muette celle-là, qu’il ne sied point de restituer ici.
Chapitre2
David était à mi-chemin de Londres lorsqu’il comprit que quelque chose n’allait pas avec son attelage. L’un de ses alezans nouvellement acquis trottait en effet depuis un moment à une cadence inhabituelle ; et malgré la faible allure à laquelle la calèche se déplaçait, il devint bientôt évident qu’un arrêt s’imposait. Il obliqua dans la cour du prochain relais et fit halte devant cet établissement animé. — Z’avez b’soin d’aide, m’sieur ? lança un jeune garçon d’écurie tandis que David descendait de voiture. — Il s’agit de ma jument. Je crains qu’elle ne soit estropiée. Le lad accourut et examina l’animal, passant délicatement les mains le long de la patte de l’équidé sans cesser de lui murmurer des paroles rassurantes. Quelques instants plus tard, il leva les yeux vers le voyageur. — Elle n’est pas blessée, m’sieur, enfin pas vraiment. Un caillou s’est fiché dans son sabot, ici. Avec un peu de repos et un peu d’soin, tout ira bien. David se rembrunit néanmoins. — Pourra-t-elle m’emmener jusqu’à Londres une fois que l’on aura retiré le caillou ? s’enquit-il inutilement, car il connaissait la réponse. Celle-ci lui fut confirmée par un signe de tête négatif du garçon d’écurie. — À vot’place, j’essaierais même pas. Elle risqu’rait d’être éclopée pour de bon, vous pouvez m’croire. Mais avec une nuit à l’écurie et un bon bain d’pied, elle vous emmènera au bout du monde dès demain matin. À supposer que David reparte le lendemain dès potron-minet, il n’atteindrait pas la capitale avant la fin de la journée, surtout avec une jument dont un sabot était sensible. Cette paire de chevaux lui avait coûté un bras, et il ne gagnerait rien à leur faire violence. Résigné, il tendit les rênes au lad afin que celui-ci conduise l’équipage à l’écurie et s’occupe de la blessée. Avec un peu de chance, il pourrait en louer un autre. Il ne perdrait, ainsi, qu’une heure sur son itinéraire. Mais cette option ne fit pas non plus long feu lorsque le maître des écuries secoua résolument la tête. — Hélas, m’sieur, je n’ai plus rien, pas même une paire d’mulets ! David frappa le creux de sa main avec ses gants en louchant, par-dessus l’épaule de l’homme, sur les stalles remplies de chevaux. Certes, ceux-ci étaient loin d’arriver à la cheville de ses alezans, mais il se trouvait néanmoins parmi eux quelques bêtes à l’allure robuste. En outre, David n’avait besoin que d’un seul animal pour une unique journée de voyage. — Je ne doute pas que vous me trouviez quelque chose. Un seul cheval fera l’affaire. Je ne peux pas m’offrir le luxe de prendre du retard. Je saurai me montrer généreux. Le maître des écuries le jaugea du regard, et David inclina la tête avant d’ajouter un ton plus bas : — Très généreux même ! L’homme hésita puis secoua de nouveau la tête en signe de refus, cette fois à contrecœur. — S’cusez-moi, milord, mais j’peux pas vous rendre service. J’ai plus d’chevaux d’location. Ceux-là sont déjà réservés, et j’peux pas les laisser partir. David laissa échapper un juron. N’était-il pas absolument intolérable que ses bonnes résolutions fussent contrées avec une telle légèreté dès la première anicroche ? Mais que pouvait-il faire, si ce domestique restait insensible à l’appât du gain ?
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