Demain je pars

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Cela ne vous est jamais arrivé d’avoir envie de tout plaquer, que vous ayez seize, vingt-cinq, ou cinquante ans ? Changer de pays, de climat, de culture, de vie. L’homme est-il fait pour vivre toute son existence avec la même femme ? Ai-je fait le bon choix ? Après tout, je n’ai qu’une seule vie, je prends le risque ou pas ? Tout plaquer sur un coup de tête déjà trop réfléchi, remplacer ses habitudes quotidiennes pour découvrir quelque chose de nouveau. Pas comme une aventure de vacances pour faire un break, mais partir sans avoir l’idée de revenir, un départ sans retour possible dans le passé. Ça fait quoi de partir sans se soucier de payer son loyer, ses factures, de laisser ses meubles, ses souvenirs, vieilles pantoufles usées que l’on gardait sans savoir pourquoi. Est-ce de la lâcheté, ou du courage ? Alors quoi faire, garder cette idée comme un beau rêve auquel on pense chaque nuit et que l’on oublie quand le réveil sonne, pour vivre une vie sans surprise dont on connaît déjà le déroulement. Ou bien partir au risque de se ramasser la figure, et de gâcher sa vie ?
Publié le : lundi 16 novembre 2015
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EAN13 : 9791026203315
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Laurent Leoncini

Demain je pars

 


 

© Laurent Leoncini, 2016

ISBN numérique : 979-10-262-0331-5

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CHAPITRE I

 

La réalité est telle que l’on veut bien la voir. Ce soir-là, elle était éclairée par des milliers de petites lampes de couleurs qui parcouraient un somptueux jardin, animé de rires et de discours incessants. Une société mondaine enivrée de cocktails exotiques ressemblants plus à des tableaux qu’à de simples boissons. Je plongeais une fois de plus dans cette atmosphère grisante, qui rendait le climat tropical sous lequel on vivait, encore plus chaud et humide qu’il ne l’était d’habitude.

L’imposante piscine en face de la villa était bordée par l’océan Pacifique, devancé lui-même de quelques cocotiers. J’arrivais donc dans un lieu de rêve où régnaient en puissance, le faste, le luxe et le laisser-aller. Les plus séduisantes filles du pays étaient présentes, accoutrées de leurs plus belles parures qui se résumaient à un léger bout d’étoffe rare, pour satisfaire un minimum de pudeur. La mode penchait dans l’extravagante sensualité. L’art était d’être habillé sans que l’on puisse s’en apercevoir. Mais ce soir, l’invité vedette de ce nouvel an, était l’idole de toute la nouvelle génération.

Hugues De Brissac était connu dans le monde entier et ce soir à minuit tapant, le plus célèbre acteur de cinéma ferait l’honneur de se montrer. Il se faisait aussi entendre qu’il était de nouveau célibataire. Le champagne, la chaleur humide du climat, les musiques des différents orchestres, ainsi que ce parfum d’essence de femmes qui voguait en basse altitude, plongeaient tout ce beau monde dans une parfaite inconscience de leurs actes. L’attente se faisait de plus en plus longue et les salutations distinguées du début de la soirée se remplaçaient peu à peu par des gestes plus insistants. Toute cette petite communauté attendait avec impatience le moment déterminant qui engendrerait les douze coups de cloche annonçant la nouvelle année ainsi que mon arrivée.

Le propriétaire des lieux avait fait construire un monument provisoire pour la soirée, en haut duquel était fixée une gigantesque cloche. L’instant crucial se rapprochait et les yeux étaient de plus en plus nombreux à se poser sur la montre du nouvel édifice. Toutes ces conversations si passionnantes et délicieuses, perdaient peu à peu leur intérêt pour s’abandonner à tous les ragots que l’on racontait sur Monsieur De Brissac.

 

Tout à coup, l’agitation fiévreuse et bruyante fit place à un silence d’été orchestré par le chant des grillons et le glissement des vagues légères sur la plage, où se trouvaient déjà quelques couples dépassés par leurs activités intenses. Toutes ces grandes personnes étaient plantées là comme des piquets, les yeux grands ouverts et la bouche béante comme des enfants n’osant plus déglutir devant l’apparition d’un père Noël de grande surface. Les lumières s’éteignirent pour laisser place au premier son de cloche. Chacun retenait son souffle, mais le son grave et puissant de la cloche devenait pour moi de plus en plus aigu et strident, la cadence augmentait peu à peu et je devais entrer sur scène. Je fis quelques pas, j’ouvris lentement les yeux et en face de moi je vis ce désolant spectacle. Madame Bedoyan, la bonne de la maison était plantée devant mon vieux lit avec mon petit-déjeuner et une petite clochette avec laquelle elle avait pris un malin plaisir à me réveiller. Encore un rêve et le retour à la réalité toujours plus difficile. Cette vieille peau envieuse en face de moi avec son regard hypocrite me donne la nausée. Je vais avoir droit à toutes les félicitations pompeuses pour mon anniversaire, les coups de téléphone incessants et comme chaque année mon sourire fera office de façade.

Cela ne vous est jamais arrivé d’avoir envie de tout plaquer, que vous ayez seize, vingt-cinq, quarante ou cinquante ans ? Changer de pays, de climat, de culture, de vie. Voir de nouvelles personnes, vivre sous un autre rythme. L’homme est-il fait pour vivre toute son existence avec la même femme ? Ai-je fait le bon choix ? Ne suis-je pas fait pour autre chose ? Après tout, je n’ai qu’une seule vie, je prends le risque ou pas ? Tout plaquer sur un coup de tête déjà trop réfléchi, remplacer ses habitudes quotidiennes pour découvrir quelque chose de nouveau. Pas comme une aventure de vacances pour faire un break, mais partir sans avoir l’idée de revenir, un départ sans retour possible dans le passé. Ça fait quoi de partir sans se soucier de payer son loyer, ses factures, de laisser ses meubles, ses souvenirs, ses vieilles pantoufles usées que l’on gardait sans savoir pourquoi, son bol de café. Est-ce de la lâcheté, ou du courage ? Plus aucun souci, finis les problèmes, une vie nouvelle t’appartient car je suis libre de faire ce que je veux, mon existence n’est pas celle de ma famille, elle est mienne. Ne vaut-il pas mieux regretter une chose que l’on a faite plutôt qu’une que l’on n’a pas faite ? Alors quoi faire, garder cette idée comme un beau rêve auquel on pense chaque nuit et que l’on oublie quand le réveil sonne, pour vivre une vie sans surprise dont on connaît déjà le déroulement ? Ou bien partir au risque de se ramasser la figure, et de gâcher sa vie ?

Mais gâcher sa vie, c’est quoi ? Toutes ces questions sans réponses me fatiguent et le fait que je me les pose prouve que je ne suis pas encore prêt ! J’ai vingt-six ans aujourd’hui, c’est donc mon anniversaire et comme chaque année la bonne aigrie de la maison m’a apporté mon petit-déjeuner copieux au lit. Je vis encore chez mes parents dans un cocon bien douillet à l’écart des chemins hasardeux qui mènent dans les domaines interdits de la société. Vingt six ans que je roule sur cette autoroute, dans ce break familial que mon père conduit fièrement en prenant soin de s’arrêter à chaque péage et de faire le plein d’essence bien avant qu’il n’en manque. Je suis ce qu’on appelle communément un fils à papa qui possède un diplôme d’ingénieur et qui attend bien sagement son futur premier emploi dans une entreprise d’un des amis de papa. Le fiston chéri pourra alors quitter le nid et s’installer avec sa petite amie dans un charmant appartement que maman aura pris soin de décorer.

La petite amie s’appelle Isabelle, elle est jolie, très bien éduquée, d’une bonne famille, intelligente, elle sent toujours bon, très amoureuse, du moins elle le croit, et reste fidèle depuis trois ans à son petit ami qu’elle a rencontré sur les bancs de la fac. Bref, la parfaite épouse qui donnera au fiston de très beaux enfants. Je vis à Paris dans le quartier chic, je m’habille, un petit costume Bon Chic Bon Genre et je sors me promener en attendant la suite ennuyeuse du planning. Isabelle arrive un peu avant midi pour aider maman avec le déjeuner, puis mon père rentrera du travail, avec un cadeau. Je suis fils unique, ils n’ont que moi, même pas un chien, ça perd ses poils et ça aboie.

Il y a beaucoup de monde dans les rues ce matin, on est samedi et papa ne travaille pas cette après-midi, il fait froid, c’est la fin de l’hiver et un vingt sixième printemps sans surprise va s’ouvrir à moi. Bon alors, qu’est-ce que je fais ? Je m’assois sur un banc et je regarde autour de moi tout en sachant que je vais me poser les mêmes questions. Ma belle vie est déjà toute tracée, son déroulement bien orchestré, un bon travail, quelques promotions, peut-être un futur PDG, des enfants cons, marié et cocu, car Isabelle est ambitieuse et le fait d’avoir un amant lui donnera de l’importance vis-à-vis de ses amies. Elle n’aura pas tort car après tout, rester avec un mari sans surprise et passer son temps à s’occuper des enfants durant toute une vie, ça n’a rien de passionnant ! Peut-être se pose-t-elle les mêmes questions que moi. Non, pas Isabelle, elle est trop « pète-sec », et ne pourra jamais se passer d’un maximum de confort. Ce qui est étonnant en elle et qui m’a toujours surpris, c’est qu’elle fait bien l’amour, quand elle en a envie ! En fait, je crois en y pensant maintenant qu’elle est assez cochonne ! Alors que moi, je suis peut-être un peu trop classique. Il se pourrait bien que je sois un joli cocu avant même d’être marié ! Et maman alors ? On pense toujours que sa mère est différente des autres femmes, mais elle aussi elle doit avoir des envies et son quotidien avec papa ne doit pas être des plus palpitants, surtout depuis qu’il a mal à son dos. Ils sont peut-être cocus tous les deux ? Moi je n’ai connu que quelques filles dans ma vie, ma grande cousine Françoise pendant le mariage de mon cousin Charles, quelques aventures suivi d’Isabelle que j’ai rencontrée à l’âge de vingt-trois ans. Pourtant, je suis plutôt beau mec et j’adore les jolies filles qui ne manquent pas de me courtiser. Surtout les amies d’Isabelle en fait ! En y pensant, je pense que je viens de découvrir quelque chose sur les femmes. Quand je sors avec des copains, les filles me regardent mais restent distantes, alors que quand je suis avec Isabelle, leurs regards sont différents, elles s’approchent beaucoup plus près. Certainement qu’un homme pas libre devient alors le plus beau des challenges, le propre de l’humain est de vouloir ce qu’il ne peut pas avoir. C’est probablement pour cela aussi qu’il y a autant de cocus sur terre ! Alors comme ça, je suis peut-être cocu, les boules ! Je n’y avais jamais pensé, il va falloir que je l’observe de plus près et peut-être même que je la suive. Après tout je ne connais même pas son emploi du temps. Je sais qu’elle va à la gym régulièrement, qu’elle prend des cours de piano, qu’elle fait du cheval quand le temps pourri fait une pause et qu’elle va à la fac pour apprendre l’anglais, bref le parcours cliché d’une petite bourgeoise. En plus elle est plutôt jolie et les prétendants ne doivent pas lui manquer ! Quelle heure est-il ? 11h45, ça me laisse juste le temps de rentrer à l’appartement avant qu’Isabelle arrive.

Ah ! On sonne, elle a un petit quart d’heure de retard, ça se trouve, elle était en train de se faire culbuter juste avant. Je vais la renifler pour voir si elle ne sent pas un autre parfum et regarder sur sa veste s’il n’y a pas des cheveux autres que les siens.

« Bon anniversaire Hugo. »

Et oui je m’appelle Hugo, en fait c’est Hugues, mais tout le monde m’appelle Hugo.

« Mais qu’est ce qui te prend ?

— Je te renifle parce que tu sens bon mon amour, et merci ».

Elle m’a offert un cadeau, sûrement une chemise. En tout cas je n’ai rien senti de particulier ni vu de cheveux étrangers. Ça y est, elle papote déjà avec ma mère et moi je suis aux oubliettes, le petit train-train habituel. Mais c’est pourtant mon anniversaire et ça fait plus d’une semaine que je n’ai pas fait l’amour, donc si elle ne m’a pas trompé, elle doit en avoir envie, c’est obligé. Je vais aller la chercher et lui dire que j’ai quelque chose à lui montrer.

« Isa, tu peux venir une minute, j’ai quelque chose à te montrer !

— Attends un instant j’arrive ! »

Voilà, je suis assis dans le salon sur un joli canapé en cuir noir et j’attends Mademoiselle depuis dix minutes montre en main et excusez-moi d’être vulgaire mais j’en ai plein le cul des gens qui racontent n’importe quoi n’importe quand. Toujours la même rengaine de ces individus superficiels « Je t’appelle demain et on déjeune ensemble ! Redonne-moi ton number car j’ai égaré mon portable ! » Pourquoi les gens ne disent jamais la vérité ! « Je n’ai pas envie de te voir, tu me fatigues, ou bien, ça ne sert à rien je ne t’appellerai pas ! Ou, non Hugo je m’en fous de ce que tu as à me montrer, je préfère parler de ma dernière coupe de cheveux avec ta mère ! » Mais j’ai une idée qui va peut-être la faire venir. Après tout il faut parfois se dire « je m’en fous. »

« Isa, est-ce que tu peux venir, j’ai drôlement envie de faire l’amour avec toi ! »

Tiens, elles ne parlent plus, je crois que le garçon toujours sage les a choquées. La voilà qui arrive toute raidie, elle est toute rouge avec un air outré et ça m’amuse bien. Je me lève et je la regarde droit dans les yeux.

« Tu as pété les plombs ou quoi ?

— Viens ! »

 

Voilà, elle me suit sans rien dire et je l’emmène dans ma chambre, elle semble furieuse mais je sais que ça lui plaît, un peu d’excitation et d’interdits dans sa vie monotone.

« Tu me prends pour qui ? Pour ta putain !

— Non, seulement pour ma petite amie…

— Et bien tu as une drôle de vision de l’amour, franchement ça me saoule ce que tu viens de faire ! »

Là, j’ai vraiment l’air d’un con. Alors que feriez-vous, dans une pareille situation ? Ben moi je ne dis rien car je ne suis pas habitué à ce genre de confrontation, peut-être parce que je suis trop sensible ou trop faible pour assumer ce que je viens de dire, peut-être aussi parce que je prends la place de son amant et que chez les gens bien éduqués on n’aime pas le changement. Alors je reste là face à elle ne sachant plus quoi dire et affichant ma faiblesse honteusement comme un enfant qui se fait gronder par sa maîtresse. Pourtant, je sais pertinemment que mon intellect est bien plus élevé que le sien, alors, pourquoi suis-je plus faible ? C’est pourtant gentil de dire à sa copine que l’on a envie de faire l’amour avec elle. Mais le qu’en-dira-t-on est plus important. Elle préfère paraître correcte devant ma mère plutôt que d’être complice avec son petit ami. C’est bien triste mais c’est la vie d’ici.

« Oh ! Tu m’écoutes ?

— C’est difficile de faire autrement non ?

— Il y a parfois des choses qui ne se font pas !

— Oh mais si tu t’allonges sur le lit je peux te promettre que ça va se faire !

— Parfois je ne te comprends pas, tu me fais honte. »

Et voilà, elle s’en va, j’ai essayé de m’en sortir mais j’ai été lamentable. Et ça, c’est à cause de mon éducation, c’est seulement après l’orage que je trouve les mots justes. J’aurais dû lui balancer une gifle dans la figure et la prendre sur le lit pour lui montrer qui a le manche !

Il est bientôt une heure et je suis là assis sur mon lit en train d’attendre passivement la suite des événements alors que certains vivent des aventures fabuleuses avec des gens merveilleux. Et pourtant j’ai tout ce qu’il me faut. Je suis jeune, beau, pas con, j’ai un bon diplôme, du fric, une copine, je suis en bonne santé, qu’est ce qu’il te faut de plus ? me diront-ils. Tu veux aller au soleil sous les cocotiers ? Alors vas-y pendant deux mois et quand tu te seras fait bouffer par des moustiques et que tu auras chopé le palus tu rentreras la queue entre les jambes sans faire de bruit. Je suis peut-être trop gâté et les gens qui n’ont pas de problèmes majeurs se débrouillent toujours pour s’en inventer. Probablement que si je crevais de faim je ne me poserais pas autant de questions. Mais voilà je ne crève pas de faim, et des questions je m’en pose tout le temps. J’aimerais que ma vie se transforme en aventure comme dans un film, qu’il y ait du risque, de l’adrénaline, des imprévus. Les imprévus c’est le sel de la vie ! Mes copains ne se cassent pas la tête autant que moi, ça prouve qu’il y a un problème quelque part. La société est faite pour une population, mais dans celle-ci, beaucoup d’entre nous sont différents donc forcément il y en a quelques-uns qui n’y trouvent pas leur compte. J’en fais sûrement partie.

Le week-end s’est bien terminé et demain je commence ma filature sur Isabelle, de toute façon je me suis préparé psychologiquement au pire, donc je peux y aller sans crainte et avec excitation. Enfin quelque chose qui sort de l’ordinaire, la curiosité est un vilain défaut mais je m’en balance!

Je poireaute depuis une heure et quart devant son immeuble. Elle habite seule au cinquième étage d’un immeuble grand standing et la lumière jaune de la pièce principale vient de s’éteindre, elle ne devrait pas tarder à apparaître devant moi, alors je vais me planquer derrière une voiture… La voilà, elle est vraiment très bien habillée pour aller à la fac, c’est vrai qu’elle a de la classe. Elle prend sa mini-clichée et moi je la suis à vélo pour ne pas me faire repérer… Ah, elle s’arrête ! Elle remonte dans sa voiture, elle est allée chercher des cigarettes. D’ailleurs ça m’écœure, je devrais peut-être me mettre à fumer pour ne plus sentir ce goût infâme à chaque fois qu’elle m’embrasse. Vous vous rendez compte que je n’ai jamais connu le goût réel de ses baisers. Si je ferme les yeux et qu’un clochard qui fume m’embrasse, je n’y verrais aucune différence si ce n’est peut-être la manière d’embrasser. Elle se dirige bien vers la fac, je vais la suivre jusqu’à l’intérieur en espérant ne pas me faire repérer. De toute façon, vu la façon dont je suis accoutré, avec ce bonnet noir sur la tête je ne pense pas qu’elle puisse faire attention à moi.

La star arrive et embrasse tous ses amis qui lui ressemblent. Elle est bien trop occupée à paraître pour me remarquer, alors je l’observe, ses manières, sa façon de passer la main dans ses cheveux, de sourire à une personne tout en regardant une autre, une vraie femme du monde avec tous les inconvénients que cela comporte. Elle entre dans l’amphi pour un cours magistral de deux heures. Pour l’instant rien de suspect, je vais aller me balader dans l’enceinte froide de cette vieille faculté parisienne et je reviendrai à la fin du cours. J’entre dans la bibliothèque, une atmosphère de travail hante ces lieux. De nombreux étudiants invisibles bûchent leurs futurs examens et des mauvais souvenirs me reviennent à l’esprit. Comment ai-je pu faire la même chose pendant cinq longues années ? Si j’avais été vieux alors d’accord mais j’étais dans les plus belles années de ma vie. Et j’y suis encore, bien heureusement ! Je me dirige bien sûr vers le rayon des îles paradisiaques, qui troublent mon esprit depuis si longtemps. Une dizaine d’ouvrages sous la main, je cherche une place. Ah ! J’aperçois au loin une charmante jeune fille avec le nez dans ses bouquins. Je vais passer devant elle sans la regarder en faisant mine de chercher quelque chose, ensuite j’irai m’asseoir en face pour étudier ses réactions, si elle en a ! Voilà, je sais qu’elle m’a remarqué. J’ai fait tomber exprès tous mes bouquins par terre et évidemment elle s’est retournée. Bon, je m’assois et feuillette mes livres sans la regarder. Elle a un crayon dans ses cheveux qu’elle retire et elle enlève son petit gilet blanc. Je crois que c’est un signe car ses cheveux lui tombent maintenant sur le visage et l’empêchent de lire correctement. La couleur de ses bras est bronzée, elle revient sans doute d’un voyage sous les tropiques. Il faut qu’elle voie que je lis un ouvrage sur les îles. Je redresse l’un d’eux et bien entendu elle regarde pour voir ce que j’étudie. Moi je ne la regarde toujours pas, comme si je ne l’avais pas encore aperçue. Elle a les cheveux dorés et un visage assez rond avec des yeux marron un peu étirés sur les côtés qui lui donnent un air dépaysant qui lui va très bien. Elle est trop mignonne j’ai vraiment envie de lui parler. Vingt minutes plus tard, voilà qu’elle ramasse ses affaires, prend son manteau, je la fixe immédiatement, elle s’en aperçoit me regarde une fois, me fait un petit sourire et s’en va. Qu’est ce que je fais ? Je la suis ou je reste assis comme un peureux, il faut que je me décide rapidement. Si je me lève tout le monde va s’apercevoir de mon manège, et elle va peut-être m’envoyer sur les roses. Mais c’est peut-être aussi la femme de ma vie et puis elle m’a fait un sourire et elle a enlevé le crayon de ses cheveux. Mais elle est peut-être aussi comme Isabelle, une simple allumeuse. Mais bon, Isabelle elle sort quand même avec moi et elle a peut-être un amant, donc ? Alors Hugo, tu fais quoi ? La vie c’est un peu comme un chemin sur lequel il y a des paquets. Quand il y en a un qui nous tombe dessus on est obligé de l’ouvrir, qu’il soit bon ou mauvais. Mais il y en a aussi sur les côtés, ceux qu’il faut aller chercher si on veut voir ce qu’il y a dedans. Un paquet ça peut changer le cours d’une vie et aujourd’hui il y en a un qui glisse dans la pente. Bientôt il sera trop tard, après tout je n’ai rien à perdre et puis ce n’est pas méchant d’aller dire bonjour à quelqu’un ! Alors ? Alors j’y vais après tout je m’en fous il faut que j’y aille. Qui ne tente rien n’a rien ! Bien sûr il faut que ça tombe un jour où je suis habillé comme un clodo complètement décoiffé car mon bonnet n’a pas arrangé les choses. Ah ! Si j’avais été en tenue de combat je n’aurais pas hésité. Mais tant pis j’y vais quand même elle ne va pas me bouffer ! Si on me donnait dix millions d’euros pour le faire, l’idée d’hésiter ne me serait même pas venue à l’esprit. Donc je n’ai qu’à faire comme si c’était le cas. Je fonce. Ça y est, je l’aperçois, elle ne sait pas que je la suis. J’accélère le rythme pour la rattraper. Mais qu’est ce que je vais bien pouvoir lui raconter ? Je n’ai qu’à faire comme dans mes rêves, j’improvise et je reste toujours sûr de moi. Allez vas-y Hugo tu vas la clouer sur le sol ! Le problème c’est que dans mes rêves je fais les questions mais aussi les réponses. Oh ! Zut, elle s’est arrêtée, qu’est ce que je fais ? Elle m’a vu ! Je continue ou je m’arrête. Elle me prend au dépourvu la garce ! Si je m’arrête, je passe pour un con ou un mec louche qui l’a suivie et si je continue, je suis obligé de lui parler. OK je continue, Hugo t’es le meilleur !

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